SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : audit
Date : 2026-03-28 Ligne : SPF Emploi & Concertation sociale Catégorie : SPF (services publics fédéraux) Statut proposé : 🟠 Réformé : réorganisation fondamentale avec transfert de la coordination de l'activation aux entités fédérées
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale (SPF ETCS) est l'un des onze services publics fédéraux de Belgique. Le SPF a été créé par arrêté royal du 3 février 2002, dans le cadre de la réforme Copernic, en succession de l'ancien ministère de l'Emploi et du Travail. Sous sa forme de SPF, il fonctionne depuis le 1er janvier 2003.
Base juridique : le SPF opère dans le cadre des compétences fédérales en matière de droit du travail, de relations collectives de travail et de bien-être au travail, réglées par diverses lois fédérales (loi sur le travail de 1971, loi sur le bien-être de 1996, loi sur les CCT de 1968, Code pénal social).
Niveau de pouvoir : fédéral.
Ministre compétent : le ministre fédéral de l'Emploi.
Personnel (2025) :
- 1.094 membres du personnel en personnes physiques (PP)
- 1.002,8 équivalents temps plein (ETP)
- Tendance à la baisse : de 1.312 PP en 2015 à 1.094 en 2025 (-17 % en dix ans)
Budget : le budget 2026 prévoit pour le fonctionnement propre du SPF (personnel, fonctionnement et investissements) environ 105 millions d'euros, dont environ 84 millions d'euros pour le personnel (crédits d'engagement, addition propre des articles budgétaires). Les postes les plus importants sont le Contrôle des lois sociales (environ 30 millions d'euros) et le Contrôle du bien-être au travail (environ 19 millions d'euros). La section budgétaire 23 dans son ensemble s'élève à environ 278 millions d'euros ; la différence correspond surtout à des dotations et subventions à d'autres institutions. Le SPF n'est pas responsable des grands budgets d'allocations (qui relèvent de l'ONSS, de l'ONEM et de l'INAMI).
Structure organisationnelle :
Services d'encadrement :
- Services du Président
- DG Services d'appui (personnel, budget, ICT)
5 directions générales (DG) opérationnelles :
- DG Relations collectives de travail secrétariat des commissions paritaires, dépôt et enregistrement des CCT, médiation sociale
- DG Droit du travail et études juridiques (dans le budget encore DG Relations individuelles du travail) droit du travail, contrats de travail, protection de la rémunération
- DG Humanisation du travail (HUT) politique de bien-être, risques psychosociaux, ergonomie
- DG Contrôle des lois sociales (CLS) inspection du travail pour la législation sociale (8 directions régionales)
- DG Contrôle du bien-être au travail (CBE) inspection sécurité et santé (8 directions régionales)
Plus la coordination :
- SIRS (Service d'information et de recherche sociale) : coordination de la lutte contre la fraude sociale, relève de plusieurs ministres
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Faciliter la concertation sociale secrétariat de 164 commissions et sous-commissions paritaires (1er janvier 2026) où employeurs et syndicats négocient des CCT. Durant la période de négociation 2023-2024, 2.700 à 2.800 CCT sectorielles ont été conclues et déposées au total ; dans 97 % des commissions où un accord était attendu, il y en a eu un.
- Réglementation du travail réglementation relative aux contrats de travail, à la durée du travail, au travail à temps partiel, au travail intérimaire et à la protection de la rémunération.
- Bien-être au travail réglementation et inspection en matière de sécurité, de santé, de charge psychosociale et d'ergonomie.
- Inspection du travail deux services d'inspection :
- CLS : 23.333 enquêtes en 2024, auprès de 424.271 travailleurs ; le centre de contact a répondu à 47.405 demandes d'information
- CBE : inspection de la réglementation sur le bien-être sur les lieux de travail
- Lutte contre la fraude sociale via la coordination du SIRS : les services d'inspection sociale ont clôturé ensemble 147.863 enquêtes en 2025, dont 8.298 sur la fraude transfrontalière et le dumping social.
- Politique internationale représentation auprès de l'OIT, du Conseil Emploi de l'UE et de l'Autorité européenne du travail.
