Conseil supérieur de l'Emploi : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Concertation sociale & conseils consultatifs Statut proposé : 🟠 Réformé : intégration dans un Bureau du Plan renforcé / CPB belge comme pôle d'analyse du marché du travail
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Le Conseil supérieur de l'Emploi (CSE ; en néerlandais : Hoge Raad voor de Werkgelegenheid, HRW) est un organe consultatif fédéral qui fournit des informations et des avis au gouvernement fédéral sur la politique de l'emploi.
Données clés :
| Donnée | Détail |
|---|---|
| Création | 22 décembre 1995 |
| Base juridique | Loi du 22 décembre 1995 portant des mesures d'exécution du plan pluriannuel pour l'emploi, art. 42 ; AR du 24 septembre 1996 relatif au Conseil supérieur de l'Emploi, modifié par les AR du 3 septembre 2000 et du 10 novembre 2009 |
| Niveau de pouvoir | Fédéral |
| Président | Le ministre fédéral de l'Emploi |
| Vice-président | Désigné par arrêté ministériel parmi les membres fédéraux |
| Secrétaire | Le président du comité de direction du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale |
| Secrétariat administratif | SPF Emploi, Travail et Concertation sociale |
| Secrétariat scientifique | Banque nationale de Belgique |
| Membres | 21 (11 nommés au fédéral + 10 par les Régions et Communautés) |
| Composition | Spécialistes du marché du travail issus du monde académique, des institutions publiques, des services de placement et du secteur privé |
| Personnel propre | Aucun. Le secrétariat est assuré par le SPF Emploi et la BNB |
| Budget propre | Pas de budget distinct. Les coûts sont supportés par le SPF Emploi et la BNB |
| Ministre de tutelle | Ministre de l'Emploi |
Composition en détail :
- 11 membres sur proposition du ministre fédéral de l'Emploi : des académiques, des économistes, de hauts fonctionnaires, des experts du marché du travail issus du secteur privé. Nommés à titre personnel (et non comme représentants de leur institution).
- 10 membres nommés par les gouvernements des entités fédérées :
- 3 par le Gouvernement flamand
- 3 par le Gouvernement wallon
- 3 par le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale
- 1 par le Gouvernement de la Communauté germanophone
- Les membres sont nommés en raison de leur « expertise et expérience en matière d'emploi et de marché du travail »
Profil des membres : des professeurs d'université, des économistes du secteur privé et des (anciens) hauts fonctionnaires d'institutions fédérales et régionales, dont des dirigeants issus du monde du placement, de l'inspection sociale et des services d'études régionaux.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions légales :
- Suivi de la politique de l'emploi : assurer le monitoring des mesures de promotion de l'emploi et de la politique spécifique de mise à l'emploi
- Examen de propositions : analyse des propositions visant à favoriser la création d'emplois
- Rendre des avis sur demande : délibération sur les questions soumises par le ministre de l'Emploi ou par d'autres ministres
- Initiative propre : délibération sur des questions d'emploi de sa propre initiative
- Politique européenne de l'emploi : rôle dans le cadre des lignes directrices européennes pour l'emploi, des recommandations du Conseil et des grandes orientations de politique économique
En pratique : Le CSE publie en moyenne 1 à 2 rapports par an (deux en 2024 comme en 2025). Les publications les plus importantes :
- « État des lieux du marché du travail en Belgique et dans les régions » (annuel, généralement en juillet) : le rapport phare qui analyse les données du marché du travail avec une ventilation régionale
- Rapports thématiques, p. ex. « L'incapacité de travail et la réintégration des travailleurs sur le marché du travail » (mars 2024) et « La transition vers un marché du travail plus vert » (février 2025)
- Recommandations à propos du rapport annuel, p. ex. en juillet 2025, dans lesquelles le conseil réaffirme « l'importance de promouvoir une véritable culture de l'évaluation au sein de l'action publique »
