SPF Chancellerie du Premier Ministre : audit
Date : 2026-03-29 Statut : 🟠 Réformé Catégorie : SPF (services publics fédéraux)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Service public fédéral Chancellerie du Premier Ministre (SPF Chancellerie) est la colonne vertébrale administrative du Premier ministre belge et du gouvernement fédéral. C'est le plus petit SPF en termes de personnel, mais politiquement le plus puissant : tout ce qui passe par le Conseil des ministres passe par la Chancellerie.
Base juridique : arrêté royal du 15 mai 2001, dans le cadre du plan Copernic qui a transformé les anciens « Services du Premier Ministre » (existant depuis 1918) en un service public fédéral moderne. À l'origine, il s'appelait « SPF Chancellerie et Services généraux » ; en 2002, ce nom a été modifié pour devenir le nom actuel.
Niveau de pouvoir : fédéral
Personnel (2025) :
- 248 collaborateurs (unités physiques)
- 193,4 ETP
- Niveau A (universitaire) : 106,3 ETP, plus de la moitié du personnel
- 74,2 % font usage du télétravail
- Répartition linguistique : ±130 néerlandophones, ±126 francophones (2023)
- Absentéisme pour maladie en 2024 : 4.056 jours de maladie et 7 jours d'accidents du travail
Budget : le SPF Chancellerie a sa propre section dans le budget fédéral (section 02) : environ 230 millions d'euros de crédits de liquidation dans le budget initial 2026. La plus grande partie n'est pas le fonctionnement propre de la Chancellerie, mais de l'argent qui transite par son budget : subventions aux trois institutions culturelles fédérales (ensemble environ 70 millions d'euros), obligations en tant que pays hôte d'organisations internationales (notamment les pensions d'anciens collaborateurs de l'OTAN, environ 31 millions d'euros), le Centre pour la Cybersécurité Belgique, le réseau ICT fédéral et les primes syndicales (environ 18 millions d'euros). Le fonctionnement propre et la communication gouvernementale sont répartis sur plusieurs postes budgétaires ; un total distinct n'est pas publié.
Président du comité de direction : Arlin Bagdat (depuis le 1er mai 2024)
Ministre compétent : le Premier ministre
Siège : rue de la Loi 16, 1000 Bruxelles (siège officiel du gouvernement depuis 1944)
Structure organisationnelle
Le SPF Chancellerie s'articule autour de deux directions opérationnelles et de services d'appui :
| Composante | Mission principale |
|---|---|
| DG Secrétariats & Coordination | Préparation du Conseil des ministres, conférences interministérielles, Comité de concertation, comités de négociation avec les syndicats, appui juridique |
| DG Communication externe | Communication gouvernementale, Belgium.be, news.belgium.be, campagnes d'information, communiqués de presse, événements, protocole |
| Services d'appui | ICT, Traduction, Personnel & Organisation, Budget & Contrôle de la gestion, Secrétariat & Logistique |
Relèvent en outre du SPF Chancellerie :
- Appui aux services créés auprès de la Chancellerie : soutien administratif et logistique notamment au Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB), à l'Institut fédéral pour le Développement durable (IFDD) et au Comité d'audit de l'administration fédérale. Le Service de la Simplification administrative (DAV), qui a succédé à la loi Only Once de 2014, relevait auparavant de la Chancellerie ; depuis le 1er novembre 2022, il se trouve au SPF BOSA.
- La tutelle sur trois institutions culturelles fédérales : Palais des Beaux-Arts (BOZAR), Orchestre national de Belgique et Théâtre royal de la Monnaie
- Belgium.be : le portail d'information central de l'autorité fédérale
1B. Que fait-il en pratique ?
Le SPF Chancellerie remplit quatre fonctions essentielles :
1. Organisation de la prise de décision : La DG Secrétariats & Coordination prépare le Conseil des ministres hebdomadaire : gestion de l'ordre du jour, procès-verbaux, suivi des décisions. Elle organise aussi le Comité de concertation (fédéral + entités fédérées), les conférences interministérielles et la négociation syndicale (Comité A). C'est le centre nerveux de la politique fédérale belge : sans ce service, le gouvernement ne peut pas fonctionner.
