Collège des cours et tribunaux : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : pouvoir judiciaire et organes constitutionnels Statut : 🟠 Réformé : vers un organe de gestion pleinement autonome (modèle néerlandais)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Collège des cours et tribunaux est l'organe central de gestion du siège belge (la magistrature assise). Il a été créé par la loi du 18 février 2014 relative à l'instauration d'une gestion autonome pour l'organisation judiciaire. Cette loi est entrée en vigueur le 1er avril 2014, à l'exception des articles relatifs aux contrats de gestion et à la gestion financière propre (articles 21 à 27), qui n'entreront en vigueur qu'à une date fixée par le Roi. Le premier Collège a été installé le 17 novembre 2014. Sa base juridique est l'article 181 du Code judiciaire.
Composition : le Collège est composé de manière paritaire sur le plan linguistique et compte douze membres : dix magistrats chefs de corps qui représentent tous les comités de direction des cours et tribunaux belges, plus deux greffiers en chef (ajoutés par la loi du 26 décembre 2022). Il s'agit de :
- 3 premiers présidents de cours d'appel
- 1 premier président d'une cour du travail
- 3 présidents de tribunaux de première instance
- 1 président d'un tribunal de l'entreprise
- 1 président d'un tribunal du travail
- 1 président des juges de paix et des juges au tribunal de police
- 2 greffiers en chef
Les magistrats du Collège sont élus par leurs collègues chefs de corps pour un mandat de cinq ans, qu'ils cumulent, sans jeton de présence, avec leur mandat de chef de corps. La troisième période de mandat a débuté en novembre 2024.
Service d'appui : le Collège est soutenu par un service d'appui (article 183 C. jud., AR du 30 mars 2017) placé sous la direction d'un directeur. Il est passé de 25 ETP en 2019 à 75 ETP en 2024, soit environ 1,1 % du personnel du siège. Le service d'appui réunit l'expertise en matière de communication, d'ICT, de stratégie, de budget, de RH, de statistique et de gestion des processus. Selon le Collège lui-même, cette capacité de gestion reste inférieure aux 5 à 10 % habituels dans le secteur public.
Niveau de pouvoir : fédéral. Le Collège relève du pouvoir judiciaire mais dépend du SPF Justice pour le budget et l'infrastructure ICT.
Budget : le Collège ne gère pas de budget global propre. L'ordre judiciaire dans son ensemble (siège + parquet) dispose d'un budget qui fait partie du budget du SPF Justice. Le budget du SPF Justice s'élève à environ 2,84 milliards d'euros (budget initial 2026, prisons et Sûreté de l'État compris ; 2,74 milliards d'euros exécutés en 2024). L'ensemble des pouvoirs publics belges a dépensé 1,46 milliard d'euros en 2024 pour les tribunaux, soit environ 123 euros par habitant ou 0,2 % du PIB (Eurostat). Le budget ICT pour l'ensemble du SPF Justice est passé, à partir de 2020, d'environ 40 à 80 millions d'euros par an (le service d'encadrement ICT a liquidé 80,5 millions d'euros en 2023), pour un besoin estimé à au moins 84 millions d'euros. Selon le Collège, il est impossible de savoir quelle part en revient aux cours et tribunaux.
Personnel relevant du Collège : les cours et tribunaux comptent ensemble environ 5.745 membres du personnel effectifs (2024) : 1.527 magistrats et 4.218 greffiers et membres du personnel judiciaire, répartis dans environ 225 bâtiments en Belgique.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Fixer les lignes de politique générale pour le fonctionnement de toutes les cours et de tous les tribunaux
- Interlocuteur privilégié des pouvoirs publics pour les questions de gestion
- Mesure de la charge de travail et répartition des moyens entre les entités judiciaires
- Communication, gestion des connaissances, contrôle de la qualité
- Appui à l'informatisation et à la numérisation
- Politique RH et statistiques
Ce qu'il fait en réalité vs. ce qu'il devrait faire : Le Collège a été créé avec l'ambition d'une « gestion autonome » du pouvoir judiciaire. En pratique, le Collège reste largement dépendant du SPF Justice :
- Il n'a pas de budget propre qu'il pourrait gérer de manière autonome. Le ministre de la Justice et le SPF Justice décident de la répartition et de la gestion des moyens ; selon son propre rapport d'activités (2019-2024), le Collège intervient « essentiellement à titre consultatif », dans une situation de « cogestion ». Un financement par une dotation parlementaire s'est avéré non négociable pour le pouvoir exécutif (ministres de la Justice et du Budget).