Le conseil se décrit lui-même comme « une plateforme unique de dialogue et d'échange d'idées entre le niveau fédéral et les Régions et Communautés. »
Chevauchements avec d'autres institutions : Le CSE opère dans un paysage densément peuplé de l'avis sur le marché du travail :
- CCE (Conseil central de l'Économie) : publie chaque année le Rapport technique sur la marge maximale disponible pour l'évolution du coût salarial (la base de la norme salariale), avec des analyses du coût salarial et de la compétitivité
- CNT (Conseil national du Travail) : rend des avis sur le droit du travail et les thèmes sociaux, y compris les mesures de mise à l'emploi
- Bureau fédéral du Plan : établit des projections pour le marché du travail et publie les perspectives économiques annuelles
- Banque nationale de Belgique : fournit l'appui scientifique au CSE lui-même, et publie ses propres analyses du marché du travail
- OCDE : publie tous les deux ans environ l'Economic Survey of Belgium avec des recommandations sur le marché du travail
- Institutions régionales (VDAB (service flamand de l'emploi), Forem, Actiris) : publient leurs propres données et analyses du marché du travail
Dans la pratique, le CSE ajoute peu d'analyses uniques qui ne soient pas déjà disponibles via le Bureau du Plan, la BNB ou le CCE. Son trait distinctif est la combinaison d'experts fédéraux et régionaux au sein d'un même organe. Mais cela le rend aussi vulnérable à l'influence politique (le président est le ministre lui-même).
Indicateurs de performance : Il n'existe aucun KPI public pour le CSE. L'impact des recommandations sur les politiques n'est pas mesuré. Aucun audit distinct du CSE par la Cour des comptes n'a été trouvé. Le conseil plaide lui-même pour une « culture de l'évaluation » dans l'action publique, mais ne l'applique pas à son propre fonctionnement.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : pas de conseil consultatif équivalent
Les Pays-Bas n'ont pas d'organe consultatif distinct comparable au CSE. L'avis sur le marché du travail y est fourni de manière intégrée par :
- SER (Sociaal-Economische Raad) : combine l'avis économique et social (comparable au CCE + CNT + CSE réunis). Secrétariat d'environ 140 ETP (fin 2025), dépenses de 25,8 M€ (2025), financées à environ 80 % par une contribution de l'Algemeen Werkloosheidsfonds (fonds général de chômage), alimenté par les cotisations des employeurs et non par le budget de l'État.
- WRR (Wetenschappelijke Raad voor het Regeringsbeleid) : petit conseil composé surtout de professeurs, qui publie de larges rapports stratégiques (p. ex. « Het betere werk », 2020). Les projets durent 1 à 3 ans. Indépendant, rattaché aux Affaires générales.
- CPB (Centraal Planbureau) : fournit les projections factuelles et les chiffrages pour le marché du travail.
Conclusion : aux Pays-Bas, il n'y a pas besoin d'un organe consultatif distinct pour le marché du travail parce que les fonctions sont intégrées dans des institutions plus puissantes et mieux équipées.
Allemagne : Sachverständigenrat
| Aspect | CSE (Belgique) | SVR (Allemagne) |
|---|---|---|
| Créé | 1995 | 1963 |
| Membres | 21 | 5 (« Die fünf Wirtschaftsweisen ») |
| Personnel propre | Aucun | Oui. Secrétariat au Statistisches Bundesamt |
| Champ | Uniquement l'emploi | Toute l'économie, marché du travail inclus |
| Production | 1 à 2 rapports/an | 1 grand rapport annuel + rapport de printemps et rapports spéciaux |
| Indépendance | Le ministre préside | Totalement indépendant |
| Impact | Limité, peu d'attention médiatique | Élevé, attention médiatique nationale |
| Nomination | Par le ministre + les entités fédérées | Par le président fédéral sur proposition du gouvernement |
Différence essentielle : le Sachverständigenrat allemand est petit (5 membres), totalement indépendant du gouvernement, et produit des analyses faisant autorité qui orientent le débat public. Le CSE belge est plus grand (21 membres), présidé par le ministre lui-même, et a un impact public nettement moindre.
