Garanties linguistiques constitutionnelles : Nouveau (proposition de HART)
Date de l'audit : 2026-03-31 Catégorie : Région de Bruxelles-Capitale. Nouveau (proposition de HART) Statut proposé : 🟠 Nouveau/réformé. Des garanties linguistiques constitutionnelles pour tous les groupes linguistiques à Bruxelles
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Cet item porte sur une nouvelle proposition de HART visant à instaurer des garanties linguistiques constitutionnelles qui protègent structurellement les droits de tous les groupes linguistiques dans la Région de Bruxelles-Capitale. Il s'agit d'un cadre constitutionnel qui va plus loin que la législation linguistique actuelle, qui repose largement sur des lois ordinaires et des lois spéciales, et qui ancre les droits linguistiques fondamentaux au niveau constitutionnel.
Base juridique actuelle des droits linguistiques en Belgique :
- Article 4 de la Constitution (introduit en 1970) : divise la Belgique en quatre régions linguistiques : la région de langue néerlandaise, la région de langue française, la région bilingue de Bruxelles-Capitale et la région de langue allemande. Toute modification des limites exige une majorité spéciale.
- Article 30 de la Constitution : garantit la liberté linguistique. L'emploi des langues usitées en Belgique est facultatif. Des restrictions ne peuvent être imposées que par la loi.
- Article 129 de la Constitution : donne à la Communauté flamande et à la Communauté française la compétence sur l'emploi des langues en matière administrative, dans l'enseignement et dans les relations sociales entre employeurs et personnel, chacune dans sa propre région linguistique (l'article 130 ne donne cette compétence à la Communauté germanophone que pour l'enseignement). Crucial : Bruxelles-Capitale n'entre pas dans ce champ. Pour Bruxelles, le législateur fédéral reste compétent.
- Lois coordonnées sur l'emploi des langues en matière administrative (18 juillet 1966, modifiées) : règlent l'emploi des langues dans les services publics bruxellois. Le bilinguisme est la norme.
- Loi spéciale du 12 janvier 1989 (loi spéciale relative aux Institutions bruxelloises) : règle les institutions bruxelloises, y compris la parité linguistique au sein du Gouvernement bruxellois et les mécanismes de protection.
Mécanismes de protection existants :
- Procédure de la sonnette d'alarme (art. 54 de la Constitution) : un groupe linguistique du parlement fédéral peut suspendre (et non bloquer) l'examen d'un projet ou d'une proposition de loi qui peut porter gravement atteinte aux relations entre les Communautés. Exige une motion d'au moins 3/4 des membres de ce groupe linguistique ; le Conseil des ministres donne son avis dans les 30 jours. Pas pour les budgets et les lois à majorité spéciale, et une seule fois par groupe linguistique et par projet ou proposition.
- Conflit d'intérêts (art. 143 de la Constitution) : une assemblée parlementaire peut faire suspendre l'examen d'un projet ou d'une proposition dans un autre parlement si elle estime être gravement lésée.
- Lois à majorité spéciale : les lois qui touchent aux régions linguistiques, aux institutions ou aux compétences exigent une majorité des 2/3 + une majorité dans chaque groupe linguistique.
- Parité linguistique au sein du gouvernement fédéral (art. 99 de la Constitution), de la Cour constitutionnelle, de la Cour de cassation et du Conseil d'État.
- Vice-gouverneur de Bruxelles-Capitale : contrôle le respect de la législation linguistique lors des recrutements, nominations et promotions dans les communes bruxelloises et les CPAS et peut suspendre ces décisions. L'annulation relève du Gouvernement bruxellois (pour les communes) et du Collège réuni de la COCOM (pour les CPAS) ; en outre, le Conseil d'État peut annuler à la demande d'un intéressé.
Le problème : ces mécanismes protègent les groupes linguistiques au niveau fédéral et régional, mais ne garantissent pas de droits linguistiques individuels aux citoyens dans la pratique. Ils n'empêchent pas que la loi linguistique soit structurellement violée à Bruxelles.
1B. Qu'est-ce qui ne va pas en pratique ?