- L'ICT est gérée par le SPF Justice, pas par le Collège. Le projet Phenix, un échec (2001-2007 ; l'État a réclamé 28 millions d'euros de dommages et intérêts au fournisseur Unisys et n'en a rien récupéré), et la numérisation laborieuse depuis lors illustrent le peu de prise qu'a le Collège sur sa propre numérisation.
- Le 16 juin 2021, le Collège a signé avec le ministre de la Justice un « protocole de coopération pour une justice mieux financée et mieux organisée dans la direction d'une gestion autonome ». Ce protocole n'est juridiquement pas contraignant, contrairement aux véritables contrats de gestion dans la sécurité sociale. Un avant-projet de loi sur la gestion autonome (2023) n'a jamais été déposé au parlement, faute d'accord politique.
- Le Collège demande depuis des années que le siège ait « une véritable voix au chapitre lorsque des choix sont faits et une visibilité sur les montants effectivement disponibles ». Un signe que cette participation n'existe pas.
Chevauchement : il existe un organe parallèle pour le ministère public : le Collège du ministère public. Les deux Collèges ont chacun leur propre service d'appui, ce qui conduit à des structures doubles pour les RH, l'ICT, la statistique, etc. Seul pour le personnel et l'organisation, un service d'appui commun au siège, au parquet et à la Cour de cassation est en cours de constitution.
Indicateurs de performance : le Collège a mesuré la charge de travail des juges (résultats de février 2024 : 43 % de juges en plus nécessaires pour traiter aussi rapidement que possible toutes les affaires entrantes), mais un modèle d'allocation qui répartit les moyens sur la base de cette mesure n'est pas opérationnel. Le rapport d'activités 2019-2024 montre que le Collège travaille principalement en inventoriant et en coordonnant, plutôt qu'en pilotant.
Audit de la Cour des comptes (2024) : en mai 2024, la VRT NWS a fait état d'un projet de rapport de la Cour des comptes qui qualifiait le comité de direction du SPF Justice de « défaillant », « passif et irresponsable ». Le rapport définitif (décembre 2024) constate qu'il n'existe pas de stratégie unique et cohérente pour la numérisation, que la gouvernance est insuffisante, que le comité de direction est resté « réservé » alors que la cellule stratégique du ministre jouait un rôle opérationnel important, et que le risque de fraude n'est « pas suffisamment maîtrisé ». Le Collège des cours et tribunaux en est la victime : il dépend d'un SPF qui n'assure lui-même aucune gouvernance ICT cohérente.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. Raad voor de Rechtspraak (créé en 2002) : Le modèle néerlandais est le point de référence le plus pertinent. Le Raad voor de Rechtspraak est un tampon entre le pouvoir judiciaire et le gouvernement. Le Conseil :
- Prépare le budget de la justice, attribue les budgets aux 11 tribunaux, aux 4 cours d'appel, au Centrale Raad van Beroep et au College van Beroep voor het bedrijfsleven, et supervise leur gestion (Wet op de rechterlijke organisatie, art. 91).
- Assure l'automatisation, l'hébergement, les questions de personnel et la gestion financière : autant de tâches qui restent en Belgique au SPF Justice.
- Compte trois à cinq membres, nommés pour six ans. Avec trois ou quatre membres, deux sont juges ; avec cinq membres, trois le sont ; les autres membres viennent obligatoirement de l'extérieur de la magistrature assise, par exemple avec une expérience de management (art. 84).
- A été délibérément conçu comme un tampon : le Conseil n'intervient jamais dans le traitement ou la décision des affaires, et le ministre ne peut donner que des indications générales sur la gestion, après l'avis du Conseil et avec publication au Staatscourant (art. 93 et 96).