Danemark : Det Økonomiske Råd (DØRS)
| Aspect | CSE (Belgique) | DØRS (Danemark) |
|---|---|---|
| Créé | 1995 | 1962 |
| Présidence | Le ministre de l'Emploi | 4 économistes indépendants |
| Secrétariat | SPF + BNB (aucun en propre) | ±30 économistes en propre |
| Membres du Conseil | 21 experts | ±25 (4 présidents + partenaires sociaux, pouvoirs publics, banque centrale et organisations) |
| Rapports/an | 1 à 2 | 3 (2 économiques + 1 environnemental) |
| Indépendance | Faible (le ministre préside) | Élevée (présidence indépendante) |
| Influence | Modérée | Élevée. Les présidents sont les « vismænd » (les hommes sages) |
Différence essentielle : le Danemark combine l'analyse du marché du travail et une analyse économique plus large au sein d'un seul organe indépendant doté de son propre secrétariat professionnel. La production est plus importante, l'indépendance plus forte et l'influence publique nettement plus élevée.
Suède : IFAU
La Suède n'a pas de conseil consultatif au sens belge, mais bien l'IFAU (Institutet för arbetsmarknads- och utbildningspolitisk utvärdering), un institut de recherche de l'État qui évalue spécifiquement la politique du marché du travail et de l'enseignement sur la base de recherches scientifiques. C'est un institut d'évaluation, pas un conseil consultatif : il mesure ce qui fonctionne, au lieu de conseiller ce qui pourrait fonctionner.
1D. Problèmes et critiques
Manque d'indépendance : le ministre de l'Emploi préside lui-même le conseil. Aucun des organes étrangers comparés (Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Suède) n'est présidé par un ministre. Cela mine la crédibilité d'un « avis indépendant ». Difficile de conseiller l'employeur quand c'est l'employeur qui dirige la réunion.
Ni secrétariat ni budget propres : le CSE dépend entièrement du SPF Emploi (pour l'administratif) et de la Banque nationale (pour le scientifique). Cela rend le conseil structurellement vulnérable : en cas d'économies au SPF ou à la BNB, la capacité disparaît.
Chevauchement avec le CCE, le CNT et le Bureau du Plan : les analyses du marché du travail du CSE recoupent fortement ce que publient déjà le Bureau du Plan, le CCE et la BNB. Le rapport annuel « État des lieux » a de la valeur, mais sa plus-value unique par rapport aux publications existantes est limitée.
Production faible : 1 à 2 rapports par an, c'est peu pour un organe de 21 membres. À titre de comparaison : le DØRS danois produit 3 rapports par an avec 4 présidents et un secrétariat propre d'environ 30 économistes.
Pas de mesure d'impact : il n'existe aucune évaluation systématique du point de savoir si les recommandations du CSE influencent réellement les politiques. Le conseil plaide lui-même pour une « culture de l'évaluation » dans l'administration, mais ne l'applique pas à lui-même.
Nominations politiques : bien que les membres siègent « à titre personnel », 10 des 21 membres sont nommés par les gouvernements des entités fédérées. Cela introduit une dynamique politique qui peut miner l'indépendance scientifique.
