AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Wallonie. OIP (Organismes d'Intérêt Public) Statut : 🔀 Scindé. Le handicap et la santé restent wallons, les allocations familiales vont au concordat francophone
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Agence wallonne de la santé, de la protection sociale, du handicap et des familles. Nom commercial : AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité)
Base juridique : Décret du 3 décembre 2015 (décret wallon), entré en vigueur le 1er janvier 2016. Le décret découle de la sixième réforme de l'État (loi spéciale du 6 janvier 2014) et des accords de la Sainte-Émilie (2013), par lesquels les compétences en matière de santé, de bien-être et de familles ont été transférées du niveau fédéral vers les Régions et les Communautés. La Wallonie verse elle-même les allocations familiales depuis le 1er janvier 2019.
Type d'institution : Organisme d'Intérêt Public (OIP) doté de la personnalité juridique, que l'AVIQ décrit elle-même comme une unité décentralisée de l'administration publique (Unité d'Administration Publique, UAP).
Niveau de pouvoir : Région wallonne. Exclusivement wallon (aucun équivalent au niveau fédéral pour les mêmes compétences après la sixième réforme de l'État).
Prédécesseurs :
- AWIPH (Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées) : politique du handicap
- Divers services au sein du SPW (Service Public de Wallonie) pour la santé et le bien-être
- FAMIFED (fédéral) → FAMIWAL (caisse publique wallonne d'allocations familiales) : allocations familiales
Budget : l'AVIQ gère environ 7 milliards d'euros par an (2025), dont environ 3 milliards d'euros pour les allocations familiales (2,92 milliards d'euros en 2023). C'est environ un tiers du budget de la Région wallonne (21,3 milliards d'euros de dépenses dans le budget initial 2026). Dans le budget 2026, le Gouvernement wallon a imposé une économie de 28,3 millions d'euros sur les missions et de 5,6 millions d'euros sur la gestion.
Personnel : l'AVIQ compte environ 920 collaborateurs (2025 ; 901 membres du personnel ou 812 équivalents temps plein fin 2023). L'institution agrée, subventionne ou soutient environ 2.500 services et structures en Wallonie.
Tutelle : un Conseil général et trois comités de branche, en cogestion avec les mutualités, les caisses d'allocations familiales, les partenaires sociaux, les associations professionnelles, des représentants des usagers et les pouvoirs publics wallons. Gestion journalière par un administrateur général. Contrôle financier via un Conseil de monitoring financier et budgétaire, comprenant notamment un représentant de la Cour des comptes.
Siège : Rue de la Rivelaine 21, 6061 Charleroi. Sept bureaux régionaux répartis à travers la Wallonie.
1B. Que fait-il en pratique ?
L'AVIQ compte trois grandes branches :
1. Santé et bien-être (Bien-être et Santé)
- Remboursement des prestations de sécurité sociale dans les maisons de repos et de soins
- Organisation des soins de première ligne : soins à domicile, aide à domicile
- Prévention et promotion de la santé (budget doublé dans le budget 2025, de 40 millions d'euros à 80 millions d'euros)
- Financement des infrastructures d'accueil et des hôpitaux
- E-santé et numérisation des services de santé
2. Handicap
- Reconnaissance des personnes handicapées
- Politique d'accueil et d'hébergement des personnes handicapées
- Soutien à l'emploi, aménagements du domicile, aides matérielles
- Gestion de la liste d'attente unique pour l'accueil résidentiel
- Subventionnement des services d'accompagnement, d'accueil de jour et de soins résidentiels
3. Allocations familiales (Familles)
- Régulation et contrôle des 4 caisses wallonnes d'allocations familiales (la caisse publique Famiwal et les caisses privées Camille, Kidslife et Parentia, dans laquelle Infino a été absorbée le 1er janvier 2026)
- Gestion budgétaire des allocations familiales. Plus de 900.000 enfants en Wallonie (913.224 en 2023)
- Garantie que toutes les caisses versent les mêmes montants de base et les mêmes suppléments
Chevauchements avec d'autres institutions :
- SPW (Service Public de Wallonie) : la politique du bien-être et de la santé relève aussi en partie de directions du SPW
- ONE (Office de la Naissance et de l'Enfance) : accueil de la petite enfance, mais cela relève de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), pas de l'AVIQ → chevauchement dans les matières personnalisables
- SPF Sécurité sociale et INAMI. Compétences fédérales résiduelles en matière de soins de santé qui n'ont pas été transférées
- VAPH (agence flamande pour les personnes handicapées) : équivalent flamand, mais avec un modèle fondamentalement différent (financement qui suit la personne depuis 2017)
Indicateurs de performance : l'AVIQ publie des rapports annuels avec des chiffres d'activité, mais il n'existe pas de KPI systématiques et publiquement accessibles avec benchmarking. Le Gouvernement wallon a imposé dans le budget 2026 un « recentrage des missions », avec la suppression de programmes obsolètes et de crédits sous-utilisés. Cela indique que le suivi des performances était jusque-là insuffisant.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. WMO + UWV + communes Depuis les décentralisations de 2015 (les « 3 décentralisations »), le soutien social, l'aide à la jeunesse et la participation au marché du travail des personnes en situation de handicap ont été transférés aux communes (342 en 2026), notamment via la Wet maatschappelijke ondersteuning (Wmo 2015). L'UWV gère de manière centralisée les assurances incapacité de travail et chômage. Le modèle est donc scindé : les communes assurent les soins et l'accompagnement, l'UWV verse les allocations.