2. Coordination des politiques : La Chancellerie soutient le Premier ministre dans la coordination des politiques entre les SPF et entre le niveau fédéral et celui des entités fédérées. En pratique, cela signifie : encadrer les groupes de travail intercabinets, trancher les conflits, forger des compromis.
3. Communication gouvernementale : La DG Communication externe gère la communication gouvernementale pour l'ensemble de l'autorité fédérale :
- Belgium.be (portail d'information central)
- news.belgium.be (communiqués de presse)
- Campagnes d'information (sécurité, santé, fiscalité)
- L'unité Campagnes offre gratuitement son expertise aux autres SPF et négocie des réductions auprès des agences médias
4. Appui et tutelle : La Chancellerie fournit un soutien administratif et logistique aux services créés auprès d'elle (notamment le CCB et l'IFDD) et suit le budget et la gestion des trois institutions culturelles fédérales. La simplification administrative et le suivi de la loi Only Once (2014 : l'autorité fédérale ne demande les mêmes données qu'une seule fois) se trouvent depuis novembre 2022 au SPF BOSA.
Chevauchements et problèmes :
- La frontière entre le SPF Chancellerie (la fonction publique) et le cabinet du Premier ministre (l'état-major politique) est poreuse. En pratique, les collaborateurs de cabinet travaillent en étroite collaboration avec la Chancellerie, ce qui mine la séparation entre le politique et l'administration.
- La fonction de communication chevauche les services de communication des SPF individuels, qui disposent chacun de leurs propres équipes de communication.
- Belgium.be fonctionne comme portail central mais n'est pas intégré aux portails régionaux (Vlaanderen.be, Wallonie.be, Brussels.be).
- La loi Only Once ne vaut que pour les services fédéraux. Elle ne vaut pas pour les Régions, les Communautés et les communes, et il n'existe pas de règle contraignante pour l'ensemble des niveaux de pouvoir, si bien que les citoyens et les entreprises doivent encore souvent fournir les mêmes données à différents pouvoirs publics.
1C. Comparaison internationale
| Pays | Institution | Personnel | Particularités |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | Ministerie van Algemene Zaken | quelques centaines de collaborateurs | Le plus petit ministère. Dix raadadviseurs (fonctionnaires) appuient le Premier ministre. Pas de cabinets ministériels : les ministres travaillent directement avec les fonctionnaires et ont chacun un conseiller politique (le Premier ministre et les vice-Premiers ministres au plus deux). La Dienst Publiek en Communicatie (226 ETP en 2025) appuie tous les ministères en matière de communication ; le Rijksvoorlichtingsdienst (RVD) assure l'information sur la politique gouvernementale. |
| Allemagne | Bundeskanzleramt | ±900 collaborateurs (2024) | Bien plus grand, mais pour 83,5 millions d'habitants. Suit aussi la relation avec les 16 Bundesländer. Des Spiegelreferate (unités miroirs) suivent chaque ministère, de sorte que le Chancelier a une vue d'ensemble sur chaque domaine politique. Pas de cabinets ministériels. |
| Danemark | Statsministeriet | ±104 collaborateurs | Un record historique après l'élargissement depuis 2019. Traditionnellement maigre, avec une forte dépendance au ministère des Finances. |
| Belgique | SPF Chancellerie PM | ±248 (193 ETP) | Plus le cabinet du Premier ministre (37 collaborateurs en 2025). Coordination compliquée par 6 gouvernements et une répartition des compétences complexe. |
Différence cruciale : les cabinets ministériels
La différence fondamentale entre la Belgique et les Pays-Bas ou l'Allemagne est le système des cabinets ministériels. Aux Pays-Bas et en Allemagne, les ministres travaillent directement avec leurs hauts fonctionnaires. En Belgique, chaque ministre a son propre « cabinet » de collaborateurs politiques : 594 membres de cabinet au seul niveau fédéral en 2025 (838 en 2020). Les cabinets fédéraux coûtaient en 2018 environ 86,78 millions d'euros par an selon les estimations. Le gouvernement bruxellois comptait en 2026 298 membres de cabinet pour 1,26 million d'habitants (387 sous la législature 2019-2024).