Chevauchements avec d'autres institutions :
- L'ONSS perçoit les cotisations sociales, là où le SPF ETCS fixe le cadre de la législation du travail
- L'ONEM exécute l'assurance chômage, mais la politique d'activation est régionale (VDAB, Forem, Actiris)
- Le SPF Sécurité sociale prépare la politique de sécurité sociale (chevauchement dans la politique de bien-être et du marché du travail)
- Les services régionaux (VDAB, Forem, Actiris, ADG) sont responsables du placement et de l'activation (avec la sixième réforme de l'État de 2014 s'y sont ajoutées la politique des groupes cibles et le contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi), mais la législation fédérale du travail reste au SPF ETCS
Indicateurs de performance : le SPF publie chaque année des chiffres d'inspection. Il n'existe aucune évaluation indépendante systématique de l'efficacité du système de concertation sociale dans son ensemble.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : Ministerie van Sociale Zaken en Werkgelegenheid (SZW)
Le modèle néerlandais est fondamentalement différent : un seul ministère combine le droit du travail, la sécurité sociale, la politique du marché du travail et l'inspection du travail sous un même toit. La Nederlandse Arbeidsinspectie est une organisation d'exécution qui relève du SZW et qui inspecte tant les conditions de travail que le travail équitable et la fraude sur le marché du travail : ce qui, en Belgique, est réparti entre plusieurs services (CLS, CBE, inspection de l'ONSS, inspection de l'ONEM, contrôle de l'INAMI, INASTI).
Les Pays-Bas n'ont pas de commissions paritaires au sens belge. Les CCT sont négociées au niveau de l'entreprise ou du secteur et peuvent être rendues obligatoires par le ministre (AVV). C'est plus simple et plus rapide que le système belge avec ses 164 commissions et sous-commissions paritaires.
Point crucial : aux Pays-Bas, il n'y a aucun découpage de la politique du marché du travail entre régions. L'UWV (Uitvoeringsinstituut Werknemersverzekeringen) opère au niveau national, avec les communes qui accompagnent les bénéficiaires de l'aide sociale. Un seul système national, pas quatre services régionaux.
Allemagne : Bundesministerium für Arbeit und Soziales (BMAS)
L'Allemagne combine, tout comme les Pays-Bas, politique de l'emploi et sécurité sociale dans un seul ministère fédéral (BMAS). La Bundesagentur für Arbeit (BA) exécute la politique du marché du travail au niveau national avec des bureaux régionaux, mais sous pilotage fédéral. Très différent du modèle belge où l'activation est entièrement régionale.
L'Allemagne connaît par contre des compétences concurrentes (art. 72 GG) : les entités fédérées peuvent légiférer tant que la Fédération ne le fait pas ; en cas de conflit, la loi fédérale l'emporte. Cela évite la situation belge où les compétences sont exclusives et où la coordination est laborieuse.
Danemark : Beskæftigelsesministeriet + flexicurité
Le Danemark est mondialement salué pour son modèle de flexicurité : un « triangle d'or » composé de (1) un licenciement flexible, (2) des allocations de chômage généreuses et (3) une politique active du marché du travail intensive.
- Le Danemark consacre environ 1,5 % du PIB à la politique active du marché du travail (2024), plus que tout autre pays de l'OCDE et plus du double de la Belgique (0,7 %)
- Un seul ministère (Beskæftigelsesministeriet) coordonne l'ensemble
- La Styrelsen for Arbejdsmarked og Rekruttering (STAR) est l'agence d'exécution nationale
- Les communes exécutent la politique d'activation au niveau local, mais dans un cadre national strict avec des KPI mesurables
- Participation obligatoire à l'activation pour les allocataires
Différence essentielle avec la Belgique : au Danemark, il y a un seul cadre national avec une exécution locale. En Belgique, il y a un cadre fédéral (loi sur le travail) avec une exécution régionale (activation), sans coordination forte. Le pire des deux mondes.
1D. Problèmes et critiques
1. Morcellement de la politique du marché du travail L'OCDE a déjà pointé le découpage compliqué de la politique du marché du travail en Belgique. Le placement et la formation professionnelle relevaient déjà des Régions et des Communautés ; avec la sixième réforme de l'État (2014), la politique des groupes cibles et le contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi sont eux aussi passés aux Régions, tandis que la législation du travail, la sécurité sociale et la politique salariale restent fédérales. Cela crée un fossé structurel : celui qui fait la politique (le SPF ETCS, fédéral) n'est pas celui qui l'exécute (VDAB/Forem/Actiris/ADG, régional).