Résultats : mitigés. Lors du transfert, les budgets ont d'emblée été réduits, et cinq ans plus tard, selon le Sociaal en Cultureel Planbureau (2020), les communes n'obtenaient pas encore de meilleurs résultats que l'État, et il s'est avéré plus difficile que prévu de faire moins cher. Le modèle impose toutefois une responsabilité locale. Qui décide, paie.
Allemagne. Eingliederungshilfe (BTHG, noyau en vigueur depuis 2020) La Bundesteilhabegesetz (BTHG, introduite par étapes entre 2017 et 2023) a sorti l'Eingliederungshilfe de l'aide sociale (Sozialhilfe) le 1er janvier 2020 et en a fait un droit moderne à la participation. L'exécution revient à des organismes porteurs que chaque entité fédérée (Land) désigne elle-même, des Landkreise et kreisfreie Städte jusqu'aux associations supralocales, dans un cadre fédéral. La Bundesagentur für Arbeit accompagne l'intégration sur le marché du travail. Depuis 2020, le patrimoine propre jusqu'à 150 % de la valeur de référence annuelle (Bezugsgröße) n'est pas pris en compte (71.190 euros en 2026), et les revenus et le patrimoine du partenaire ne comptent plus.
Résultats : séparation plus nette entre soins et revenu. Plus de liberté de choix pour les personnes handicapées. Mais la mise en œuvre varie fortement d'une entité fédérée à l'autre.
Danemark. Les communes (98) Les 98 communes danoises sont intégralement responsables des services sociaux : soins aux personnes âgées, handicap, bien-être, prévention. La Social Services Act (Serviceloven) constitue le cadre ; le niveau national fournit le cadre et le financement, les communes déterminent elles-mêmes le niveau et le type de services. Il n'existe pas d'agence nationale distincte. À l'exception des structures très spécialisées des régions, tout se trouve à la commune.
Résultats : autonomie locale très large, mais aussi de grandes différences entre communes.
Flandre. VAPH Le VAPH (agence flamande pour les personnes handicapées) travaille depuis 2017 pour les adultes entièrement avec un financement qui suit la personne (PVF) : les adultes handicapés reçoivent un budget propre, adapté à leurs besoins, et choisissent eux-mêmes comment organiser leur soutien. C'est un modèle fondamentalement différent du système piloté par l'offre de l'AVIQ en Wallonie.
Résultats : plus de liberté de choix et d'autonomie, mais aussi de grandes listes d'attente : 17.889 personnes attendaient fin 2025, dans les groupes prioritaires, un budget qui suit la personne. Le Vlaams Mensenrechteninstituut (institut flamand des droits humains) a qualifié en 2023 ces listes d'attente d'« inadmissibles ».
1D. Problèmes et critiques
1. Listes d'attente dans le handicap Comme en Flandre (VAPH), l'AVIQ est confrontée à des listes d'attente pour l'accueil résidentiel des personnes handicapées. Il existe une « liste d'attente unique », mais l'écoulement est lent en raison du manque de capacité.