Ce système mine le rôle des SPF (Chancellerie comprise) : la politique se fait en réalité dans les groupes de travail intercabinets, pas dans l'administration. Le plan Copernic (2000) voulait remplacer les cabinets par de petits secrétariats et des cellules stratégiques, mais cela n'a jamais été pleinement exécuté : les cabinets ont subsisté sous un nouveau nom.
Aux Pays-Bas, le Premier ministre a dix raadadviseurs ; ce sont des fonctionnaires, pas des nominations politiques, et ils ne sont donc pas comparables au système belge des cabinets. Le Ministerie van Algemene Zaken, avec quelques centaines de collaborateurs, fait ce que font chez nous ensemble le SPF Chancellerie (248), le cabinet du Premier ministre (37) et les services de communication.
1D. Problèmes et critiques
1. Une frontière floue entre politique et administration : Le SPF Chancellerie existe formellement comme service public indépendant, mais fonctionne en pratique comme le prolongement du cabinet du Premier ministre. L'arrêté royal du 29 octobre 2001 liait encore le mandat du président de la Chancellerie à la durée du mandat du Premier ministre ; le président entré en fonction le 1er mai 2024 a toutefois reçu un mandat de six ans, comme les présidents des autres SPF. Le mandat n'est donc pas le problème : le travail politique et le pilotage politique se trouvent dans le cabinet, pas dans l'administration.
2. La culture des cabinets mine le SPF : Le vrai travail politique se fait dans le cabinet, pas dans la Chancellerie. Les ±248 fonctionnaires de la Chancellerie sont régulièrement court-circuités par les collaborateurs de cabinet du Premier ministre (37 en 2025), qui ont un accès plus direct au Premier ministre. C'est un problème structurel qui touche tous les SPF, mais qui est le plus aigu à la Chancellerie.
3. Une communication fragmentée : Malgré le rôle central de communication de la DG Communication externe, chaque SPF a ses propres collaborateurs de communication. Belgium.be n'est pas intégré aux portails régionaux. Il n'existe pas de véritable plateforme de communication centrale qui couvre tous les niveaux de pouvoir.
4. Only Once échoue en pratique : La loi de 2014 est ambitieuse mais sans dents : elle ne vaut pas pour les Régions, les Communautés et les communes, et l'échange de données entre les intégrateurs de services des différents niveaux (notamment MAGDA en Flandre et la BCED en Wallonie) est incomplet.
5. Dépendance au consulting : La Cour des comptes a constaté que l'autorité fédérale a dépensé entre 2020 et 2022 2,52 milliards d'euros (TVA comprise) en consultance, dont 2,03 milliards d'euros pour l'informatique. Dans 78 % des 101 contrats examinés, le recours à des consultants était mal motivé ou pas motivé du tout. La Cour des comptes n'a trouvé aucune directive fédérale déterminant quand et pourquoi la consultance est utilisée.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ✅ | La coordination du Conseil des ministres fédéral et de la concertation interfédérale est par définition une mission fédérale. Cela relève bien de ce niveau. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | Les décisions du Conseil des ministres sont communiquées via news.belgium.be, mais la préparation (groupes de travail intercabinets, avis) est en grande partie invisible. Le mélange entre cabinet et administration rend flou qui décide. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le SPF est financé au fédéral et fonctionne au fédéral. C'est cohérent. Mais les frais de cabinet (au fédéral, environ 86,78 M€ en 2018 selon les estimations) sont difficiles à isoler des frais de fonctionnement des SPF qu'ils sont censés « soutenir ». Il n'existe pas de comptabilité claire du coût total de l'appareil de pilotage politique. |
