SNCB (Société nationale des chemins de fer belges) : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : Entreprises publiques Statut proposé : 🟠 Réformé
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
La Société nationale des chemins de fer belges (SNCB/NMBS) est une entreprise publique autonome responsable du transport de voyageurs par rail en Belgique. L'entreprise a été créée en 1926 par une loi et fonctionne sous un contrat de service public conclu avec l'autorité fédérale, qui court de 2023 à fin 2032.
Base juridique : loi du 23 juillet 1926 (création), loi du 21 mars 1991 portant réforme de certaines entreprises publiques économiques, et AR du 11 décembre 2013 qui a réformé les structures de NMBS-Holding, d'Infrabel et de la SNCB (entré en vigueur le 1er janvier 2014). La SNCB relève de la tutelle du ministre fédéral de la Mobilité.
Niveau de pouvoir : fédéral. La loi spéciale du 8 août 1980 (art. 6 §1 X) transfère aux Régions les routes, les voies navigables, les ports et le transport urbain et régional, mais pas les chemins de fer : ceux-ci sont restés fédéraux. Les Régions peuvent toutefois cofinancer l'infrastructure ferroviaire via un accord de coopération.
Personnel : 16.976 collaborateurs au 1er janvier 2026 (16.953 au 1er janvier 2025). En 2025, plus de 1.100 nouveaux collaborateurs ont été recrutés (plus de 1.300 en 2024), principalement du personnel opérationnel (conducteurs de train, accompagnateurs de train, techniciens, personnel de sécurité).
Budget et financement :
- Compensation d'exploitation de l'État : plus de 1,2 milliard d'euros par an (2024), plus 794,5 millions d'euros de compensation d'investissement
- Au total, le rail (SNCB et Infrabel) reçoit environ 4 milliards d'euros de moyens fédéraux par an (2024)
- EBITDA récurrent après compensation : 54,2 millions d'euros en 2025 (131,6 millions d'euros en 2024)
- Investissements : plus de 820 millions d'euros en 2025 (plus de 870 millions d'euros en 2024), principalement du matériel roulant, de l'infrastructure de gares et de la numérisation
- Dette économique : 1,53 milliard d'euros fin 2025 (2,15 milliards d'euros fin 2024)
Gouvernance : conseil d'administration de 14 membres (fin 2025), nommés par le gouvernement fédéral, avec autant de membres néerlandophones que francophones. L'administrateur délégué (CEO) est lui aussi désigné par le gouvernement fédéral.
Structure : la SNCB fait partie d'une structure ferroviaire à trois volets :
- SNCB : transport de voyageurs (les trains) et accueil dans les gares
- Infrabel : infrastructure ferroviaire (voies, signaux, régulation du trafic)
- HR Rail : gestion du personnel (employeur juridique du personnel ferroviaire de la SNCB et d'Infrabel)
1B. Que fait-elle en pratique ?
Missions principales :
- Exploitation du transport intérieur de voyageurs par rail
- 207,8 millions de voyageurs en 2025 (nouvelle méthode de comptage ; le chiffre de 245,1 millions pour 2024 a été calculé avec l'ancienne méthode et n'est pas comparable)
- Plus de 1,2 million de circulations de trains par an, en moyenne plus de 3.300 par jour (2025), sur un réseau d'environ 3.600 km de lignes ferroviaires
- Gestion et entretien du matériel roulant
- Services commerciaux (billets, abonnements, information aux voyageurs)
Ponctualité : 91,7 % en 2025 (89,7 % en 2024, 87,5 % en 2023), le meilleur chiffre en vingt ans si l'on ne tient pas compte des années COVID. Mais en Belgique, un train ne compte comme « en retard » qu'à partir de 6 minutes de retard ; en Suisse, c'est 3 minutes.
Trains supprimés : 45.451 trains supprimés totalement ou partiellement en 2025, soit 3,7 % de tous les trains (45.944 en 2024 et un record de 46.086 en 2023). Cela reste un problème tenace.
Causes du retard (2025) :
- 39,6 % imputables à la SNCB elle-même
- 21,9 % dus à des tiers
- 20,8 % manque de robustesse du système ferroviaire
- 14,4 % imputables à Infrabel
- 3,3 % autres causes
Plaintes : le service de médiation pour les voyageurs ferroviaires a reçu en 2025 plus de 4.000 plaintes, soit 28 % de plus que l'année précédente et le nombre le plus élevé en dix ans. Le groupe le plus important concerne la manière dont la SNCB traite elle-même les plaintes et les amendes : les services clientèle sont de plus en plus difficiles à joindre et tout passe par des formulaires et des chatbots. S'y ajoutent de nombreuses plaintes sur les modifications de l'horaire et sur l'accessibilité.