2. Exode du handicap français vers la Wallonie Un audit conjoint des Cours des comptes française et belge (septembre 2024) a révélé qu'un peu moins de 8.200 Français en situation de handicap séjournent dans des institutions wallonnes (environ 7.000 adultes et 1.200 enfants et jeunes, 2022). Le coût pour les finances publiques françaises : environ 500 millions d'euros par an. Rien que les dépenses de l'assurance maladie française ont triplé entre 2013 et 2021, de 60 à 200 millions d'euros. Depuis 2015, les inspections ont relevé de « graves manquements dans plus de 60 institutions » ; chaque année, une vingtaine d'institutions accueillant des résidents français sont concernées. Cela révèle des problèmes de qualité et de contrôle dans le système wallon.
3. Économies budgétaires (budget 2026) Dans le budget 2026, le Gouvernement wallon a imposé à l'AVIQ des économies de 28,3 millions d'euros sur les missions et de 5,6 millions d'euros sur la gestion. La devise : « faire mieux avec les mêmes moyens ». La subvention de gestion n'a pas été indexée en 2026. Et ce dans un contexte de vieillissement croissant : selon les projections du Bureau fédéral du Plan, la part des plus de 65 ans en Wallonie passe de 20,6 % (2026) à 30,1 % (2081).
4. Pas de financement qui suit la personne Contrairement à la Flandre (le PVF via le VAPH) et à l'Allemagne (le BTHG), l'AVIQ fonctionne encore largement de manière pilotée par l'offre : le budget va aux institutions, pas à la personne. En 2023, 646 millions d'euros sont allés à l'accueil résidentiel et de jour des personnes handicapées, alors que seules 537 personnes ont reçu un budget d'assistance personnelle (BAP). Cela limite la liberté de choix des personnes handicapées.
5. Gouvernance complexe L'AVIQ combine trois branches fondamentalement différentes (santé, handicap, allocations familiales) dans une seule institution. La logique en est douteuse : les allocations familiales n'ont opérationnellement pas grand-chose à voir avec les soins résidentiels du handicap ou la prévention en santé. En Flandre, ces domaines sont séparés (le VAPH pour le handicap, Opgroeien pour les allocations familiales et l'accueil de la petite enfance, le Département Zorg pour la santé).
6. Numérisation tardive L'AVIQ n'a que tardivement lancé une « Transformation digitale inclusive » avec des projets comme « Mon AVIQ Citoyen » et « Mon AVIQ Opérateur » (poursuite approuvée en juillet 2025, 2,5 millions d'euros pour 2025). Un portail dans lequel le citoyen suit son propre dossier est donc encore en construction ; la Flandre et les modèles scandinaves et néerlandais sont plus avancés.
7. Chevauchement avec le SPW et l'ONE La politique de santé et de bien-être relève en partie de l'AVIQ, en partie du SPW. L'accueil de la petite enfance et la politique liée à l'enfance relèvent de l'ONE (FWB), mais les allocations familiales de l'AVIQ (wallon). Après la suppression de la FWB proposée par HART, cela devrait être simplifié.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | L'AVIQ est une institution régionale. Mieux que le fédéral pour les matières personnalisables. Mais la combinaison de trois compétences très différentes dans un seul organe n'est pas optimale. La politique du handicap et la politique familiale pourraient être plus proches du citoyen (niveau local). |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen voit difficilement qui décide et qui paie. Un budget d'environ 7 Mds € morcelé sur trois branches. Aucun tableau de bord public de KPI. On ne sait pas quelle part du budget va aux frais de structure plutôt qu'aux services. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | L'AVIQ décide des dépenses, mais le financement provient en grande partie de dotations fédérales (loi spéciale de financement) et de moyens de la Région wallonne. Recettes propres limitées. Le fiscal gap est considérable : qui décide (l'AVIQ, la Wallonie) n'est pas qui perçoit (le fédéral). |
| 4 | Simplicité | ❌ | Trois branches fondamentalement différentes dans un seul OIP. Chevauchements avec le SPW, l'ONE, l'INAMI. 4 caisses d'allocations familiales sous le contrôle de l'AVIQ. 7 bureaux régionaux. Pour le citoyen, il est extrêmement difficile de comprendre qui est compétent pour quoi. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec ~3,6 millions d'habitants en Wallonie francophone (2026), l'échelle suffit pour une agence régionale. Mais pour des services spécialisés du handicap, l'échelle peut être trop grande (trop loin du citoyen) et, pour la politique de santé, trop petite (sous l'échelle minimale européenne ou fédérale). |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Aucune place pour l'innovation régionale ou locale. L'AVIQ est le seul canal. Pas de concurrence ni de benchmarking avec d'autres entités. Contrairement à l'Allemagne (les Landkreise peuvent innover) ou aux Pays-Bas (les communes déterminent leur propre politique). |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI publics avec benchmarking. Aucune évaluation systématique des résultats obtenus (qualité de vie, autonomie). Le fait que le Gouvernement wallon ait dû imposer dans le budget 2026 un « recentrage des missions » (programmes obsolètes et crédits sous-utilisés) révèle un pilotage interne insuffisant par les résultats. |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ | Le projet de numérisation « Mon AVIQ » est encore en construction. Le principe once only n'est pas mis en œuvre. Les listes d'attente ne sont pas encore publiées de manière transparente et en temps réel. Retard sur la Flandre et la Scandinavie. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le modèle AVIQ (une seule grande agence avec trois branches divergentes, un financement piloté par l'offre) n'a aucun exemple international qui en ferait une best practice. Les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark vont précisément dans l'autre sens : des entités plus petites et spécialisées, plus proches du citoyen, avec un financement qui suit la personne. |
Synthèse : 0 × ✅, 3 × ⚠️, 6 × ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (scission en entités spécialisées), de l'orientation résultats (mesurer les KPI et les résultats obtenus), et des modèles éprouvés à l'étranger (instaurer le financement qui suit la personne).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🔀 Scindé L'AVIQ est scindée en deux entités spécialisées, services communs des cinq entités fédérées wallonnes (art. 32 de la Constitution HART). Les allocations familiales vont au concordat francophone, avec un montant minimum fédéral par enfant (art. 31 ; voir l'audit Groeipakket). Instauration du financement qui suit la personne pour le handicap.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
L'AVIQ est scindée en deux entités + allocations familiales vers le concordat francophone :
- Agence Handicap Wallonie toutes les compétences liées au handicap, y compris la reconnaissance, les soins résidentiels, l'accueil de jour, l'emploi et les aides matérielles. Instauration du financement qui suit la personne sur le modèle flamand et allemand.
- Agence Santé & Bien-être Wallonie prévention en santé, soins de première ligne, soins aux personnes âgées, soins à domicile, e-santé. Intégration des directions concernées du SPW afin d'éliminer les chevauchements.
- Allocations familiales → concordat francophone : les cinq entités fédérées wallonnes règlent ensemble les allocations familiales dans le concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART). C'est cohérent avec la proposition de HART pour le Groeipakket (Flandre), qui va au concordat néerlandophone. La fédération fixe un montant minimum par enfant, avec octroi automatique : le même plancher pour tous les enfants de Belgique. Pas de système distinct par entité fédérée wallonne. Les 4 opérateurs de paiement wallons (Famiwal, Camille, Kidslife, Parentia) sont intégrés dans le régime du concordat.
Financement qui suit la personne dans le handicap :
- Sur le modèle allemand du BTHG : séparation entre soins et revenu
- Les personnes handicapées reçoivent un budget personnel fondé sur leur besoin de soutien
- Liberté de choix : choisir soi-même entre les prestataires
- Large exonération du patrimoine propre (modèle allemand : 150 % de la valeur de référence annuelle, 71.190 euros en 2026)
- Introduction progressive sur 5 ans
Tableau de bord KPI et benchmarking :
- Tableau de bord public en ligne avec les listes d'attente, les délais de traitement et la satisfaction des bénéficiaires
- Benchmarking annuel avec la Flandre, les Pays-Bas et l'Allemagne
- Financement aux résultats : une partie du budget octroyé aux structures est liée aux résultats obtenus
Numérique d'abord :
- Portails « Mon Handicap » et « Mon Bien-être » avec le principe once only
- Consultation des listes d'attente en temps réel
- Procédures de demande numériques par défaut, guichet physique comme filet de sécurité
Niveau de pouvoir : les cinq entités fédérées wallonnes pour le handicap, le bien-être, la prévention et les soins de première ligne, dans les normes minimales et les objectifs de santé fixés par la fédération (art. 28 de la Constitution HART), avec deux services communs (art. 32). Le concordat francophone pour les allocations familiales, au-dessus d'un montant minimum fédéral (art. 31). Le financement de l'infrastructure hospitalière passe à la fédération, compétente pour les hôpitaux (art. 27).
