Audit : Représentation permanente auprès de l'UE + Conseil de l'UE + PE : la représentation belge auprès de l'UE
Date : 2026-03-30 Statut : 🟠 Réformé Catégorie : représentation auprès de l'UE Ligne : Représentation permanente auprès de l'UE + Conseil de l'UE + PE. 22 députés européens
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
La Belgique a trois piliers de représentation auprès de l'UE :
1. Représentation permanente auprès de l'UE
- Nom officiel : Représentation permanente de la Belgique auprès de l'Union européenne
- Base juridique : accord de coopération du 8 mars 1994 entre l'État fédéral, les Communautés et les Régions relatif à la représentation de la Belgique au sein du Conseil des ministres de l'UE
- Relève du : SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement
- Personnel : environ 160 collaborateurs (selon la Représentation permanente elle-même), le plus grand poste diplomatique du SPF Affaires étrangères
- Composition : diplomates du SPF Affaires étrangères + fonctionnaires d'autres services publics fédéraux + représentants des Régions et des Communautés
- Direction : le Représentant permanent (ambassadeur) + le Représentant permanent adjoint
- Budget : non publié séparément, il fait partie du budget du SPF Affaires étrangères
2. Conseil de l'Union européenne (Conseil des ministres)
- La Belgique est l'un des 27 États membres disposant du droit de vote au Conseil
- Poids de vote depuis le 1er novembre 2014 (traité de Lisbonne) : double majorité, 55 % des États membres (dans une UE de 27, au moins 15) et 65 % de la population de l'UE
- La Belgique représente environ 2,6 % de la population de l'UE (11,9 millions d'habitants en 2026 sur 450,4 millions dans l'UE en 2025)
- Présidence belge : janvier-juin 2024 (devise : « Protect, Strengthen, Prepare »)
- Système de rotation : unique en Europe ; les entités fédérées peuvent représenter la Belgique au Conseil via un système de rotation en six catégories
3. Parlement européen (PE)
- La Belgique dispose de 22 sièges au PE (sur 720 au total) pour la législature 2024-2029
- Trois collèges électoraux liés à la langue, répartis sur quatre circonscriptions électorales (loi du 23 mars 1989) : néerlandophone (13 sièges), francophone (8 sièges), germanophone (1 siège)
- Élection par listes semi-ouvertes, représentation proportionnelle (D'Hondt), pas de seuil électoral
- Dans Bruxelles bilingue, les électeurs choisissent entre la liste néerlandophone et la liste francophone
Les 22 députés européens belges (2024-2029) :
Collège électoral néerlandophone (13) :
- Vlaams Belang : 3 sièges (22,9 %)
- N-VA : 3 sièges (22,1 %)
- CD&V : 2 sièges (13,2 %)
- Vooruit : 2 sièges (12,6 %)
- Groen : 1 siège (10,0 %)
- Open Vld : 1 siège (9,1 %)
- PTB : 1 siège (8,1 %)
Collège électoral francophone (8) :
- MR : 3 sièges (34,9 %)
- PS : 2 sièges (20,5 %)
- PTB : 1 siège (15,4 %)
- Les Engagés : 1 siège (14,3 %)
- Ecolo : 1 siège (10,1 %)
Collège électoral germanophone (1) :
- CSP (Les Engagés) : 1 siège (34,9 %)
1B. Que fait-il en pratique ?
La Représentation permanente est le maillon entre la Belgique et les institutions de l'UE. Ses missions principales :
- Négocier au nom de la Belgique dans les groupes de travail du Conseil (il y a environ 150 groupes de travail et comités)
- Préparer les positions belges pour les réunions du Conseil
- Suivre les propositions de la Commission européenne
- Coordonner avec les autorités belges fédérales et régionales
La coordination passe par la Direction générale Affaires européennes et Coordination (DGE) du SPF Affaires étrangères. La DGE organise chaque année plus de 545 réunions de coordination avec les départements fédéraux, les Communautés et les Régions. L'objectif : trouver un consensus pour que la Belgique « parle d'une seule voix » sur la scène européenne.
