Conseil supérieur de la Justice : audit
Date : 2026-03-29 Statut : 🟠 Réformé Catégorie : Pouvoir judiciaire et organes constitutionnels
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Nom officiel : Hoge Raad voor de Justitie (HRJ) / Conseil supérieur de la Justice (CSJ) Base juridique : article 151 de la Constitution belge + loi du 22 décembre 1998 modifiant le Code judiciaire (Moniteur belge du 2 février 1999) Création : 1999 (loi du 22 décembre 1998) ; le premier conseil s'est réuni pour la première fois en 2000 Origine : l'affaire Dutroux (1996) et la Marche blanche qui a suivi. Des centaines de milliers de citoyens ont exigé la dépolitisation de la magistrature et un contrôle externe de la justice. Niveau de pouvoir : fédéral. Organe ancré dans la Constitution, indépendant tant du pouvoir exécutif que du pouvoir judiciaire Budget : dotation de 6,87 millions d'euros et crédits de dépenses de 7,37 millions d'euros (2026, approuvés par la commission de la Comptabilité de la Chambre) ; environ 80 % vont aux coûts salariaux Personnel : 44 membres du personnel (2026 ; environ 45 depuis 2010), en plus des 4 membres à temps plein du bureau Siège : rue de la Croix de Fer 67, 1000 Bruxelles Président : la présidence tourne chaque année entre les quatre membres à temps plein du bureau
Composition : 44 membres répartis en un collège néerlandophone et un collège francophone de 22 membres chacun :
- 22 magistrats. Élus par l'ensemble de la magistrature belge
- 22 non-magistrats (8 avocats, 6 professeurs d'université et 8 membres issus de la société civile). Nommés par le Sénat à la majorité des deux tiers
- Chaque collège : 11 magistrats + 11 non-magistrats
- Mandat : 4 ans, renouvelable une fois
- Par collège, une commission de nomination et de désignation (14 membres) et une commission d'avis et d'enquête (8 membres), qui se réunissent aussi en commissions réunies
- Bureau de 4 membres à temps plein avec présidence tournante annuelle
1B. Que fait-il en pratique ?
Trois missions principales :
Nominations et carrière des magistrats
- Organise le concours d'admission à la magistrature
- Présente les candidats magistrats à la nomination par le Roi (sur proposition du ministre de la Justice)
- Établit des directives pour les stages judiciaires et la formation permanente
- Évalue les candidatures aux fonctions supérieures (chefs de corps, etc.)
Contrôle externe
- Réalise des audits auprès des cours et tribunaux
- Traite les plaintes des citoyens sur le fonctionnement de l'ordre judiciaire (pas sur le contenu des jugements)
- Peut ouvrir des enquêtes particulières
Avis
- Rend des avis au ministre de la Justice et au parlement
- Prend des initiatives pour améliorer le fonctionnement de la justice
- A publié en juin 2024 un mémorandum contenant 22 recommandations, y compris sur son propre fonctionnement
Chevauchements et problèmes :
- Le CSJ n'a pas de pouvoir de sanction. Il peut formuler des recommandations mais pas les imposer
- Les procédures disciplinaires visant les magistrats échappent au CSJ (elles relèvent des tribunaux disciplinaires)
- Le traitement des plaintes est limité : le CSJ ne peut pas réviser des jugements ni sanctionner des magistrats individuels
- La fonction d'audit chevauche en partie celle de la Cour des comptes (volet financier) et celle des services d'inspection internes
Public : en premier lieu le citoyen (traitement des plaintes), mais aussi le parlement et le ministre de la Justice (avis), et la magistrature elle-même (examens, nominations).
Indicateurs de performance : il n'y a pas de KPI formels. Le CSJ rend compte via des rapports annuels et sonde de temps à autre la confiance des citoyens (Baromètre de la Justice : 54 % de confiance dans la justice en 2024, contre 61 % en 2014), mais il n'y a pas de mesure systématique des résultats de son propre travail (p. ex. satisfaction quant au traitement des plaintes, délai de traitement des plaintes, impact des avis).