Chevauchements et problèmes de coordination : La scission de 2005 (NMBS-Holding, SNCB et Infrabel), réformée en 2014 en SNCB, Infrabel et HR Rail, a créé des problèmes structurels de coordination. En cas de retard, la SNCB et Infrabel se renvoient la balle, et le voyageur ne sait pas qui est responsable. La structure à trois volets signifie trois conseils d'administration et trois ensembles de services de soutien, ce qui double les frais de structure et complique des décisions opérationnelles simples.
Audits de la Cour des comptes et scandales :
- Ypto (2023-2025) : selon la Cour des comptes, la filiale de la SNCB Ypto (services informatiques) n'a structurellement pas respecté les règles des marchés publics. Sur 8 des bons de commande examinés pour des services informatiques, il y avait un dépassement ; dans un cas, près du double du montant figurant sur le bon de commande a été facturé. Un bon de commande a été renouvelé 24 fois, des marchés ont été artificiellement scindés et des frais comme les frais de restaurant et de transport ont été facturés en plus du tarif journalier. Il s'agissait de montants allant jusqu'à 2,8 millions d'euros par marché.
- Consultance : dans son audit de la consultance auprès de l'autorité fédérale (2020-2022), la Cour des comptes a constaté que la SNCB était le plus gros acheteur (465,1 millions d'euros TVA comprise sur trois ans), suivie d'Infrabel (318,5 millions d'euros).
- Nominations politiques : le conseil d'administration est composé par le gouvernement fédéral et la SNCB a connu une tradition de nominations politiques, jusqu'au sommet.
1C. Comparaison internationale
Suisse : les CFF (le modèle de référence)
- Structure : entreprise intégrée. Les CFF gèrent à la fois l'infrastructure et le transport de voyageurs. Pas de scission comme SNCB/Infrabel. La Suisse n'est pas membre de l'UE et n'est pas soumise aux règles européennes de séparation.
- Ponctualité : 94,1 % en 2025 (93,2 % en 2024), avec une norme plus stricte de 3 minutes (Belgique : 6 minutes). Du fait de la différence de norme, les chiffres ne sont pas directement comparables.
- Horaire cadencé : les trains partent à heures fixes (chaque heure, demi-heure, quart d'heure). Correspondances garanties aux nœuds avec le bus, le tram et le bateau : en Suisse, 98,7 % des voyageurs obtiennent leur correspondance, en Belgique environ 85 %.
- 1,43 million de voyageurs par jour (2025) dans un pays de 9,1 millions d'habitants. Belgique : 207,8 millions de voyageurs par an (2025), soit environ 570.000 par jour pour 11,9 millions d'habitants. Rapporté à la population, c'est en Suisse environ trois fois plus (les méthodes de comptage diffèrent).
- Pas sans argent public : les CFF ont enregistré en 2025 un bénéfice de 496 millions de CHF, mais environ la moitié provenait d'effets exceptionnels, et la dette s'élevait à 11,3 milliards de CHF. En 2023 (bénéfice de 267 millions de CHF), le bénéfice provenait surtout de l'immobilier (281 millions de CHF) ; le réseau d'infrastructure est resté déficitaire et repose sur l'argent public.
- Différence clé : tout commence par la planification. L'horaire est conçu à partir des nœuds, pas à partir d'une gare centrale unique. L'infrastructure (la vitesse des tronçons) est adaptée à l'horaire, et non l'inverse.
Pays-Bas : NS + ProRail
- Structure : séparée (NS = opérateur de transport, ProRail = infrastructure), comparable à la Belgique.
- Ponctualité : 89,4 % de voyageurs à l'heure à destination (2024), du même ordre de grandeur que la SNCB (autre méthode de mesure).
- Financier : NS a enregistré en 2024 une perte sous-jacente de 141 millions d'euros et a payé la même année 533 millions d'euros au ministère et à ProRail pour pouvoir circuler sur le rail. La SNCB reçoit à l'inverse plus de 1,2 milliard d'euros de compensation d'exploitation par an.
