SGRS (Service général du renseignement et de la sécurité) : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : Sécurité et renseignement Statut proposé : 🟠 Réformé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), en néerlandais Algemene Dienst Inlichting en Veiligheid (ADIV), est le service belge de renseignement et de sécurité militaire. Il est le pendant militaire de la Sûreté de l'État (VSSE), qui est civile.
Base juridique :
- Loi organique du 30 novembre 1998 réglant les services de renseignement et de sécurité (L.R&S), complétée par la loi du 4 février 2010 relative aux méthodes particulières de recueil de données (la « loi MRD »)
- La loi fixe le cadre dans lequel le SGRS peut opérer : collecte de renseignements, enquêtes de sécurité, contre-espionnage au sein de la Défense
Niveau de pouvoir : fédéral. Pour ses missions de renseignement et de sécurité, le chef du SGRS relève directement du ministre de la Défense. En tant que sous-chef d'état-major Renseignement et Sécurité (ACOS IS, Assistant Chief of Staff Intelligence & Security), il s'inscrit dans la structure du chef de la Défense.
Personnel : ±1.000 collaborateurs (2024). Le chef du SGRS vise un doublement à ±2.000 d'ici 2040 (rapport annuel, avril 2025).
Budget : non publié séparément. Le SGRS n'a pas de budget propre attribué : les moyens sont répartis dans le budget de la Défense (personnel, opérations et entraînement, investissements, fonctionnement, formation), et les chiffres du SGRS, du Cyber Command et de la Cyber Force sont classifiés confidentiels (Comité R, 2026). La VSSE dispose en revanche de sa propre division budgétaire (110,3 millions d'euros de crédits d'engagement, 2026). Les dépenses de défense sont passées de 7,9 milliards d'euros (2024) à environ 12,8 milliards d'euros (2025, estimation), soit 2 % du PIB (définition de l'OTAN). Une partie de ce montant est destinée au renforcement du SGRS, mais les montants exacts ne sont pas publics.
Date de création : le service belge de renseignement militaire existe depuis 1915. Il porte le nom ADIV/SGRS depuis 1989 et a reçu sa base légale avec la loi de 1998.
1B. Que fait-il en pratique ?
Structure : six directions. Sous un Commandement général, quatre directions travaillent, à côté du Cyber Command qui compte deux directions propres (Cyber Operations et Cyber Development & Readiness) :
- Direction Renseignement : collecte et exploitation d'informations issues de sources diverses (HUMINT, SIGINT, OSINT), conversion en renseignements exploitables pour les pouvoirs publics et les partenaires
- Direction Sécurité : sécurité militaire et industrielle des activités de défense, protection du personnel et des infrastructures, gestion de l'information classifiée, enquêtes de sécurité
- Direction Appui : personnel, matériel et moyens budgétaires, gestion quotidienne
- Direction Plans et Politique : conseil et appui pour les objectifs stratégiques à court et à long terme
Cyber Command (CyCom) et Cyber Force : le Cyber Command a été créé le 19 octobre 2022 au sein du SGRS. Missions : cybersécurité des réseaux de défense et des systèmes d'armes, collecte de renseignements dans le cyberespace, et opérations cyber offensives et défensives. Depuis le 21 juillet 2025 existe en outre la Cyber Force (force cyber), la cinquième composante des forces armées, à côté de la Composante terre, de la Composante air, de la Composante marine et de la Composante médicale (arrêté royal du 30 juin 2025). Sur le plan juridique, ce sont deux entités, mais en pratique il s'agit d'une seule organisation avec un seul commandant, qui rend compte pour le Cyber Command via le chef du SGRS et pour la Cyber Force via le chef de la Défense. Les missions du Cyber Command figurent dans la loi sur le renseignement ; les missions spécifiques de la Cyber Force ne sont fixées concrètement nulle part, ni dans une loi ni dans l'arrêté royal (Comité R, 2026). La Défense a ouvert des Cyber Defence Factories à Charleroi (2024), à Bruges (Howest, 2025) et à Hasselt (2026).
Missions principales :
- Collecte de renseignements sur les menaces étrangères (militaires, terrorisme, prolifération)
- Contre-espionnage et screening au sein de la Défense
- Suivi de l'extrémisme au sein des forces armées
- Protection de l'information classifiée (OTAN, UE)
- Cyberdéfense et opérations cyber
- Analyse de la menace pour les missions à l'étranger
Méthodes particulières de recueil de données (2023) : 669 autorisations, dont 448 méthodes spécifiques et 221 méthodes exceptionnelles. Les deux augmentent par rapport à 2022 (Comité R).