L'écart entre le bilinguisme légal de Bruxelles et la réalité quotidienne est énorme et se creuse depuis des décennies :
Connaissance du néerlandais à Bruxelles (BRIO Taalbarometer 5, 2024) :
- 22,3 % des Bruxellois disent connaître le néerlandais bien ou parfaitement (33 % en 2000, point bas de 16 % en 2018)
- 27,6 % ne parlent absolument pas le néerlandais, un niveau record
- Le français reste dominant avec 81,0 %, suivi de l'anglais avec 46,9 %
- La connaissance du néerlandais est inférieure d'un tiers à celle de 2000 ; la légère reprise depuis 2018 vient surtout de Flamands qui s'installent à Bruxelles et de l'enseignement néerlandophone
Respect de la loi linguistique par les communes et les CPAS bruxellois (rapports annuels du vice-gouverneur) :
- 2023 : sur 3.758 dossiers (recrutements, nominations, promotions), seuls 14,7 % (552) étaient en règle avec la loi linguistique
- 2024 : sur 3.639 dossiers, seuls 15,4 % (560) étaient conformes : 25,0 % dans les communes, 6,8 % dans les CPAS
- Le vice-gouverneur a suspendu 2.315 décisions en 2023 et 2.180 en 2024, mais les autorités bruxelloises compétentes n'en ont annulé aucune
- Tendance : une dégradation sur plus de 10 ans, de 1.092 suspensions en 2014 à plus de 2.000 par an depuis 2021 (record : 2.371 en 2022)
Conséquence pour le citoyen :
- Dans beaucoup de communes, les Bruxellois néerlandophones ne peuvent pas être servis dans leur propre langue
- Parmi les recrutements contractuels, seuls 7,9 % étaient conformes à la loi linguistique en 2024 ; seuls 7,6 % de tous les recrutements concernaient un néerlandophone
- Le droit d'être servi en néerlandais est devenu une fiction dans la pratique
- Le vice-gouverneur n'a aucun pouvoir de sanction contraignant. Les suspensions sans annulation restent sans effet
Cause structurelle : La législation linguistique repose sur des lois et arrêtés ordinaires, pas sur des droits constitutionnels opposables. L'application est faible : le vice-gouverneur peut suspendre mais pas imposer, le Gouvernement bruxellois regarde systématiquement ailleurs, et il n'existe aucun organe d'application indépendant qui ait des dents.
1C. Comparaison internationale
Finlande : bilinguisme constitutionnel assorti d'une application effective
La Finlande dispose d'un système de bilinguisme (finnois et suédois) ancré dans la Constitution qui fait office de modèle de référence international :
- Section 17 de la Constitution finlandaise : « The national languages of Finland are Finnish and Swedish. » Le droit de chacun d'employer le finnois ou le suédois devant les tribunaux et les autres autorités est un droit fondamental, précisé dans la Loi linguistique.
- Loi linguistique (Kielilaki 423/2003, en vigueur depuis 2004) : une commune est bilingue dès que la minorité linguistique compte au moins 8 % ou 3.000 habitants ; le gouvernement fixe le statut tous les dix ans. Sur les 308 communes (2026), 33 sont bilingues (période 2023-2032).
- Droit individuel : chacun peut s'adresser aux services de l'État et aux services des communes bilingues en finnois ou en suédois. C'est un droit subjectif opposable, pas un objectif politique.
- Monitoring : le ministère finlandais de la Justice suit l'application de la Loi linguistique et peut formuler des recommandations ; le gouvernement remet au parlement à chaque législature (quatre ans) un Rapport linguistique sur le respect des règles. Quiconque voit ses droits linguistiques violés peut déposer plainte auprès de l'Ombudsman parlementaire ou du Chancelier de Justice, les plus hauts contrôleurs de la légalité.
- Enseignement : la Constitution oblige les pouvoirs publics à pourvoir sur un pied d'égalité aux besoins culturels et sociaux des deux groupes linguistiques. Il existe une offre d'enseignement entièrement en suédois, de l'école maternelle à l'université.
- Résultat : bien que seuls environ 5 % des Finlandais aient le suédois pour langue maternelle (5,1 % fin 2024), le système fonctionne. La minorité suédophone bénéficie de services complets, de sa propre radiotélévision publique (Svenska Yle), de ses propres universités (notamment Åbo Akademi) et d'une représentation institutionnelle.
Suisse : principe de territorialité + garanties fédérales
- Article 4 de la Constitution suisse : reconnaît quatre langues nationales (l'allemand, le français, l'italien et le romanche).
- Article 70 : les cantons déterminent leur langue officielle, mais doivent tenir compte de la « répartition territoriale traditionnelle » et des minorités linguistiques autochtones.