- Leçon : la scission entre opérateur et infrastructure crée aussi des problèmes de coordination aux Pays-Bas.
Allemagne : Deutsche Bahn
- Structure : structure de holding avec des filiales (DB Fernverkehr, DB Regio, DB InfraGO). Formellement séparées, mais sous une seule holding.
- Problèmes énormes : dette financière nette de 32,6 milliards d'euros fin 2024. Seuls 60,1 % des trains longue distance à l'heure en 2025 (62,5 % en 2024). Lors de la rénovation générale de dizaines de corridors très fréquentés (prévue jusqu'en 2036), des tronçons sont entièrement fermés pendant des mois.
- Leçon : l'Allemagne montre que la taille seule ne suffit pas : sans investissements dans l'infrastructure, même une holding n'aide pas. Mais une holding avec une seule stratégie vaut quand même mieux que la scission complète belge.
Danemark : DSB + Banedanmark
- Structure : séparée. DSB (opérateur, entreprise d'État) + Banedanmark (infrastructure).
- Échelle : plus petite que la Belgique (6,0 millions d'habitants).
- Leçon : petit pays, modèle séparé : la scission en elle-même n'explique pas entièrement les problèmes belges, le pilotage et la planification pèsent au moins autant.
1D. Problèmes et critiques
Scission structurelle SNCB/Infrabel : la scission de 2005 est largement critiquée comme coûteuse, inefficiente et mauvaise pour le voyageur ; les syndicats plaident pour une réunification. Le droit européen exige certes plus qu'une séparation comptable : le gestionnaire de l'infrastructure doit être une personne morale distincte qui décide de manière indépendante de l'attribution des capacités et des redevances, et les mêmes personnes ne peuvent pas siéger en même temps dans la direction du gestionnaire de l'infrastructure et dans celle de l'opérateur. Mais le droit européen autorise expressément un groupe verticalement intégré, comme en Allemagne (DB) et en France (SNCF). La Belgique a choisi le modèle le plus strict : trois entreprises totalement distinctes.
Frais de structure triples : trois entreprises distinctes (SNCB, Infrabel, HR Rail) avec chacune son conseil d'administration, son management et ses services de soutien. HART estime ce qu'une seule holding ferroviaire peut y gagner (services partagés, moins de couches de gouvernance, moins de consultance externe) à 100 à 200 millions d'euros par an.
Nominations politiques : le conseil d'administration est composé par le gouvernement fédéral. Les choix stratégiques suivent de ce fait trop souvent la logique politique plutôt que la logique opérationnelle. En 2017, le conseil d'administration a approuvé un plan visant à réduire les nominations politiques sous le comité de direction, mais le conseil lui-même reste composé politiquement.
Avenir incertain après 2032 : le contrat de service public court jusqu'à fin 2032. Ensuite, selon le quatrième paquet ferroviaire de l'UE, le transport intérieur de voyageurs doit en principe être attribué par un appel d'offres, ou la Belgique doit démontrer qu'une attribution directe reste permise. Sans structure claire et sans préparation, le rail se retrouve alors en position faible.
Ypto/consultance : échec structurel en matière de marchés publics. Manque de transparence et de contrôle sur les dépenses en consultants externes : la SNCB est le plus gros acheteur de consultance au sein de l'autorité fédérale.