Un rapport de l'OCDE de 2011 (LEED Papers 2011/11), antérieur à la sixième réforme de l'État, écrit littéralement : « five consecutive reforms have transferred competences from the then unitary Belgian level to regions and communities. This has been carried out in a relatively piecemeal way and as a result, the division of powers nowadays is rather complicated. »
2. Un système de commissions paritaires dépassé La Belgique compte 98 commissions paritaires et 66 sous-commissions (164 au total au 1er janvier 2026), un système issu de l'histoire qui ne correspond plus au marché du travail moderne. Le statut unique (en vigueur depuis le 1er janvier 2014) a notamment aligné les délais de préavis des ouvriers et des employés et supprimé le jour de carence, mais beaucoup de commissions restent séparées pour les ouvriers ou pour les employés. Une simplification en profondeur de ce paysage n'a jamais eu lieu.
3. Capacité d'inspection sous pression Avec environ 1.000 collaborateurs (1.094 personnes en 2025, contre 1.312 en 2015), le SPF doit surveiller des millions de relations de travail. En 2023, un budget exceptionnel a permis de recruter 55 inspecteurs sociaux (33 pour le CLS, 22 pour le CBE). L'OIT retient comme valeur indicative un inspecteur du travail pour 10.000 travailleurs dans les économies industrialisées ; la complexité de la législation met la capacité disponible sous pression.
4. Cinq services d'inspection sociale plus une inspection du bien-être, insuffisamment intégrés L'inspection sociale en Belgique est répartie entre cinq services fédéraux : le CLS (SPF ETCS), l'inspection de l'ONSS, l'inspection de l'ONEM, les services de contrôle de l'INAMI (SCA et SECM) et la direction Concurrence loyale de l'INASTI. Le CBE (SPF ETCS) contrôle en outre le bien-être au travail, et il y a les services d'inspection régionaux. Le SIRS coordonne, mais n'est pas lui-même un service d'inspection. Les Pays-Bas ont résolu cela avec une seule Nederlandse Arbeidsinspectie intégrée.
5. Numérique, mais morcelé Des outils numériques existent déjà : les CCT d'entreprise peuvent être déposées en ligne depuis 2020, les CCT sectorielles (depuis 1999) sont consultables en ligne via le module « CAO zoeken », et la base de données des salaires minimums présente les barèmes salariaux par commission paritaire. Mais ce sont des applications isolées. Il n'existe aucun portail où un employeur ou un travailleur voit en une seule fois, sur la base de sa fonction, quelle commission s'applique et quelles CCT, quels barèmes salariaux et quelles conditions de travail sont en vigueur.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | La législation du travail relève à juste titre du fédéral (level playing field), mais la coupure avec la politique régionale d'activation crée un vide de coordination. L'exécution n'est pas assez proche du citoyen. |
| 2 | Transparence | ❌ | Savoir quelle CCT s'applique à un travailleur est souvent opaque. Le système de 164 commissions et sous-commissions paritaires est à peine déchiffrable pour les citoyens et les PME. Qui fait quoi en matière d'inspection (CLS, CBE, ONSS, ONEM, INAMI, INASTI) n'est pas clair. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le SPF élabore le cadre politique, mais l'exécution (l'activation) est financée par des dotations régionales. Il y a un fiscal gap : celui qui décide de la loi sur le travail n'est pas celui qui paie les conséquences de la (non-)activation. |
| 4 | Simplicité | ❌ | 164 commissions et sous-commissions paritaires. Cinq services d'inspection sociale fédéraux, plus le CBE et les inspections régionales. Loi fédérale sur le travail + activation régionale. Un système exceptionnellement complexe. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Le SPF lui-même a une taille suffisante (±1.000 collaborateurs), mais les 8 directions d'inspection régionales (par service d'inspection) sont étalées trop mince. Certaines commissions paritaires desservent des secteurs extrêmement petits. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | La répartition des compétences est exclusive, pas concurrente. La loi fédérale sur le travail et l'activation régionale sont des compétences séparées, sans règle de prévalence en cas de conflit. |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ | L'inspection publie bien des chiffres (23.333 enquêtes du CLS en 2024), mais il n'y a pas d'évaluation systématique du système de concertation sociale. Les 2.700 à 2.800 CCT sectorielles par période de négociation de deux ans ne sont pas évaluées sur leur impact. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Les CCT d'entreprise peuvent être déposées en ligne, les CCT sectorielles sont consultables en ligne et il existe une base de données des salaires minimums par commission paritaire. Mais ce sont des applications isolées : il n'y a pas de portail où l'on trouve en une seule fois, sur la base de sa fonction, sa commission, ses CCT et ses barèmes salariaux. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark combinent tous politique de l'emploi et sécurité sociale dans un seul ministère ; les Pays-Bas ont en outre une seule inspection du travail intégrée. La Belgique s'en écarte fortement. |
Synthèse : 0 ✅, 5 ⚠️, 4 ❌. Le SPF obtient de mauvais résultats en matière de simplicité, de transparence, de compétences concurrentes et d'expérience éprouvée à l'étranger. Les gains les plus importants se situent dans : (1) la simplification des commissions paritaires, (2) l'intégration des services d'inspection et (3) la refonte de la répartition des compétences en matière de marché du travail.