Chevauchements avec d'autres institutions :
- VSSE (Sûreté de l'État) : le pendant civil. Chevauchement en matière de contre-espionnage et de suivi de l'extrémisme. La coordination est historiquement problématique.
- OCAM (Organe de coordination pour l'analyse de la menace) : reçoit des apports tant du SGRS que de la VSSE, mais dépend de la qualité de leurs signalements.
- NCCN (Centre de crise national) : utilise les analyses de la menace du SGRS et de l'OCAM.
Indicateurs de performance : non mesurés publiquement. Pas de KPI, pas d'évaluation publique des résultats. Le SGRS publie bien un rapport annuel public (la deuxième édition, portant sur 2023, a paru en juin 2024 ; la troisième, portant sur 2024, en avril 2025), mais celui-ci décrit surtout le tableau de la menace, sans budget ni mesure des résultats. Le contrôle externe est exercé par le Comité permanent de contrôle des services de renseignements (Comité R) et, pour les méthodes particulières de recueil de données, par la Commission BIM.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : MIVD (Militaire Inlichtingen- en Veiligheidsdienst)
- Personnel : non public dans le rapport annuel ou le budget (environ 1.000 début 2017, le dernier chiffre connu)
- Budget : environ 445 millions d'euros (budget 2026 : 424,9 millions d'euros de dépenses de l'appareil et 19,6 millions d'euros de dépenses secrètes)
- Structure : partie du ministère de la Défense, mais avec une annexe publique propre dans le budget de la défense, discutée au parlement
- Cyber : étroitement intégré au Defensie Cyber Commando (DCC)
- Contrôle : la TIB (Toetsingscommissie Inzet Bevoegdheden) contrôle préalablement et de manière contraignante le recours à un certain nombre de pouvoirs particuliers ; la CTIVD exerce un contrôle pendant et après ; la commission parlementaire CIVD contrôle de manière confidentielle. Les grandes lignes du plan annuel sont transmises chaque année à la Tweede Kamer.
- Transparence : rapport annuel public chaque année avec le tableau de la menace et les priorités opérationnelles
Différence avec la Belgique : le MIVD a un budget public dans le budget de la défense, un contrôle préalable contraignant pour ses pouvoirs particuliers, un contrôle a posteriori par une commission indépendante et une commission parlementaire. Le SGRS a un rapport annuel public et un contrôle par le Comité R et la Commission BIM, mais pas de budget visible et pas de contrôle préalable pour la plupart des méthodes.
Allemagne : MAD (Militärischer Abschirmdienst)
- Personnel : 1.577 collaborateurs (2025)
- Budget : environ 216 millions d'euros (2025), mentionné publiquement dans le Verfassungsschutzbericht annuel
- Structure : depuis le 1er août 2017, directement subordonné au Bundesministerium der Verteidigung comme autorité fédérale supérieure
- Focus : contre-espionnage militaire et screening ; la collecte de renseignements à l'étranger est assurée par le BND
- Contrôle : Parlamentarisches Kontrollgremium (PKGr) + G10-Kommission pour l'interception des télécommunications
- Nouvelle loi MAD (en vigueur depuis le 16 janvier 2026) : oriente le service vers la défense nationale et la défense alliée, lui permet aussi d'intervenir à l'étranger là où la Bundeswehr est déployée, et lui donne des compétences propres en cas de cyberattaques de puissances étrangères
Différence avec la Belgique : l'Allemagne sépare le renseignement extérieur (BND), la sécurité intérieure (BfV) et le contre-espionnage militaire (MAD) en trois services distincts. La Belgique combine plusieurs rôles dans le SGRS, ce qui nuit à la clarté des rôles.
Danemark : DDIS/FE (Forsvarets Efterretningstjeneste)
- Personnel : non public
- Structure : responsable tant du renseignement extérieur que du renseignement militaire : un modèle combiné, comparable au SGRS
- Contrôle : TET (Tilsynet med Efterretningstjenesterne) : organe de contrôle indépendant qui vérifie régulièrement que les services respectent les règles de collecte, de traitement et de partage des données. Créé avec effet au 1er janvier 2014, en remplacement du comité Wamberg
- Cadre légal : le service n'a reçu une loi propre qu'avec la loi du 12 juin 2013 (en vigueur le 1er janvier 2014).
Suisse : NDB (Nachrichtendienst des Bundes)
- Structure : créé en 2010 par la fusion du service de renseignement intérieur (DAP) et du service de renseignement extérieur (SND) en un seul service civil. Le service de renseignement militaire de l'armée est resté distinct.
