SPF Affaires étrangères : audit de la réforme de l'État
Date : 2026-03-28 Ligne : SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au Développement Catégorie : SPF (services publics fédéraux) Statut : 🟠 Réformé : rationaliser, démêler et moderniser
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Service public fédéral Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au Développement (SPF Affaires étrangères, en néerlandais : FOD Buitenlandse Zaken, BuZa) est le ministère fédéral responsable de la politique étrangère belge, des relations avec l'Union européenne, de la coopération au développement et de certains aspects du commerce extérieur.
Base juridique : AR du 8 mars 2002 portant création du SPF (réforme Copernic), auparavant le ministère des Affaires étrangères. Les carrières extérieure et consulaire ont un statut propre (AR du 21 juillet 2016 ; statut administratif et pécuniaire par l'AR du 19 avril 2024).
Niveau compétent : fédéral. Relève du ministre fédéral des Affaires étrangères ; le commerce extérieur et la coopération au développement ont souvent un ministre propre au sein du même SPF.
Personnel : 2.794 collaborateurs (octobre 2022). Parmi eux, 1.118 (40 %) travaillent à l'administration centrale à Bruxelles et 1.676 (60 %) dans les postes à l'étranger, dont 1.210 contractuels recrutés localement. Pour la présidence belge de l'UE (janvier-juin 2024), 105 collaborateurs temporaires ont été recrutés.
Réseau diplomatique : 113 postes dans le monde (2023 : ambassades, consulats généraux, consulats, bureaux diplomatiques et représentations permanentes auprès d'organisations internationales) + environ 315 consulats honoraires (2021).
Budget : le budget total exact du SPF (section 14 du budget fédéral) n'est pas disponible publiquement sous la forme d'un chiffre unique et clair. Le SPF gère toutefois des moyens très considérables :
- Coopération au développement (APD) : en 2024, la Belgique a consacré 3,2 milliards de dollars à l'APD, soit 0,48 % du RNB. En 2025, ce chiffre est tombé à 2,7 milliards de dollars ou 0,37 % du RNB (chiffres provisoires de l'OCDE), bien en dessous de l'objectif de 0,7 %. Ce montant couvre tous les canaux d'APD, y compris les moyens belges qui passent par Enabel (Enabel gère un portefeuille d'environ 500 M€ par an, dont au moins la moitié provient de l'État belge).
- Depuis 2025, le budget d'APD de la DGD baisse progressivement, avec une trajectoire pluriannuelle vers 25 % de moins en 2027 qu'en 2024 (OCDE, Donor Tracker).
Structure organisationnelle. 9 directions générales + directions d'état-major :
- DG Géo-économie et Diplomatie économique (DG ECO) Intérêts économiques belges à l'étranger
- DG Politique, Sécurité et Défense (DG PSD) Politique étrangère en matière de paix, de sécurité et de défense
- DG Coopération internationale (DG INT) Politique belge de développement, pilotage d'Enabel et de BIO
- DG Affaires européennes (DG EUR) Préparation et coordination de la politique européenne de la Belgique
- DG Affaires consulaires (DG C&V) Assistance consulaire aux Belges à l'étranger, visas, légalisations
- DG Affaires juridiques (DG JUR) Avis juridiques, droit des traités
- DG Personnel et Organisation (DG P&O) RH et gestion des carrières
- DG Budget et Contrôle de la gestion (DG B&B) Gestion financière
- DG Technologies de l'information et de la communication (DG ICT) Services informatiques
S'y ajoutent : les directions d'état-major Sécurité, Communication et Protocole, et les services du président du comité de direction.
1B. Que fait-il en pratique ?
Le SPF Affaires étrangères est une organisation triple qui combine trois domaines politiques distincts :
1. Diplomatie classique et politique étrangère :
- Gestion du réseau diplomatique (113 postes)
- Relations bilatérales avec tous les pays
- Diplomatie multilatérale : Conseil de sécurité de l'ONU (la Belgique en a été membre non permanent en 2019-2020), OTAN, OSCE
- Coordination de la politique européenne de la Belgique : plus de 545 réunions de coordination par an avec les départements fédéraux, les Communautés et les Régions. Particulièrement complexe en raison du principe « in foro interno, in foro externo »
2. Services consulaires :
- Assistance aux Belges à l'étranger (559.516 Belges inscrits à l'étranger, juin 2025)
- Traitement des visas
- Légalisation de documents
- Production des passeports (contrat de 105 M€ TVA comprise, attribué en 2020, durée maximale de 10 ans ; examiné par la Cour des comptes en 2023)
3. Coopération au développement :
- Pilotage stratégique de la politique de développement
- Gestion via Enabel (plus de 2.500 collaborateurs, ±500 M€/an, actif dans plus de 20 pays) et BIO (société d'investissement)
- Aide humanitaire
- La Belgique contribue à des fonds multilatéraux (Banque mondiale, UE, agences de l'ONU)
Chevauchements et morcellement. Le problème central :
La politique étrangère belge est l'une des plus morcelées au monde, en raison du principe constitutionnel « in foro interno, in foro externo » (art. 167 de la Constitution). Cela signifie :
- Chaque entité fédérée est exclusivement compétente pour les aspects internationaux de ses compétences internes. Enseignement, environnement, énergie, agriculture, culture. Pour chacun de ces domaines, les Régions et les Communautés mènent leur propre politique étrangère.