Moyens : les Pays-Bas consacrent 0,3 % du PIB à leurs tribunaux (3,24 Mds €, environ 180 euros par habitant), la Belgique 0,2 % (1,46 Md €, environ 123 euros par habitant ; Eurostat, 2024).
Danemark. Domstolsstyrelsen (créé le 1er juillet 1999) : La Court Administration danoise est une institution indépendante qui a repris au ministère de la Justice la gestion des moyens, du personnel, des bâtiments et de l'IT des tribunaux. Cela a garanti une véritable séparation des pouvoirs sur le plan de la gestion.
- Dirigée par un conseil de 11 membres : 8 représentants des tribunaux (dont 5 juges), 1 avocat et 2 membres disposant d'une expertise particulière en management et en société.
- Responsable du budget, du personnel, des bâtiments et de l'IT de tous les tribunaux.
- Le ministre de la Justice n'a aucun pouvoir d'instruction et ne peut pas modifier les décisions du Domstolsstyrelsen.
Suède. Domstolsverket (depuis 1975) : La Swedish National Courts Administration est une agence publique qui appuie les tribunaux suédois en tant qu'organisation de services, notamment en matière de développement du personnel, de formation et d'information aux citoyens. C'est une agence du gouvernement, pas un conseil indépendant comme aux Pays-Bas ou au Danemark.
Allemagne : L'Allemagne n'a pas de Conseil de la magistrature. La gestion du pouvoir judiciaire relève des ministères de la Justice (fédéral et des Länder) ; les juges n'ont que des organes d'autogestion limités. Le Deutscher Richterbund plaide pour davantage d'autogestion. C'est le modèle que la Belgique applique en réalité encore, et il est aussi sous le feu des critiques en Allemagne même.
1D. Problèmes et critiques
Autonomie de façade : le Collège a été créé comme organe de gestion, mais il n'a pas d'autonomie budgétaire. Le SPF Justice tient les rênes. Le Collège est un organe consultatif qui se présente comme un organe de gestion.
Désastre ICT : la numérisation de la justice est un drame belge. Le projet Phenix (2001-2007) a échoué ; des 28 millions d'euros que l'État a réclamés à titre de dommages et intérêts, rien n'a été récupéré. Le plan de relance européen prévoyait d'ici 2026 près de 115 millions d'euros pour la numérisation de la Justice et le portail Just-on-Web est en ligne, mais plus de vingt ans après les premières tentatives, la Cour des comptes (2024) qualifie encore la Justice d'« organisation globalement fondée sur le papier », sans stratégie de numérisation cohérente et avec un risque de fraude « pas suffisamment maîtrisé ». Le système de gestion des dossiers JustCase a connu de graves problèmes de démarrage après son introduction fin 2025.
Structures doubles : le Collège des cours et tribunaux (siège) et le Collège du ministère public (parquet) ont chacun leur propre service d'appui. Ce sont deux bureaucraties parallèles pour les mêmes fonctions d'appui.
Pas d'expertise en management dans la direction : le Collège se compose exclusivement de magistrats et de greffiers. Il n'y siège aucun manager externe, aucun expert ICT, aucun spécialiste financier. Aux Pays-Bas, dans un Conseil de quatre membres, deux sont juges ; les deux autres viennent obligatoirement de l'extérieur de la magistrature assise.
Accords non contraignants : le protocole de coopération de 2021 n'est juridiquement pas contraignant. Le ministre peut s'en écarter sans conséquence.
Sous-financement et mauvaise gestion : la Belgique consacre 0,2 % du PIB à ses tribunaux (1,46 Md €, environ 123 euros par habitant), contre 0,3 % en moyenne dans l'UE et aux Pays-Bas (Eurostat, 2024). La mesure de la charge de travail de 2024 montre qu'il faut 43 % de juges en plus pour traiter aussi rapidement que possible toutes les affaires entrantes. Mais selon le Collège lui-même, le fait que les cadres ne soient pas complètement pourvus ne tient « pas seulement » à un manque de budget, mais aussi au fait que « les budgets ne sont pas toujours utilisés de manière optimale ». Tant que le SPF Justice répartit les moyens sans modèle d'allocation objectif, l'argent supplémentaire n'arrive pas là où il est nécessaire.