Trains supprimés : plus de 45.000 trains par an sont supprimés totalement ou partiellement. Un problème structurel qui ne se résout pas, faute de personnel, avec du matériel vieilli et des problèmes de coordination avec Infrabel.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Les chemins de fer sont à juste titre fédéraux (le réseau dépasse les frontières des entités fédérées), mais la correspondance avec les transports en commun régionaux (De Lijn, TEC, STIB) est défaillante. Pas de plan de transport intégré. |
| 2 | Transparence | ❌ | Nominations politiques, scandale Ypto, absence de tableaux de bord publics de KPI pour les voyageurs. Le citoyen ne sait pas qui est responsable en cas de retard (la SNCB ou Infrabel ?). |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | La SNCB reçoit plus de 1,2 Md € de compensation d'exploitation par an, mais le lien avec les indicateurs de performance est faible. Le mécanisme de bonus-malus du contrat de service public n'est pas assez tranchant. Qui décide (le politique) ne paie pas directement. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Trois entreprises distinctes (SNCB + Infrabel + HR Rail) pour un seul service ferroviaire. Trois conseils d'administration, trois équipes de direction. Inexplicable à un jeune de 16 ans. |
| 5 | Taille critique | ✅ | La SNCB a une taille suffisante (environ 17.000 collaborateurs, 207,8 M de voyageurs en 2025). Le réseau est assez grand pour une exploitation professionnelle. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | Les chemins de fer sont exclusivement fédéraux. Il n'y a pas de place pour l'innovation régionale dans l'offre de trains. Les entités fédérées ne peuvent pas expérimenter des modèles alternatifs (p. ex. un trafic ferroviaire régional flamand). |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ | Des KPI existent dans le contrat de service public 2023-2032, mais le mécanisme de bonus-malus est faible : sur 2024, la SNCB a atteint cinq des douze objectifs et a malgré tout reçu, au solde, un bonus d'environ 0,4 million d'euros. Plus de 45.000 trains supprimés par an sans sanction notable. Le chiffre de ponctualité s'améliore, mais l'étalon (6 min) est souple au regard des standards internationaux. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | La billetterie est en grande partie numérique, mais l'information aux voyageurs en cas de perturbation est insuffisante et le traitement administratif (amendes, plaintes) est la plus grande source de plaintes auprès du service de médiation : le service clientèle est difficile à joindre et tout passe par des formulaires et des chatbots. Pas de plateforme numérique intégrée pour le transport multimodal (train + bus + tram). |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le modèle suisse (entreprise intégrée, horaire cadencé, correspondances garanties) fonctionne manifestement mieux et est largement reconnu comme référence. La Belgique ne l'applique pas. |
Synthèse : le plus grand gain est à réaliser sur la simplicité (une seule holding ferroviaire au lieu de trois entreprises distinctes), la transparence (dépolitisation de la gouvernance, KPI ouverts) et « éprouvé à l'étranger » (le modèle suisse comme plan directeur).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : la SNCB continue d'exister comme entreprise publique, mais elle est fondamentalement réorganisée : la SNCB et Infrabel se rassemblent sous une seule holding ferroviaire, HR Rail y est absorbée, et l'intégration va aussi loin que le droit européen le permet, avec les CFF suisses comme référence.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Une seule holding ferroviaire : les Chemins de fer belges (CFB). La SNCB (opérateur) et Infrabel (gestionnaire de l'infrastructure) deviennent des filiales sous une seule holding, avec un seul point de pilotage, une seule stratégie et une planification intégrée. HR Rail disparaît en tant qu'entreprise distincte et devient un service partagé au sein de la holding, comme l'informatique, les achats et les services juridiques. Le droit européen (directive 2012/34/UE, modifiée par le quatrième paquet ferroviaire, directive 2016/2370) exige qu'Infrabel reste une personne morale distincte qui décide de manière indépendante de l'attribution des capacités et des redevances, avec des comptes séparés et une direction propre. Dans ces limites, HART intègre au maximum. Objectif final : intégrer aussi loin que le droit européen le permet, avec les CFF suisses comme référence.
Dépolitisation de la gouvernance : la chambre gouvernance de l'Organe de nomination indépendant (OBO) sélectionne les administrateurs sur la compétence, pas sur la carte de parti (art. 38 de la Constitution HART). La holding a un seul conseil d'administration de 9 membres au maximum ; les filiales gardent une direction propre compacte, comme l'exige le droit européen. Plus de mandats pour les représentants politiques.
Le modèle suisse comme plan directeur :
- Horaire cadencé avec correspondances garanties aux nœuds
- Intégration tarifaire avec les transports en commun régionaux (De Lijn, TEC, STIB) via un seul titre de transport national
- Investissements d'infrastructure alignés sur l'horaire, et non l'inverse
- Durcir la norme de ponctualité de 6 à 3 minutes (par phases, en deux législatures)
Un contrat de résultats avec des dents : un contrat de service public avec des KPI stricts, un tableau de bord public et des sanctions financières en cas d'échec structurel. Pas de compensation de l'État sans performance démontrée.
Apport régional via un accord : les entités fédérées reçoivent la possibilité d'organiser des services ferroviaires régionaux complémentaires (sur le modèle allemand, où les entités fédérées commandent le trafic ferroviaire régional), financés sur leurs propres moyens et réglés par accord avec la fédération (art. 32 de la Constitution HART) ; le rail lui-même reste fédéral (art. 27). Cela stimule l'innovation sans morceler le réseau national.