- La Flandre dispose de son propre Département Chancellerie et Affaires étrangères (depuis 2021, un seul département pour la chancellerie et la politique étrangère) avec 13 représentations diplomatiques du Gouvernement flamand (notamment à Paris, Londres, New York, Pretoria, Vienne, Rome et auprès de l'UE et de l'ONU). En outre, Flanders Investment & Trade (FIT) a son propre réseau de bureaux commerciaux.
- La Wallonie et la Communauté française ont ensemble Wallonie-Bruxelles International (WBI), avec 14 Délégations générales à statut diplomatique, plus l'AWEX avec plus de 90 postes économiques et commerciaux dans le monde.
- La Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) participe, via WBI, à la politique internationale en matière de culture et d'enseignement.
- Bruxelles dispose de sa propre agence, hub.brussels, pour le commerce extérieur et les investissements.
Résultat : dans beaucoup d'endroits du monde, la Belgique n'a pas une mais trois ou quatre représentations parallèles : l'ambassade fédérale, la délégation flamande, la délégation wallonne ou de la FWB, et parfois un bureau commercial distinct. La coordination passe par la Conférence interministérielle de la Politique étrangère (CIPE, accords de coopération de 1994), mais celle-ci ne parvient pas suffisamment à faire parler la Belgique d'une seule voix. L'exemple le plus connu d'échec de coordination est le CETA : en octobre 2016, la Wallonie, après une résolution du Parlement wallon, a refusé de donner les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer l'accord commercial de l'UE avec le Canada, ce qui a bloqué la signature par toute l'UE pendant près de deux semaines.
Indicateurs de performance et audits :
- Cour des comptes (décembre 2023) : audit du processus d'achat auprès de l'ADBA Affaires consulaires (marchés totalisant plus de 162 M€ hors TVA). Conclusion : ni l'ADBA ni le SPF n'ont de plan d'achat, d'inventaire des marchés publics ou de politique d'achat spécifique, et l'ADBA reçoit peu d'informations sur l'exécution des marchés à toutes les phases. Pour les concessions de visas, la Cour des comptes a constaté des lacunes dans les critères de sélection et d'attribution.
- Examen par les pairs du CAD de l'OCDE (2020) et évaluation à mi-parcours (2023) : éloges pour l'accent mis sur la pauvreté, les inégalités et les pays les moins développés ; la Belgique travaille via de nombreux canaux d'exécution et cherche encore à renforcer la cohérence entre eux, et davantage de flexibilité budgétaire augmenterait l'impact dans les pays fragiles. La Belgique a progressé sur six des dix recommandations de 2020, et a fait des progrès limités sur les quatre autres.
- Ratio d'APD : 0,48 % du RNB en 2024 et 0,37 % en 2025 (provisoire), bien en dessous de l'objectif de 0,7 %. Selon l'OCDE, la Belgique n'est pas sur la bonne voie pour atteindre son engagement de 0,7 % d'ici 2030.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas. Ministerie van Buitenlandse Zaken :
- Environ 150 postes diplomatiques pour le Royaume + environ 300 consuls honoraires (comparable à la Belgique, mais la population des Pays-Bas est supérieure de plus de 50 %)
- Différence cruciale : les Pays-Bas n'ont pas d'entités fédérées avec leur propre politique étrangère. Un ministère, un réseau diplomatique. Pas de représentations parallèles, pas de problème de coordination interne.
- Les Pays-Bas économisent eux aussi sur leur réseau de postes : le budget 2025 a réduit de 10 % les dépenses pour les ambassades et les consulats.