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé Le SPF subsiste comme service fédéral central, mais il est fondamentalement réorganisé : inspection intégrée, concertation sociale simplifiée et nouveau mécanisme de coordination avec les entités fédérées.
3B. Proposition concrète
1. Un seul Service fédéral d'inspection sociale Fusionner le CLS (lois sociales) et le CBE (bien-être au travail) avec l'inspection de l'ONSS, l'inspection de l'ONEM, les services de contrôle de l'INAMI et la direction Concurrence loyale de l'INASTI en un seul Service fédéral d'inspection sociale, sur le modèle de la Nederlandse Arbeidsinspectie. Le SIRS en assume la direction opérationnelle. Un seul inspecteur contrôle tous les domaines lors d'une visite d'entreprise, au lieu de plusieurs services qui passent séparément. Une seule direction, un seul système informatique, des bases de données partagées.
2. De 164 à 50 commissions paritaires au maximum Ramener les 164 commissions et sous-commissions paritaires à 50 commissions sectorielles au maximum, organisées autour de la réalité économique plutôt que de lignes de partage historiques. Fusionner par secteur les commissions pour ouvriers et pour employés, avec une harmonisation par le haut. Miser sur un registre numérique des CCT où chaque travailleur et chaque employeur peut trouver en trois clics les conditions qui lui sont applicables.
3. Compétences concurrentes pour le marché du travail Sur le modèle allemand (art. 72 GG) : faire de la régulation du marché du travail une compétence partagée (concurrente) avec prévalence fédérale (art. 28 de la Constitution HART). L'autorité fédérale pose le cadre : le droit du travail et la formation des salaires (salaire minimum, droit du licenciement) et le cadre des allocations de chômage, ainsi que la sécurité sociale. Les entités fédérées activent, placent, forment et sanctionnent, complètent le cadre fédéral et l'exécutent, et y choisissent leur propre approche. Cela stimule l'innovation et permet aux entités fédérées de répondre aux spécificités de leur marché du travail.
4. Plateforme de coordination du marché du travail Créer une plateforme interrégionale du marché du travail permanente (comparable au modèle danois du STAR), où le SPF ETCS, le VDAB, le Forem, Actiris et l'ADG fixent ensemble des KPI, partagent des données, évaluent les politiques et exploitent une seule plateforme d'offres d'emploi commune pour toute la Belgique. L'allocation reste fédérale, mais chaque entité fédérée en paie une part croissante pour ceux qui y résident, compensée au préalable par la péréquation (art. 28 §2 de la Constitution HART). Sans caractère facultatif : des objectifs mesurables avec rapportage public.
5. Numérique d'abord
- Portail CCT en ligne avec fonction de recherche par secteur, fonction et région
- Dépôt et publication numériques de toutes les CCT, y compris les sectorielles (en temps réel)
- Portail d'inspection intégré pour les entreprises (guichet unique)
- Once only : les données d'entreprise ne sont transmises qu'une seule fois
Économies estimées :
- Fusion des services d'inspection : 10 à 15 M€/an (moins de frais de structure, ICT partagée). À titre de comparaison : le CLS et le CBE coûtent à eux seuls déjà environ 49 M€ par an (budget 2026) ; le nouveau service englobe aussi les inspections de l'ONSS, de l'ONEM, de l'INAMI et de l'INASTI. Cet audit compte le gain de fusion des services d'inspection ; l'audit SPF Sécurité sociale ne le recompte pas.
- Moins de commissions paritaires : 1 à 3 M€/an (moins de frais de secrétariat, procédures plus rapides). On ne peut pas aller plus loin : la DG Relations collectives de travail tout entière coûte environ 8 M€ par an, et 50 commissions ont elles aussi besoin d'un secrétariat.
- Économie opérationnelle totale : 11 à 18 M€/an
- Une meilleure détection de la fraude grâce à l'inspection intégrée peut en outre générer des recettes supplémentaires. Elles ne sont pas chiffrées et ne sont pas comprises dans le total, parce qu'il s'agit de recettes et non d'une économie.