| 4 | Simplicité | ❌ | La structure est inutilement complexe : SPF Chancellerie (les fonctionnaires) + cabinet du Premier ministre (le politique) + simplification administrative au SPF BOSA + services de communication de chaque SPF individuel. Aux Pays-Bas, le Ministerie van Algemene Zaken fait tout cela dans une seule organisation de quelques centaines de personnes. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Avec 193 ETP, la Chancellerie elle-même est compacte et professionnelle. Mais si l'on y ajoute le cabinet du Premier ministre (37 en 2025) et les équipes de communication des autres SPF, l'« appareil de coordination » total est bien plus grand que ce qui est justifiable pour un pays de 11,9 millions d'habitants (2026). |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | La Chancellerie organise le Comité de concertation (fédéral et entités fédérées), mais celui-ci décide par consensus et n'a aucun instrument pour sortir d'une impasse. Le système conduit à des négociations sans fin et à des blocages. Un système de compétences concurrentes (modèle allemand) rendrait superflue une grande partie de cette charge de coordination. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Il n'existe pas de KPI publics pour la Chancellerie. Le plan stratégique 2022-2024 fixait des objectifs internes, mais il n'y a pas d'évaluation publique des résultats (combien de lois coordonnées, délais de traitement du Conseil des ministres, efficience du Comité de concertation). La Cour des comptes peut examiner la gestion, mais il n'existe pas de rapport public régulier sur les performances. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Belgium.be existe, mais c'est un portail d'information et non une plateforme transactionnelle : vous ne pouvez pas y « faire affaire » avec les pouvoirs publics. La loi Only Once (2014) ne vaut qu'au fédéral. Avec CSAM, il existe une authentification fédérale unique, mais pas de guichet commun pour tous les niveaux de pouvoir. Comparez avec les Pays-Bas (MijnOverheid.nl) ou le Danemark (borger.dk) : la Belgique est à la traîne. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ✅ | Le concept d'une chancellerie compacte qui appuie le Premier ministre et organise le Conseil des ministres existe dans chaque pays comparable. Le modèle est éprouvé. Ce qui n'est pas éprouvé, c'est le système belge des cabinets qui se superpose à cela. |
Synthèse : le SPF Chancellerie obtient ses plus mauvais résultats en matière de Simplicité (❌) et d'Orientation résultats (❌). Le gain le plus important est à réaliser par : (1) la réduction du système des cabinets à un petit état-major politique et l'intégration de la préparation des politiques dans le sommet administratif (modèle néerlandais), (2) un véritable portail numérique public central, et (3) une mesure publique des performances.
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : la fonction subsiste (tout Premier ministre a besoin d'une chancellerie), mais elle est réorganisée en profondeur par : la réduction des cabinets ministériels à un petit état-major politique, l'intégration avec un Algemene Bestuursdienst renforcé, et un véritable mandat de numérique d'abord.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Réduction des cabinets ministériels : les ministres travaillent directement avec leurs hauts fonctionnaires, comme aux Pays-Bas et en Allemagne. Les cabinets fédéraux passent d'environ 600 collaborateurs (594 en 2025) à 65 au plus : au plus 5 collaborateurs politiques par ministre, pour 13 ministres au plus (art. 39 et 40 de la Constitution HART), exclusivement pour la coordination politique. D'abord, le Service belge d'administration générale (ABD) tourne deux à trois ans en projet pilote avec cinq SPF ; ce n'est qu'ensuite que les cabinets sont progressivement réduits. Un Bureau interministériel de coordination sous le Premier ministre (sur le modèle du Cabinet Office britannique) remplace les groupes de travail intercabinets. Économie : une partie de l'économie sur l'ensemble des cabinets (voir l'économie estimée ci-dessous).
Le SPF Chancellerie devient le « ministère des Affaires générales » : sur le modèle néerlandais. Il comprend : le secrétariat du Conseil des ministres, la coordination des politiques et la communication gouvernementale (équivalent du Rijksvoorlichtingsdienst). Le portail numérique public central est géré par l'entreprise publique d'applications (voir point 3). Personnel : ±300-350 ETP (légère croissance due à la reprise des tâches de communication d'autres SPF, mais économie nette grâce à la réduction des cabinets).