- Loi fédérale sur les langues (adoptée en 2007, en vigueur depuis 2010) : la Confédération soutient activement les cantons plurilingues et protège spécifiquement l'italien et le romanche.
- Droit à la langue : chaque citoyen peut communiquer avec l'autorité fédérale dans chacune des trois langues officielles.
- En pratique : Biel/Bienne (Berne) est officiellement bilingue (allemand/français) : tous les services sont offerts dans les deux langues, tous les documents sont bilingues et l'administration communale fonctionne dans les deux langues.
Tyrol du Sud (Italie) : autonomie constitutionnelle assortie de garanties linguistiques
- Le statut d'autonomie de 1972 (une loi constitutionnelle italienne) place l'allemand sur un pied d'égalité avec l'italien et protège le ladin.
- Test de bilinguisme (Patentino) : quiconque veut entrer dans la fonction publique au Tyrol du Sud doit être bilingue de manière démontrable (allemand et italien, selon le décret d'exécution D.P.R. 752/1976, du niveau A2 à C1 selon la fonction). Ce n'est pas un objectif facultatif mais une condition de sélection stricte.
- Représentation proportionnelle (Proporz) : les fonctions publiques sont réparties selon la part de chaque groupe linguistique, établie par le recensement linguistique (dernier en 2024).
- Résultat : le Tyrol du Sud est considéré au niveau international comme un des modèles les plus réussis de gouvernance plurilingue. Le groupe germanophone, minoritaire en Italie mais représentant 68,6 % de la population du Tyrol du Sud (2024), est pleinement protégé, alors même que l'Italie est un État largement unitaire.
1D. Problèmes et critiques
Du côté flamand :
- La législation linguistique à Bruxelles est devenue une « lettre morte ». Un non-respect systématique sans conséquences
- Le vice-gouverneur n'a pas de véritable pouvoir de sanction. Ses suspensions sont ignorées
- Le Gouvernement bruxellois (où les francophones sont majoritaires) n'a aucune volonté politique de faire respecter la loi linguistique
- Les partis flamands soulignent chaque année la dégradation que montrent les rapports annuels du vice-gouverneur
Du côté francophone :
- La réalité démographique de Bruxelles (81 % des Bruxellois connaissent le français, 22,3 % le néerlandais bien) rend un bilinguisme strict peu praticable
- La législation linguistique date d'une époque où les rapports de force à Bruxelles étaient différents
- Le régime des facilités dans la périphérie est perçu par certains francophones comme trop restrictif
Du côté de la société civile organisée (BRIO, universitaires) :
- L'internationalisation de Bruxelles crée un troisième défi : 10,5 % des Bruxellois ne parlent ni le néerlandais, ni le français, ni l'anglais (2024)
- Un cadre purement bilatéral NL/FR ne suffit plus. L'anglais et d'autres langues doivent entrer en ligne de compte
- Le système est bâti sur des droits collectifs (les groupes linguistiques), pas sur des droits individuels (les citoyens)
Traitement parlementaire :
- Des questions et débats parlementaires réguliers au Parlement flamand sur les carences du service en néerlandais à Bruxelles
- Le rapport annuel du vice-gouverneur est régulièrement évoqué dans des questions parlementaires, mais ses recommandations n'aboutissent pas à des changements structurels
- Selon un ministre bruxellois, le rapport annuel du vice-gouverneur n'a même pas été discuté au sein du Gouvernement bruxellois (2021)
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Les droits linguistiques sont par définition une question supralocale. Ils doivent être garantis au niveau constitutionnel, et non laissés à des communes qui les ignorent structurellement. La situation actuelle (des communes qui violent la loi linguistique) montre que le niveau inférieur échoue. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen ne peut pas voir qui est responsable de l'application. Le vice-gouverneur suspend, le Gouvernement bruxellois ignore, il n'y a pas de responsabilité claire. Le système est une construction fictive. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Il y a un découplage total : l'autorité fédérale fixe la loi linguistique, les communes doivent l'appliquer, le vice-gouverneur suspend, la Région doit annuler, et personne n'est responsable quand cela dérape. Aucune conséquence financière en cas de non-respect. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Le système de contrôle linguistique à Bruxelles est byzantin : vice-gouverneur, commission permanente, loi spéciale, lois coordonnées, loi bruxelloise, commissions communautaires (VGC, COCOF, COCOM) : aucun citoyen ne comprend qui fait quoi ni qui décide. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | La VGC (Commission communautaire flamande) fonctionne avec un budget et un personnel limités pour exercer des compétences communautaires au profit des néerlandophones, une minorité à Bruxelles (seuls 22,3 % des Bruxellois connaissent bien ou parfaitement le néerlandais, 2024). L'échelle suffit pour des services ciblés, mais pas pour une application structurelle des droits linguistiques. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Le système ne connaît pas de compétences concurrentes. La répartition des compétences est rigide et mène à des conflits de compétence. Le niveau fédéral est compétent pour la législation linguistique à Bruxelles, mais ne peut pas en imposer le respect au niveau communal. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Il existe des chiffres mesurables (vice-gouverneur), mais ils montrent depuis plus de 10 ans une dégradation sans la moindre réaction politique. Le système mesure la maladie mais refuse d'administrer le remède. Pas de KPI, pas de sanctions, pas de conséquences. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Les communes bruxelloises proposent des services en ligne via le guichet électronique régional IRISbox, mais personne ne vérifie systématiquement si la version néerlandophone des services numériques est complète et équivalente. Pas de suivi numérique systématique des droits linguistiques. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | La Finlande, la Suisse et le Tyrol du Sud montrent que des garanties linguistiques constitutionnelles assorties de mécanismes d'application fonctionnent bel et bien. La Belgique a les garanties sur papier mais n'a pas l'application. Le modèle belge est au niveau international un exemple d'école de ce qu'il ne faut pas faire. |
Synthèse : le système actuel obtient un résultat franchement mauvais sur 6 des 9 principes. Les trois principaux gains se situent au niveau de la Transparence (dire clairement qui est responsable), de l'Orientation résultats (une application avec des dents) et de l'Éprouvé à l'étranger (le modèle finlandais et sud-tyrolien comme référence).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Nouveau/réformé Ancrage constitutionnel des droits linguistiques individuels à Bruxelles, avec un organe d'application indépendant et des conséquences financières en cas de non-respect.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Ancrage constitutionnel des droits linguistiques individuels
- Un article de la Constitution (art. 6 de la Constitution HART) qui donne à chaque citoyen de la région bilingue de Bruxelles-Capitale le droit opposable d'être servi en néerlandais ou en français par toutes les autorités, tous les services publics et toutes les institutions subsidiées.
- Ce n'est pas un objectif politique mais un droit subjectif. Comparable à la section 17 de la Constitution finlandaise.
Un Commissaire linguistique indépendant pour Bruxelles (sur le modèle du Commissaire aux langues officielles du Canada et du Coimisinéir Teanga irlandais)
- Un organe indépendant, sélectionné sur score par l'Organe de nomination indépendant (art. 38 de la Constitution HART), sans accord par groupe linguistique : la Chambre ne connaît pas de groupes linguistiques (art. 33).
- Compétences : traitement des plaintes, recommandations contraignantes, pouvoir de sanction (annuler les nominations qui violent la loi linguistique et fixer les sanctions financières du point 4), rapport de monitoring annuel, possibilité de saisir le Conseil d'État en cas de violations structurelles (art. 50).
- Remplace le rôle du vice-gouverneur (qui peut seulement suspendre, pas imposer).
Obligation de bilinguisme assortie de conditions de sélection strictes (sur le modèle sud-tyrolien)
- Tous les fonctionnaires des services publics bruxellois doivent obtenir dans un délai raisonnable un certificat de bilinguisme (comparable au Patentino du Tyrol du Sud).
- Pas de certificat = pas de nomination définitive. Pas d'exceptions, pas de « tolérances temporaires ».
- Les tests linguistiques existants de BOSA (anciennement Selor) deviennent la norme, mais le taux de réussite doit augmenter grâce à un investissement linguistique obligatoire de l'employeur.
Des conséquences financières en cas de non-respect
- Les pouvoirs locaux bruxellois et les institutions publiques qui violent structurellement la législation linguistique perdent une partie de leur dotation de l'entité fédérée.
- À l'inverse : un financement bonus pour les administrations qui respectent la loi linguistique de façon exemplaire.
- Cela relie la responsabilité au financement. Principe 3.
Garantie linguistique numérique
- Tous les services publics numériques à Bruxelles (IRISbox, sites communaux, formulaires) doivent être disponibles intégralement et avec une qualité équivalente en néerlandais et en français.
- Audit numérique annuel par le Commissaire linguistique.