- Le commerce extérieur et l'aide au développement relèvent d'un ministre distinct, mais au sein du même ministère. Pas de morcellement organisationnel
Allemagne. Auswärtiges Amt :
- Modèle fédéral, mais les relations avec les autres États sont du ressort de la Fédération (art. 32 de la Grundgesetz). Les Länder sont entendus pour les traités qui les touchent et ne peuvent, dans le cadre de leurs compétences législatives, conclure des traités qu'avec l'accord du gouvernement fédéral. Ils n'ont pas de réseau diplomatique ; ils ont toutefois des représentations auprès de l'UE et parfois des bureaux économiques (la Bavière en compte plus de 30).
- Environ 230 postes dans le monde ; le service extérieur compte 13.627 collaborateurs (2025)
- La coopération au développement relève d'un ministère distinct (BMZ) doté de sa propre agence d'exécution (GIZ, plus de 24.500 collaborateurs fin 2024)
- La leçon pour la Belgique : même dans un pays fédéral, la politique étrangère reste fédérale, avec des garanties constitutionnelles pour l'apport des entités fédérées
Danemark. Udenrigsministeriet :
- Ministère intégré pour les affaires étrangères, le commerce et la coopération au développement
- État unitaire. Pas de morcellement
- Le Danemark atteint la norme des 0,7 % d'APD depuis plus de quarante ans (0,72 % du RNB en 2025, provisoire)
Suisse. EDA (Eidgenössisches Departement für auswärtige Angelegenheiten) :
- Fédérale et multilingue, mais les affaires étrangères sont du ressort de la Fédération (art. 54 de la Bundesverfassung)
- Les cantons peuvent conclure des traités dans le cadre de leurs compétences, mais pas contre le droit et les intérêts de la Fédération, et ils doivent d'abord informer la Fédération (art. 56 de la Bundesverfassung). Leurs contacts avec les gouvernements étrangers passent par la Fédération ; ils n'ont pas de réseau diplomatique propre
- Environ 170 représentations à l'étranger
- La coopération au développement (DEZA/DDC) se situe au sein du même département. Modèle intégré
- Crucial : la Suisse prouve qu'un pays fédéral multilingue peut garder la politique étrangère au niveau fédéral
1D. Problèmes et critiques
1. Morcellement et chevauchement. Le problème fondamental : La structure de l'État belge crée une situation unique : au moins 5 ministres sont impliqués dans la politique étrangère (le fédéral + 3 Régions et Communautés + Bruxelles), chacun avec sa propre administration, ses délégations et ses budgets. D'autres entités fédérées ont parfois des bureaux commerciaux à l'étranger, mais la combinaison de l'« in foro interno, in foro externo » avec l'équivalence de tous les gouvernements, sans hiérarchie, n'existe dans aucun autre pays fédéral (Clingendael, 2010). La règle de l'« in foro externo » devait permettre aux entités fédérées d'exercer aussi leurs compétences vers l'extérieur, mais l'effet est le morcellement, le chevauchement et l'échec de coordination.
2. Le blocage du CETA (2016) : Le Parlement wallon a adopté le 14 octobre 2016 une résolution contre la signature, et la Wallonie a refusé de donner les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer le traité commercial avec le Canada. La signature par toute l'UE a ainsi été bloquée pendant près de deux semaines. Cela a abîmé la réputation de la Belgique comme partenaire fiable de l'UE et a illustré la vulnérabilité structurelle du principe de l'« in foro externo ».
3. Critique de la Cour des comptes sur la politique d'achat (2023) : Pas de plan d'achat, pas d'inventaire des marchés publics, peu d'informations sur l'exécution, et des lacunes dans les concessions de visas. Le contrat des passeports, de 105 M€, a été attribué correctement selon la Cour des comptes, mais les critères de sélection et d'attribution doivent être réexaminés pour améliorer la concurrence.
4. APD en érosion : L'APD est passée de 0,48 % du RNB en 2024 à 0,37 % en 2025 (provisoire), soit une baisse de 21 % en termes réels, et le budget de la DGD continue de baisser jusqu'à 25 % de moins en 2027. La Belgique s'éloigne davantage de la norme des 0,7 %. Cela mine la crédibilité de la Belgique comme donateur et comme candidate à des fonctions internationales.
5. Critique académique sur la cohérence : Une publication dans les Cahiers de l'ISPOLE (2025) documente « Belgium's foreign policy amid federalization, decentralization, and fragmentation: the strive for coherence ». Une note d'orientation de l'Institut Egmont (novembre 2024) arrive au même constat : les mécanismes de coordination manquent de moyens pour absorber le morcellement croissant, et la Belgique doit parfois s'abstenir sur la scène internationale.