Cohérence avec les autres propositions de HART :
- Groeipakket (Flandre) : va au concordat néerlandophone. Chaque enfant de Belgique reçoit au moins le montant minimum fédéral
- Kind en Gezin / Opgroeien (Flandre) : l'accueil de la petite enfance et le soutien aux familles restent au niveau des entités fédérées, dans les normes minimales fédérales ; les allocations familiales vont au concordat néerlandophone
- ONE (FWB) : après la suppression de la FWB, les missions d'accueil de la petite enfance vont aux cinq entités fédérées wallonnes et, à Bruxelles, à l'entité fédérée Bruxelles, les allocations familiales au concordat francophone
Modèle international : l'Allemagne (BTHG 2020) pour le handicap, les Pays-Bas (WMO + UWV) pour la séparation entre soins et allocations, le modèle scandinave pour la numérisation. Pour les allocations familiales : la quasi-totalité des pays européens ont un seul système national (Allemagne : Kindergeld via la Familienkasse, Pays-Bas : AKW via la SVB, Danemark : børne- og ungeydelse au niveau national) ; HART en retient le plancher commun, avec un montant minimum fédéral par enfant et le concordat francophone au-dessus (art. 31 de la Constitution HART).
Gain d'efficience estimé :
- Élimination de frais de structure par l'intégration de directions du SPW qui se chevauchent : estimée à 10-20 millions d'euros par an. C'est la seule économie nette de cette réforme.
- Meilleure allocation grâce au PVF (moins de lits vides, moins d'inefficience liée au pilotage par l'offre) : aucune économie nette. L'argent est dépensé de manière plus ciblée au sein du même budget du handicap ; l'expérience flamande du VAPH montre des listes d'attente qui s'allongent, pas des économies.
- Simplification de la gouvernance (un Conseil général avec trois comités de branche → deux conseils spécialisés et plus légers) : décisions plus rapides
- Allocations familiales dans le concordat francophone : un montant minimum fédéral et un octroi automatique, donc un plancher égal pour tous les enfants de Belgique, et une AVIQ sans branche d'allocations familiales. Non chiffré séparément : le modèle de HART conserve quatre régimes (les deux concordats, Bruxelles et Ostbelgien), de sorte que les audits FAMIFED et Groeipakket ne comptent plus non plus d'économie issue d'un seul régime fédéral.
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1 : cadre légal de la scission (lois des cinq entités fédérées wallonnes et accord ou concordat volontaire pour les deux services communs, art. 28 et 32 de la Constitution HART) + PVF dans ces lois des entités fédérées + adhésion au concordat francophone pour les allocations familiales (art. 31)
- Années 2-3 : scission organisationnelle, migration ICT, projets pilotes PVF, transfert des allocations familiales au concordat francophone
- Années 3-5 : déploiement complet du PVF, tableau de bord KPI opérationnel, allocations familiales du concordat francophone opérationnelles, au-dessus du montant minimum fédéral
- Année 5 et suivantes : évaluation et ajustement
Phase 4/5 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
AVIQ (bien-être, handicap, santé) : scindé L'AVIQ est scindée : le handicap et la santé restent wallons, auprès des cinq entités fédérées wallonnes, avec un financement qui suit la personne ; les allocations familiales vont au concordat francophone. Un seul montant minimum fédéral pour tous les enfants de Belgique.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
L'AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité) est une institution publique wallonne créée en 2016 après la sixième réforme de l'État. Elle gère simultanément trois domaines totalement différents : la santé et le bien-être, la politique du handicap et les allocations familiales. Avec un budget d'environ 7 milliards d'euros (2025, dont environ 3 milliards d'euros d'allocations familiales), l'AVIQ gère grosso modo un tiers du budget de la Région wallonne. L'agence compte environ 920 collaborateurs, agrée ou subventionne environ 2.500 services, et dessert notamment plus de 900.000 enfants via les allocations familiales.
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est triple. Premièrement : l'AVIQ combine trois domaines qui n'ont opérationnellement rien à voir les uns avec les autres. Payer des allocations familiales exige une autre expertise qu'organiser des soins résidentiels pour personnes handicapées ou mettre sur pied de la prévention en santé. En entassant tout dans une seule institution, on rend opaque pour le citoyen la question de savoir qui est responsable de quoi.