Faible visibilité publique : contrairement aux « Wirtschaftsweisen » allemands ou aux « vismænd » danois, les rapports du CSE sont à peine visibles dans le débat public.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Le CSE est fédéral, alors que la politique du marché du travail est en grande partie une compétence régionale (VDAB, Forem, Actiris). Le CSE tente de jeter un pont via ses membres régionaux, mais l'analyse centrale est fédérale tandis que les leviers centraux sont régionaux. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | Les rapports sont accessibles au public sur hrw.belgie.be. Mais : pas de budget public, pas de mesure d'impact, pas de rapport annuel sur son propre fonctionnement, pas de procès-verbaux des réunions. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Le CSE n'a pas de budget propre. Les coûts sont supportés par le SPF Emploi (secrétariat administratif) et la BNB (appui scientifique). Il n'y a aucune transparence sur ce que coûte le CSE. Le tout est caché dans les budgets d'autres institutions. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Le CSE est l'une des quatre institutions fédérales au moins qui publient des analyses du marché du travail (avec le CCE, le Bureau du Plan et la BNB). Pour le citoyen, et même pour les décideurs, on ne voit pas qui fait quoi ni pourquoi un organe distinct est nécessaire. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | 21 membres sans secrétariat propre, c'est trop grand pour un organe consultatif efficace et trop petit pour un bureau d'analyse professionnel. Le modèle allemand (5 membres + secrétariat professionnel) ou le modèle danois (4 présidents + environ 30 économistes) est plus efficace. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | Le CSE réunit des experts fédéraux et régionaux, ce qui est en théorie précieux. Mais la structure n'offre aucune place à l'innovation régionale. C'est un organe de concertation, pas un espace d'expérimentation. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Pas de KPI, pas de mesure d'impact, pas d'évaluation de son propre fonctionnement. Le conseil plaide pour une culture de l'évaluation chez les autres mais ne l'applique pas à lui-même. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | Les rapports sont disponibles en PDF sur le site. Mais il n'y a pas d'open data, pas de tableaux de bord interactifs, pas d'API. L'analyse des données est éclatée entre le SPF, la BNB et le Bureau du Plan. Pas de plateforme numérique intégrée. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Aucun des pays comparés (Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Suède) n'a un conseil consultatif du marché du travail qui (a) est présidé par le ministre, (b) n'a pas de secrétariat propre, et (c) travaille le même terrain à côté de 3 ou 4 autres institutions. Le modèle est une exception à l'échelle internationale, pas une best practice. |
Synthèse : 0 × ✅, 4 × ⚠️, 5 × ❌. Le CSE obtient de mauvais résultats en matière de simplicité, de transparence financière, d'orientation résultats et de comparaison internationale. Les gains les plus importants se situent dans la simplicité (consolidation avec les institutions existantes), l'indépendance (le ministre n'est plus président) et l'orientation résultats (KPI et mesure d'impact).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : intégrer les missions dans un Bureau du Plan renforcé (→ CPB belge) et dans le CCE-CNT fusionné (→ SER belge)
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
- Le CSE comme organe distinct est supprimé
- La fonction analytique (données du marché du travail, rapports sur l'état des lieux) est transférée au Bureau fédéral du Plan renforcé (dans le modèle HART : le CPB belge). Le Bureau du Plan fait déjà ce travail en partie. Les rapports du CSE sont intégrés dans un rapport annuel plus large sur le marché du travail
- La fonction consultative (recommandations au ministre) est logée dans le CCE-CNT fusionné (dans le modèle HART : le SER belge). Les partenaires sociaux et des experts y siègent déjà. Un conseil consultatif distinct composé d'experts est superflu
- La fonction de passerelle entre le fédéral et les Régions est formalisée dans le Conseil des entités fédérées (qui, dans le modèle HART, remplace le Sénat, le Comité de concertation et les conférences interministérielles, art. 35 de la Constitution HART). La politique du marché du travail y est discutée dans le cadre de la coordination plus large entre la fédération et les entités fédérées
Vers quel niveau :
- Fonction analytique → fédéral (Bureau du Plan / CPB belge)
- Fonction consultative → fédéral (SER belge = CCE-CNT fusionné)
- Coordination interrégionale → Conseil des entités fédérées (art. 35 de la Constitution HART)
Modèle international :
- Pays-Bas : pas d'organe consultatif distinct pour le marché du travail. Le SER (avis) + le CPB (analyse) couvrent tout.
- Allemagne : le Sachverständigenrat (5 sages indépendants) pour l'avis économique plus large, l'IAB (Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung, l'institut de recherche de la Bundesagentur für Arbeit) pour la recherche sur le marché du travail.
- Danemark : le DØRS (4 économistes indépendants + un secrétariat propre d'environ 30 économistes) pour un avis économique et de marché du travail intégré.
Économie estimée : L'économie directe est limitée parce que le CSE n'a ni budget ni personnel propres. Les coûts sont cachés au SPF Emploi et à la BNB. Le vrai gain est un gain d'efficience : moins de chevauchements, moins de réunions, un seul interlocuteur pour l'analyse du marché du travail (le Bureau du Plan) et un seul pour l'avis politique (le SER belge). HART estime la capacité libérée à environ 0,5 à 1 ETP de temps de réunion et de coordination au SPF et à la BNB. Cette capacité suit au Bureau du Plan, qui reprend la mission analytique. Pour le budget, cette réforme est donc neutre : elle compte pour zéro dans le total des économies de la réforme de l'État.