- Contrôle : autorité de surveillance indépendante (AB-ND) + contrôle parlementaire
- À noter : nouvelle loi sur le renseignement, approuvée par référendum le 25 septembre 2016 (65,5 % de oui) et en vigueur depuis le 1er septembre 2017. La loi a donné de nouvelles compétences au service et a en même temps renforcé le contrôle : les mesures lourdes exigent une autorisation préalable d'un juge et d'une instance politique.
1D. Problèmes et critiques
1. Affaire Jürgen Conings (2021) : défaillance du système
Le rapport accablant du Comité R (juillet 2021) a révélé que :
- les services de renseignement sont confrontés depuis dix ans à des défaillances structurelles
- une seule personne au sein du SGRS analysait le phénomène de l'extrémisme de droite
- une demande de personnel supplémentaire pour cette analyse a été rejetée par la hiérarchie au printemps 2020
- la Sûreté de l'État a averti le SGRS, l'OCAM et le parquet fédéral le 29 juin 2020 que Conings était actif dans « les milieux d'extrême droite les plus radicaux » de Belgique, mais qu'il n'y a pas eu de suivi
À la suite du rapport, le chef du SGRS a dû démissionner en juillet 2021 ; il a été remplacé par un vice-amiral, ancien commandant de la Composante marine.
2. Affaire d'espionnage russe
En février 2019, on a appris qu'un major du SGRS, chef de service au département du renseignement, était soupçonné d'avoir partagé des informations classifiées avec une femme serbe qui travaillait vraisemblablement pour la Russie. Le contact datait d'après les attentats de Bruxelles (2016), lorsque le SGRS a sollicité ses contacts à l'étranger. L'affaire a été instruite par le parquet fédéral et le Comité R.
3. Opacité budgétaire
Contrairement à la VSSE (qui dispose de sa propre division budgétaire) et en contraste flagrant avec le MIVD néerlandais (annexe publique propre dans le budget de la défense), le budget du SGRS est entièrement absorbé dans le budget de la défense, et les chiffres sont classifiés confidentiels. Le parlement ne peut pas contrôler combien d'argent va au renseignement plutôt qu'à l'infanterie ou au catering.
4. Conflits internes historiques
Le SGRS a connu pendant des années un conflit interne entre les départements du renseignement et du contre-renseignement, alimenté par des tensions entre personnel civil et militaire. Le Comité R avait déjà pointé le mauvais fonctionnement du service, et en 2017 un nouveau chef est arrivé avec pour mission de réformer le service.
5. Pénurie de personnel
±1.000 membres du personnel pour un service qui doit combiner renseignement militaire, contre-espionnage, suivi de l'extrémisme, sécurité industrielle et cyberdéfense, c'est insuffisant. L'ambition de doubler les effectifs d'ici 2040 est bienvenue, mais lente. Le MIVD néerlandais dispose d'un budget public d'environ 445 millions d'euros (2026).
6. Contrôle démocratique limité
Le Comité R contrôle les méthodes particulières de recueil de données a posteriori. Un contrôle préalable n'existe que pour les méthodes exceptionnelles : la Commission BIM doit les approuver expressément, alors qu'elle est seulement informée des méthodes spécifiques. Pour l'interception de communications à l'étranger, le Comité R reçoit chaque année les plans au préalable. Pour les méthodes spécifiques, il n'existe pas de contrôle préalable contraignant comme celui de la TIB néerlandaise. La Cour constitutionnelle a annulé le 12 octobre 2023 (arrêt 131/2023) l'accès des services de renseignement aux données des passagers (PNR), parce que l'absence de contrôle préalable indépendant de leurs demandes constitue une atteinte aux droits du citoyen.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ✅ | Le renseignement militaire est par définition une compétence fédérale. Le SGRS se situe au bon niveau. |
| 2 | Transparence | ❌ | Pas de ligne budgétaire propre, budget dissimulé dans le budget de la défense et classifié confidentiel. Le rapport annuel public décrit le tableau de la menace, mais ne donne ni budget, ni chiffres du personnel, ni résultats. Le parlement ne peut pas contrôler. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le SGRS relève du budget de la Défense, mais n'a pas de budget propre attribué : les moyens sont répartis entre le personnel, les opérations, les investissements et le fonctionnement. Pas de fiscal gap, mais bien un accountability gap. |
| 4 | Simplicité | ⚠️ | La combinaison du renseignement militaire, du contre-espionnage, de la sécurité industrielle, du suivi de l'extrémisme et de la cyberdéfense dans un seul service rend la mission diffuse. Chevauchement avec la VSSE sur plusieurs domaines. |