Un portail public national unique : Belgium.be, MyGov.be et les portails régionaux deviennent un seul portail public national (MijnOverheid/MonBelgique) pour tous les niveaux de pouvoir, avec une seule connexion et un seul tableau de bord, sur le modèle du borger.dk danois. Une entreprise publique d'applications, avec l'autorité fédérale et les entités fédérées comme actionnaires, gère l'unique application et l'unique site web (plan de numérisation). Tous les niveaux de pouvoir y sont obligatoirement raccordés. La loi Only Once vaut pour tous les niveaux de pouvoir.
Le Comité de concertation et les conférences interministérielles sont absorbés par le Conseil des entités fédérées (art. 35 de la Constitution HART) : les douze gouvernements des entités fédérées avec 42 voix pondérées, le gouvernement fédéral y siégeant sans voix. Une décision requiert 22 voix et 7 entités fédérées, sans veto linguistique. Si le Conseil refuse son accord à une loi fédérale, une commission de médiation de la Chambre et du Conseil cherche un accord dans les soixante jours, puis la Chambre décide en règle générale à la majorité des deux tiers, de sorte que chaque décision ne s'enlise pas dans une concertation sans fin. Le Conseil dispose de son propre secrétariat permanent de 30 à 40 personnes.
Mesure publique des performances : la Chancellerie publie chaque année un « État de l'exécution » (sur le modèle néerlandais) : combien de lois exécutées, combien de retard, combien de conflits de compétences résolus.
Modèle international : les Pays-Bas (Ministerie van Algemene Zaken) + la compacité danoise + le modèle allemand de coordination.
Économie estimée : non chiffrée séparément. La réduction des cabinets fédéraux, de 594 à 65 collaborateurs au plus (13 ministres avec chacun 5 au plus), fait partie de l'économie sur l'ensemble des cabinets (au plus environ 165 millions d'euros par an), qui est comptée une seule fois dans l'audit Cabinets ministériels, pas ici. Le SPF Chancellerie lui-même devient un peu plus grand (de 193 à ±300-350 ETP), mais il s'agit surtout de tâches de communication qui viennent d'autres SPF, pas d'un nouveau coût.
Trajet de mise en œuvre :
- Année 1-3 : cadre légal, ABD opérationnel en projet pilote avec cinq SPF, création du Bureau interministériel de coordination
- Année 2-4 : raccordement obligatoire de tous les niveaux de pouvoir au portail public national, extension de la loi Only Once
- Année 3-5 : réduction progressive des cabinets et transition complète vers le nouveau modèle
Phase 4/5 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SPF Chancellerie du Premier Ministre : Réformé La Chancellerie est transformée en un ministère des Affaires générales compact qui pilote réellement le gouvernement. Sans l'épaisse couche de collaborateurs de cabinet fédéraux (594 en 2025) qui ralentit le système, mais avec au plus 5 collaborateurs politiques par ministre.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le SPF Chancellerie du Premier Ministre est le centre nerveux administratif du gouvernement fédéral. Environ 248 fonctionnaires (193 ETP) préparent le Conseil des ministres hebdomadaire, coordonnent les politiques entre les services publics fédéraux, gèrent la communication gouvernementale via Belgium.be et news.belgium.be, et organisent la concertation entre le gouvernement fédéral et ceux des entités fédérées. La Chancellerie a été créée en 2001 dans le cadre de la réforme Copernic et est installée au 16 rue de la Loi.