6. Réseaux diplomatiques parallèles : La Flandre (13 représentations + le réseau FIT), la Wallonie et la FWB (14 délégations WBI + plus de 90 postes de l'AWEX), Bruxelles (hub.brussels) : tout cela à côté des 113 postes fédéraux. Le coût total de tous ces réseaux parallèles réunis est opaque.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ Partiel | La politique étrangère relève du fédéral, mais le principe de l'« in foro externo » oblige les entités fédérées à mener leur propre politique étrangère pour leurs compétences. Le résultat est que la compétence se situe au mauvais niveau pour les matières des entités fédérées (trop haut) et que la coordination échoue. Pour la coopération au développement, la situation est différente : c'est, sous le traité de Lisbonne, une compétence partagée entre l'UE et les États membres, avec une marge de manœuvre belge réelle qui est insuffisamment utilisée pour suivre un cap propre sur le fond. |
| 2 | Transparence | ❌ Échec | Le citoyen ne peut pas voir qui est responsable de quel aspect de la politique étrangère. Au moins 5 ministres, plus de 4 administrations et des dizaines de représentations réparties entre le niveau fédéral et celui des entités fédérées. Le coût total ne se trouve nulle part en un seul endroit. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ Échec | L'autorité fédérale paie le réseau diplomatique, mais les entités fédérées utilisent aussi ce réseau pour leur propre politique étrangère (leurs attachés commerciaux sont souvent hébergés dans des postes fédéraux, accord de coopération du 17 juin 1994). Dans le même temps, les entités fédérées paient leurs propres délégations parallèles. Doubles coûts sans décompte commun. |
| 4 | Simplicité | ❌ Échec | C'est l'exemple type de la complexité institutionnelle. 113 postes fédéraux + 13 représentations flamandes + 14 délégations WBI + plus de 90 postes de l'AWEX + les réseaux de FIT et de hub.brussels. S'y ajoutent 9 directions générales, Enabel (2.500+ collaborateurs) et BIO. Absolument inexplicable à un jeune de 16 ans. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ Partiel | Le réseau fédéral de 113 postes est en soi d'une bonne taille pour un pays de 11,9 millions d'habitants (2026). Mais les réseaux régionaux parallèles sont chacun trop petits pour être professionnels. 13 représentations flamandes ou 14 délégations WBI n'atteignent pas la masse critique d'un service diplomatique à part entière. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ Échec | Le système belge n'est pas une compétence concurrente mais une compétence parallèle sans hiérarchie. Il n'existe pas de « règle de priorité » (comme en Allemagne, où Bundesrecht bricht Landesrecht). Le résultat est le blocage (CETA) au lieu de l'innovation. |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ Partiel | Le CAD de l'OCDE salue l'accent mis par la Belgique sur la pauvreté et les pays les moins développés (évaluation à mi-parcours 2023). Mais la Cour des comptes a constaté en 2023 des lacunes dans la gestion des achats des services consulaires, et le volume d'APD baisse (0,48 % du RNB en 2024, 0,37 % en 2025). Il n'y a pas de KPI publics pour le réseau diplomatique dans son ensemble. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ Partiel | Les services consulaires se numérisent progressivement. Le processus des passeports est en partie numérisé. Pour la politique d'achat et la gestion des contrats, les instruments pour suivre et piloter les marchés publics font défaut selon la Cour des comptes. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ Échec | Aucun autre pays fédéral ne combine « in foro interno, in foro externo » avec des gouvernements équivalents sans hiérarchie (Clingendael, 2010). L'Allemagne, la Suisse et l'Autriche, tous trois des pays fédéraux et/ou multilingues, gardent la politique étrangère fédérale ; les traités des entités fédérées y exigent l'accord fédéral ou ne peuvent pas aller à l'encontre des intérêts fédéraux. La Belgique est l'exception, pas la norme. |
Synthèse : 5× ❌ Échec, 4× ⚠️ Partiel, 0× ✅ Satisfait. Les gains les plus importants se situent au niveau de la simplicité (suppression des réseaux parallèles), de la transparence (un seul point de contact par pays) et de l'éprouvé à l'étranger (modèle fédéral sur l'exemple allemand et suisse).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé rationaliser et démêler en profondeur
3B. Proposition concrète
HART fait des réseaux parallèles un seul réseau diplomatique intégré sous direction fédérale. Les affaires étrangères sont fédérales (art. 27 de la Constitution HART), comme en Allemagne (art. 32 de la Grundgesetz) et en Suisse (art. 54 de la Bundesverfassung). Le principe « in foro interno, in foro externo » de l'art. 167 de l'actuelle Constitution disparaît : une entité fédérée conclut encore, dans ses compétences, des accords avec des États et des régions étrangers, mais seulement avec l'accord du gouvernement fédéral, et son parlement les approuve (art. 62). Concrètement :
Un seul réseau diplomatique sous direction fédérale. Les représentations flamandes parallèles (13), les délégations WBI (14), les postes à l'étranger de FIT et de l'AWEX (plus de 90 pour l'AWEX) et hub.brussels sont entièrement intégrés dans le réseau diplomatique fédéral. Fini les trois conseillers commerciaux au même salon.