Trajet de mise en œuvre :
- Années 1-2 : registre numérique des CCT + préparation de la fusion des services d'inspection
- Années 2-3 : cadre fédéral pour la compétence concurrente en matière de marché du travail (art. 28 de la Constitution HART) + réforme des commissions paritaires
- Années 3-5 : mise en œuvre complète de l'inspection intégrée + plateforme de coordination opérationnelle
Modifications légales requises : pas de loi spéciale : la compétence concurrente en matière de marché du travail figure dans la Constitution HART (art. 28), et une loi fédérale qui touche aux compétences ou aux finances des entités fédérées requiert l'accord du Conseil des entités fédérées (art. 35) ; loi ordinaire pour la fusion des services d'inspection et la réforme des commissions paritaires.
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SPF Emploi, Travail et Concertation sociale. Réformé La Belgique a cinq services d'inspection sociale distincts plus une inspection distincte du bien-être, 164 commissions et sous-commissions paritaires, et une politique du marché du travail morcelée entre le niveau fédéral et le niveau régional. Nous en faisons une seule organisation capable d'agir, avec une inspection intégrée, beaucoup moins de commissions et un système numérique où chaque travailleur et chaque employeur sait en trois clics à quoi s'en tenir.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne
Le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale compte environ 1.000 collaborateurs (1.094 personnes en 2025) et est responsable du droit du travail belge, de la concertation sociale et de l'inspection en matière de lois sociales et de bien-être au travail. Son fonctionnement propre coûte environ 105 millions d'euros par an (budget 2026). Le SPF encadre la concertation dans 164 commissions et sous-commissions paritaires (2026), où, durant la période de négociation 2023-2024, 2.700 à 2.800 CCT sectorielles ont été conclues au total. Deux services d'inspection relèvent du SPF : le Contrôle des lois sociales (CLS), qui a mené 23.333 enquêtes en 2024, et le Contrôle du bien-être au travail (CBE).
Mais le SPF n'est qu'une pièce d'un puzzle complexe. L'inspection sociale est répartie entre cinq services fédéraux (CLS, inspection de l'ONSS, inspection de l'ONEM, contrôle de l'INAMI et direction Concurrence loyale de l'INASTI), avec le CBE à côté pour le bien-être au travail, plus les services régionaux. La politique du marché du travail elle-même est découpée : la législation du travail et la sécurité sociale sont fédérales, mais le placement et l'activation sont régionaux (VDAB, Forem, Actiris, ADG), de même que, depuis la sixième réforme de l'État (2014), le contrôle de la disponibilité des demandeurs d'emploi.
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est le morcellement. À trois niveaux à la fois.
Inspection : plusieurs services d'inspection fédéraux, chacun avec sa propre structure, ses propres systèmes ICT et sa propre couche de management, contrôlent chacun un aspect différent du même lieu de travail. Une entreprise peut recevoir la visite de plusieurs inspecteurs qui ne voient pas ce que l'autre a déjà contrôlé. Le SIRS coordonne, mais n'est pas lui-même un service d'inspection. Aux Pays-Bas, tout cela relève d'une seule Nederlandse Arbeidsinspectie.
Concertation sociale : aux Pays-Bas et en Allemagne, les CCT sectorielles sont conclues sans un tel réseau d'organes paritaires permanents ; la Belgique en compte 164. Beaucoup de commissions couvrent des secteurs minuscules ou sont des reliques historiques de l'époque de la séparation entre ouvriers et employés. Le statut unique a aligné les délais de préavis depuis 2014, mais cette séparation survit dans la structure des commissions. Pour les employeurs (surtout les PME), c'est un labyrinthe : quelle commission s'applique, quelles CCT sont en vigueur, quels barèmes salariaux. Il existe des outils en ligne, mais dispersés dans des applications isolées. Cela coûte du temps et de l'argent d'y voir clair.
Répartition des compétences : en 2011 déjà, un rapport de l'OCDE qualifiait la répartition belge des compétences de « rather complicated ». Celui qui fait le droit du travail (le fédéral) n'est pas celui qui exécute l'activation (le régional). Il n'existe aucun mécanisme structurel de coordination. Le résultat : quatre services régionaux de placement qui ont chacun leur propre approche, sans KPI partagés, sans benchmarking, sans pression pour apprendre les uns des autres.