Ce qui ne va pas
Le vrai problème n'est pas la Chancellerie elle-même, qui est relativement compacte, mais le système qui l'entoure. Au-dessus des 248 fonctionnaires, chaque ministre fédéral a son propre « cabinet » de collaborateurs politiques. En 2025, ils étaient 594 (838 en 2020) ; en 2018, les cabinets fédéraux coûtaient environ 87 millions d'euros par an selon les estimations. Ces cabinets reprennent le véritable travail politique des fonctionnaires. Les lois ne sont pas écrites par les SPF, mais dans des groupes de travail intercabinets. Les fonctionnaires de la Chancellerie sont court-circuités par les collaborateurs politiques du Premier ministre.
Le résultat : du travail en double, un manque de continuité (les collaborateurs de cabinet partent à chaque changement de gouvernement) et un affaiblissement de la fonction publique professionnelle. Le plan Copernic de 2000 voulait remplacer les cabinets par de petits secrétariats et des cellules stratégiques. Cela n'a jamais été pleinement exécuté : les cabinets ont subsisté sous un nouveau nom et comptaient encore 594 collaborateurs au fédéral en 2025.
Par ailleurs, la Belgique est à la traîne en matière de services numériques. Belgium.be est un portail d'information, pas une plateforme transactionnelle. La loi Only Once (2014), qui prévoit que les citoyens ne doivent donner la même information qu'une seule fois, ne vaut que pour les services fédéraux. Les Régions, les Communautés et les communes en sont exclues. Conséquence : les citoyens et les entreprises redonnent encore souvent les mêmes données à un autre pouvoir public.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, le Premier ministre dispose du Ministerie van Algemene Zaken : le plus petit ministère, avec quelques centaines de fonctionnaires qui organisent le Conseil des ministres, coordonnent les politiques et assurent la communication gouvernementale. Il n'y a pas de cabinets ministériels. Les ministres travaillent directement avec leurs hauts fonctionnaires, sélectionnés via l'Algemene Bestuursdienst (ABD), et ont chacun un conseiller politique. Dix raadadviseurs (fonctionnaires) et au plus deux conseillers politiques appuient le Premier ministre.
En Allemagne, le Bundeskanzleramt compte ±900 collaborateurs (2024) pour 83,5 millions d'habitants. Des Spiegelreferate (unités miroirs) suivent chaque ministère, de sorte que le Chancelier garde une vue d'ensemble sur chaque domaine politique. Ici aussi : pas de cabinets ministériels.
Le Danemark y arrive avec 104 collaborateurs au Statsministeriet pour 6 millions d'habitants.
La Belgique a, pour 11,9 millions d'habitants (2026) : 248 fonctionnaires à la Chancellerie + 594 collaborateurs de cabinet (au seul niveau fédéral, 2025) + des structures comparables aux niveaux flamand, wallon et bruxellois. Au total, tous cabinets confondus : environ 1.800 collaborateurs (2025-2026), selon les estimations 200 millions d'euros par an.
Ce que HART propose
La réduction des cabinets ministériels. Les ministres travaillent directement avec leurs hauts fonctionnaires, désignés sur la base de leurs compétences via un Organe de nomination indépendant et un Service belge d'administration générale (ABD). Chaque ministre peut désigner au plus 5 collaborateurs politiques, exclusivement pour la coordination politique (art. 40 de la Constitution HART). Le reste du travail politique est réalisé par l'administration, ce pour quoi elle est formée et payée. D'abord, l'ABD tourne deux à trois ans en projet pilote avec cinq SPF ; ce n'est qu'ensuite que les cabinets sont progressivement réduits. Un Bureau interministériel de coordination sous le Premier ministre remplace les groupes de travail intercabinets.
La Chancellerie devient un ministère des Affaires générales, sur le modèle néerlandais. Plus compact, mais avec davantage de compétences réelles : secrétariat du Conseil des ministres, coordination des politiques et communication gouvernementale (un seul service au lieu d'équipes de communication distinctes dans chaque SPF).
Un guichet public national unique. Belgium.be, MyGov.be et les portails régionaux deviennent un seul portail public national (MijnOverheid/MonBelgique) avec une seule connexion et un seul tableau de bord. Non seulement informatif, mais transactionnel, sur le modèle du borger.dk danois. Une entreprise publique d'applications de l'autorité fédérale et des entités fédérées gère l'unique application et l'unique site web. Tous les niveaux de pouvoir y sont obligatoirement raccordés. Only-once devient un droit opposable auprès de chaque pouvoir public : la fédération, les entités fédérées, les concordats et les communes (art. 44 de la Constitution HART).