Ces droits individuels s'ajoutent aux garanties collectives pour les néerlandophones dans l'entité fédérée bruxelloise, que HART ancre aussi dans la Constitution (art. 6) : au moins un siège sur cinq au parlement bruxellois pour des membres néerlandophones (7 sur 33), un gouvernement avec un président et autant de membres néerlandophones que francophones, et un enseignement néerlandophone via le concordat néerlandophone, dans lequel Bruxelles siège avec un membre du gouvernement néerlandophone (art. 31). Pas de sonnette d'alarme : représentation, pas de veto (voir le Parlement bruxellois).
Vers quel niveau :
- L'ancrage constitutionnel est fédéral (révision de la Constitution).
- Le Commissaire linguistique opère au niveau fédéral mais spécifiquement pour la région bilingue.
- Les conséquences financières passent par les dotations de l'entité fédérée de Bruxelles, sur la base des constatations du Commissaire linguistique.
- L'obligation de bilinguisme vaut pour tous les niveaux de pouvoir qui opèrent à Bruxelles.
Modèle de référence international : combinaison du modèle finlandais (droit constitutionnel + suivi par le ministère de la Justice + Ombudsman + Rapport linguistique), d'un commissaire linguistique indépendant comme au Canada et en Irlande, et du modèle sud-tyrolien (test de bilinguisme obligatoire pour les fonctionnaires + représentation proportionnelle).
Impact estimé :
- Pas d'économie directe. C'est un investissement dans la sécurité juridique et l'égalité de traitement
- Un gain indirect, parce que la construction fictive actuelle (un vice-gouverneur qui prononce plus de 2.000 suspensions par an dont personne n'assure le suivi) est remplacée par un système qui fonctionne ; le coût du Commissaire linguistique est en partie couvert par la disparition du rôle de contrôle linguistique du vice-gouverneur
- À terme : de meilleurs services pour tous les Bruxellois, une confiance renforcée dans les pouvoirs publics
Trajet de mise en œuvre :
- Constitution : le droit linguistique et les garanties linguistiques bruxelloises figurent dans la Constitution HART (art. 6) ; une révision exige deux tiers à la Chambre et un vote citoyen avec une majorité des électeurs et des entités fédérées (art. 63)
- Loi sur le Commissaire linguistique : une loi fédérale, avec l'assentiment du Conseil des entités fédérées lorsqu'elle touche aux compétences ou aux finances de Bruxelles (art. 35)
- Loi de l'entité fédérée de Bruxelles : y intégrer les conséquences financières
- Période de transition de 5 ans pour l'obligation de bilinguisme (les fonctionnaires reçoivent le temps et les moyens de mettre leurs connaissances linguistiques à niveau)
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Garanties linguistiques constitutionnelles à Bruxelles. Nouveau
Chaque Bruxellois obtient un droit constitutionnel opposable d'être servi en néerlandais ou en français, avec un Commissaire linguistique indépendant pouvant imposer des sanctions. Parce qu'un droit sans application n'est pas un droit.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
La Belgique a sur papier un système étendu de législation linguistique. L'article 4 de la Constitution divise le pays en quatre régions linguistiques, dont Bruxelles est la seule bilingue. Les lois coordonnées sur l'emploi des langues en matière administrative prescrivent que tous les services publics bruxellois doivent être bilingues. Il existe un vice-gouverneur qui veille au respect de ces règles par les communes et les CPAS.
Ce qui ne va pas
Le bilinguisme de Bruxelles est devenu une fiction. En 2024, seuls 15,4 % de tous les recrutements et nominations dans les communes et les CPAS bruxellois étaient en règle avec la loi linguistique. Dans les CPAS, cela descend à 6,8 %. En 2024, le vice-gouverneur a suspendu 2.180 désignations. Mais les autorités bruxelloises n'en ont pas annulé une seule. Zéro. Aucune suite.
Entre-temps, le BRIO Taalbarometer de 2024 montre que seuls 22,3 % des Bruxellois parlent encore bien le néerlandais, un tiers de moins qu'en 2000 (33 %). Et 27,6 % ne parlent pas du tout le néerlandais, plus que jamais. Le droit d'être servi en néerlandais ? Lettre morte.
Le problème central : la loi linguistique est une loi ordinaire, pas un droit fondamental. Le vice-gouverneur peut suspendre mais pas sanctionner. Il n'y a pas de conséquences financières pour les communes qui ignorent structurellement la loi. Le système mesure les dégâts mais ne répare rien.