Déclaration du pouvoir judiciaire (2025) : le 27 juin 2025, les plus hauts magistrats du siège et du parquet (les premiers présidents de la Cour de cassation, des cours d'appel et des cours du travail, les procureurs généraux et le procureur fédéral) ont fait une déclaration commune. Ils ont souligné que les parquets souffrent d'« une pénurie aiguë de personnel » (lettre ouverte des quinze procureurs du Roi, 5 juin 2025) et que la charge de travail impose de faire des « choix douloureux » « entre les dossiers qui peuvent encore être traités et ceux qu'il faut laisser tomber ». Ils ont aussi rappelé le constat du Collège des cours et tribunaux (février 2024) selon lequel le nombre de juges « doit être sensiblement augmenté ».
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ Partiel | Le Collège se situe au bon niveau (fédéral, car les cours et tribunaux sont organisés au niveau fédéral), mais le pouvoir de décision réel se trouve au SPF Justice, un service exécutif, plutôt qu'au sein du pouvoir judiciaire lui-même. |
| 2 | Transparence | ❌ Échec | Le citoyen ne peut pas voir qui décide du budget de son tribunal. Les flux financiers passent par le SPF Justice, le Collège n'a aucune responsabilité budgétaire visible. Le Collège ne peut pas lui-même savoir quelle part du budget ICT revient aux cours et tribunaux. Le protocole de coopération n'est pas opposable. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ Échec | Fiscal gap classique : le Collège est responsable du fonctionnement des tribunaux mais n'a aucun contrôle sur le budget. Celui qui décide (le Collège) ne paie pas ; celui qui paie (le SPF, le ministre) ne décide pas au niveau opérationnel. |
| 4 | Simplicité | ❌ Échec | Deux Collèges parallèles (siège + parquet) avec chacun son propre service d'appui. Par-dessus, le SPF Justice qui gère l'ICT et le budget. Trois couches pour ce qu'un seul Conseil fait aux Pays-Bas. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ Partiel | Le service d'appui (75 ETP en 2024, environ 1,1 % du personnel) est trop petit pour soutenir professionnellement 5.745 membres du personnel répartis dans 225 bâtiments en matière de RH, d'ICT, de budget et de qualité. Le Collège souligne lui-même que la capacité de gestion habituelle dans le secteur public est de 5 à 10 %. De plus, le service d'appui n'a aucune compétence opérationnelle sur le budget et l'ICT. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ Partiel | Pas directement applicable (l'organisation des cours et tribunaux est fédérale), mais le Collège devrait recevoir plus de marge pour différencier l'organisation du travail par entité judiciaire. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ Échec | La charge de travail a été mesurée (2024), mais il n'existe pas de modèle d'allocation qui répartisse les moyens sur cette base. Des KPI sont mesurés mais ne sont pas systématiquement liés à des moyens ou à des sanctions. Le rapport d'activités 2019-2024 est principalement descriptif, pas orienté résultats. |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ Échec | Depuis 2001 et après des dizaines de millions d'euros, la numérisation de la justice n'est toujours pas au point. Phenix a échoué et, selon la Cour des comptes (2024), la Justice est encore « globalement une organisation fondée sur le papier ». Le Collège n'a pas de prise sur l'ICT. Celle-ci est au SPF, qui, selon la Cour des comptes, n'a pas de stratégie de numérisation cohérente. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ Échec | Les Pays-Bas (2002) et le Danemark (1999) ont depuis plus de vingt ans un organe de gestion autonome pour le pouvoir judiciaire ; la Suède a depuis 1975 une agence distincte pour les tribunaux. La Belgique suit en réalité encore le modèle allemand, où la gestion relève du pouvoir exécutif, un modèle critiqué jusqu'en Allemagne. |
Synthèse : 6 des 9 principes obtiennent un ❌ (échec), 3 un ⚠️ (partiel). Aucun principe n'obtient un ✅. Les gains les plus importants se situent au niveau de :
- Responsabilité = financement : autonomie budgétaire vers un Conseil du pouvoir judiciaire
- Numérique d'abord : compétence ICT retirée au SPF Justice
- Simplicité : fusion des deux Collèges et de leurs services d'appui
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : le Collège est transformé en un véritable Conseil du pouvoir judiciaire sur le modèle néerlandais et danois, avec une réelle autonomie budgétaire et une compétence opérationnelle.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Fusion : le Collège des cours et tribunaux et le Collège du ministère public sont réunis en un seul Conseil du pouvoir judiciaire (Conseil de la Justice / Rat für die Rechtsprechung). Un seul service d'appui, une seule direction ICT, une seule politique RH. Le Conseil gère toutes les cours et tous les tribunaux fédéraux (personnel, budget, bâtiments, ICT). La Cour de cassation en est exclue et obtient sa propre autonomie de gestion, selon le modèle néerlandais (la Cour suprême néerlandaise, le Hoge Raad, se situe elle aussi en dehors du Conseil).