Préparé à l'ouverture du marché après 2032 : là où le droit européen impose un appel d'offres, celui-ci se fait via des concessions de performance sous la holding ferroviaire. La réduction de la dette économique se poursuit ; pas de nouvelles dettes pour l'exploitation courante.
Économie estimée : HART estime le gain d'efficience de la holding ferroviaire à 100 à 200 millions d'euros par an à vitesse de croisière : services de soutien partagés (RH, informatique, achats, juridique), moins de couches de gouvernance en double et moins de consultance externe. À titre de comparaison : la SNCB et Infrabel ont dépensé ensemble en 2020-2022 en moyenne plus de 260 millions d'euros par an en consultance (Cour des comptes), et l'autorité fédérale consacre environ 4 milliards d'euros par an au rail.
Modèle de référence international : la Suisse (CFF). Entreprise intégrée, horaire cadencé, 94,1 % de ponctualité avec une norme de 3 minutes (2025). Au sein de l'UE : les modèles de holding de l'Allemagne (DB) et de la France (SNCF).
Trajet de mise en œuvre :
- Années 1-2 : modification légale (adaptation de la loi du 21 mars 1991 et de l'AR du 11 décembre 2013), création de la holding
- Années 2-3 : intégration opérationnelle des services de soutien, HR Rail est absorbée dans la holding
- Années 3-5 : déploiement de l'horaire cadencé + intégration tarifaire avec les transports en commun régionaux
- Années 5-10 : durcissement de la norme de ponctualité à 3 minutes, évaluation
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SNCB. Réformé Une seule holding ferroviaire au lieu de trois entreprises distinctes. La SNCB et Infrabel sous un même toit, HR Rail intégrée, avec le modèle suisse comme référence : des trains à l'heure, des correspondances garanties et des administrateurs choisis sur la compétence plutôt que sur la carte de parti.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Les chemins de fer belges se composent de trois entreprises distinctes : la SNCB fait rouler les trains, Infrabel gère les voies, les signaux et la régulation du trafic, et HR Rail assure la gestion du personnel. Ensemble, la SNCB et Infrabel comptent environ 27.000 collaborateurs. La SNCB reçoit plus de 1,2 milliard d'euros de compensation d'exploitation par an (2024) et a transporté 207,8 millions de voyageurs en 2025 ; au total, environ 4 milliards d'euros d'argent fédéral vont chaque année au rail. Le contrat de service public court jusqu'à fin 2032. Le conseil d'administration est composé par le gouvernement fédéral.
Ce qui ne va pas
La scission de 2005 est un problème structurel. Trois entreprises distinctes avec trois conseils d'administration, trois équipes de direction et trois ensembles de services de soutien. Pour ce qui est, en substance, un seul service : faire rouler des trains sur des voies. En cas de retard, la SNCB et Infrabel se renvoient la balle. Le voyageur ne sait pas qui est responsable.
En 2025, 45.451 trains ont été supprimés totalement ou partiellement, soit 3,7 % de tous les trains. La ponctualité est montée à 91,7 %, mais la Belgique ne compte un retard qu'à partir de 6 minutes. En Suisse, c'est 3 minutes. Chez la filiale Ypto, la Cour des comptes a constaté des infractions structurelles aux règles des marchés publics : des marchés artificiellement scindés, un bon de commande renouvelé 24 fois, des factures allant jusqu'à près du double du bon de commande. Des montants allant jusqu'à 2,8 millions d'euros par marché. Et la SNCB a été en 2020-2022 le plus gros acheteur de consultance de toute l'autorité fédérale : 465,1 millions d'euros en trois ans.
Le service de médiation pour les voyageurs ferroviaires a reçu en 2025 plus de 4.000 plaintes, le nombre le plus élevé en dix ans. Ce qui revient le plus souvent : la manière dont la SNCB traite elle-même les plaintes et les amendes. Le service clientèle est de plus en plus difficile à joindre ; tout passe par des formulaires et des chatbots. De plus, les voyageurs se plaignent des modifications de l'horaire et de l'accessibilité.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Suisse, les CFF sont une seule entreprise intégrée qui gère à la fois les trains et l'infrastructure. Le résultat : 94,1 % de ponctualité en 2025, mesurée à partir de 3 minutes de retard, pas de 6. Les CFF travaillent avec un horaire cadencé : les trains partent chaque jour exactement à la même minute, et à chaque nœud le bus, le tram ou le bateau assure une correspondance sans rupture. 98,7 % des voyageurs suisses obtiennent leur correspondance ; en Belgique, c'est environ 85 %. Chaque jour, 1,43 million de personnes voyagent avec les CFF, dans un pays de 9,1 millions d'habitants. Rapporté à la population, c'est environ trois fois plus qu'en Belgique.