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : Raad voor de rechtspraak (Rvdr)
- Créé le 1er janvier 2002, 3 à 5 membres ; le président est toujours un juge
- Focus : gestion opérationnelle de la justice. Répartition du budget (environ 1 milliard d'euros par an), ICT, politique du personnel, bâtiments
- Nominations : formellement par arrêté royal, en pratique sur recommandation des juridictions et d'une commission nationale de sélection, sans intervention politique
- Différence avec la Belgique : le Rvdr gère, le CSJ nomme et contrôle. Les Pays-Bas séparent ces fonctions
- Résultat : 77 % des citoyens et 85 % des entreprises jugent l'indépendance des juges bonne ou très bonne (EU Justice Scoreboard 2026)
Allemagne : Richterwahlausschuss
- Au niveau fédéral : composé des 16 ministres de la Justice des entités fédérées + 16 membres élus par le Bundestag
- Au niveau des entités fédérées : un certain nombre de Länder ont leur propre Richterwahlausschuss
- Les nominations sont soumises au contrôle du juge. Un candidat écarté peut saisir le juge administratif
- Principe clé : la légitimation démocratique (Demokratieprinzip) : chaque nomination doit pouvoir être rattachée à la volonté populaire
- Différence avec la Belgique : plus transparent, contrôlable par le juge, et l'implication politique est assumée au lieu d'être camouflée
Danemark : Domstolsstyrelsen + Dommerudnævnelsesrådet (Judicial Appointments Council)
- Domstolsstyrelsen (1er juillet 1999) : administration judiciaire indépendante, le ministre n'a aucun pouvoir d'instruction ; conseil d'administration de 12 membres, 6 juges et 6 non-juges (depuis une modification légale de 2022)
- Organe de nomination distinct de 6 membres : 3 juges (un par niveau), 1 avocat et 2 représentants du public ; les politiques sont exclus, le mandat n'est pas renouvelable
- La présentation n'est formellement pas contraignante, mais le ministre ne peut la refuser qu'une seule fois au plus et doit signaler tout écart au parlement
- Confiance du public : 88 % des citoyens et 87 % des entreprises jugent l'indépendance bonne ou très bonne (EU Justice Scoreboard 2026)
- Différence avec la Belgique : séparation entre nomination et gestion, pas de politisation via le parlement
Suède : Domarnämnden (Judges' Proposals Board)
- 9 membres, dont 5 juges ou anciens juges, 2 juristes extérieurs au pouvoir judiciaire et 2 représentants du public (élus par le Riksdag)
- Fait des présentations au gouvernement ; celui-ci n'y est formellement pas lié, mais ne peut nommer personne que le conseil n'a pas entendu au préalable
- En avril 2025, le gouvernement suédois a proposé une modification constitutionnelle : les juges ne sont nommés que sur proposition d'un organe à majorité de juges ou d'anciens juges. Le Riksdag l'a approuvée une première fois en octobre 2025 ; une modification constitutionnelle suédoise exige un second vote identique après les élections de septembre 2026
- Différence avec la Belgique : plus petit, pas de dédoublement linguistique, forte convention de suivi
1D. Problèmes et critiques
1. Politisation structurelle via le Sénat Les 22 non-magistrats sont nommés par le Sénat à la majorité des deux tiers (ainsi le 13 décembre 2024). En pratique, cela signifie des négociations entre partis à huis clos. Une tribune sur la plateforme juridique Jubel (2021) a appelé cela « l'éléphant dans le conseil » et a parlé d'une « politisation à étages », tant pour les magistrats élus que pour les membres désignés par le Sénat. La nomination politique de la moitié d'un organe qui doit précisément garantir la dépolitisation de la justice. L'ironie est cruelle : l'organe créé pour réduire l'influence politique sur les nominations est lui-même composé en partie politiquement.