Des desks des entités fédérées dans les ambassades. Les entités fédérées peuvent placer des collaborateurs dans le réseau fédéral (art. 62) : des collaborateurs qui défendent les intérêts des entités fédérées (commerce, culture, enseignement), financés par l'entité fédérée mais opérationnellement sous l'ambassadeur. Cela prolonge l'accord de coopération du 17 juin 1994, grâce auquel les attachés commerciaux régionaux peuvent déjà être hébergés dans des postes fédéraux.
Infrastructure partagée obligatoire. Là où plusieurs services sont actifs dans la même ville, ils partagent bureaux, administration et logistique via l'ambassade fédérale (modèle des « Belgium Houses »). Sur le plan opérationnel sous l'ambassadeur, sur le fond piloté par l'entité compétente.
Une seule voix belge. Les entités fédérées ne mènent plus de politique étrangère propre, mais pèsent via le Conseil des entités fédérées (qui remplace le Sénat). Pour les compétences des entités fédérées, le Conseil fixe la position belge dans l'UE à la majorité, et sans majorité le gouvernement fédéral ; un ministre fédéral s'exprime, un ministre d'une entité fédérée fait partie de la délégation (art. 59). Si un traité touche les entités fédérées, le Conseil donne aussi son accord ; aucun autre parlement ne l'approuve séparément (art. 61). Les plus de 545 réunions de coordination européenne par an sont remplacées par un Comité permanent de coordination de la politique étrangère (sur le modèle néerlandais BNC) qui prépare les positions, avec une concertation hebdomadaire et une procédure écrite pour les dossiers de routine.
En outre :
La coopération au développement reste fédérale. Enabel et BIO continuent d'exister et sont renforcées. Enabel devient le seul canal d'exécution de la coopération gouvernementale bilatérale : les programmes de développement régionaux parallèles y sont intégrés, et les moyens restent dans la coopération au développement. Le budget reçoit une trajectoire de croissance inscrite dans la loi vers 0,55 % du RNB (plus réaliste que 0,7 % à court terme).
Le SPF est rationalisé. De 9 directions générales à 6 :
- DG Diplomatie (fusion de la DG PSD et de la DG ECO)
- DG Europe
- DG Affaires consulaires (numérisation accélérée)
- DG Coopération internationale
- DG Affaires juridiques
- DG Gestion opérationnelle (fusion de P&O, B&B et ICT)
Modèle international : l'Allemagne (la politique étrangère est du ressort de la Fédération, les entités fédérées sont entendues et ne concluent des traités qu'avec l'accord du gouvernement fédéral) combinée avec la Suisse (pays fédéral multilingue à la diplomatie fédérale).
Gain d'efficience estimé :
- Un seul réseau diplomatique : économie estimée à 50-80 M€/an grâce à l'élimination du chevauchement, à l'infrastructure partagée et à la réduction des coûts de coordination
- Rationalisation interne du SPF : moins de frais de structure ; non chiffrée à part et non ajoutée aux 50-80 M€/an
- Une seule voix sur la scène internationale : non mesurable, mais stratégiquement crucial (pas de répétition du blocage du CETA)
Trajet de mise en œuvre :
- Fondement dans la Constitution HART : affaires étrangères fédérales (art. 27), un seul réseau diplomatique et accords des entités fédérées avec l'accord du gouvernement fédéral (art. 62), une seule voix belge dans l'UE et traités via la Chambre et le Conseil des entités fédérées (art. 59 et 61). Période de transition de 5 ans pour l'intégration complète des réseaux régionaux.