Comment cela fonctionne ailleurs
La Finlande montre que c'est possible autrement. La Constitution finlandaise (section 17) ancre le finnois et le suédois comme langues nationales, non comme objectif politique mais comme droit fondamental opposable. Sur les 308 communes finlandaises, 33 sont officiellement bilingues. Chacun peut s'adresser aux services de l'État et, dans les communes bilingues, dans les deux langues. Le gouvernement présente au parlement un Rapport linguistique à chaque législature et l'Ombudsman traite les plaintes. Résultat : la minorité suédophone (environ 5 % de la population) dispose de services pleinement fonctionnels, de son propre enseignement, de sa propre radiotélévision et d'une protection institutionnelle.
Au Tyrol du Sud (Italie), cela va encore plus loin. Quiconque veut entrer dans la fonction publique doit passer un test de bilinguisme : le Patentino. Pas de certificat, pas de nomination définitive. Les fonctions publiques sont réparties proportionnellement entre les groupes linguistiques. Le système fonctionne depuis le statut d'autonomie de 1972 et est considéré au niveau international comme LE succès de la gouvernance plurilingue.
Ce que HART propose
Cinq mesures concrètes :
Un droit linguistique constitutionnel. Un nouvel article de la Constitution qui donne à chaque citoyen à Bruxelles le droit opposable à des services publics en néerlandais ou en français. Pas une ambition politique. Un droit fondamental.
Un Commissaire linguistique indépendant. Un organe fédéral qui traite les plaintes, formule des recommandations contraignantes, peut annuler les nominations illégales et imposer des sanctions, fait rapport chaque année et peut saisir le Conseil d'État en cas de violations structurelles. Le vice-gouverneur, qui peut suspendre mais pas imposer, est remplacé par un organe doté d'un vrai pouvoir.
Un test de bilinguisme obligatoire pour les fonctionnaires. Sur le modèle sud-tyrolien : pas de certificat, pas de nomination définitive. Pas d'exceptions, pas de « tolérances temporaires ». L'employeur investit dans des cours de langue et le fonctionnaire dispose de cinq ans pour obtenir le certificat.
Des conséquences financières. Les pouvoirs locaux qui violent structurellement la loi linguistique perdent une partie de leur dotation de l'entité fédérée. Les administrations qui la respectent de façon exemplaire reçoivent un financement bonus. Qui est responsable de la politique linguistique le sent dans son budget.
Une garantie linguistique numérique. Tous les services publics numériques bruxellois doivent être disponibles intégralement et avec une qualité équivalente en néerlandais et en français, audités chaque année par le Commissaire linguistique.
Ces droits individuels s'ajoutent aux garanties collectives pour les néerlandophones dans l'entité fédérée bruxelloise : 7 des 33 sièges garantis, un gouvernement avec autant de membres néerlandophones que francophones et un enseignement néerlandophone via le concordat néerlandophone. Pas de sonnette d'alarme : représentation, pas de veto.
Ce que cela rapporte
Ce n'est pas une économie mais un investissement dans la sécurité juridique. Cela met bien fin à une situation absurde : un vice-gouverneur qui prononce chaque année plus de 2.000 suspensions dont personne n'assure le suivi, c'est du gaspillage d'argent public et de confiance. Un système qui fonctionne est plus efficace qu'un système fictif.
Pour le Bruxellois néerlandophone, cela signifie : obtenir enfin le droit auquel il a droit depuis des décennies. Pour le Bruxellois francophone : de la clarté sur ce que les pouvoirs publics doivent fournir. Pas d'arbitraire mais une norme. Pour tous les Bruxellois : des pouvoirs publics qui font ce qu'ils promettent.