Autonomie budgétaire : le Conseil reçoit un budget-enveloppe global directement du parlement (et non via le SPF Justice). Le Conseil répartit lui-même ce budget entre les entités judiciaires sur la base d'une mesure objective de la charge de travail.
Composition mixte : le Conseil se compose de 7 membres :
- 3 magistrats (élus par les magistrats)
- 1 greffier (élu par le personnel judiciaire)
- 3 membres externes disposant d'une expertise en management, en ICT et en finances (sélectionnés sur score après sélection ouverte par l'Organe de nomination indépendant, art. 38 de la Constitution HART)
La parité linguistique reste garantie. Mandat de 6 ans, renouvelable une fois.
Compétence ICT : toute l'ICT de l'ordre judiciaire est transférée du SPF Justice au Conseil. Le Conseil obtient sa propre direction ICT, avec un budget et un personnel suffisants.
Contrat de gestion contraignant : le Conseil conclut avec le ministre de la Justice un contrat de gestion juridiquement contraignant, assorti de KPI, de délais de traitement et d'objectifs de numérisation. Reddition de comptes annuelle au parlement.
Reddition de comptes permanente : le Conseil publie en continu un tableau de bord public reprenant les délais de traitement par tribunal, la satisfaction des usagers, le degré de numérisation et le budget par affaire ; en cas d'écart, la question est automatiquement mise à l'ordre du jour de la commission parlementaire compétente.
Vers quel niveau : fédéral : toutes les cours et tous les tribunaux restent fédéraux (art. 27 et 47 de la Constitution HART). Le Conseil est la première étape de la réforme de la Justice ; le reste de cette réforme figure dans l'audit du SPF Justice.
Modèle international : les Pays-Bas (Raad voor de Rechtspraak) + le Danemark (Domstolsstyrelsen).
Gain d'efficience estimé :
- Fusion de deux services d'appui : les frais de structure en double disparaissent, mais le résultat net est budgétairement neutre. Le service d'appui du siège comptait en 2024 75 ETP, à peine 1,1 % du personnel et en dessous des 5 à 10 % habituels de capacité de gestion dans le secteur public. Ce que la fusion libère va à la capacité de gestion dont a besoin un Conseil doté de son propre budget, de son ICT et de ses RH. Le coût du Conseil lui-même et le réinvestissement au sein de la Justice figurent dans l'audit du SPF Justice.
- Utilisation plus efficiente de l'ICT grâce à un pilotage direct (sans détour par le SPF) : difficile à chiffrer, mais le budget ICT d'environ 80 millions d'euros par an et les près de 115 millions d'euros du plan de relance européen doivent rapporter, et ne pas s'évaporer à nouveau comme avec Phenix
- Délais de traitement plus courts grâce à une gestion des moyens pilotée par la charge de travail : la mesure de la charge de travail existe, ce qui manque, c'est un Conseil qui répartit les moyens en conséquence
- Meilleure utilisation du budget existant (environ 123 euros par habitant pour les tribunaux, 2024) grâce à un management professionnel au lieu d'un pilotage bureaucratique
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1 : modification du Code judiciaire (articles 181 à 185), préparation de la fusion
- Année 2 : Conseil opérationnel, budget transféré, migration ICT lancée
- Années 3 à 5 : gestion pleinement autonome, contrat de gestion contraignant, première évaluation
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Collège des cours et tribunaux : réformé en Conseil du pouvoir judiciaire
La Belgique a un organe de gestion pour ses tribunaux qui n'a pas le droit de gérer. Nous en faisons un véritable Conseil du pouvoir judiciaire, avec un budget propre, une ICT propre et une véritable reddition de comptes.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Collège des cours et tribunaux a été créé en 2014 pour gérer les tribunaux de manière « autonome ». Il se compose de dix magistrats chefs de corps et de deux greffiers en chef, appuyés par un service d'appui de 75 ETP (2024). Le Collège coordonne le fonctionnement de 5.745 membres du personnel (1.527 magistrats et 4.218 greffiers et membres du personnel judiciaire) dans 225 bâtiments répartis dans toute la Belgique. Il existe en outre un Collège du ministère public distinct, avec son propre service d'appui.