2. Le scandale de la fraude aux examens (2024) Début mars 2024, le CSJ a fait savoir qu'il y avait eu fraude lors du concours néerlandophone de la magistrature de janvier 2024. Un avocat général à Gand, membre du CSJ et du jury d'examen, avait remis à l'avance des questions à des candidats et à des magistrats qui les ont transmises à leurs enfants. Dès 2023, il avait remis à une juriste de parquet un cas qui est revenu plus tard à l'épreuve. Les conséquences :
- L'avocat général a démissionné du CSJ ; le tribunal disciplinaire l'a révoqué en août 2025
- Un procureur de division et une juriste de parquet ont été révoqués en appel en juin 2025 ; un couple de magistrats a reçu des sanctions disciplinaires plus légères (une rétrogradation et la retenue d'un mois de traitement)
- L'examen écrit de droit pénal et de droit des obligations (janvier 2024) a été annulé
- En décembre 2025, le parquet général a requis que 4 magistrats comparaissent devant le juge pénal (prise d'intérêt et violation du secret professionnel) Ce scandale a miné précisément la confiance que le CSJ devait restaurer. Le CSJ a toutefois lui-même mis la fraude au jour et a immédiatement demandé une enquête pénale.
3. Aucun caractère réellement contraignant Le CSJ peut réaliser des audits, traiter des plaintes et rendre des avis, mais il ne peut rien imposer. Les recommandations ne sont pas toujours suivies. Le traitement des plaintes débouche rarement sur des conséquences concrètes. Le citoyen attend davantage qu'une boîte aux lettres.
4. La parité linguistique dédouble la structure Deux collèges complets (NL et FR), chacun avec sa propre commission de nomination et sa propre commission d'avis. C'est compréhensible dans le modèle belge, mais cela conduit à des structures doubles pour 44 membres et environ 45 collaborateurs, sur une dotation de 6,9 millions d'euros. À titre de comparaison : le Domarnämnden suédois fait toutes les présentations pour les juges permanents avec 9 membres (sans les missions d'audit et de plaintes du CSJ).
5. Absence de KPI et de mesure des résultats Le CSJ rend compte d'activités (nombre de plaintes, nombre d'avis, nombre d'examens) mais ne mesure pas systématiquement si ses interventions débouchent réellement sur une meilleure justice.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Un organe chargé des nominations judiciaires a sa place au fédéral, mais le dédoublement linguistique en deux collèges crée un niveau intermédiaire inutile. La fonction de traitement des plaintes pourrait être plus proche du citoyen (numérique, accessible). |
| 2 | Transparence | ❌ | Les nominations de non-magistrats par le Sénat se font à huis clos, via des accords entre partis. Le citoyen ne peut pas voir quels critères sont déterminants. Le scandale de la fraude aux examens a montré que même la procédure d'examen n'est pas étanche. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | Le CSJ est financé par une dotation fédérale (6,9 M€), mais n'a pas de véritable obligation de rendre des comptes liée aux résultats. Celui qui paie (le contribuable) ne voit aucun résultat mesurable. |
| 4 | Simplicité | ❌ | 44 membres dans deux collèges complets, quatre commissions plus des commissions réunies et une présidence tournante annuelle. Comparez : la Suède fait les présentations de nomination avec 9 membres. La structure n'est pas explicable à un jeune de 16 ans. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | L'organe est assez grand pour travailler de manière professionnelle, mais en même temps trop lourd pour ce qu'il peut réellement imposer. Le rapport entre frais de structure et impact est déséquilibré. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Sans objet dans la configuration actuelle. Il n'y a pas de place pour l'innovation régionale dans l'organisation du pouvoir judiciaire. Les deux collèges sont des images en miroir, pas des laboratoires. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI formels. Pas de mesure systématique des résultats. Les rapports annuels rendent compte d'activités, pas de résultats. Pas de benchmark par rapport aux standards internationaux. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Les plaintes peuvent être introduites par voie électronique et le CSJ investit dans leur traitement numérique (budget 2026), mais il n'y a pas d'outils numériques de transparence (tableau de bord, open data) sur les nominations, les plaintes et les audits. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le modèle belge combine nomination, contrôle et avis dans un seul grand organe, en partie composé politiquement. Les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark et la Suède organisent cela autrement et obtiennent de meilleurs résultats en matière d'indépendance : 77 à 88 % des citoyens la jugent bonne ou très bonne, contre 63 % en Belgique (EU Justice Scoreboard 2026). |
Synthèse : 0 × ✅, 4 × ⚠️, 5 × ❌
Les gains les plus importants se situent au niveau de :
- Transparence : dépolitisation de la composition
- Simplicité : allègement vers un organe plus petit et plus capable d'agir
- Orientation résultats : introduction de KPI et d'une mesure des résultats
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : le CSJ est fondamentalement réformé pour devenir un organe plus petit, plus indépendant et orienté résultats, sur le modèle scandinave.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Composition : de 44 à 15 membres
- 8 magistrats (élus par la magistrature ; 4 NL, 4 FR)
- 4 membres externes (sélectionnés par procédure ouverte par la chambre contrôle de l'Organe de nomination indépendant : juristes, universitaires, spécialistes de l'administration publique ; 2 NL, 2 FR ; art. 47 §3 de la Constitution HART)
- 3 membres citoyens (sélectionnés sur score par la même chambre contrôle dans un vivier de citoyens intéressés ; le Danemark et la Suède ont déjà des représentants du public dans leur organe de nomination)
- Plus de nominations par le Sénat. Dépolitisation complète
- Mandat : 5 ans, non renouvelable (ce qui évite l'accumulation de pouvoir)
Organisation : de deux collèges à un seul conseil
- Un conseil intégré avec des garanties linguistiques (réunions dans les deux langues, parité garantie)
- Plus de commissions doubles. Des groupes de travail par thème, pas par langue
- Président : sélectionné en externe sur la compétence, mandat de 5 ans
Compétences : plus nettes et contraignantes
- Nominations : présentation contraignante : le gouvernement suit (au-delà des modèles danois et suédois, où la présentation est suivie dans la pratique). Procédure publique et soumise au contrôle du juge (sur le modèle allemand)
- Audits : recommandations contraignantes avec un mécanisme « comply or explain ». Les cours et tribunaux qui ne suivent pas les recommandations doivent expliquer publiquement pourquoi
- Plaintes : guichet numérique avec suivi. Publication annuelle d'une analyse des plaintes avec rapport sur les tendances
- Évaluation : évaluation périodique des juges sur les délais de traitement, la qualité des motivations et le taux d'infirmation en appel. Pas sur le contenu des décisions, mais sur les standards professionnels (cadre de qualité du ENCJ, modèles finlandais et suédois)
- Discipline : une chambre disciplinaire indépendante au sein du pouvoir judiciaire, organisée via le CSJ et jamais pilotée politiquement
Transparence : radicalement ouverte
- Tous les avis de nomination publics (anonymisés là où c'est nécessaire)
- Reddition de comptes numérique permanente pour la Justice : le président présente les résultats au parlement, avec mise à l'ordre du jour automatique en cas de signaux d'alerte
- Tableau de bord open data : délais de traitement, plaintes, nominations, scores d'audit
KPI et évaluation
- Satisfaction des citoyens quant au traitement des plaintes (mesure annuelle)
- Durée moyenne de la procédure de nomination
- Pourcentage de recommandations d'audit suivies
- Score à l'EU Justice Scoreboard (indépendance)
- Évaluation externe quinquennale par un panel international
Modèle international : hybride Danemark/Suède : un petit organe de nomination avec une majorité de magistrats, totalement indépendant du parlement et du gouvernement, avec les normes danoises de transparence.