Trajet de mise en œuvre :
- Loi supprimant le CSE (modification de la loi du 22 décembre 1995 + abrogation de l'AR du 24 septembre 1996)
- Transfert de la mission analytique au Bureau du Plan via un contrat de gestion
- Ajout d'une commission du marché du travail au CCE-CNT fusionné / SER belge
- Horizon temporel : 1 à 2 ans (réforme simple, pas de révision de la Constitution nécessaire)
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Conseil supérieur de l'Emploi : réformé L'analyse va au Bureau du Plan, l'avis au SER belge. Un conseil de moins, zéro savoir perdu.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Le Conseil supérieur de l'Emploi est un organe consultatif fédéral créé en 1995 et composé de 21 membres : des experts du marché du travail issus du monde académique, des institutions publiques et du secteur privé. 11 membres sont nommés sur proposition du ministre fédéral de l'Emploi, 10 par les gouvernements des entités fédérées. Le conseil est présidé par le ministre de l'Emploi lui-même, appuyé scientifiquement par la Banque nationale, et géré administrativement par le SPF Emploi. Le CSE n'a ni personnel propre ni budget propre.
Le conseil publie en moyenne 1 à 2 rapports par an, dont le plus important est l'« État des lieux du marché du travail en Belgique et dans les régions » annuel, une analyse des données du marché du travail avec une ventilation régionale.
Ce qui ne va pas
Le problème n'est pas que le CSE fournisse du mauvais travail. Le problème est qu'au moins trois autres institutions fédérales font la même chose. Le Bureau fédéral du Plan établit des projections pour le marché du travail. Le Conseil central de l'Économie publie chaque année sur le coût salarial et la compétitivité. La Banque nationale, qui assure pourtant elle-même le secrétariat scientifique du CSE, publie ses propres analyses du marché du travail.
De plus, l'indépendance est structurellement compromise : le ministre de l'Emploi préside le conseil. Dans aucun des pays avec lesquels nous comparons, un organe du marché du travail ne conseille le ministre alors que ce même ministre dirige la réunion. En Allemagne, les « cinq sages » du Sachverständigenrat sont nommés par le président fédéral et opèrent en toute indépendance. Au Danemark, le conseil consultatif économique est dirigé par quatre professeurs indépendants disposant d'un secrétariat propre d'environ 30 économistes.
Enfin : il n'existe aucune mesure de l'impact des avis du CSE sur les politiques. Le conseil plaide lui-même pour une « culture de l'évaluation » dans l'administration, mais ne l'applique pas à son propre fonctionnement.
Comment cela fonctionne ailleurs
Aux Pays-Bas, il n'existe pas d'organe consultatif distinct pour le marché du travail. Le SER (Sociaal-Economische Raad, Conseil socio-économique) combine l'avis économique et social dans un seul organe puissant, avec un secrétariat d'environ 140 équivalents temps plein et 25,8 millions d'euros de dépenses (2025), financés en grande partie par l'Algemeen Werkloosheidsfonds (fonds général de chômage), alimenté par les cotisations des employeurs, et non par le budget de l'État. Le CPB (Centraal Planbureau) fournit les projections factuelles et les chiffrages pour le marché du travail. Deux institutions couvrent ce que la Belgique tente de faire avec quatre ou cinq.
En Allemagne, le Sachverständigenrat, cinq économistes indépendants, livre chaque année un rapport annuel faisant autorité qui oriente tout le débat public. À côté de cela, l'IAB, l'institut de recherche de la Bundesagentur für Arbeit, évalue la politique du marché du travail sur la base de recherches scientifiques.