Ce qui ne va pas
Le Collège a le titre d'organe de gestion mais pas les moyens. Les articles de la loi de 2014 relatifs à la gestion financière propre attendent une date fixée par le Roi ; dix ans après la loi, il n'y avait, selon le Collège lui-même, « pas encore de gestion pleinement autonome » (2024). Le ministre de la Justice et le SPF Justice décident du budget des tribunaux, le Collège donne des avis. L'ICT, cruciale pour une justice moderne, est réglée par ce même SPF. La Cour des comptes a constaté en 2024 qu'il n'y existe pas de stratégie de numérisation cohérente, que la gouvernance est insuffisante et que le risque de fraude n'est « pas suffisamment maîtrisé ». Le tristement célèbre projet Phenix (2001-2007) a échoué : des 28 millions d'euros que l'État a réclamés à titre de dommages et intérêts, rien n'est revenu. L'Europe a prévu près de 115 millions d'euros pour la numérisation de la Justice, mais plus de vingt ans après les premières tentatives, la Justice est encore, selon la Cour des comptes, « globalement une organisation fondée sur le papier ».
Le protocole de coopération que le Collège a conclu en 2021 avec le ministre n'est juridiquement pas contraignant. Le Collège demande depuis des années que les tribunaux aient « une véritable voix au chapitre » dans les choix budgétaires et une visibilité sur les montants effectivement disponibles. Le fait qu'il doive encore le demander dit tout. Pendant ce temps, il existe deux Collèges parallèles (siège et parquet) avec chacun son propre service d'appui qui exercent les mêmes fonctions d'appui. Et dans la direction, il n'y a aucun manager externe ni expert ICT : uniquement des magistrats et des greffiers.
La Belgique consacre 0,2 % du PIB à ses tribunaux, soit environ 123 euros par habitant, contre 0,3 % en moyenne dans l'UE (Eurostat, 2024). Selon sa propre mesure de la charge de travail, il faut 43 % de juges en plus. Mais plus d'argent ne suffit pas à régler le problème : le Collège constate lui-même que les budgets « ne sont pas toujours utilisés de manière optimale ». Qui répartit l'argent doit savoir où se trouve la charge de travail.
Comment cela fonctionne ailleurs
Les Pays-Bas ont créé en 2002 le Raad voor de Rechtspraak. Ce Conseil prépare le budget de la justice et répartit les budgets entre les tribunaux. Le Conseil assure l'ICT, l'hébergement, le personnel et la gestion financière. Point crucial : dans un Conseil de quatre membres, deux sont juges et les deux autres viennent obligatoirement de l'extérieur de la magistrature assise, ce qui laisse de la place à l'expertise en management. Le Conseil n'intervient jamais dans le traitement des affaires, et le ministre ne peut donner que des indications générales et publiques sur la gestion. Les Pays-Bas dépensent aussi davantage pour leurs tribunaux : 0,3 % du PIB.
Le Danemark est allé encore plus loin en 1999 : le Domstolsstyrelsen a repris au ministère de la Justice la gestion des moyens, du personnel, des bâtiments et de l'IT des tribunaux. Indépendant et dirigé de manière professionnelle, avec un conseil de onze membres, dont deux disposant d'une expertise particulière en management et en société. Le ministre n'a aucun pouvoir d'instruction et ne peut pas passer outre à leurs décisions.
La Suède a avec le Domstolsverket, depuis 1975, une agence distincte qui appuie les tribunaux.