Le secret ne réside pas seulement dans l'argent, mais surtout dans une meilleure organisation. L'horaire est conçu à partir des nœuds, pas à partir de la gare principale. L'infrastructure est adaptée à l'horaire, et non l'inverse. La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais au sein de l'UE aussi, cela peut se faire beaucoup plus simplement qu'en Belgique : le droit européen demande que le gestionnaire de l'infrastructure reste une personne morale distincte qui décide de manière indépendante de la capacité et des redevances, et autorise en même temps un seul groupe sous une seule holding. L'Allemagne et la France fonctionnent ainsi.
Ce que HART propose
Une seule holding ferroviaire. La SNCB et Infrabel deviennent des filiales des Chemins de fer belges : une seule stratégie, un seul point de pilotage, une seule planification intégrée. HR Rail est absorbée dans la holding comme service partagé, avec l'informatique, les achats et les services juridiques. Infrabel reste indépendante là où le droit européen l'exige, pour l'attribution des capacités et les redevances. Pour le reste, nous intégrons aussi loin que le droit européen le permet, avec la Suisse comme référence.
Une gouvernance fondée sur la compétence. L'Organe de nomination indépendant sélectionne les administrateurs. Plus de mandats politiques de parti. Au lieu de trois conseils d'administration distincts (la SNCB seule en compte 14 membres), il y aura un seul conseil de 9 membres au maximum pour la holding.
Un horaire cadencé. Sur le modèle suisse : des trains à heures fixes, des correspondances garanties avec De Lijn, le TEC et la STIB aux nœuds, et un seul titre de transport national pour toute la Belgique.
Un contrat de résultats avec des dents. Des KPI stricts, un tableau de bord public que chaque Belge peut consulter, et des sanctions financières si les objectifs ne sont structurellement pas atteints. Dans le dialogue de performance sur 2024, la SNCB a atteint cinq des douze objectifs et a malgré tout reçu, au solde, un petit bonus. Les plus de 1,2 milliard d'euros de compensation d'exploitation ne sont pas un chèque en blanc.
Des services ferroviaires régionaux. Les entités fédérées reçoivent la possibilité d'organiser un trafic ferroviaire régional complémentaire. Sur le modèle allemand. L'entité fédérée d'Anvers pourra alors décider elle-même de trains S supplémentaires autour d'Anvers, l'entité fédérée du Luxembourg d'une meilleure desserte des Ardennes. De l'innovation par le bas, sans casser le réseau national.
Ce que cela rapporte
La holding ferroviaire économise, selon l'estimation de HART, 100 à 200 millions d'euros par an de frais de structure en double et de pertes de coordination (management, informatique, services juridiques, processus RH, consultance externe). Ces moyens vont vers de meilleurs trains, pas vers la bureaucratie.
Un horaire cadencé avec des correspondances garanties rend les transports en commun fiables. Si les Belges, rapporté à la population, prenaient le train ne fût-ce que moitié moins souvent que les Suisses, cela représenterait plus de 300 millions de voyageurs par an au lieu de 208 millions. Avec toutes les conséquences positives pour les embouteillages, le climat et la qualité de vie.