Économie estimée : nette d'environ 0 euro pour le budget. L'allègement (de 44 à 15 membres, d'environ 45 à environ 35 collaborateurs, moins de frais de structure grâce à la fusion des collèges) libère selon les estimations 1 à 2 millions d'euros par an sur des crédits de dépenses de 7,4 millions d'euros (2026). Ce montant va aux missions renforcées : l'évaluation des juges, la chambre disciplinaire et le guichet numérique des plaintes. Le CSJ gagne ainsi en capacité d'action sans argent public supplémentaire. Le vrai gain n'est pas financier. Il est dans la confiance, la rapidité et la qualité des nominations.
Trajet de mise en œuvre :
- Fondement : art. 47 §3 de la Constitution HART (au moins la moitié de magistrats, élus par leurs collègues ; les autres membres sélectionnés par la chambre contrôle de l'Organe de nomination indépendant ; le gouvernement nomme qui le conseil présente), sans déclaration de révision et sans deux législatures successives
- Étape 1 : proposition de loi, débat parlementaire et nouvelle loi organique
- Étape 2 (l'année suivante) : transition vers le nouvel organe, transfert des dossiers en cours
Phase 4/5 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Conseil supérieur de la Justice. Réformé De 44 membres, dont la moitié nommée politiquement, à 15 membres indépendants. Un seul conseil capable d'agir, qui sélectionne les magistrats sur la qualité, pas sur les relations. Et qui doit montrer des résultats.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Conseil supérieur de la Justice (CSJ) a été créé en 1999 après l'affaire Dutroux. L'objectif : dépolitiser la magistrature et instaurer un contrôle externe de la justice. Le conseil compte 44 membres : 22 magistrats élus par leurs collègues magistrats et 22 non-magistrats nommés par le Sénat, chaque fois pour quatre ans. Environ 45 collaborateurs les soutiennent. Dotation : 6,9 millions d'euros par an (2026). Le CSJ organise les examens de la magistrature, présente les candidats à la nomination, réalise des audits auprès des tribunaux et traite les plaintes des citoyens.
Ce qui ne va pas
L'organe qui devait garantir la dépolitisation est lui-même en partie politisé. Les 22 non-magistrats sont nommés par le Sénat au terme de négociations entre partis, à huis clos. Personne ne sait quels critères sont déterminants. En 2024, c'est devenu pire encore : un avocat général membre du CSJ et du jury d'examen a transmis des questions d'examen à des candidats, dont des enfants de magistrats collègues. L'examen de droit pénal a été annulé, les tribunaux disciplinaires l'ont révoqué, ainsi que deux autres personnes, et le parquet général a requis que quatre magistrats comparaissent devant le juge pénal. L'organe qui devait restaurer la confiance dans la justice l'a lui-même minée.
La structure est en outre trop lourde. Deux collèges complets (néerlandophone et francophone), chacun avec ses propres commissions. Pour un organe de 44 membres, sur une dotation de 6,9 millions d'euros. La Suède fait toutes les présentations pour les juges permanents avec 9 membres. Le CSJ ne peut d'ailleurs rien imposer : les recommandations formulées après les audits ne sont pas toujours suivies, le traitement des plaintes débouche rarement sur des conséquences concrètes, et il n'existe aucun objectif de performance mesurable.
Comment cela fonctionne ailleurs
Au Danemark, un conseil de nomination indépendant de six membres sélectionne les juges, sans politiques au sein du conseil. Le ministre ne peut refuser une présentation qu'une seule fois au plus et doit signaler tout écart au parlement. Résultat : 88 % des citoyens danois jugent l'indépendance de la justice bonne ou très bonne (2026). En Suède, le Domarnämnden fait la même chose avec seulement 9 membres, dont 5 juges ou anciens juges ; le gouvernement ne peut nommer personne que le conseil n'a pas entendu au préalable. Aux Pays-Bas, le Raad voor de rechtspraak sépare complètement la gestion (budget, ICT, personnel) des nominations. En Allemagne, les décisions de nomination sont soumises au contrôle du juge. Un candidat écarté peut saisir le juge administratif.