Ce que HART propose
Nous fusionnons le Collège des cours et tribunaux et le Collège du ministère public en un seul Conseil du pouvoir judiciaire. Ce Conseil gère toutes les cours et tous les tribunaux fédéraux ; la Cour de cassation obtient sa propre autonomie de gestion. Le Conseil reçoit :
- Un budget-enveloppe propre, octroyé directement par le parlement, plus via le SPF Justice
- Une compétence complète sur l'ICT, les RH, les bâtiments et la gestion financière de l'ordre judiciaire
- Une direction mixte : trois magistrats, un greffier et trois experts externes en management, en ICT et en finances, à parité linguistique
- Un contrat de gestion juridiquement contraignant avec le ministre, assorti de KPI mesurables
- Une reddition de comptes numérique permanente : des chiffres publics en continu sur les délais de traitement, la satisfaction des usagers et le budget par affaire, avec un traitement parlementaire automatique en cas d'écart
Ce que cela rapporte
Un seul Conseil au lieu de deux Collèges avec deux services d'appui supprime des frais de structure en double. Ce gain va à la capacité de gestion dont a besoin un Conseil doté de son propre budget, de son ICT et de ses RH : avec 1,1 % du personnel (2024), le service d'appui du siège est déjà trop petit. Au net, la réforme est donc budgétairement neutre. Le vrai gain réside dans une utilisation plus efficace du budget existant. Si le pouvoir judiciaire peut piloter sa propre ICT, nous évitons des débâcles comme Phenix et les millions consacrés à la numérisation rapportent enfin. Un management professionnel dans la direction, pas uniquement des magistrats, assure une répartition du budget sur la base de la charge de travail plutôt que de schémas historiques. Et des KPI contraignants assortis d'une reddition de comptes parlementaire imposent des résultats : des délais plus courts, moins d'arriéré, une numérisation plus rapide. Les Pays-Bas et le Danemark prouvent depuis plus de vingt ans que cela fonctionne.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| Hoven & Rechtbanken. College | https://www.rechtbanken-tribunaux.be/nl/college | En continu | Composition (douze membres : dix chefs de corps et deux greffiers en chef), mandat de cinq ans, missions |
| Activiteitenverslag 2019-2024 College | https://www.rechtbanken-tribunaux.be/sites/default/files/publications/activiteitenverslag-2019-2024.pdf | 2024 | Personnel (5.745, dont 1.527 magistrats, 2024), 225 bâtiments, installation le 17 novembre 2014, service d'appui (75 ETP, 1,1 %), protocole de coopération du 16 juin 2021, avant-projet de gestion autonome (2023), cogestion, mesure de la charge de travail (43 % de juges en plus), budget ICT (80 M€, besoin de 84 M€), voix au chapitre dans les choix budgétaires |
| Wet van 18 februari 2014 (verzelfstandigd beheer) | https://etaamb.openjustice.be/nl/wet-van-18-februari-2014_n2014009085.html | 2014-03-04 (MB) | Création, entrée en vigueur le 1er avril 2014, exception pour la gestion financière, composition |
| FOD Justitie. Oprichting College | https://justitie.belgium.be/nl/nieuws/persberichten/college_van_hoven_en_rechtbanken_ziet_het_levenslicht | 2014 | Création, base juridique |
| Blauwdruk verzelfstandigd beheer (College) | https://www.tribunaux-rechtbanken.be/sites/default/files/media/col/files/blauwdruknl.pdf | 2017 | Proposition du Collège lui-même : contrat de gestion par analogie avec la sécurité sociale, dotation parlementaire |
| Rekenhof. Aansturing van de digitale transformatie van Justitie | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2025_01_AansturingDigitaleTransformatieJustitie.pdf | 2024-12 | Pas de stratégie cohérente, gouvernance, comité de direction réservé, risque de fraude, « papiergebaseerde organisatie », Phenix, près de 115 M€ de fonds européens, liquidations ICT de 80,5 M€ (2023) |