- Accords publics entre la fédération et les entités fédérées (art. 32) pour l'infrastructure partagée et les desks des entités fédérées
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SPF Affaires étrangères. Réformé La Belgique n'a pas une seule politique étrangère, mais au moins cinq. HART en fait un seul réseau diplomatique doté d'une réelle capacité d'action : un seul corps diplomatique sous direction fédérale, avec l'apport des entités fédérées mais sans diplomatie de l'ombre parallèle. Les entités fédérées placent leurs collaborateurs dans le réseau fédéral, et pour leurs compétences, le Conseil des entités fédérées fixe la position belge dans l'UE.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le SPF Affaires étrangères gère 113 postes diplomatiques dans le monde (2023) avec environ 2.800 collaborateurs (2022). Cela semble normal. Jusqu'à ce que vous réalisiez qu'à côté de cela la Flandre dispose de 13 représentations propres plus les bureaux commerciaux de FIT, la Wallonie et la FWB de 14 délégations WBI et de plus de 90 postes commerciaux de l'AWEX, et Bruxelles de sa propre agence d'exportation. Au total, il y a au moins cinq ministres ayant des compétences en matière de politique étrangère. La raison : un principe constitutionnel qui dit que chaque entité fédérée peut mener sa propre politique étrangère pour tout ce pour quoi elle est compétente en interne. Énergie, enseignement, environnement, culture. Pour chaque domaine, une petite voie étrangère distincte.
Ce qui ne va pas
Le résultat est un chaos que plus personne ne maîtrise. En octobre 2016, la Wallonie a refusé de donner les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour le traité commercial CETA avec le Canada, ce qui a bloqué la signature par toute l'UE pendant près de deux semaines. Une crise diplomatique internationale qui a abîmé la réputation de la Belgique. En 2023, la Cour des comptes a constaté que le service consulaire n'a pas de plan d'achat, ne tient pas d'inventaire de ses marchés publics et reçoit peu d'informations sur la manière dont ils sont exécutés. Entre-temps, l'aide au développement est tombée de 0,48 % du RNB en 2024 à 0,37 % en 2025 (bien en dessous des 0,7 % promis), et le budget de la DGD baisse progressivement jusqu'à 25 % de moins en 2027. Personne ne peut dire ce que coûtent, ensemble, tous ces réseaux étrangers parallèles. Ces chiffres n'existent tout simplement pas en un seul endroit.
Comment cela fonctionne ailleurs
L'Allemagne est un pays fédéral de seize Länder. Mais les relations avec les autres États sont du ressort de la Fédération. Les Länder sont entendus lorsqu'un traité les touche, et un traité propre n'est possible qu'avec l'accord du gouvernement fédéral. Ils n'ont ni ambassades ni délégations diplomatiques propres, tout au plus une représentation auprès de l'UE et des bureaux économiques. La Suisse, multilingue et fédérale avec 26 cantons, fait la même chose : un seul réseau diplomatique de la Fédération. Les Pays-Bas ont environ 150 postes diplomatiques et travaillent avec un seul ministère, sans bureaux régionaux parallèles. Le Danemark atteint la norme des 0,7 % d'APD depuis plus de quarante ans avec un ministère intégré. Tous ces pays parlent d'une seule voix à l'étranger, avec moins de complexité institutionnelle.
Ce que HART propose
Un seul réseau diplomatique sous direction fédérale, comme en Allemagne et en Suisse. Les affaires étrangères sont fédérales (art. 27 de la Constitution HART).
Un seul réseau. La règle de l'« in foro externo » disparaît. Tous les réseaux parallèles sont intégrés dans le réseau diplomatique fédéral. Des desks des entités fédérées apparaissent dans les ambassades : des collaborateurs qui défendent les intérêts des entités fédérées, financés par l'entité fédérée mais opérationnellement sous l'ambassadeur. Ils partagent des bureaux via l'ambassade. Le chevauchement disparaît : fini les trois conseillers commerciaux au même salon. Une entité fédérée conclut encore des accords avec des États et des régions étrangers, mais seulement avec l'accord du gouvernement fédéral (art. 62).
Une seule voix. Les entités fédérées ne mènent plus de politique étrangère distincte, mais pèsent via le Conseil des entités fédérées : pour leurs compétences, celui-ci fixe la position belge dans l'UE à la majorité, et sans majorité le gouvernement fédéral. Un traité qui touche les entités fédérées requiert l'accord du Conseil ; aucun autre parlement ne l'approuve séparément (art. 59 et 61). Les plus de 545 réunions de coordination européenne par an sont remplacées par un comité de coordination permanent sur le modèle néerlandais.
Le SPF lui-même est rationalisé, de 9 à 6 directions générales. Enabel et la coopération au développement restent fédérales : Enabel devient le seul canal d'exécution de la coopération gouvernementale bilatérale, sans programmes régionaux parallèles, et reçoit une trajectoire de croissance inscrite dans la loi vers 0,55 % du RNB.