Ce que HART propose
HART veut réformer le CSJ pour en faire un organe plus petit, plus indépendant et orienté résultats :
Le conseil passe de 44 à 15 membres : 8 magistrats (élus par leurs collègues), 4 experts externes et 3 membres citoyens (sélectionnés sur score, via une procédure ouverte, par la chambre contrôle de l'Organe de nomination indépendant). Plus de nominations par le Sénat. Dépolitisation complète. Les deux collèges linguistiques fusionnent en un seul conseil avec des garanties linguistiques. Le président est sélectionné en externe sur la compétence.
Les avis de nomination deviennent contraignants : le gouvernement suit, comme c'est la pratique au Danemark. Toutes les procédures deviennent publiques et soumises au contrôle du juge, sur le modèle allemand. Les audits acquièrent du mordant : les cours et tribunaux qui ne suivent pas les recommandations doivent expliquer publiquement pourquoi (comply or explain). Les juges sont évalués périodiquement sur les délais de traitement, la qualité des motivations et les infirmations en appel, jamais sur le contenu de leurs décisions. Une chambre disciplinaire indépendante au sein du pouvoir judiciaire, via le CSJ, intervient en cas de négligence ou de manquement. Jamais par des politiques. La procédure de plainte devient entièrement numérique, avec suivi et rapport annuel sur les tendances. Et une reddition de comptes numérique permanente est instaurée pour la Justice : les résultats sont publics en continu, et le président les explique au parlement dès que des écarts l'exigent.
Ce que cela rapporte
L'allègement libère 1 à 2 millions d'euros par an pour l'évaluation des juges, la chambre disciplinaire et le guichet numérique des plaintes, sans argent public supplémentaire. Mais le vrai gain est plus grand. Un conseil dépolitisé qui sélectionne les magistrats sur la qualité, pas sur les relations. Des recommandations contraignantes qui améliorent réellement les tribunaux. Des procédures transparentes qui restaurent la confiance du citoyen. Et des résultats mesurables, pour que nous sachions enfin si cet organe tient la promesse de 1999. À l'EU Justice Scoreboard, 63 % des Belges et 54 % des entreprises jugent l'indépendance des juges bonne ou très bonne (2026). Au Danemark, c'est 88 % et 87 %, aux Pays-Bas 77 % et 85 %. Il n'y a aucune raison pour que la Belgique ne puisse pas s'y trouver. Sauf que nous continuons à faire autrement.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| Artikel 151 Belgische Grondwet. Juridische verdieping | https://www.belgischegrondwet.be/themas/rechterlijke-macht/juridische-verdieping-3 | - | Base juridique du CSJ |
| HRJ. Over de HRJ (officiële website) | https://hrj.be/nl/over-hrj | 2026 | Composition, missions, organisation |
| HRJ. Samenstelling | https://hrj.be/nl/over-hrj/samenstelling | 2026 | 44 membres, répartition des non-magistrats, mandat, 44 membres du personnel |
| HRJ. Organen | https://hrj.be/nl/over-hrj/organen | 2026 | Bureau (4 membres à temps plein, présidence tournante annuelle), collèges, commissions |
| HRJ. Geschiedenis | https://hrj.be/nl/over-hrj/geschiedenis | 2026 | Ancrage constitutionnel en 1998, première réunion du conseil en 2000 |
| HRJ. Vertrouwen in justitie daalt in tien jaar van 61 naar 54 procent (Justitiebarometer 2024) | https://hrj.be/nl/nieuws/2024/vertrouwen-in-justitie-daalt-in-tien-jaar-van-61-naar-54-procent | 2024 | Confiance dans la justice 54 % (2024) contre 61 % (2014) |