Le système de rotation pour le Conseil (accord de coopération de 1994) répartit les formations du Conseil en six catégories :
- Catégorie I exclusivement fédéral : Affaires générales, Affaires étrangères, ECOFIN, Justice et Affaires intérieures, Budget, Télécom, Protection civile, Protection des consommateurs
- Catégorie II fédéral avec assesseur régional : Transports, Énergie, Marché intérieur, Emploi et Politique sociale, Santé
- Catégorie III régional avec assesseur fédéral : Industrie, Recherche, Environnement
- Catégorie IV exclusivement régional/communautaire : Culture, Enseignement, Jeunesse, Sport, Tourisme, Aménagement du territoire, Logement, Politique régionale
- Catégorie V exclusivement une seule Région : Pêche (toujours la Flandre)
- Catégorie VI fédéral avec assistance régionale par rotation : Agriculture
Ce système est absolument unique en Europe. En Allemagne aussi, un représentant des Länder peut s'exprimer au Conseil, mais uniquement pour l'enseignement, la culture et la radiodiffusion ; aucun autre pays de l'UE ne laisse des ministres régionaux parler au nom du pays au Conseil via un système de rotation aussi complexe.
Le Parlement européen fonctionne de manière relativement indépendante des structures nationales. Les députés européens ne représentent pas leur État membre mais leur groupe politique européen. Les trois collèges électoraux belges sont toutefois une anomalie : quatre États membres (la Belgique, l'Irlande, l'Italie et la Pologne) divisent leur territoire en circonscriptions électorales, mais la Belgique est le seul pays de l'UE qui organise les élections européennes selon des lignes linguistiques, avec trois collèges électoraux distincts.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas :
- Représentation permanente avec des collaborateurs de pratiquement tous les ministères, sans représentants régionaux
- Une seule circonscription nationale pour les élections européennes (31 sièges en 2024-2029)
- Un ministre par formation du Conseil, pas de système de rotation
- Coordination via le groupe de travail BNC (évaluation des nouvelles propositions de la Commission) : centralisée
- Résultat : 22 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur, contre 33 pour la Belgique (décembre 2025)
Allemagne :
- L'article 23 de la Grundgesetz règle la participation des Länder aux affaires européennes
- Le Bundesrat est associé à la détermination de la position ; là où les compétences législatives des Länder sont au centre, le gouvernement fédéral doit prendre en compte la position du Bundesrat de manière « maßgeblich » (déterminante)
- Trois niveaux : information → consultation → représentant des Länder au Conseil (uniquement pour l'enseignement, la culture et la radiodiffusion)
- Différence cruciale : le gouvernement fédéral garde la responsabilité finale pour l'ensemble, et un désaccord avec les Länder n'entraîne pas d'abstention obligatoire. En Belgique, c'est le consensus ou l'abstention
- Il existe bien des abstentions allemandes au Conseil, mais elles découlent de désaccords au sein de la coalition fédérale (le fameux « German vote »), pas de la relation avec les Länder
- Les 16 Länder ont leurs propres bureaux à Bruxelles, mais ne parlent pas au nom de l'Allemagne au Conseil (sauf pour l'enseignement, la culture et la radiodiffusion)
- Une seule circonscription nationale pour les élections européennes (96 sièges en 2024-2029)
Danemark :
- Coordination centralisée via le ministère des Affaires étrangères
- Pas de couche régionale intermédiaire : une seule voix, toujours
- 15 sièges au PE via une seule circonscription nationale (2024-2029)
- Résultat : selon le Single Market Scoreboard, le Danemark se situe depuis dix ans au niveau de la moyenne de l'UE ou au-dessus pour les procédures d'infraction, avec 13 dossiers en cours en décembre 2025 (le chiffre le plus bas jamais enregistré)
Suède :
- Représentation permanente : environ 130 collaborateurs, le plus grand poste suédois à l'étranger
- Tous les ministères détachent des fonctionnaires auprès de la Représentation permanente
- Pas de complication régionale : système centralisé
- 21 sièges au PE via une seule circonscription nationale (2024-2029)
1D. Problèmes et critiques
1. Le problème de l'abstention Si les autorités fédérales et régionales ne s'accordent pas sur une position belge, la Belgique doit s'abstenir au Conseil. À la majorité qualifiée, une abstention compte comme un vote contre. Exemple concret : lors du vote sur l'objectif climatique de l'UE pour 2040 (novembre 2025), la Belgique a dû s'abstenir en raison d'un désaccord entre l'autorité fédérale et les Régions. Le ministre fédéral du Climat a qualifié cela d'« un revers politique » qui mine la crédibilité et l'influence de la Belgique. La Belgique s'est ainsi retrouvée, involontairement, du côté de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie.
2. 545 réunions de coordination par an La DGE organise chaque année plus de 545 réunions pour parvenir à un consensus. Cela représente plus de deux réunions par jour ouvrable, rien que pour la coordination européenne. Ce sont des frais de structure bureaucratiques lourds, qui découlent en grande partie de la répartition interne belge des compétences.