| 5 | Taille critique | ❌ | ±1.000 personnes pour cinq missions principales, c'est trop peu. Le MIVD néerlandais dispose, pour un rôle comparable, d'un budget public d'environ 445 millions d'euros (2026). Le doublement d'ici 2040 est trop lent. |
| 6 | Compétences concurrentes | ✅ | Sans objet. Le renseignement militaire est exclusivement fédéral et doit le rester. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI publics, pas de mesure des résultats, pas d'évaluation publique. L'affaire Conings a montré que des carences structurelles présentes depuis des années n'ont pas été traitées malgré les signaux internes. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Le Cyber Command est prometteur et grandit, mais il n'existe que depuis 2022, et la structure double avec la Cyber Force (depuis 2025) ne fixe nulle part concrètement les missions spécifiques de la Cyber Force. La numérisation des processus internes et le partage d'informations avec les partenaires (VSSE, OCAM) restent un chantier. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le modèle néerlandais (budget public dans le budget de la défense, rapport annuel public, contrôle préalable contraignant par la TIB et contrôle a posteriori par la CTIVD) est manifestement plus solide en matière de contrôle démocratique. La Belgique est en retard sur ces points. |
Synthèse : les gains les plus importants se situent au niveau de la transparence (principe 2), de l'orientation résultats (principe 7) et de la taille critique (principe 5). Le service se situe au bon niveau de pouvoir, mais fonctionne en deçà des attentes en matière de taille, de reddition de comptes et de contrôle démocratique.
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : le SGRS reste fédéral et militaire, mais il est fondamentalement réorganisé en matière de transparence, de contrôle, de taille critique et de répartition des rôles.
3B. Proposition concrète
1. Une ligne budgétaire propre pour le SGRS Comme la VSSE et sur le modèle néerlandais, le SGRS reçoit sa propre ligne identifiable dans le budget fédéral. Le parlement doit pouvoir voir combien va au renseignement. Les détails opérationnels classifiés restent confidentiels, mais le budget total, les effectifs et les plans d'investissement deviennent publics.
2. Un rapport annuel public complet Le SGRS publie déjà un rapport annuel public avec le tableau de la menace. Sur le modèle néerlandais (le rapport annuel public du MIVD), celui-ci devient un rapport complet comprenant aussi les priorités opérationnelles, les chiffres du personnel, le budget total et les résultats du contrôle. Cela renforce la confiance du public et le débat parlementaire.
3. Un contrôle indépendant renforcé En plus du contrôle a posteriori exercé par le Comité R, un contrôle préalable contraignant est instauré sur le modèle néerlandais (TIB). La Commission BIM ne contrôle préalablement que les méthodes exceptionnelles ; HART étend ce contrôle aux méthodes spécifiques et à la demande de données telles que les données des passagers. Cela rejoint l'arrêt de la Cour constitutionnelle (131/2023, octobre 2023).
4. Une croissance accélérée du personnel Le doublement d'ici 2040 est trop lent au vu de l'environnement de menace (guerre hybride russe, cyber, terrorisme). HART propose d'atteindre l'objectif de ±2.000 collaborateurs dès 2032, avec un accent particulier sur les cyberanalystes, les spécialistes OSINT et les analystes de l'extrémisme.
5. Une répartition des rôles claire avec la VSSE Un protocole de coopération formel avec la VSSE qui fixe clairement, pour chaque domaine (contre-espionnage, extrémisme, cybermenace), qui dirige et qui appuie. Pas de double travail, pas de trous. Les fonctions partagées (ICT, services de traduction, OSINT, administration) passent à une plateforme commune VSSE-SGRS ancrée dans la loi, comme le propose l'audit de la VSSE ; le gain d'efficience qui en résulte (estimé à 10-15 millions d'euros par an) reste dans les services de renseignement et figure dans l'audit de la VSSE.
6. Une Cyber Force dotée de son propre cadre légal La Cyber Force est depuis le 21 juillet 2025 la cinquième composante de la Défense, mais ses missions spécifiques ne sont fixées concrètement nulle part, et elle forme en pratique une seule organisation avec le Cyber Command au sein du SGRS, lequel relève bien de la loi sur le renseignement. HART donne à la Cyber Force un cadre légal propre qui fixe ses missions et ses compétences, avec une séparation claire entre les missions de renseignement du Cyber Command (sous le SGRS) et les missions militaires de la Cyber Force (sous le chef de la Défense), et avec un contrôle des deux par le Comité R.