Phase 5 : sources
| # | Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Belgische Grondwet. Volledige tekst | https://www.senate.be/doc/const_nl.html | En continu | Art. 4, 30, 54, 99, 129, 130, 143. Cadre juridique des régions linguistiques et des mécanismes de protection |
| 2 | BRIO Taalbarometer 5. Factsheet | https://www.briobrussel.be/node/19094 | 2024 | Constats généraux du Taalbarometer 5 (connaissance des langues, plurilinguisme, enseignement) |
| 3 | BRIO. Taalbarometer 4: De talen van Brussel | https://www.briobrussel.be/node/14763 | 2018 | Division par deux de la connaissance du néerlandais entre 2001 et 2018 |
| 4 | VRT NWS. Nieuwe taalbarometer | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/05/15/nieuwe-taalbarometer-stijgend-aantal-brusselaars-kent-frans-n/ | mai 2024 | Néerlandais 22,3 % (2024), 33 % (2000), 16 % (2018) ; français 81 % ; anglais 47 % ; 10,5 % ne connaissent aucune des trois langues |
| 5 | BRUZZ. Ambtenaren steeds minder tweetalig | https://www.bruzz.be/actua/samenleving/ambtenaren-steeds-minder-tweetalig-toezicht-brusselse-regering-heeft-gefaald-2024 | juin 2024 | Rapport annuel 2023 du vice-gouverneur : 3.758 dossiers, 552 conformes, 2.315 suspensions |
| 6 | BRUZZ. Brusselse taalwet blijft dode letter | https://www.bruzz.be/actua/samenleving/brusselse-taalwet-blijft-dode-letter-2180-benoemingen-krijgen-schorsingsadvies | mai 2025 | Rapport annuel 2024 du vice-gouverneur : 2.180 suspensions, aucune annulation |
| 7 | BRUZZ. N-VA: schending taalwetgeving | https://www.bruzz.be/politiek/n-va-schending-taalwetgeving-fait-divers-voor-brusselse-regering-2021-09-24 | 2021 | Rapport annuel du vice-gouverneur non discuté au sein du Gouvernement bruxellois |
| 8 | Vlaams Parlement. Gebrekkige Nederlandstalige dienstverlening in Brussel | https://www.vlaamsparlement.be/nl/gebrekkige-nederlandstalige-dienstverlening-brussel | 2020-2021 | Questions et débats parlementaires, notamment sur le rapport annuel du vice-gouverneur (30 juin 2021) |
| 9 | Vlaams Parlement. Conflicten tussen overheden | https://www.vlaamsparlement.be/nl/over-ons/conflicten-tussen-overheden-belgie-en-hoe-die-voorkomen-opgelost-worden | En continu | Fonctionnement du conflit d'intérêts |
| 10 | Vicegouverneur van het administratief arrondissement Brussel-Hoofdstad. Jaarverslag 2024 | https://vicegouverneurbru.be/jaarverslagen/2024NL.pdf | 2025 | 3.639 dossiers, 560 conformes (15,4 %), communes 25,0 %, CPAS 6,8 %, 2.180 suspensions, aucune annulation (compétence du Gouvernement bruxellois et du Collège réuni ; Conseil d'État) ; série 2011-2024 (1.092 suspensions en 2014, 2.371 en 2022) ; contractuels 7,9 % conformes ; 7,6 % de recrutements néerlandophones |
| 11 | Wet van 15 juni 1935 op het gebruik der talen in gerechtszaken (Justel) | https://www.ejustice.just.fgov.be/img_l/pdf/1935/06/15/1935061501_N.pdf | En continu | Parité linguistique à la Cour de cassation (art. 43quater) |
| 12 | Adjunct van de Gouverneur. Taalwetgeving | https://www.adjunctvandegouverneur.be/taalwetgeving | En continu | Liberté linguistique (art. 30 de la Constitution) et lois coordonnées du 18 juillet 1966 |
| 13 | BRIO. Taalwetgeving Brussel | https://www.briobrussel.be/node/12896 | En continu | Aperçu de la législation linguistique dans le contexte bruxellois |
| 14 | Fins ministerie van Justitie. Linguistic rights | https://oikeusministerio.fi/en/linguistic-rights | En continu | Section 17 de la Constitution finlandaise, droit à un service dans sa propre langue |
| 15 | Fins ministerie van Justitie. Finnish and Swedish | https://oikeusministerio.fi/en/finnish-and-swedish | En continu | Rapport gouvernemental quadriennal sur l'application de la législation linguistique ; Ombudsman parlementaire et Chancelier de Justice comme autorités de contrôle |
| 16 | Finse Taalwet 423/2003 (Engelse vertaling, Finlex) | https://www.finlex.fi/api/media/statute-foreign-language-translation/688467/mainPdf/main.pdf?timestamp=2003-06-05T21:00:00.000Z | 2003 | Seuil de 8 % ou 3.000 habitants, droits à l'égard des pouvoirs publics, contrôle (section 36), Rapport linguistique (section 37) |