Comment cela fonctionne ailleurs
Pays-Bas : un seul Ministerie van Sociale Zaken en Werkgelegenheid (SZW) combine droit du travail, sécurité sociale et politique du marché du travail. La Nederlandse Arbeidsinspectie est un service intégré unique qui combine travail équitable, conditions de travail et lutte contre la fraude sur le marché du travail. Les CCT sont conclues au niveau du secteur ou de l'entreprise et rendues obligatoires par le ministre. Sans 164 commissions paritaires.
Danemark : le modèle de flexicurité combine un licenciement flexible avec des allocations généreuses et une activation intensive. Un seul ministère coordonne l'ensemble. Les communes exécutent la politique d'activation, mais dans un cadre national strict avec des objectifs mesurables. Le Danemark consacre environ 1,5 % du PIB à la politique active du marché du travail (2024), plus que tout autre pays de l'OCDE, et affiche un taux d'emploi de 79,8 % (20-64 ans, 2025), contre 72,8 % en Belgique.
Allemagne : le BMAS (Bundesministerium für Arbeit und Soziales) combine politique de l'emploi et politique sociale dans un seul ministère fédéral. La Bundesagentur für Arbeit exécute au niveau national avec des bureaux régionaux. Point crucial : l'Allemagne connaît les compétences concurrentes. Les entités fédérées peuvent légiférer tant que la Fédération ne le fait pas ; en cas de conflit, la loi fédérale l'emporte.
Ce que HART propose
Un seul Service fédéral d'inspection sociale. Fusionner le CLS et le CBE avec l'inspection de l'ONSS, l'inspection de l'ONEM, les services de contrôle de l'INAMI et la direction Concurrence loyale de l'INASTI en une seule organisation capable d'agir, avec le SIRS à la direction opérationnelle. Un seul inspecteur par visite d'entreprise, qui contrôle tout. Un seul système ICT. Une seule couche de management. Sur le modèle de la Nederlandse Arbeidsinspectie.
De 164 à 50 commissions paritaires au maximum. Un maximum de 50 commissions sectorielles, organisées autour de la réalité économique. Les commissions pour ouvriers et pour employés d'un même secteur sont fusionnées, avec une harmonisation par le haut. Chaque commission reçoit une taille minimale (p. ex. plus de 10.000 travailleurs) pour pouvoir fonctionner de manière professionnelle.
Un registre numérique des CCT. Un seul portail en ligne qui remplace les applications isolées, où chaque travailleur et chaque employeur peut voir en trois clics : quelle commission s'applique, quelles CCT sont en vigueur, quels barèmes salariaux s'appliquent, et quels sont les droits et les devoirs. En temps réel, toujours à jour.
Compétences concurrentes. Sur le modèle allemand, avec prévalence fédérale (art. 28 de la Constitution HART) : le droit du travail, la formation des salaires et le cadre des allocations de chômage restent fédéraux et forment le socle (salaire minimum, droit du licenciement, sécurité sociale), mais les entités fédérées peuvent innover dans la manière d'activer, de placer, de former et de sanctionner. Une entité fédérée veut expérimenter une approche propre pour aider les demandeurs d'emploi à retrouver du travail ? Cela doit être possible. Pour autant que le socle fédéral soit respecté.
Une plateforme interrégionale du marché du travail. Un organe de coordination permanent où le fédéral et le régional fixent ensemble des KPI, partagent les données, comparent les résultats et exploitent une seule plateforme d'offres d'emploi commune pour toute la Belgique. Rapportage public. Sans caractère facultatif. Sur le modèle danois du STAR.
Ce que cela rapporte
- Simplicité : de six services d'inspection fédéraux à un seul. De 164 commissions à 50 au plus. Compréhensible pour le citoyen et pour l'entreprise.
- Économie : estimée à 11 à 18 M€/an de frais de structure. Une meilleure détection de la fraude peut en outre générer des recettes supplémentaires, mais elles ne sont pas chiffrées et ne sont pas comptées dans le total.
- Meilleur service : une seule visite d'entreprise au lieu de plusieurs. Un seul portail numérique pour toutes les conditions de travail.
- Innovation : les compétences concurrentes donnent aux entités fédérées la marge d'expérimenter et d'apprendre les unes des autres.
- Taux d'emploi plus élevé : une meilleure coordination entre la législation du travail et l'activation peut contribuer à porter le taux d'emploi belge à 80 % (72,8 % en 2025).