Impact estimé :
- Transparence budgétaire : pas de coût supplémentaire, seulement une réorganisation du budget
- Croissance du personnel : 1.000 collaborateurs supplémentaires coûtent, à vitesse de croisière, environ 100-150 millions d'euros par an (estimation de HART ; à titre de comparaison : la VSSE fonctionne avec environ 1.000 collaborateurs (2024) et un budget de 110,3 millions d'euros (2026)). Le SGRS prévoit lui-même cette croissance d'ici 2040 ; HART l'avance et la finance au sein du budget de la défense.
- Meilleur contrôle : renforce la légitimité démocratique et la confiance du public
- Répartition claire des rôles : évite les doublons et les angles morts (cf. l'affaire Conings)
Modèle international de référence : les Pays-Bas (MIVD) pour la transparence et le contrôle ; l'Allemagne (réforme du MAD depuis 2017 et nouvelle loi MAD de 2026) pour la professionnalisation ; le Danemark (DDIS) pour le modèle de renseignement combiné.
Trajet de mise en œuvre :
- Années 1-2 : ligne budgétaire propre + rapport annuel public complet + contrôle préalable en plus du contrôle exercé par le Comité R
- Années 2-4 : protocole de coopération formel SGRS-VSSE + plateforme commune VSSE-SGRS opérationnelle + plan de recrutement accéléré
- Années 3-5 : cadre légal propre pour la Cyber Force
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SGRS (service de renseignement militaire) : Réformé Le service de renseignement militaire de la Belgique fonctionne avec trop peu de personnel, un budget invisible et trop peu de contrôle démocratique. HART fait du SGRS un service transparent et doté d'une réelle capacité d'action, sur le modèle néerlandais : avec une ligne budgétaire propre, un rapport annuel public complet et un contrôle préalable réellement indépendant.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) est le service de renseignement militaire de la Belgique. Avec quelque 1.000 collaborateurs (2024), le service est responsable de la collecte de renseignements militaires, du contre-espionnage au sein de la Défense, du suivi de l'extrémisme dans l'armée, de la protection de l'information classifiée (OTAN, UE) et, depuis 2022, de la cyberdéfense via le Cyber Command. Celui-ci forme en pratique une seule organisation avec la Cyber Force, depuis 2025 la cinquième composante de la Défense. Le service relève du ministre de la Défense et est contrôlé de l'extérieur par le Comité R, un organe de contrôle parlementaire, et, pour les méthodes exceptionnelles, au préalable par la Commission BIM. Le SGRS publie un rapport annuel public sur le tableau de la menace.
Ce qui ne va pas
Les problèmes du SGRS sont structurels et connus depuis plus de dix ans.
Premièrement, la taille : 1.000 personnes pour cinq missions principales lourdes, c'est insuffisant. À titre de comparaison : le MIVD néerlandais dispose d'un budget d'environ 445 millions d'euros (2026), distinct et public dans le budget de la défense. Au SGRS, le budget est entièrement dissimulé dans le budget de la défense et les chiffres sont confidentiels. Le parlement ne peut pas contrôler ce qui va au renseignement.
Deuxièmement, le contrôle : le Comité R contrôle les méthodes particulières a posteriori, et seules les méthodes exceptionnelles sont contrôlées au préalable, par la Commission BIM. La Cour constitutionnelle a annulé en octobre 2023 l'accès des services de renseignement aux données des passagers, parce que l'absence de contrôle préalable indépendant constitue une atteinte aux droits du citoyen. Les Pays-Bas disposent d'un contrôle préalable contraignant (TIB), d'un contrôle a posteriori (CTIVD) et d'un contrôle parlementaire (CIVD).
Troisièmement, les angles morts. En 2021, l'affaire Jürgen Conings a révélé qu'une seule personne au SGRS analysait le phénomène de l'extrémisme de droite. La Sûreté de l'État a averti le SGRS dès juin 2020, mais il n'y a pas eu de suivi. Le chef du SGRS a dû démissionner. Un incident d'espionnage antérieur souligne la vulnérabilité : en 2019, on a appris qu'un major du SGRS était soupçonné d'avoir partagé des informations classifiées avec une femme serbe qui travaillait vraisemblablement pour la Russie.
Et quatrièmement, le chevauchement : le SGRS et la Sûreté de l'État (VSSE) travaillent régulièrement sur le même terrain (contre-espionnage, extrémisme) sans protocole clair sur qui prend la direction. Cela conduit à des doublons et à des trous.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, le MIVD publie chaque année un rapport annuel public avec le tableau de la menace et les priorités. Le budget figure dans une annexe propre du budget de la défense et est discuté à la Tweede Kamer. Une commission indépendante (TIB) contrôle préalablement et de manière contraignante le recours aux pouvoirs particuliers ; une deuxième commission (CTIVD) exerce un contrôle a posteriori. Le résultat : un contrôle démocratique sans que la capacité d'action opérationnelle en soit minée.