Deuxièmement : la politique du handicap reste en grande partie pilotée par l'offre. Le budget va à l'institution, pas à la personne : en 2023, 646 millions d'euros sont allés à l'accueil résidentiel et de jour, alors qu'à peine 537 personnes ont reçu un budget d'assistance personnelle. En Flandre, un financement qui suit la personne existe depuis 2017 pour tous les adultes. Les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien. En Allemagne, la Bundesteilhabegesetz (BTHG, noyau en vigueur depuis 2020) est allée encore plus loin en découplant totalement la politique du handicap de l'aide sociale. Sur ce plan, l'AVIQ a pris du retard sur la Flandre depuis 2017.
Troisièmement : les problèmes de qualité et de contrôle. Un audit conjoint des Cours des comptes française et belge (septembre 2024) a révélé qu'un peu moins de 8.200 Français en situation de handicap séjournent dans des institutions wallonnes, parce que la France n'a pas assez de capacité propre. Les dépenses de l'assurance maladie française à ce titre ont triplé entre 2013 et 2021. Le coût total : environ 500 millions d'euros par an pour les finances publiques françaises. Depuis 2015, les inspections ont trouvé de graves manquements dans plus de 60 institutions wallonnes. Si le contrôle fait déjà défaut dans les institutions que la France paie, que penser de la qualité pour nos propres citoyens ?
Par-dessus le marché, le Gouvernement wallon a imposé dans le budget 2026 des économies de 34 millions d'euros. Alors que la part des plus de 65 ans en Wallonie passe de 20,6 % (2026) à 30,1 % (2081). Faire mieux avec moins de moyens n'est pas une stratégie, c'est un cri de détresse.
Et puis il y a les allocations familiales : depuis la sixième réforme de l'État, la Belgique compte quatre systèmes d'allocations familiales différents (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Communauté germanophone) : chacun avec ses propres règles, ses propres montants et ses propres opérateurs de paiement. C'est exceptionnel dans l'Union européenne et indéfendable. La quasi-totalité des pays comparables ont un seul système national d'allocations familiales.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Allemagne, la réforme BTHG (2020) a séparé la politique du handicap de l'aide sociale. Les personnes handicapées ont désormais des droits en tant que citoyens, pas en tant que bénéficiaires de l'aide sociale. L'exécution revient à des organismes porteurs que chaque entité fédérée désigne elle-même, des Landkreise jusqu'aux associations supralocales. Le Kindergeld (allocations familiales) est national, via la Familienkasse. Un seul système pour tous les enfants en Allemagne.
Aux Pays-Bas, la Wmo 2015 a décentralisé le bien-être et le soutien vers les communes (342 en 2026). Mais les allocations familiales (AKW) sont restées nationales, via la SVB. Un seul système, sans différences régionales.
Au Danemark, les 98 communes sont intégralement responsables des services sociaux, mais la børne- og ungeydelse (allocations familiales) est nationale.
Dans les trois pays : des services spécialisés et locaux pour le handicap et le bien-être, mais un seul système national d'allocations familiales.
Ce que HART propose
L'AVIQ est scindée en deux services communs des cinq entités fédérées wallonnes (art. 32 de la Constitution HART), et les allocations familiales vont au concordat francophone :
Agence Handicap Wallonie toutes les compétences liées au handicap. Réforme cruciale : instauration du financement qui suit la personne, sur le modèle allemand du BTHG. Le budget suit la personne, pas l'institution. Les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien. Introduction progressive sur 5 ans.
Agence Santé & Bien-être Wallonie prévention en santé, soins de première ligne, soins aux personnes âgées, soins à domicile, e-santé. Intégration des directions du SPW qui se chevauchent afin d'éliminer les doublons. Après la suppression de la FWB : intégration des compétences de l'ONE (accueil de la petite enfance) sur le territoire wallon dans cette agence ; à Bruxelles, elles vont à l'entité fédérée Bruxelles.
Allocations familiales → concordat francophone. Les cinq entités fédérées wallonnes règlent ensemble les allocations familiales dans le concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART). Cohérent avec la proposition de HART pour le Groeipakket en Flandre, qui va au concordat néerlandophone. La fédération fixe un montant minimum par enfant, avec octroi automatique : le même plancher pour tous les enfants de Belgique, où qu'ils habitent. Les 4 opérateurs de paiement wallons sont intégrés dans le régime du concordat.
Chaque agence wallonne reçoit un tableau de bord public de KPI avec les listes d'attente, les délais de traitement et la satisfaction des bénéficiaires. Un benchmarking annuel est réalisé avec la Flandre, les Pays-Bas et l'Allemagne. Les services numériques deviennent la norme, avec le principe once only : le citoyen ne communique ses informations qu'une seule fois.