En Suède, l'IFAU (Institute for Evaluation of Labour Market and Education Policy) évalue spécifiquement la politique du marché du travail et de l'enseignement. Non pas en donnant des avis, mais en mesurant scientifiquement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Ce que HART propose
Nous supprimons le Conseil supérieur de l'Emploi comme organe distinct. Les missions ne sont pas supprimées. Elles sont confiées plus intelligemment :
La fonction analytique (données du marché du travail, rapport annuel) va au Bureau du Plan renforcé (dans notre modèle : le CPB belge). Celui-ci établit déjà des projections pour le marché du travail et dispose de la capacité scientifique pour intégrer cela structurellement.
La fonction consultative (recommandations au gouvernement) va au SER belge, le CCE-CNT fusionné. Les partenaires sociaux, des experts et des représentants sectoriels y siègent déjà. Un conseil consultatif distinct est superflu.
Le dialogue interrégional sur la politique du marché du travail est formalisé dans le Conseil des entités fédérées, qui, dans le modèle HART, remplace le Sénat, le Comité de concertation et les conférences interministérielles.
Point crucial : nous garantissons que l'avis qui en résulte sur le marché du travail est indépendant. Le ministre est l'utilisateur de l'avis, pas le président du conseil consultatif. Tout comme en Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas.
Ce que cela rapporte
- Un organe consultatif de moins dans le paysage consultatif belge surpeuplé (la Belgique compte des centaines de conseils consultatifs et de comités à tous les niveaux de pouvoir)
- La fin du chevauchement entre le CSE, le CCE, le CNT et le Bureau du Plan en matière d'analyse du marché du travail
- Un avis plus indépendant parce que le ministre ne préside plus le conseil consultatif
- Une meilleure analyse grâce à l'intégration dans le Bureau du Plan, doté de plus de moyens et d'une plus grande capacité méthodologique
- Plus de transparence parce que les coûts cachés (répartis entre le SPF et la BNB) deviennent visibles dans le budget du Bureau du Plan et du SER belge
- Cela n'exige aucune révision de la Constitution. Une modification légale ordinaire et l'abrogation d'un AR suffisent
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| FOD Werkgelegenheid. Hoge Raad voor de Werkgelegenheid | https://werk.belgie.be/nl/over-de-fod/gerelateerde-organen/adviesorganen/hoge-raad-voor-de-werkgelegenheid | Consulté le 2026-09-27 | Création, missions, président, secrétaire |
| HRW officiële website. Opdracht & Samenstelling | https://hrw.belgie.be/nl/home/opdracht-samenstelling | Consulté le 2026-09-27 | Mission, procédure de nomination, nombre de membres (21 : 11 fédéraux, 10 entités fédérées), autodescription comme « plateforme unique » |
| HRW. Samenstelling | https://hrw.belgie.be/nl/home/samenstelling | Consulté le 2026-09-27 | Président, vice-président, membres fédéraux et régionaux, secrétaire |
| Conseil supérieur de l'emploi. Mission & Composition | https://cse.belgique.be/fr/accueil/mission-composition | Consulté le 2026-09-27 | Description francophone de la mission et de la composition |
| HRW. Verslagen 2025 | https://hrw.belgie.be/nl/home/verslagen-adviezen/alle-verslagen/verslagen-2025 | Consulté le 2026-09-27 | Production 2025 : deux rapports (février et juillet) |
| HRW. Verslagen 2024 | https://hrw.belgie.be/nl/home/verslagen-adviezen/alle-verslagen/verslagen-2024 | Consulté le 2026-09-27 | Production 2024 : deux rapports (mars et juillet) |
| HRW. Stand van zaken op de arbeidsmarkt in België, juli 2025 | https://hrw.belgie.be/nl/home/verslagen-adviezen/verslagen-2025/stand-van-zaken-op-de-arbeidsmarkt-belgie-en-de-gewesten-juli-2025 | Juillet 2025 | Rapport phare, plaidoyer pour une culture de l'évaluation |