| VRT NWS. Ontwerpverslag Rekenhof FOD Justitie | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/05/20/rekenhof-audit-overheidsdienst-justitie-risico-op-fraude/ | 2024-05 | Citations du projet de rapport : « falend », « passief en onverantwoordelijk » |
| VRT NWS. Phenix-project mislukking | https://www.vrt.be/vrtnws/en/2021/10/04/failed-attempt-to-digitalise-belgian-legal-system-costs-28-milli/ | 2021-10-04 | Phenix 2001-2007, 28 M€, rien récupéré |
| Europese Commissie. Digital transformation of Justice (herstelplan) | https://reforms-investments.ec.europa.eu/projects/digital-transformation-justice-federal-state_en | En continu | Portail Just-on-Web en ligne |
| BRUZZ. Nieuw dossiersysteem Justitie hapert | https://www.bruzz.be/actua/justitie/pas-ingevoerde-dossierbeheersysteem-van-justitie-loopt-spaak-2026-01-16 | 2026-01-16 | JustCase : introduit en novembre 2025, graves problèmes de démarrage |
| Kamer. Algemene uitgavenbegroting 2026 (DOC 56 1280/001) | https://www.dekamer.be/FLWB/PDF/56/1280/56K1280001.pdf | 2026-01 | Budget du SPF Justice de 2,84 Mds € (2026), 2,74 Mds € exécutés (2024) |
| Eurostat. Overheidsuitgaven per functie (COFOG 03.3 rechtbanken) | https://ec.europa.eu/eurostat/api/dissemination/statistics/1.0/data/gov_10a_exp?format=JSON&lang=en&geo=BE&geo=NL&geo=DK&geo=SE&geo=EU27_2020§or=S13&na_item=TE&cofog99=GF0303&unit=MIO_EUR&unit=PC_GDP&time=2024 | 2024 | Belgique 1,46 Md € (0,2 % du PIB), Pays-Bas 3,24 Mds € (0,3 %), UE 0,3 % |
| Wet op de rechterlijke organisatie (NL) | https://wetten.overheid.nl/BWBR0001830 | En continu | Raad voor de rechtspraak : composition (art. 84), missions (art. 91), indications du ministre (art. 93), pas d'ingérence dans les affaires (art. 96) |
| ENCJ Factsheet Domstolsstyrelsen (DK) | https://www.encj.eu/images/stories/pdf/factsheets/domstolsstyrelsen_denmark.pdf | 2020 | Modèle danois : création le 1er juillet 1999, 11 membres (8 des tribunaux, dont 5 juges), pas de pouvoir d'instruction du ministre |
| Wikipedia. Danish Court Administration | https://en.wikipedia.org/wiki/Danish_Court_Administration | 2025 | Structure de direction, 11 membres, le ministre ne peut pas modifier les décisions |
| Wikipedia. Swedish National Courts Administration | https://en.wikipedia.org/wiki/Swedish_National_Courts_Administration | 2025 | Modèle suédois : agence depuis 1975, missions de service |
| Cambridge Core. German Judicial Self-Government | https://www.cambridge.org/core/journals/german-law-journal/article/german-judicial-selfgovernment-institutions-and-constraints/6C0EDAD79794CC792C5E7D34DFA14CD1 | 2019 | Modèle allemand : pas de Conseil, gestion au ministère, Richterbund pour davantage d'autogestion |
| Openbaar Ministerie. Verklaring rechterlijke macht | https://www.om-mp.be/nl/artikel/verklaring-van-vertegenwoordigers-van-rechterlijke-macht-oproep-tot-uitvoerende-wetgevende | 2025-06-27 | Pénuries de personnel, « choix douloureux », appel à davantage de juges |
| Openbaar Ministerie. Jaarverslag 2023 | https://www.om-mp.be/sites/default/files/Jaarverslag%202023.pdf | 2024 | Service d'appui du MP, service d'appui commun Personnel et Organisation |
| KB 30/03/2017. Steundienst College | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-30-maart-2017_n2017020335.html | 2017-03-30 | Base juridique du service d'appui |
Métadonnées
- Audit réalisé : 2026-03-29
- Économie estimée : budgétairement neutre (le gain de la fusion des deux services d'appui va à la capacité de gestion du Conseil du pouvoir judiciaire ; coût du Conseil et réinvestissement au sein de la Justice dans l'audit du SPF Justice)
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)