L'Allemagne réforme depuis 2017 son service de contre-espionnage militaire MAD (1.577 collaborateurs et un budget public d'environ 216 millions d'euros en 2025), avec une subordination directe au ministère de la Défense. Une nouvelle loi MAD (en vigueur depuis janvier 2026) oriente le service vers la défense nationale et lui donne des compétences propres en cas de cyberattaques.
Le Danemark combine renseignement extérieur et renseignement militaire dans le DDIS, comparable au modèle belge, mais a donné au service une loi propre en 2013 et, à partir de 2014, un organe de contrôle indépendant (TET) qui vérifie régulièrement.
Ce que HART propose
Une ligne budgétaire propre. Le budget du SGRS devient une ligne distincte et identifiable dans le budget fédéral. Les détails opérationnels classifiés restent confidentiels, mais le budget total et les effectifs deviennent publics et contrôlables par le parlement.
Un rapport annuel public complet. Le rapport annuel existant sur le tableau de la menace devient, sur le modèle néerlandais, un rapport complet comprenant aussi les priorités opérationnelles, les chiffres du personnel, le budget total et les résultats du contrôle. Cela nourrit le débat public et renforce la confiance.
Un contrôle indépendant préalable. En plus du contrôle a posteriori exercé par le Comité R, un contrôle préalable contraignant est instauré sur le modèle néerlandais (TIB), non seulement pour les méthodes exceptionnelles, mais aussi pour les méthodes spécifiques et la demande de données telles que les données des passagers, conformément à l'arrêt de la Cour constitutionnelle (2023).
Une croissance accélérée vers 2.000 collaborateurs d'ici 2032. L'ambition du service lui-même (un doublement d'ici 2040) est trop lente. Accent supplémentaire sur les cyberanalystes, les spécialistes OSINT et les analystes de l'extrémisme. Coût à vitesse de croisière : estimé à 100-150 millions d'euros par an, au sein du budget de la défense.
Un protocole de coopération et une plateforme partagée avec la VSSE. Un protocole formel et public qui fixe, par domaine, qui dirige et qui appuie, et une plateforme commune pour l'ICT, les services de traduction, l'OSINT et l'administration. Pas de double travail, pas d'angles morts.
Un cadre légal propre pour la Cyber Force. La Cyber Force, depuis 2025 la cinquième composante de la Défense, reçoit un cadre légal qui fixe ses missions et ses compétences, avec une séparation claire entre les missions de renseignement du Cyber Command au sein du SGRS et les missions militaires de la Cyber Force sous le chef de la Défense, et avec un contrôle des deux par le Comité R.
Ce que cela rapporte
- Contrôle démocratique : le parlement peut enfin contrôler ce que le service de renseignement coûte et fait, sans dévoiler de secrets opérationnels.
- Capacité d'action : 2.000 collaborateurs d'ici 2032 doublent la capacité et comblent les lacunes de capacité que l'affaire Conings a mises à nu.
- Confiance : un rapport annuel public complet et un contrôle préalable indépendant construisent la confiance du public, essentielle pour un service qui dispose de compétences intrusives.
- Efficience : un protocole de coopération clair avec la VSSE évite les doublons et élimine les angles morts qui existent depuis plus de dix ans.