| FOD Werkgelegenheid. Aanbevelingen van de Hoge Raad voor de Werkgelegenheid tegen de achtergrond van de hervormingen van de federale regering | https://werk.belgie.be/nl/news/aanbevelingen-van-de-hoge-raad-voor-de-werkgelegenheid-tegen-de-achtergrond-van-de | 11 juillet 2025 | Citation sur « une véritable culture de l'évaluation au sein de l'action publique » |
| HRW. Arbeidsongeschiktheid en de re-integratie van werknemers op de arbeidsmarkt | https://hrw.belgie.be/sites/default/files/content/download/files/2024_hrw_arbeidsongeschiktheid_verslag.pdf | Mars 2024 | Rapport thématique ; composition et secrétariat (SPF Emploi pour l'administratif, BNB pour le scientifique) |
| Etaamb. KB van 27 april 2022 houdende ontslag, vervanging en benoeming van een lid van de HRW | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-27-april-2022_n2022202801 | Moniteur belge 20 mai 2022 | Base juridique : loi du 22 décembre 1995, art. 42 ; AR du 24 septembre 1996, modifié par les AR du 3 septembre 2000 et du 10 novembre 2009 |
| Etaamb. Ministerieel besluit van 16 mei 2019 tot aanduiding van de vice-voorzitter van de HRW | https://etaamb.openjustice.be/nl/ministerieel-besluit-van-16-mei-2019_n2019202367 | 16 mai 2019 | Désignation du vice-président par arrêté ministériel (art. 4 de l'AR du 24 septembre 1996) |
| CRB. Loononderhandelingen (Technisch verslag) | https://www.ccecrb.fgov.be/c/nl/1/loonkosten | Consulté le 2026-09-27 | Rapport technique annuel sur les marges maximales disponibles |
| WRR. Over de WRR | https://www.wrr.nl/over-de-wrr | Consulté le 2026-09-27 | Structure consultative néerlandaise, membres issus des universités, projets de 1 à 3 ans |
| WRR. Het betere werk (R102) | https://www.wrr.nl/publicaties/rapporten/2020/01/15/het-betere-werk | 15 janvier 2020 | Avis néerlandais sur le marché du travail, modèle de référence |
| SER Nederland. Thema Arbeidsmarkt | https://www.ser.nl/nl/thema/arbeidsmarkt | Consulté le 2026-09-27 | Modèle néerlandais d'avis intégré sur le marché du travail |
| SER. Financieel jaarverslag 2025 | https://www.ser.nl/-/media/ser/downloads/begrotingen/2025-financieel-jaarverslag.pdf | 2026 | Dépenses de 25,8 M€ (2025), effectif de 140 ETP fin 2025, contribution de l'Algemeen Werkloosheidsfonds de 20,75 M€ |
| Sachverständigenrat. Officiële website | https://www.sachverstaendigenrat-wirtschaft.de/en/ | Consulté le 2026-09-27 | Modèle allemand : indépendant, 5 membres, créé en 1963, rapport de printemps |
| Wikipedia. German Council of Economic Experts | https://en.wikipedia.org/wiki/German_Council_of_Economic_Experts | Consulté le 2026-09-27 | Nomination par le président fédéral sur proposition du gouvernement, secrétariat au Statistisches Bundesamt, rapport annuel |
| Danish Economic Councils (DØRS) | https://dors.dk/english | Consulté le 2026-09-27 | Modèle danois : présidence, 2 rapports économiques et 1 rapport d'économie de l'environnement par an |
| DØRS. The Secretariat | https://dors.dk/english/institutional-setup/the-secretariat | Consulté le 2026-09-27 | Environ 30 économistes, secrétariat professionnel |
| DØRS. The Economic Council | https://dors.dk/english/institutional-setup/the-economic-council | Consulté le 2026-09-27 | Créé en 1962, composition ±25 membres, 4 présidents |
| EC. Denmark Danish Economic Councils | https://economy-finance.ec.europa.eu/economic-and-fiscal-governance/national-productivity-boards/denmark-danish-economic-councils_en | Consulté le 2026-09-27 | Reconnaissance par l'UE du modèle danois (conseil national de la productivité depuis 2017) |
| IFAU (Zweden) | https://www.ifau.se/ | Consulté le 2026-09-27 | Modèle suédois d'évaluation de la politique du marché du travail et de l'enseignement |
| IAB (Duitsland) | https://iab.de/en/ | Consulté le 2026-09-27 | Institut für Arbeitsmarkt- und Berufsforschung, institut de recherche de la Bundesagentur für Arbeit |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)