| 17 | Forum Helveticum. Die schweizerische Verfassung und die Sprachen | https://forum-helveticum.ch/en/2016/12/die-schweizerische-verfassung-und-die-sprachen/ | 2016 | Modèle suisse art. 4 et art. 70, loi sur les langues 2007/2010 |
| 18 | About Switzerland. Multilingualism | https://www.aboutswitzerland.eda.admin.ch/en/multilingualism | En continu | Politique linguistique suisse en pratique, Biel/Bienne |
| 19 | Finse regeringsverordening 1385/2022 over de taalstatus van de gemeenten 2023-2032 (Finlex) | https://www.finlex.fi/fi/lainsaadanto/2022/1385 | 2022 | 33 communes bilingues en 2023-2032 |
| 20 | Provincie Bozen. Autonomy in South Tyrol | https://home.province.bz.it/en/autonomy | En continu | Statut d'autonomie de 1972, proportionnalité dans les fonctions publiques |
| 21 | Autonomy Experience Südtirol | https://www.autonomyexperience.org/en/south-tyrol/ | En continu | Partage du pouvoir et représentation proportionnelle |
| 22 | ECMI. 50 Years of South Tyrolean Autonomy | https://www.ecmi.de/infochannel/detail/ecmi-minorities-blog-50-years-of-south-tyrolean-autonomy | 2022 | Évaluation des 50 ans du statut d'autonomie |
| 23 | VGC. Vlaamse Gemeenschapscommissie | https://www.vgc.be/wie-zijn-wij/vlaamse-gemeenschapscommissie | En continu | Compétences et structure de la VGC |
| 24 | Brussels-Capital Region. Community commissions | https://be.brussels/en/about-region/structure-and-organisations/community-associations-and-committees | En continu | Structure et compétences de la VGC, de la COCOF et de la COCOM |
| 25 | Belgische Grondwet. Staatshervorming | https://www.belgischegrondwet.be/themas/staatshervorming-en-grondwetswijziging | En continu | Historique des réformes de l'État et des révisions de la Constitution |
| 26 | Tracé Brussel. Nieuwe Taalbarometer 2024 | https://trace.brussels/nieuws/nieuwe-taalbarometer-van-brussel-2024 | mai 2024 | 22,3 % bien ou parfaitement le néerlandais, 27,6 % absolument pas de néerlandais (niveau record), 81,0 % français, 46,9 % anglais, 10,5 % aucune des trois langues |
| 27 | Statistics Finland. Municipalities 2026 | https://stat.fi/en/luokitukset/kunta/kunta_1_20260101 | 2026 | 308 communes finlandaises |
| 28 | Statistics Finland. Finland in Figures 2025 | https://otos.stat.fi/server/api/core/bitstreams/f814d535-d394-411b-b813-daea6e78ead3/content | 2025 | Suédois langue maternelle : 5,1 % de la population (fin 2024) |
| 29 | ASTAT. Risultati Censimento linguistico 2024 | https://astat.provincia.bz.it/it/pubblicazioni/risultati-censimento-linguistico-2024 | 2024 | Groupes linguistiques du Tyrol du Sud : allemand 68,61 %, italien 26,98 %, ladin 4,41 % |
| 30 | Autonome Provincie Bozen. Zweisprachigkeitsprüfungen (FAQ) | https://zweisprachigkeitspruefungen.provinz.bz.it/de/faq | En continu | Certificat de bilinguisme (D.P.R. 752/1976), niveaux A2 à C1 |
| 31 | An Coimisinéir Teanga. About the Acts | https://www.coimisineir.ie/faoi-na-hachtanna?lang=EN | En continu | Commissaire linguistique irlandais indépendant (Official Languages Act 2003), traite les plaintes |
| 32 | Canada. Official Languages Act, deel IX | https://laws-lois.justice.gc.ca/eng/acts/O-3.01/page-5.html | En continu | Le Commissaire aux langues officielles du Canada enquête sur les plaintes (art. 58) |
| 33 | Brussels Hoofdstedelijk Gewest. IRISbox | https://be.brussels/en/about-region/values-budget-and-strategy/transparency-free-access-information/irisbox-electronic-service-counter-government-agencies | En continu | Guichet électronique régional pour les 19 communes |
| 34 | Werken voor België (FOD BOSA). Taaltesten en -certificaten | https://werkenvoor.be/nl/testen-en-certificaten/taal | En continu | Tests et certificats linguistiques fédéraux en matière administrative (anciennement Selor) |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)