- Cybersécurité : une Cyber Force dotée de son propre cadre légal et d'une ligne d'autorité claire positionne la Belgique comme un acteur sérieux de la cyberdéfense de l'OTAN.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| SGRS. Onze Structuur | https://www.sgrs.be/nl/over-ons/onze-structuur/ | Structure organisationnelle, six directions |
| SGRS. Onze Missies | https://www.sgrs.be/nl/over-ons/onze-missies/ | Missions et tâches légales |
| SGRS. De Wet die Ons Reguleert | https://www.sgrs.be/nl/over-ons/de-wet-die-ons-reguleert/ | Base juridique (loi de 1998) |
| Justel. Wet van 4 februari 2010 betreffende de methoden voor het verzamelen van gegevens door de inlichtingen- en veiligheidsdiensten | https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=nl&la=N&table_name=wet&cn=2010020426 | Loi MRD du 4 février 2010 |
| Wikipedia. Algemene Dienst Inlichting en Veiligheid | https://nl.wikipedia.org/wiki/Algemene_Dienst_Inlichting_en_Veiligheid | Historique (1915, nom ADIV depuis 1989), structure |
| Wikipedia. Belgian General Information and Security Service | https://en.wikipedia.org/wiki/Belgian_General_Information_and_Security_Service | Historique, conflits internes, mission de réforme de 2017 |
| VRT NWS. Rapport Comité I snoeihard voor ADIV in zaak Conings (4 juli 2021) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2021/07/04/rapport-comite-i-kritisch-voor-militaire-inlichtingendienst-adiv/ | Affaire Conings, dix ans de défaillances, un seul analyste, avertissement de la VSSE du 29 juin 2020 |
| VRT NWS. Topman ADIV moet plaats ruimen (16 juli 2021) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2021/07/16/topman-van-militaire-inlichtingendienst-adiv-moet-plaats-ruimen/ | Changement à la tête du service après l'affaire Conings |
| BRUZZ. ADIV wil personeel verdubbelen tegen 2040 (2 april 2025) | https://www.bruzz.be/actua/veiligheid/militaire-inlichtingendienst-adiv-wil-aantal-personeelsleden-verdubbelen-tegen | Environ 1.000 collaborateurs, doublement d'ici 2040 |
| Comité I. Activiteitenverslag 2023 | https://www.comiteri.be/images/pdf/activiteitenverslagen/AV_RA_2023_NL.pdf | 669 autorisations de méthodes particulières (448 spécifiques, 221 exceptionnelles), arrêt de la Cour constitutionnelle 131/2023 (PNR), contrôle préalable de l'interception à l'étranger |
| Comité I. De cybercapaciteit bij de militaire inlichtingendienst (5 februari 2026) | https://www.comiteri.be/images/pdf/onderzoeksverslagen/UNCLASS%20EINDVERSLAG%20CYBER.pdf | Cyber Command (19 octobre 2022) et Cyber Force (21 juillet 2025), AR Structure Défense du 30 juin 2025, six directions, lignes d'autorité du chef du SGRS (ministre et chef de la Défense), budget du SGRS non attribué et confidentiel |
| SGRS. Jaarrapport van de ADIV: transparantie tegen desinformatie (2 april 2025) | https://www.sgrs.be/nl/2025/04/02/jaarrapport-van-de-adiv-transparantie-tegen-desinformatie/ | Rapport annuel propre du SGRS, ambition de doublement 2040 |
| SGRS. De ADIV publiceert zijn tweede jaarverslag (26 juni 2024) | https://www.sgrs.be/nl/2024/06/26/de-adiv-publiceert-zijn-tweede-jaarverslag/ | Rapport annuel public du SGRS |
| Defensie. Inhuldiging van een derde Cyber Defence Factory in Hasselt (27 april 2026) | https://www.mil.be/nl/news/inhuldiging-van-een-derde-cyber-defence-factory-in-hasselt-het-avontuur-gaat-verder/ | Cyber Defence Factories Charleroi (2024), Bruges (2025), Hasselt (2026) |
| VRT NWS. Defensie stelt nieuwe cybercomponent voor (19 oktober 2022) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2022/10/19/cybersecurity-defensie/ | Création du Cyber Command |
| VSSE. De inlichtingenmethodes | https://vsse.be/nl/de-inlichtingenmethodes | Rôle de la Commission BIM : approbation préalable pour les méthodes exceptionnelles, notification pour les méthodes spécifiques |
| Comité I. Opdrachten | https://www.comiteri.be/nl/opdrachten/ | Aperçu du contrôle du paysage belge du renseignement |
| Kamer. Verantwoording algemene uitgavenbegroting 2026, sectie 12 FOD Justitie (DOC 56 1281/005) | https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/56/1281/56K1281005.pdf | Budget de la VSSE 2026 (110,3 M€) |