Le Comité de concertation et les conférences interministérielles sont absorbés par le Conseil des entités fédérées. Les douze gouvernements des entités fédérées y décident à la majorité (22 des 42 voix pondérées et 7 entités fédérées), sans veto linguistique, avec un secrétariat permanent propre. En cas de refus, une commission de médiation de la Chambre et du Conseil intervient, puis la Chambre décide en règle générale à la majorité des deux tiers, de sorte que chaque décision ne s'enlise pas dans une concertation sans fin.
Une mesure annuelle des performances. La Chancellerie publie un « État de l'exécution » public : quelle part de la politique a été exécutée, ce qui prend du retard, où se situent les blocages. La transparence comme norme.
Ce que cela rapporte
- Une partie de l'économie sur l'ensemble des cabinets (au plus environ 165 millions d'euros par an) : les cabinets fédéraux passent d'environ 600 à 65 collaborateurs politiques au plus au total.
- Une prise de décision plus rapide : fini les groupes de travail intercabinets qui ont besoin de mois pour trouver un compromis.
- De meilleurs fonctionnaires : les hauts fonctionnaires sont désignés sur la base de leurs compétences, pas sur la base de leur couleur politique.
- Un seul guichet numérique pour tous les services publics. Une économie pour les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics eux-mêmes.
- Plus de continuité : les fonctionnaires restent, les collaborateurs de cabinet non. En replaçant la politique dans l'administration, le savoir ne se perd pas à chaque changement de gouvernement.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| FOD Kanselarij. Opdrachten | https://kanselarij.belgium.be/nl/opdrachten/ | Missions principales et structure |
| FOD Kanselarij. Wikipedia (NL) | https://nl.wikipedia.org/wiki/Federale_Overheidsdienst_Kanselarij_van_de_Eerste_Minister | Création (AR du 15 mai 2001), changement de nom en 2002, Services du Premier Ministre depuis 1918, rue de la Loi 16 depuis 1944, président du comité de direction depuis le 1er mai 2024 |
| Infocenter Belgium. FOD Kanselarij statistieken | https://infocenter.belgium.be/nl/statistieken/fod-kanselarij-van-de-eerste-minister | Chiffres du personnel 2025 : 248 UP, 193,4 ETP, niveau A 106,3 ETP, télétravail 74,2 % ; répartition linguistique 2023 ; jours de maladie 2024 ; missions et services créés auprès de la Chancellerie |
| FOD Kanselarij. Strategisch Plan 2022-2024 | https://fdn01.fed.be/strategisch_plan_2022-2024.def.pdf | Structure organisationnelle et objectifs |
| Werkenvoor.be. FOD Kanselarij | https://werkenvoor.be/nl/onze-werkgevers/fod-kanselarij-van-de-eerste-minister | Missions (Conseil des ministres, Comité de concertation, institutions culturelles, appui au CCB, à l'IFDD et au Comité d'audit) |
| FOD BOSA. Algemene uitgavenbegroting 2026, open data (DataSMB) | https://bosa.belgium.be/sites/default/files/content/documents/04%202026%20Copie%20de%20All_P08_Expenses_DataSMB_20260402%20V2.xlsx | Section 02 Chancellerie : environ 230 M€ de crédits de liquidation (2026) et les principaux postes |
| BOSA. Federale begroting | https://bosa.belgium.be/nl/themas/begroting-en-boek-houding/federale-begroting | Contexte budgétaire des SPF |
| KB van 29 oktober 2001 betreffende de aanduiding en de uitoefening van de managementfuncties in de federale overheidsdiensten | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-29-oktober-2001_n2001002158.html | Mandat de six ans ; président de la Chancellerie à l'origine pour la durée du mandat du Premier ministre |