3. Le système de rotation dépassé L'accord de coopération de 1994 se fonde sur les formations du Conseil et sur la structure de l'État belge de ce moment-là. Depuis, plusieurs réformes de l'État ont eu lieu, le traité de Lisbonne est entré en vigueur et le nombre de formations du Conseil a été ramené à dix. Le schéma de base à six catégories de 1994 n'a jamais été fondamentalement revu.
4. Transposition des directives européennes La Belgique avait historiquement un mauvais bulletin pour la transposition des directives européennes dans la législation nationale. En juin 2024, la Belgique a atteint son meilleur score en dix ans : un déficit de transposition de 0,7 % (sous la norme européenne de 1 %). Cette amélioration s'est révélée fragile : en décembre 2025, la Belgique n'avait pas transposé à temps 17 directives relatives au marché intérieur et se situait à nouveau au-dessus de la norme de 1 %. La Belgique comptait alors 33 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur (moyenne UE : 25). La répartition complexe des compétences rend la transposition intrinsèquement plus difficile : certaines directives doivent être transposées par plusieurs autorités en même temps.
5. Trois collèges électoraux pour le PE La Belgique est le seul pays de l'UE avec trois collèges électoraux liés à la langue pour les élections européennes. Cela renforce la logique communautaire au niveau européen et empêche l'existence de partis ou de listes politiques pan-belges. En pratique, les Flamands et les francophones votent sur des listes complètement séparées, si bien qu'il n'existe aucun débat européen qui englobe toute la Belgique.
6. Le paradoxe du bénéficiaire net En 2024, l'UE a dépensé 11,5 milliards d'euros en Belgique, tandis que la Belgique a versé 6,8 milliards d'euros de ressources propres (y compris les droits de douane qu'elle perçoit pour l'UE) : net, environ 4,6 milliards d'euros en faveur de la Belgique (2023 : 4,8 milliards d'euros, environ 400 euros par habitant). Cela fait de la Belgique l'un des plus grands bénéficiaires nets par habitant. La raison n'en est pas les fonds structurels ou les subsides agricoles, mais le fait que les institutions européennes sont établies à Bruxelles : sur les 13,3 milliards d'euros de dépenses administratives de l'UE, près de la moitié (6,4 milliards d'euros) est allée à la Belgique en 2024. Ce n'est pas un « mérite » de la politique belge, mais un hasard géographique qui fausse la relation financière réelle.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | La représentation auprès de l'UE est par définition fédérale, mais la Belgique l'a partiellement régionalisée via le système de rotation. Cela mène à des situations déroutantes où un ministre flamand parle au nom de toute la Belgique sur l'enseignement, y compris l'enseignement francophone. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen n'a aucune vue sur les 545 réunions de coordination de la DGE, sur le système de rotation, ni sur la manière dont les positions belges sont établies. Il est totalement opaque de savoir qui parle quand au nom de la Belgique et dans quelle formation du Conseil. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | La Représentation permanente est financée par le fédéral mais représente aussi des positions régionales. Le coût des 545 réunions de coordination n'est pas budgété séparément. Le statut de bénéficiaire net fausse la véritable analyse coûts-bénéfices. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Six catégories, trois collèges électoraux, 545 réunions de coordination, un accord de coopération datant de 1994. Ce système n'est explicable à aucun citoyen. La Belgique est le pays de l'UE le plus complexe en matière de coordination européenne interne. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Environ 160 collaborateurs pour la Représentation permanente, c'est plus que la Suède (environ 130), et une partie d'entre eux sert purement à la coordination interne belge, pas aux négociations européennes proprement dites. Les frais de structure sont disproportionnés. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Le système belge est l'exact opposé des compétences concurrentes : il repose sur des compétences exclusives avec consensus obligatoire. En l'absence de consensus, c'est l'abstention : le pire résultat possible. Dans le modèle allemand, le gouvernement fédéral garde la responsabilité finale pour l'ensemble. |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ | En décembre 2025, la Belgique comptait 33 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur (moyenne UE : 25). Le déficit de transposition est tombé à 0,7 % en juin 2024, mais se situait à nouveau fin 2025 au-dessus de la norme européenne de 1 %. Il n'existe pas de KPI structurels pour l'efficacité de la représentation auprès de l'UE. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | La coordination de la DGE passe en grande partie par des réunions physiques et numériques, mais il n'existe aucun tableau de bord public ni aucune plateforme numérique où les citoyens peuvent suivre les positions belges à l'UE. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Aucun autre pays de l'UE n'a un système comparable. Les Pays-Bas, le Danemark et la Suède montrent qu'une coordination centralisée fonctionne plus simplement, et l'Allemagne, avec ses 16 Länder, montre qu'un État fédéral peut aussi fonctionner sans système de rotation et sans abstention obligatoire en cas de désaccord avec les entités fédérées. Le modèle belge est un cas unique au niveau international, et pas dans le bon sens. |
Synthèse : Score : 0 ✅ / 5 ⚠️ / 4 ❌. Le gain le plus important est à réaliser sur la Simplicité (simplifier drastiquement le système), les Compétences concurrentes (un modèle sur l'exemple allemand, dans lequel le Conseil des entités fédérées fixe à la majorité la position pour les compétences des entités fédérées et le gouvernement fédéral tranche s'il n'y a pas de majorité) et la Transparence (rendre la formation de la position belge à l'UE publique et compréhensible).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé Les trois piliers (Représentation permanente, Conseil, PE) sont nécessaires et ne peuvent pas être supprimés. Mais l'organisation interne belge doit être fondamentalement réformée.