Et une gouvernance transparente et dépolitisée fait en sorte que les chemins de fer soient gérés comme un service au citoyen. Pas comme un trophée pour les partenaires de coalition.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| NMBS Resultaten 2024 (persbericht) | https://press.nmbs.be/resultaten-2024 | 2025-03 | Personnel au 1/1/2025, recrutements 2024, EBITDA récurrent 2024, investissements 2024 |
| NMBS Resultaten 2025 (persbericht) | https://press.nmbs.be/resultaten-2025 | 2026-04 | Personnel au 1/1/2026, voyageurs 2025 (nouvelle méthode de comptage), EBITDA, investissements, dette économique |
| Openbaredienstcontract NMBS 2023-2032 (FOD Mobiliteit) | https://mobilit.belgium.be/sites/default/files/documents/regulations/2023/Openbaredienstcontract_NMBS_2023-2032_NL_0.pdf | 2022-12 | Durée, compensation d'exploitation et d'investissement, KPI |
| Infrabel, geconsolideerd jaarverslag 2024 | https://infrabel.be/sites/default/files/generated/files/report/INFRABEL_Geconsolideerd%20jaarverslag%202024_NL.pdf | 2025 | Financement fédéral du rail (environ 4 milliards d'euros au total), personnel d'Infrabel |
| Infrabel, jaarlijks veiligheidsverslag 2024 | https://infrabel.be/sites/default/files/generated/files/report/RAS%202024%20NL.pdf | 2025 | Longueur du réseau ferroviaire (3.615 km de lignes) |
| Prestatiedialogen 2025. FOD Mobiliteit | https://mobilit.belgium.be/nl/news/prestatiedialogen-2025-nmbs-en-infrabel-vooruitgang-en-uitdagingen | 2025 | Objectifs et bonus-malus sur 2024 |
| Stiptheid 2024 (NMBS persbericht) | https://press.nmbs.be/stiptheid-bereikt-897-in-2024 | 2025-01 | Ponctualité 2023 et 2024 |
| Stiptheid 2025 (NMBS persbericht) | https://press.nmbs.be/duidelijke-vooruitgang-in-stiptheid-917-in-2025 | 2026-01 | Ponctualité 2025 et causes des retards |
| VRT NWS. NMBS schafte 45.451 treinen af | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/01/16/vorig-jaar-schafte-de-nmbs-45-451-treinen-af-betrouwbaarheid-e/ | 2026-01 | Trains supprimés 2024 et 2025 (chiffres d'Infrabel) |
| VRT NWS. Treinen reden in 2024 iets stipter dan in 2023 | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/01/09/vertragingen-nmbs/ | 2025-01 | Record de 46.086 trains supprimés en 2023 |
| VRT NWS. Klachten ombudsdienst treinreizigers 2025 | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/03/17/klachten-ombudsdienst-nmbs/ | 2026-03 | Nombre et nature des plaintes |
| VRT NWS. Ypto Rekenhof | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/02/05/nmbs-ypto-rekenhof/ | 2025-02 | Constats de la Cour des comptes sur Ypto |
| Rekenhof. Inzet van consultancy door de federale overheid | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2025_39_InzetConsultancyFederaleOverheid.pdf | 2025-10 | Dépenses de consultance de la SNCB et d'Infrabel 2020-2022 |
| Richtlijn (EU) 2016/2370 (Vierde Spoorwegpakket, EUR-Lex) | https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A32016L2370 | 2016-12 | Indépendance du gestionnaire de l'infrastructure, groupe verticalement intégré autorisé (art. 6, 7 et 7a de la directive 2012/34/UE) |
| FOD Mobiliteit. De liberalisering van de spoorwegmarkten | https://mobilit.belgium.be/nl/spoor/de-liberalisering-van-de-spoorwegmarkten | 2025 | Ouverture du marché après 2032 |
| KB van 11 december 2013 (hervorming structuren NMBS-Holding, Infrabel en NMBS) | https://etaamb.openjustice.be/nl/koninklijk-besluit-van-11-december-2013_n2013014729.html | 2013-12 | Base juridique, réforme de 2014 |
| NMBS. Raad van bestuur en Executive Committee (Realisaties en kerncijfers 2025) | https://facts-and-figures.belgiantrain.be/2025/nl/welkom/raad-van-bestuur-en-executive-committee/ | 2026 | Composition du conseil d'administration (14 membres fin 2025) |
| Wet van 21 maart 1991 betreffende de hervorming van sommige economische overheidsbedrijven (Justel) | https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=nl&la=N&cn=1991032130&table_name=wet | 1991 | Nomination du conseil d'administration et de l'administrateur délégué par le Roi (Conseil des ministres), parité linguistique (art. 16, 18 et 20) |