| NAVO. Defence Expenditure of NATO Countries (2014-2026) | https://www.nato.int/content/dam/nato/webready/documents/finance/def-exp-2026-en.xlsx | Dépenses de défense belges 2024-2025, 2 % du PIB |
| Wikipedia. MIVD (Nederland) | https://nl.wikipedia.org/wiki/Militaire_Inlichtingen-_en_Veiligheidsdienst | Personnel du MIVD début 2017 |
| Rijksoverheid NL. Ontwerpbegroting Defensie 2026 (36 800 X), bijlage 6.5 Budgettaire gevolgen MIVD | https://www.rijksoverheid.nl/binaries/rijksoverheid/documenten/begrotingen/2025/09/16/x-defensie-rijksbegroting-2026/Defensie.pdf | Budget public du MIVD 2026 (424,9 M€ + 19,6 M€ secrets) |
| Rijksoverheid NL. Jaarplanbrief MIVD 2025 | https://www.rijksoverheid.nl/documenten/kamerstukken/2024/12/19/jaarplanbrief-mivd-2025 | Modèle néerlandais : plan annuel transmis à la Tweede Kamer |
| MIVD. Openbaar jaarverslag 2025 (21 april 2026) | https://www.defensie.nl/site/binaries/site-content/collections/documents/2026/04/21/openbaar-jaarverslag-2025-militaire-inlichtingen--en-veiligheidsdienst/mivd-ojv2025.pdf | Modèle néerlandais : rapport annuel public |
| TIB. Wat doet de TIB | https://www.tib-ivd.nl/wat-doet-de-tib | Contrôle préalable contraignant des pouvoirs particuliers de l'AIVD et du MIVD (depuis le 1er mai 2018) |
| Defensie NL. Toetsing, toezicht en controle | https://www.defensie.nl/onderwerpen/m/militaire-inlichtingen-en-veiligheid/toetsing-toezicht-en-controle | TIB, CTIVD et CIVD |
| Wikipedia. MAD (Duitsland) | https://en.wikipedia.org/wiki/Military_Counterintelligence_Service_(Germany) | Comparaison allemande : BAMAD depuis le 1er août 2017 directement sous le BMVg |
| BfV/BMI. Verfassungsschutzbericht 2025 (30 juni 2026) | https://www.verfassungsschutz.de/SharedDocs/publikationen/DE/verfassungsschutzberichte/2026-06-30-verfassungsschutzbericht-2025.html | MAD : 1.577 collaborateurs et 216,4 M€ (2025) |
| Gesetze im Internet. Gesetz über den Militärischen Abschirmdienst (MADG) | https://www.gesetze-im-internet.de/madg_2026/BJNR0070B0026.html | Nouvelle loi MAD du 9 janvier 2026, en vigueur le 16 janvier 2026 |
| BMVg. Bundestag beschließt Artikelgesetz | https://www.bmvg.de/de/presse/bundestag-beschliesst-artikelgesetz-6048774 | Contenu de la nouvelle loi MAD |
| Wikipedia. Danish Defence Intelligence Service | https://en.wikipedia.org/wiki/Danish_Defence_Intelligence_Service | Comparaison danoise |
| Lex.dk. Tilsynet med Efterretningstjenesterne (TET) | https://lex.dk/Tilsynet_med_Efterretningstjenesterne_(TET) | TET depuis le 1er janvier 2014, remplace le comité Wamberg |
| Retsinformation. Lov om Forsvarets Efterretningstjeneste (lov nr. 602 van 12 juni 2013) | https://www.retsinformation.dk/eli/lta/2013/602 | Loi propre pour le DDIS, en vigueur le 1er janvier 2014 |
| Wikipedia. Swiss intelligence agencies | https://en.wikipedia.org/wiki/Swiss_intelligence_agencies | Comparaison suisse, fusion du NDB (DAP et SND), service de renseignement militaire distinct |
| Wikipedia. Schweizer Nachrichtendienste | https://de.wikipedia.org/wiki/Schweizer_Nachrichtendienste | NDB depuis le 1er janvier 2010, Nachrichtendienstgesetz (référendum du 25 septembre 2016, 65,5 % de oui, en vigueur le 1er septembre 2017), contrôle plus strict |
| EUobserver. Belgian spy scandal puts EU and Nato at risk (15 februari 2019) | https://euobserver.com/17827/belgian-spy-scandal-puts-eu-and-nato-at-risk/ | Affaire d'espionnage russe du major du SGRS |
| VRT NWS. Interne oorlog aan de gang bij de spionnen van onze Militaire Inlichtingendienst (14 februari 2019) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2019/02/14/interne-oorlog-bij-de-militaire-inlichtingendienst/ | Affaire d'espionnage (chef de service du renseignement, contact après les attentats de Bruxelles), conflit renseignement contre contre-renseignement, critique du Comité R |
| VRT NWS. Is Belgian military intelligence up to the job? (14 februari 2019) | https://www.vrt.be/vrtnws/en/2019/02/14/is-belgian-military-intelligence-up-to-the-job/ | Affaire d'espionnage, tensions entre personnel civil et militaire |
- Économie estimée : aucune ; la croissance vers 2.000 collaborateurs coûte, à vitesse de croisière, environ 100-150 millions d'euros par an (estimation de HART), au sein du budget de la défense
- Révisé : 2026-09-27 (vérification des faits : chiffres, sources, formulation intemporelle)