Ce que cela rapporte
- Transparence : deux agences spécialisées, chacune explicable, au lieu d'un seul mammouth opaque
- Liberté de choix : les personnes handicapées choisissent elles-mêmes leur soutien grâce au financement qui suit la personne
- Plancher égal pour les allocations familiales : chaque enfant de Belgique reçoit au moins le même montant minimum fédéral, quel que soit son code postal, octroyé automatiquement
- Efficience : l'élimination des chevauchements avec les directions du SPW permet d'économiser environ 10 à 20 millions d'euros par an, selon les estimations ; le financement qui suit la personne n'économise rien, mais fait en sorte que le même budget du handicap soit dépensé de manière plus ciblée ; les allocations familiales vont au concordat francophone, de sorte que l'AVIQ ne combine plus trois branches divergentes
- De meilleurs résultats : le budget suit les besoins de la personne plutôt que l'offre de l'institution
- Reddition de comptes : des tableaux de bord publics de KPI imposent l'orientation résultats
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| Wallonie.be. AVIQ fiche | https://www.wallonie.be/en/stakeholders-and-institutions/wallonia/autres-acteurs-publics-de-la-wallonie/agence-wallonne-pour-une-vie-de-qualite-aviq | Missions, siège, environ 900.000 enfants |
| AVIQ. Missions et vision | https://www.aviq.be/fr/missions-et-vision-de-laviq | Missions principales, statut d'UAP, environ 2.500 services |
| AVIQ. Histoire | https://www.aviq.be/fr/histoire-de-laviq | Création (1er janvier 2016), accords de la Sainte-Émilie, AWIPH |
| Wallex. Décret 3/12/2015 | https://wallex.wallonie.be/contents/acts/6/6151/1.html | Base juridique, entrée en vigueur, composition du Conseil de monitoring financier et budgétaire |
| AVIQ. Adresses | https://www.aviq.be/fr/adresses | Sept bureaux régionaux |
| AVIQ. Rapport annuel 2023 | https://www.aviq.be/sites/default/files/documents_pro/2024-12/Rapport-annuel-AVIQ-2023.pdf | Personnel (901, 812 ETP), dépenses par poste (allocations familiales 2,92 Mds €, accueil du handicap 646 M€), 913.224 enfants, 537 bénéficiaires du BAP, modèle de gestion |
| AVIQ. Rapport d'activités 2023 | https://www.aviq.be/fr/rapport-dactivites-2023 | Rapport annuel (page web) |
| L'Avenir. Interview Yves Coppieters (24 octobre 2025) | https://www.lavenir.net/actu/belgique/politique/2025/10/24/yves-coppieters-les-allocations-familiales-cest-un-droit-point-NNK36CETTFDNHGRFLYJKZKCCSM/ | Budget d'environ 7 Mds €, allocations familiales plus de 3 Mds €, 920 collaborateurs |
| SPW Finances. Budget 2026, Exposé général | https://finances.wallonie.be/files/Budget%202026/Budget%202026/expose/ExpGen.pdf | Budget de la Région wallonne 2026 (21,3 Mds € de dépenses) |
| Le Spécialiste. Budget AVIQ 2026 (20 octobre 2025) | https://www.lespecialiste.be/fr/actualites/socio-professionnel/budget-wallon-l-rsquo-aviq-touchee-en-profondeur-elle-devra-faire-mieux-avec-moins.html | Économies du budget 2026 (28,3 M€ et 5,6 M€), pas d'indexation |
| RTBF. Budget wallon 2026 | https://www.rtbf.be/article/accord-au-gouvernement-wallon-sur-le-budget-2026-l-heure-des-choix-est-arrivee-11619128 | « Faire mieux avec les mêmes moyens », suppression de programmes obsolètes |
| Yves Coppieters. Budget wallon 2025: priorité à la santé (17 octobre 2024) | https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/budget-wallon-2025-priorite-a-la-sante.html | Budget de prévention de 40 à 80 M€ |
| Cour des comptes (France), avec la Cour des comptes de Belgique. L'accueil des Français en situation de handicap en Wallonie (septembre 2024) | https://www.ccomptes.fr/fr/publications/laccueil-des-francais-en-situation-de-handicap-en-wallonie | Page de publication générale |