| Bijzondere wet van 8 augustus 1980 tot hervorming der instellingen (Justel) | https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=nl&la=N&cn=1980080802&table_name=wet | 1980 | Compétences régionales travaux publics et transport, chemins de fer fédéraux, cofinancement de l'infrastructure ferroviaire (art. 6 §1 X) |
| Sampol. Maak van de Belgische spoorwegen opnieuw één bedrijf | https://www.sampol.be/2023/08/maak-van-de-belgische-spoorwegen-opnieuw-een-bedrijf | 2023-08 | Argument en faveur de la réunification |
| Bruzz. Dutordoir zet rem op politieke benoemingen bij NMBS | https://www.bruzz.be/politiek/dutordoir-zet-rem-op-politieke-benoemingen-bij-nmbs-2017-10-28 | 2017-10 | Nominations politiques |
| SBB stiptheidsrecord (Treinreiziger.nl) | https://www.treinreiziger.nl/sbb-verbreekt-wederom-stiptheidsrecord/ | 2026-01 | Ponctualité des CFF 2024 et 2025, norme de 3 minutes |
| NahverkehrsPraxis. SBB verzeichnet Rekord an Reisenden und bei Pünktlichkeit | https://www.nahverkehrspraxis.de/sbb-verzeichnet-rekord-an-reisenden-und-bei-puenktlichkeit/ | 2026-03 | CFF 2025 : voyageurs par jour, bénéfice, effets exceptionnels, dette |
| Baublatt. Jahresergebnis 2023: SBB schreiben wieder schwarze Zahlen | https://www.baublatt.ch/verschiedenes/jahresergebnis-2023-sbb-schreiben-wieder-schwarze-zahlen-35643 | 2024-03 | CFF 2023 : bénéfice par segment (immobilier, réseau d'infrastructure déficitaire) |
| VRT NWS. Zwitsers model OV | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/04/28/zwitsers-model-openbaar-vervoer/ | 2025-04 | Explication du modèle suisse |
| VRT NWS. Wat kan België leren van Zwitsers model | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2025/04/08/wat-kan-belgie-leren-van-zwitserse-model-openbaar-vervoer-alle/ | 2025-04 | Correspondances : 98,7 % en Suisse, environ 85 % en Belgique |
| Greenpeace. Zwitsers model voor België | https://www.greenpeace.org/belgium/nl/stories/16088/treinverkeer-stipt-op-tijd-van-de-belgische-realiteit-naar-het-zwitserse-model/ | 2024 | Horaire cadencé et modèle des nœuds |
| Synova (voorheen ACLVB). België lonkt naar het beste spoorwegsysteem van Europa | https://www.synova.be/nl/artikels/belgie-lonkt-naar-het-beste-spoorwegsysteem-van-europa | 2025-10 | Intégration tarifaire |
| Sampol. NMBS: kille vraagsturing of Zwitserse integratie? | https://sampol.be/2025/02/nmbs-kille-vraagsturing-of-zwitserse-integratie | 2025-02 | Le système des nœuds exige une offre à horaire fixe |
| NS Jaarcijfers 2024 | https://nieuws.ns.nl/ns-jaarcijfers-2024-oplopende-kosten-en-investeringen-in-kwaliteit-drukken-financieel-resultaat-ns/ | 2025 | NS : résultat, ponctualité et paiements au ministère et à ProRail 2024 |
| Deutsche Bahn. Integrierter Bericht 2024, Netto-Finanzschulden | https://ibir.deutschebahn.com/2024/en/combined-management-report/business-development/asset-situation/net-financial-debt/ | 2025 | Dette de la DB fin 2024 |
| eisenbahn.de. Jahresbilanz 2025: Pünktlichkeit der Deutschen Bahn sinkt weiter | https://eisenbahn.de/geramond-vgb/jahresbilanz-2025-puenktlichkeit-der-deutschen-bahn-sinkt-weiter_17653 | 2026-01 | Ponctualité des trains longue distance de la DB 2024 et 2025 |
| Deutsche Bahn. Generalsanierung: Bund bestätigt neuen Zeitplan der DB InfraGO AG | https://www.deutschebahn.com/de/presse/pressestart_zentrales_uebersicht/Generalsanierung-Bund-bestaetigt-mit-der-Branche-abgestimmten-neuen-Zeitplan-der-DB-InfraGO-AG-13507196 | 2025-09 | Rénovation générale des corridors très fréquentés jusqu'en 2036, avec des fermetures complètes de plusieurs mois |
| Infrabel. Onze geschiedenis | https://infrabel.be/en/history | 2025 | Historique (création 1926, scission 2005, réforme 2014 avec HR Rail) |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)