Ce que cela rapporte
La fin du chevauchement, une infrastructure partagée et une diplomatie commerciale plus professionnelle, où trois conseillers n'abordent plus le même client au même salon. Une seule voix qui parle au nom de la Belgique, pas de répétition du blocage du CETA, et une économie de 50-80 millions d'euros par an. Un système transparent où le citoyen peut voir qui est responsable. Et une politique de développement plus crédible, avec une trajectoire de croissance réaliste mais contraignante. L'Allemagne et la Suisse prouvent que cela fonctionne, même pour des pays fédéraux et multilingues.
Phase 5 : sources
| # | Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| 1 | FOD Buitenlandse Zaken. Diensten en structuur | https://diplomatie.belgium.be/nl/over-ons/diensten-en-structuur | Structure de l'organisation : 9 directions générales et directions d'état-major |
| 2 | Staatsblad (via etaamb). KB van 8 maart 2002 houdende oprichting van de FOD Buitenlandse Zaken | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-08-maart-2002_n2001002133.html | Base juridique (réforme Copernic) |
| 3 | FOD BuZa. Cijfer oktober 2022: 2.794 medewerkers | https://diplomatie.belgium.be/nl/beleid/beleidsthemas/uitgelicht/cijfer-van-oktober-2022-2794-medewerkers-bij-onze-fod | Effectif et répartition administration centrale/postes 2022 |
| 4 | FOD BuZa. 105 medewerkers EU-voorzitterschap | https://diplomatie.belgium.be/nl/beleid/beleidsthemas/uitgelicht/cijfer-van-oktober-2023-105-medewerkers-aangeworven-voor-het-belgische-eu-voorzitterschap | Personnel temporaire présidence de l'UE 2024 |
| 5 | Rekenhof. Audit ADBA Consulaire Zaken (december 2023) | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_49_ABDA_Cons_Zak.pdf | Politique d'achat, contrat passeports de 105 M€ (attribué en 2020, 10 ans maximum), pas de plan d'achat ni d'inventaire |
| 6 | Rekenhof. Persbericht ADBA-audit (21 december 2023) | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2023_49_ABDA_Cons_Zak_Persbericht.pdf | Résumé des constats d'audit, 162 M€ de marchés examinés |
| 7 | OESO. Development Co-operation Profiles: Belgium (2026) | https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2025/06/development-co-operation-profiles_02ffa45c/belgium_561d9aeb/61c41549-en.pdf | APD de 2,7 Mds USD et 0,37 % du RNB en 2025 (provisoire), baisse de 21,4 %, budget de la DGD -25 % d'ici 2027, examen par les pairs 2020 et évaluation à mi-parcours 2023 |
| 8 | Donor Tracker. Belgium | https://donortracker.org/donor_profiles/belgium | Économie progressive de la DGD : 106 M€ (2025), 212 M€ (2026), 318 M€ (2027) par rapport à 2024 |
| 9 | FOD BuZa. Cijfer van februari 2023: 316 gebouwen in het buitenland | https://diplomatie.belgium.be/nl/beleid/beleidsthemas/uitgelicht/cijfer-van-februari-2023-onze-fod-gebruikt-316-gebouwen-het-buitenland | 113 postes (2023) |
| 10 | Clingendael Institute. Foreign Policy and Diplomacy of the Belgian Regions (2010) | https://www.clingendael.org/sites/default/files/pdfs/20100300_cdsp_discussion_paper_in_diplomacy_criekemans.pdf | « In foro externo » sans hiérarchie sans précédent dans les États fédéraux ; statut diplomatique des représentants régionaux |
| 11 | Cahiers de l'ISPOLE (Cairn.info). Belgium's foreign policy amid federalization (2025) | https://shs.cairn.info/revue-cahiers-ispole-2025-1-page-3?lang=en | Problème de cohérence de la politique étrangère belge |
| 12 | Egmont Institute. Belgium's Multilateral Policymaking (Policy Brief 365, november 2024) | https://www.egmontinstitute.be/app/uploads/2024/11/Edouard-Xia_Policy_Brief_365.pdf | Mécanismes de coordination sans moyens, abstentions |
| 13 | Forum of Federations. Belgian Federalism and Foreign Relations | https://forumfedorg.b-cdn.net/libdocs/Global_Dialogue/Booklet_5/BL5-en-be-MassartPierardBursens.pdf | Régime constitutionnel et mécanismes de coordination |
| 14 | Vlaamse overheid. Delegations of Flanders | https://www.vlaanderen.be/en/authorities/foreign-policy/delegations-of-flanders | 13 représentations du Gouvernement flamand |