| Cour des comptes. Rapport (pdf, via vie-publique.fr) | https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/295404.pdf | 8.200 Français (7.000 adultes, 1.200 jeunes), 0,5 Md € par an, assurance maladie de 60 à 200 M€ (2013-2021), plus de 60 institutions avec de graves manquements depuis 2015 |
| Banque des Territoires. Résumé du rapport de la Cour des comptes | https://www.banquedesterritoires.fr/handicap-la-cour-des-comptes-sest-penchee-sur-laccueil-de-francais-en-belgique | Résumé et recommandations |
| IWEPS. Population des 65 ans et plus | https://www.iweps.be/indicateur-statistique/population-des-65-ans-et/ | Part des plus de 65 ans en Wallonie : 20,6 % (2026) à 30,1 % (2081), Bureau fédéral du Plan |
| AVIQ. Caisses d'allocation | https://www.aviq.be/fr/allocations-familiales/caisses-et-affiliation/caisses-dallocation | Quatre caisses d'allocations familiales, Infino absorbée dans Parentia |
| Government.nl. WMO 2015 | https://www.government.nl/topics/care-and-support-at-home/social-support-act-wmo | Modèle néerlandais |
| CBS. Gemeentelijke indeling op 1 januari 2026 | https://www.cbs.nl/nl-nl/onze-diensten/methoden/classificaties/overig/gemeentelijke-indelingen-per-jaar/indeling-per-jaar/gemeentelijke-indeling-op-1-januari-2026 | 342 communes |
| SCP. Sociaal domein stagneert (16 november 2020) | https://www.scp.nl/actueel/nieuws/2020/11/16/sociaal-domein-stagneert-vijf-jaar-na-decentralisatie-is-de-ondersteuning-van-kwetsbare-burgers-nog-niet-op-orde | Réduction budgétaire lors du transfert, pas de meilleurs résultats |
| BMAS. BTHG | https://www.bmas.de/DE/Soziales/Teilhabe-und-Inklusion/Rehabilitation-und-Teilhabe/Bundesteilhabegesetz/bundesteilhabegesetz.html | Modèle allemand BTHG, introduction en quatre étapes jusqu'en 2023, hors de l'aide sociale depuis 2020, le partenaire ne compte plus |
| Gesetze im Internet. § 94 SGB IX | https://www.gesetze-im-internet.de/sgb_9_2018/__94.html | Organismes porteurs de l'Eingliederungshilfe désignés par les Länder |
| Gesetze im Internet. § 139 SGB IX | https://www.gesetze-im-internet.de/sgb_9_2018/__139.html | Exonération du patrimoine à 150 % de la Bezugsgröße |
| Gesetze im Internet. SVBezGrV 2026 | https://www.gesetze-im-internet.de/svbezgrv_2026/BJNR1160A0025.html | Bezugsgröße 2026 : 47.460 euros |
| ESN. Denmark social services | https://www.esn-eu.org/social-services-index/2024/denmark | Modèle danois : cadre et financement nationaux, exécution par les communes, régions pour les structures très spécialisées |
| VAPH. Persoonsvolgende financiering | https://www.vaph.be/pvf/wat | Modèle flamand du PVF, entièrement déployé pour les adultes en 2017 |
| VAPH. Jaarverslag 2025 | https://extranet.vaph.be/jaarverslag/2025/pages/27/index.html | Liste d'attente fin 2025 (17.889 personnes) |
| GRIP vzw. Wachtlijsten VAPH | https://www.gripvzw.be/nl/artikel/682/vlaams-mensenrechteninstituut-noemt-wachtlijsten-ontoelaatbaar | Vlaams Mensenrechteninstituut, décembre 2023 |
| Vlaamse Ouderenraad. Fusie Departement WVG en Agentschap Zorg en Gezondheid | https://www.vlaamse-ouderenraad.be/actualiteit/welzijn-zorg/fusie-tussen-departement-wvg-en-agentschap-zorg-en-gezondheid | Département Zorg (2023) |
| Yves Coppieters. Digitale transformatie AVIQ (24 juillet 2025) | https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/le-gouvernement-valide-la-poursuite-de-la-transformation-digitale-inclusive-de-l-aviq.html | Numérisation de l'AVIQ, 2,5 M€ en 2025 |
- Révisé : 2026-09-27 (vérification des faits : chiffres, sources, formulation intemporelle)