| KB van 25 april 2024 (aanstelling voorzitter directiecomité FOD Kanselarij) | https://etaamb.openjustice.be/nl/2024202299.html | Président désigné à partir du 1er mai 2024 pour une période de six ans |
| KB van 29 september 2022 houdende de integratie van de opdrachten van administratieve vereenvoudiging in de FOD BOSA | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-29-september-2022_n2022206061.html | DAV de la Chancellerie vers le SPF BOSA, en vigueur le 1er novembre 2022 |
| Wet van 5 mei 2014 (Only Once) | https://bosa.belgium.be/nl/regulations/wet-van-5-mei-2014 | Principe Only Once pour les services fédéraux |
| belgium.be. Verdeling vrouwen en mannen in de beleidsorganen van de federale regeringsleden (CompoCab, 2025) | https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/CompoCab_GenderCount_v202504xx_0.pdf | 594 collaborateurs de cabinet fédéraux (2025), cabinet du Premier ministre 37 |
| VRT NWS. "Hebben we echt 838 kabinetsmedewerkers nodig?" (14 oktober 2020) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2020/10/14/hebben-we-echt-838-kabinetsmedewerkers-nodig-of-kan-het-ook-zoa/ | 838 collaborateurs de cabinet fédéraux (2020), 769 au début du gouvernement fédéral en 2014 ; coût 2018 : 197,64 M€ tous gouvernements, 86,78 M€ au fédéral |
| RTBF. Brusselse kabinetten (2 juli 2026) | https://www.rtbf.be/article/les-cabinets-ministeriels-bruxellois-au-regime-avec-pres-de-100-collaborateurs-en-moins-11751420 | Bruxelles : 298 collaborateurs de cabinet, 387 sous la législature 2019-2024 |
| Belgium.be. Beleidsorganen | https://www.belgium.be/en/about_belgium/government/federal_authorities/federal_government/strategic_cells_and_secretariats_government_members | Réforme Copernic : cabinets remplacés par un secrétariat et des cellules stratégiques |
| Ministry of General Affairs (NL): Wikipedia | https://en.wikipedia.org/wiki/Ministry_of_General_Affairs | Pays-Bas : le plus petit ministère, environ 400 collaborateurs (sans année) |
| Government.nl. Organisation AZ | https://www.government.nl/ministries/ministry-of-general-affairs/organisation | Structure de l'homologue néerlandais, dix raadadviseurs du Premier ministre |
| Rijksfinanciën. Jaarverslag 2025 Algemene Zaken (III) | https://www.rijksfinancien.nl/jaarverslag/2025/III | Dienst Publiek en Communicatie : 226,4 ETP (2025) |
| Rijksoverheid. Handboek voor bewindspersonen (2024) | https://www.rijksoverheid.nl/binaries/rijksoverheid/documenten/richtlijnen/2024/07/02/handboek-voor-bewindspersonen/handboek-voor-bewindspersonen-2024.pdf | Un conseiller politique par membre du gouvernement, un second pour le(s) (vice-)Premier(s) ministre(s) |
| Bundeskanzleramt. Wikipedia (DE) | https://de.wikipedia.org/wiki/Bundeskanzleramt_(Deutschland) | Allemagne : environ 900 collaborateurs (avril 2024), Spiegelreferate |
| Statsministeriet (DK): Wikipedia | https://en.wikipedia.org/wiki/Ministry_of_State_(Denmark) | Danemark : 104 collaborateurs, record historique après l'élargissement depuis 2019 |
| Rekenhof. Inzet van consultancy door de federale overheid (oktober 2025) | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2025_39_InzetConsultancyFederaleOverheid.pdf | 2,52 Mds € de consultance 2020-2022, dont 2,03 Mds € d'informatique ; 78 % de 101 contrats insuffisamment motivés |
| VRT NWS. Rekenhof consultancy (12 november 2025) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/11/12/rapport-rekenhof-consultancy/ | Pas de directives pour le recours à la consultance |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)