| 15 | WBI. About us | https://www.wbi.be/en/about-us | 14 Délégations générales |
| 16 | Wallonie.be. Réseau d'attachés économiques et commerciaux de l'AWEX | https://www.wallonie.be/fr/demarches/solliciter-les-services-du-reseau-dattaches-economiques-et-commerciaux-de-lawex | Plus de 90 postes économiques et commerciaux |
| 17 | Enabel. Who we are | https://www.enabel.be/who-we-are/ | >2.500 collaborateurs, ~500 M€/an (au moins la moitié provenant de l'État belge), >20 pays |
| 18 | Rijksoverheid. Ambassades, consulaten en overige vertegenwoordigingen | https://www.rijksoverheid.nl/onderwerpen/ambassades-consulaten-en-overige-vertegenwoordigingen | Environ 150 postes, environ 300 consuls honoraires |
| 19 | Nederland. Budget Day 2024: besparingen ambassades | https://www.government.nl/latest/news/2024/09/18/budget-day-2024-lower-cutbacks-to-embassies-major-retrenchment-on-development-aid | Économie de 10 % sur les ambassades et les consulats (budget 2025) |
| 20 | Duitsland. Grundgesetz art. 32 | https://www.gesetze-im-internet.de/gg/art_32.html | Relations extérieures du ressort de la Fédération ; traités des Länder avec l'accord du gouvernement fédéral |
| 21 | Zwitserland. Bundesverfassung art. 54 en 56 (federale administratie, pdf) | https://www.bwo.admin.ch/dam/de/sd-web/qj-bsIfToBcC/bundesverfassung.pdf | Affaires étrangères du ressort de la Fédération ; traités cantonaux dans certaines limites |
| 22 | Departement Kanselarij en Buitenlandse Zaken. Toelichting fusie (Vlaams Parlement) | https://docs.vlaamsparlement.be/files/pfile?id=1693336 | Fusion de la Chancellerie et des Affaires étrangères (nouvel organigramme 2021) |
| 23 | FOD BuZa. Coördinatie van Europese Zaken | https://diplomatie.belgium.be/en/policy/coordination-european-affairs | Plus de 545 réunions de coordination par an |
| 24 | FOD BuZa. Cijfer van maart 2021: 116 posten | https://diplomatie.belgium.be/nl/beleid/beleidsthemas/uitgelicht/cijfer-van-maart-2021-116-posten | Environ 315 consulats honoraires |
| 25 | FOD BuZa. Cijfer van juni 2025: 559.516 Belgen wonen in het buitenland | https://diplomatie.belgium.be/nl/beleid/beleidsthemas/uitgelicht/cijfer-van-juni-2025-559516-belgen-wonen-het-buitenland | Belges inscrits à l'étranger |
| 26 | Samenwerkingsakkoord van 17 juni 1994 over de gewestelijke economische en handelsattachés (KU Leuven) | https://www.law.kuleuven.be/iir/nl/onderwijs/verdragen/swa/1994-06-17NL.pdf | Hébergement des attachés régionaux dans les postes fédéraux |
| 27 | Euronews. Wallonia says no to CETA (14 oktober 2016) | https://www.euronews.com/my-europe/2016/10/14/wallonia-says-no-to-ceta | Résolution du Parlement wallon contre la signature |
| 28 | Auswärtiges Amt. Mitarbeiterinnen und Mitarbeiter | https://www.auswaertiges-amt.de/de/aamt/auswdienst/mitarbeiter-node | 13.627 collaborateurs, environ 230 postes (2025) |
| 29 | GIZ. Mitarbeitende in Zahlen 2024 | https://berichterstattung.giz.de/2024/mitarbeitende-in-zahlen/ | 24.530 collaborateurs fin 2024 |
| 30 | Bayerisches Wirtschaftsministerium. Auslandsrepräsentanzen | https://www.stmwi.bayern.de/wirtschaft/internationalisierung/auslandsrepraesentanzen/ | Plus de 30 représentations économiques de la Bavière |
| 31 | EDA. Organisation und Geschichte | https://www.eda.admin.ch/eda/de/home/das-eda/organisation-deseda.html | Environ 170 représentations suisses |
| 32 | OESO. Development Co-operation Profiles: Denmark (2026) | https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2025/06/development-co-operation-profiles_02ffa45c/denmark_0163880e/49b42438-en.pdf | 0,72 % du RNB en 2025, au moins 0,7 % depuis plus de 40 ans |
| 33 | Oostenrijk. B-VG art. 16 (JUSLINE) | https://www.jusline.at/gesetz/b-vg/paragraf/artikel16 | Les traités des Länder requièrent l'approbation du gouvernement fédéral |
Métadonnées
- Économie estimée : 50-80 M€ par an à vitesse de croisière (un seul réseau diplomatique). La trajectoire de croissance de l'aide au développement est une dépense et en est distincte.
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)