| HRJ. Memorandum 2024 | https://hrj.be/admin/storage/hrj/2024-memorandum-hoge-raad-voor-de-justitie.pdf | 06-2024 | 22 recommandations, propositions de réforme |
| Kamer. Verslag commissie Comptabiliteit, DOC 56 0983/001 | https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/56/0983/56K0983001.pdf | 2025 | Budget 2026 du CSJ : demandé 7,411 M€ de crédits et 6,915 M€ de dotation, approuvé 7,3695 M€ de crédits et 6,8735 M€ de dotation ; 80 % de coûts salariaux ; environ 45 membres du personnel depuis 2010 ; investissement dans le traitement numérique des plaintes |
| FOD Justitie. Hoge Raad voor Justitie | https://justitie.belgium.be/nl/rechterlijke_orde/toezicht_en_advies/hoge_raad_voor_justitie | - | Description officielle des compétences |
| Senaat. Benoeming niet-magistraten HRJ | https://www.senate.be/web/nl/article/1126/raw | 12-2024 | Nomination des 22 non-magistrats le 13 décembre 2024 à la majorité des deux tiers |
| VRT NWS. HRJ stelt fraude vast bij magistratenexamen | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/03/03/hoge-raad-voor-justitie-fraude-magistratenexamen/ | 03-2024 | Fraude aux examens, annulation de l'examen |
| VRT NWS. Strafrechtelijk onderzoek examenfraude | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/03/04/strafrechtelijk-onderzoek-gestart-naar-fraude-bij-magistratenexa/ | 03-2024 | Conséquences de la fraude |
| VRT NWS. Afdelingsprocureur en parketjuriste in hoger beroep ontslagen | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/06/17/afdelingsprocureur-en-parketjuriste-na-hoger-beroep-ontslagen-we/ | 06-2025 | Sanctions disciplinaires, cas déjà en 2023 |
| VRT NWS. Tuchtrechtbank ontslaat Gentse advocaat-generaal | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/08/08/vonnis-fraude-magistratenexamen/ | 08-2025 | Révocation de l'avocat général, sanctions du couple de magistrats |
| VRT NWS. Gerecht wil 4 magistraten voor de rechter brengen | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/12/09/fraude-magistratenexamen-parket-generaal-vervolging/ | 12-2025 | Réquisition de renvoi de 4 magistrats |
| HRJ. Persbericht examenfraude | https://hrj.be/nl/nieuws/2024/hoge-raad-voor-de-justitie-stelt-fraude-vast-bij-magistratenexamen-en-vraagt-strafonderzoek | 03-2024 | Réaction officielle du CSJ |
| College van procureurs-generaal. Reactie examenfraude | https://www.om-mp.be/nl/artikel/persbericht-reactie-van-het-college-van-procureurs-generaal-op-examenfraude-hrj | 2024 | Réaction du ministère public à la fraude |
| Jubel. De olifant in de raad (opiniestuk) | https://www.jubel.be/de-olifant-in-de-raad-politiek-benoemde-rechters-en-de-hoge-raad-voor-de-justitie/ | 02-2021 | Critique de la politisation (« politisation à étages ») |
| Apache. Politiek en staatsmacht binnen de HRJ | https://apache.be/gastbijdragen/2020/12/30/politiek-en-staatsmacht-binnen-de-hoge-raad-voor-de-justitie | 12-2020 | Analyse de l'influence politique |
| Wet 22/12/1998. Wijziging Gerechtelijk Wetboek (HRJ) | https://etaamb.openjustice.be/nl/wet-van-22-december-1998_n1999009006.html | 1998 | Loi organique du CSJ |
| Wet 04/04/2014. Hervorming klachtenbehandeling HRJ | https://etaamb.openjustice.be/nl/wet-van-04-april-2014_n2014009215.html | 2014 | Réforme de la procédure de plainte |
| Rechtspraak.nl. Raad voor de rechtspraak | https://www.rechtspraak.nl/Organisatie-en-contact/Organisatie/Raad-voor-de-rechtspraak/ | 2026 | Modèle néerlandais, créé le 1er janvier 2002 |