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| Infocenter Belgium. Statistieken FOD WASO | https://infocenter.belgium.be/nl/statistieken/fod-werkgelegenheid-arbeid-en-sociaal-overleg | 2025 | Chiffres de personnel (1.094 PP, 1.002,8 ETP en 2025), tendance 2015-2025 (1.312 PP en 2015) |
| Kamer. Verantwoording van de algemene uitgavenbegroting 2026, sectie 23 FOD WASO (DOC 56 1281/012) | https://www.dekamer.be/FLWB/PDF/56/1281/56K1281012.pdf | 2026 | Crédits 2026 par article budgétaire : personnel, fonctionnement et investissements environ 105 M€ (personnel environ 84 M€), CLS environ 30 M€, CBE environ 19 M€, DG Relations collectives de travail environ 8 M€ (sans la dotation au Conseil national du Travail), section entière environ 278 M€ (addition propre des crédits d'engagement) |
| BOSA. Overzicht van de federale organisaties | https://bosa.belgium.be/nl/themas/werken-bij-de-overheid/over-de-federale-overheid/overzicht-van-de-federale-organisaties | 2026 | Onze SPF |
| Werkenvoor.be. FOD WASO als werkgever | https://werkenvoor.be/nl/onze-werkgevers/fod-werkgelegenheid-arbeid-en-sociaal-overleg | 2026 | Environ 1.000 collaborateurs, missions principales |
| Wikipedia NL. FOD Werkgelegenheid | https://nl.wikipedia.org/wiki/Federale_Overheidsdienst_Werkgelegenheid,_Arbeid_en_Sociaal_Overleg | 2026 | Prédécesseur : ministère de l'Emploi et du Travail, réforme Copernic |
| FOD WASO. Arbeidsinspectie TSW | https://werk.belgie.be/nl/over-de-fod/structuur-van-de-fod/arbeidsinspectie-ad-toezicht-op-de-sociale-wetten | 2026 | Structure du SPF (directions générales), 8 directions régionales CLS |
| FOD WASO. Arbeidsinspectie TWW | https://werk.belgie.be/nl/over-de-fod/structuur-van-de-fod/arbeidsinspectie-ad-toezicht-op-het-welzijn-op-het-werk | 2026 | 8 directions régionales CBE |
| FOD WASO. Cijfer van de maand: 23.333 onderzoeken in 2024 | https://werk.belgie.be/nl/news/cijfer-van-de-maand-23333-onderzoeken-uitgevoerd-2024-door-de-arbeidsinspectie-toezicht-op-de | 2025 | 23.333 enquêtes CLS en 2024, 424.271 travailleurs, 47.405 demandes d'information |
| FOD WASO. Versterking van de inspectiediensten | https://werk.belgie.be/nl/blog/versterking-van-de-inspectiediensten-strijd-tegen-economische-uitbuiting | 2024 | 55 inspecteurs sociaux recrutés en 2023 (33 CLS, 22 CBE) |
| FOD WASO. Sectoraal overleg 2023-2024 | https://werk.belgie.be/nl/blog/rapport-over-de-resultaten-van-het-sectoraal-overleg-2023-2024 | 2025 | 97 % des commissions avec accord, 2.700 à 2.800 CCT sectorielles au total sur la période 2023-2024 |
| FOD WASO. Oprichting en samenstelling van de paritaire comités | https://werk.belgie.be/nl/themas/paritaire-comites-en-collectieve-arbeidsovereenkomsten-caos/paritaire-comites/oprichting-en | 2026 | 98 commissions paritaires + 66 sous-commissions = 164 au 1er janvier 2026 |
| FOD WASO. Collectieve arbeidsovereenkomsten | https://werk.belgie.be/nl/themas/paritaire-comites-en-collectieve-arbeidsovereenkomsten-caos/collectieve | 2026 | Module « CAO zoeken » : CCT sectorielles en ligne depuis 1999 |
| FOD WASO. Dien cao's vanaf nu online in | https://werk.belgie.be/nl/news/dien-caos-vanaf-nu-online-0 | 2020 | Dépôt en ligne des CCT d'entreprise via Transfer van documenten |
| FOD WASO. Minimumlonen per paritair (sub)comité | https://werk.belgie.be/nl/themas/verloning/minimumlonen-paritair-subcomite | 2026 | Base de données des salaires minimums par commission paritaire |
| FOD WASO. Naar één statuut voor arbeiders en bedienden | https://werk.belgie.be/nl/news/naar-een-statuut-voor-arbeiders-en-bedienden | 2013 | Statut unique : délais de préavis, jour de carence, en vigueur le 1er janvier 2014 |
| FOD WASO. Sociaal overleg | https://werk.belgie.be/nl/themas/sociaal-overleg | 2026 | Structure du système de concertation sociale |
| SPF Emploi. Présentation | https://emploi.belgique.be/fr/propos-du-spf/presentation | 2026 | Créé par AR du 3 février 2002, sous cette forme depuis le 1er janvier 2003 ; missions |