| Rechtspraak.nl. Financiering rechtspraak | https://www.rechtspraak.nl/Organisatie-en-contact/Organisatie/Raad-voor-de-rechtspraak/Financiering-van-de-rechtspraak | 2026 | Budget néerlandais d'environ 1 Md € |
| ENCJ. Raad voor de rechtspraak Nederland factsheet | https://www.encj.eu/images/stories/pdf/factsheets/rvdr_the_netherlands.pdf | - | 3 à 5 membres, président toujours un juge, procédure de nomination |
| Richterwahlgesetz (RiWG), §§ 2 en 5 | https://www.gesetze-im-internet.de/riwg/BJNR003680950.html | - | Système allemand de nomination : membres de droit (les 16 ministres de la Justice des entités fédérées) et un nombre égal de membres élus par le Bundestag |
| IJCA. Judicial Review of Judicial Appointments in Germany | https://iacajournal.org/articles/10.36745/ijca.296 | - | Contrôle juridictionnel en Allemagne |
| ENCJ. Domstolsstyrelsen Denmark factsheet | https://www.encj.eu/images/stories/pdf/factsheets/domstolsstyrelsen_denmark.pdf | - | Modèle danois, créé le 1er juillet 1999, aucun pouvoir d'instruction du ministre |
| IJCA. Judicial Councils Everywhere? Nordic Countries | https://iacajournal.org/articles/10.36745/ijca.487 | 09-2023 | Conseil de nomination danois (6 membres), conseil d'administration du Domstolsstyrelsen (12 membres depuis 2022), Domarnämnden |
| Domstol.se. Domarnämnden (English) | https://www.domstol.se/domarnamnden/information-in-english/ | 2026 | Organe de nomination suédois, composition de 9 membres |
| International Law Observer. Reform of the Judiciary in Sweden: the Procedure for Selection and Appointment of Judges | https://internationallawobserver.eu/reform-of-the-judiciary-in-sweden-the-procedure-for-selection-and-appointment-of-judges | - | Le gouvernement suédois s'écarte rarement des présentations du Domarnämnden |
| EU Rule of Law Report 2025. Sweden | https://commission.europa.eu/document/download/72c47621-433b-4def-8aa0-d0cb2daafaf5_en | 07-2025 | Proposition constitutionnelle suédoise d'avril 2025, rôle du Domarnämnden |
| EU Rule of Law Report 2026. Belgium | https://commission.europa.eu/document/download/24a9b587-6e2a-4078-b58d-65dabd1233b4_en?filename=Country%20chapter%20-%20Belgium%20-%20EN.pdf | 07-2026 | Indépendance perçue Belgique : 63 % citoyens, 54 % entreprises |
| EU Rule of Law Report 2026. Denmark | https://commission.europa.eu/document/download/9c3333e5-5ede-4917-8524-cbeea2f9f17d_en?filename=Country%20chapter%20-%20Denmark%20-%20EN.pdf | 07-2026 | Danemark : 88 % citoyens, 87 % entreprises |
| EU Rule of Law Report 2026. Netherlands | https://commission.europa.eu/document/download/491770ba-4104-4367-8099-878ce1e3b034_en?filename=Country%20chapter%20-%20Netherlands%20-%20EN.pdf | 07-2026 | Pays-Bas : 77 % citoyens, 85 % entreprises |
| EU Rule of Law Report 2026. Germany | https://commission.europa.eu/document/download/3e6bdff0-cfa7-4c9c-8497-f37286427e7b_en?filename=Country%20chapter%20-%20Germany%20-%20EN.pdf | 07-2026 | Allemagne : 82 % citoyens, 77 % entreprises |
| EU Rule of Law Report 2026. Sweden | https://commission.europa.eu/document/download/5d8ff0c0-c2a7-413d-b35e-afe42dc98311_en?filename=Country%20chapter%20-%20Sweden%20-%20EN.pdf | 07-2026 | Suède : 82 % citoyens, 89 % entreprises ; première approbation de la modification constitutionnelle par le Riksdag en octobre 2025, second vote après les élections de septembre 2026 |
| ENCJ. Councils for the Judiciary in EU Countries | https://www.encj.eu/images/stories/pdf/judiciaries/voermansalberscouncilsforthejudiciayintheeu.pdf | 03-2003 | Aperçu comparatif UE |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)