| SIOD. Samenvatting van het jaarverslag 2025 over de bestrijding van sociale fraude | https://www.siod.belgie.be/nl/publicaties/jaarverslag-sociale-fraude-2024 | 2026 | 147.863 enquêtes clôturées en 2025, dont 8.298 sur la fraude transfrontalière et le dumping social ; les services d'inspection sociale (ONSS, CLS, ONEM, INAMI, INASTI) |
| SIOD. Actieplan 2023-2024 | https://www.siod.belgie.be/sites/default/files/Downloads/Actieplan/SIOD_Actieplan_2023_2024_FR_Small.pdf | 2023 | Liste des services d'inspection concernés (dont le CBE) |
| ILO. Strategies and practice for labour inspection (GB.297/ESP/3) | https://webapps.ilo.org/public/english/standards/relm/gb/docs/gb297/pdf/esp-3.pdf | 2006 | Valeur indicative de 1 inspecteur pour 10.000 travailleurs dans les économies industrialisées |
| OESO. Building Flexibility and Accountability Into Local Employment Services: Country Report for Belgium (LEED Papers 2011/11) | https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2011/10/building-flexibility-and-accountability-into-local-employment-services-country-report-for-belgium_g17a2037/5kg3mkv0448s-en.pdf | 2011 | Citation sur la répartition des compétences « rather complicated » |
| Eurostat. Werkzaamheidsgraad 20-64 jaar (lfsi_emp_a) | https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfsi_emp_a/default/table | 2026 | Danemark 79,8 %, Belgique 72,8 % (2025) |
| Government.nl. SZW organisatiestructuur | https://www.government.nl/ministries/ministry-of-social-affairs-and-employment/organisational-structure | 2026 | Modèle néerlandais : un seul ministère, inspection intégrée |
| Nederlandse Arbeidsinspectie | https://www.nllabourauthority.nl/ | 2026 | Modèle d'inspection intégrée aux Pays-Bas |
| STAR Denemarken. Flexicurity | https://www.star.dk/en/about-the-danish-agency-for-labour-market-and-recruitment/flexicurity | 2026 | Modèle danois de flexicurité, triangle d'or, jobcenters communaux |
| AEA. Danish Flexicurity: Rights and Duties (Journal of Economic Perspectives) | https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/jep.36.4.81 | 2022 | Le Danemark consacre plus à la politique active du marché du travail que tout autre pays de l'OCDE, activation obligatoire |
| OESO. Labour Market Programmes database (uitgaven actieve programma's, categorieën 1-7, in % van het bbp) | https://sdmx.oecd.org/public/rest/data/OECD.ELS.JAI,DSD_LMP@DF_LMP,/DNK+BEL.......?startPeriod=2022&dimensionAtObservation=AllDimensions&format=csvfilewithlabels | 2026 | Danemark 1,54 % du PIB (2024), le plus élevé de l'OCDE ; Belgique 0,71 % (2024) |
| BMAS Duitsland | https://www.bmas.de/EN/Ministry/ministry.html | 2026 | Modèle allemand : ministère combiné du travail et des affaires sociales |
| European Labour Authority. Belgium | https://www.ela.europa.eu/en/country/belgium | 2026 | Quatre services publics régionaux de placement |
Résumé
Le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale est une organisation qui fonctionne mais fortement fragmentée, active dans l'une des structures de marché du travail les plus complexes d'Europe. La combinaison de services d'inspection morcelés, de 164 commissions et sous-commissions paritaires et d'un découpage fédéral-régional de la politique du marché du travail rend le système opaque, coûteux et lent.
HART propose une réforme en profondeur : un seul Service fédéral d'inspection sociale (modèle néerlandais), de 164 à 50 commissions paritaires au maximum, un registre numérique des CCT, des compétences concurrentes avec prévalence fédérale (modèle allemand) et une plateforme de coordination interrégionale (modèle danois). L'objectif : une politique du marché du travail aussi transparente, efficiente et orientée résultats que celle de nos pays voisins.
- Économie estimée : 11 à 18 M€ par an (estimation HART, fédéral) : 10 à 15 M€ grâce à la fusion des services d'inspection et 1 à 3 M€ grâce à la réduction du nombre de commissions paritaires ; auparavant 15 à 25 M€ par an
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)