3B. Proposition concrète
1. Une seule voix au Conseil, toujours
- Supprimer le système de rotation de 1994.
- Travailler avec le Conseil des entités fédérées (art. 59 de la Constitution HART), comme l'Allemagne fait intervenir le Bundesrat (art. 23 Grundgesetz) : si un dossier relève principalement d'une compétence des entités fédérées, y compris une compétence concurrente sans cadre fédéral, le Conseil des entités fédérées fixe la position belge à la majorité, et sans majorité le gouvernement fédéral. Pour les autres dossiers, le gouvernement fédéral fixe la position, après avis du Conseil.
- Le gouvernement fédéral représente la Belgique au Conseil de l'UE : un ministre fédéral s'exprime, un ministre d'une entité fédérée fait partie de la délégation (art. 59).
- Plus jamais d'abstention pour cause de division interne. La Belgique vote toujours : oui ou non.
- Les entités fédérées conservent un droit légal à l'information et à la consultation pour tous les dossiers européens qui touchent leurs compétences.
2. Alléger et professionnaliser la Représentation permanente
- Passer d'environ 160 à environ 120 collaborateurs en supprimant la couche de coordination interne.
- Tous les collaborateurs sont des spécialistes de l'UE, pas d'abord des représentants de leur entité fédérée ; les entités fédérées peuvent y placer des experts pour leurs compétences (art. 62 de la Constitution HART).
- Économie : environ un quart des frais de personnel (40 des 160 collaborateurs).
3. 545 réunions → 1 Comité de coordination européenne
- Remplacer les plus de 545 réunions de la DGE par an par un Comité de coordination européenne (CCE) permanent, sur le modèle néerlandais du BNC.
- Composition : des représentants fédéraux + un représentant par entité fédérée.
- Réunion hebdomadaire + réunions ad hoc pour les dossiers urgents.
- Procédure écrite pour les dossiers non controversés.
- Réduction estimée : de plus de 545 à ±100 réunions par an.
4. Une seule circonscription nationale pour le PE
- Supprimer les trois collèges électoraux liés à la langue.
- Une seule circonscription belge pour tous les sièges belges (22 en 2024-2029), comme dans 23 des 27 États membres de l'UE.
- Les partis peuvent déposer des listes pan-belges.
- Avantage : cela stimule le débat européen pan-belge et brise la logique communautaire au niveau de l'UE.
- Modèle de référence international : les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark, la Suède et la plupart des autres États membres ; seuls la Belgique, l'Irlande, l'Italie et la Pologne travaillent avec plusieurs circonscriptions, et seule la Belgique les répartit selon la langue.
5. Tableau de bord de transparence
- Publier toutes les positions belges à l'UE sur une plateforme numérique publique.
- Par réunion du Conseil : quelle était la position belge, comment le vote s'est déroulé, quel a été le résultat.
- Modèle de référence : le Danemark, où le parlement (Folketing) est activement informé et donne des mandats avant les réunions du Conseil.
Gain d'efficience estimé (estimation de HART) :
- ±40 ETP en moins à la Représentation permanente : économie de ±4 à 6 millions d'euros par an au budget (environ 100.000 à 150.000 euros par poste à temps plein à Bruxelles) ; cette économie entre dans les 50 à 80 millions d'euros par an du réseau diplomatique unique (audit SPF Affaires étrangères) et y est comptée, pas ici
- ±445 réunions de coordination en moins par an : temps de travail des fonctionnaires libéré aux niveaux fédéral et régional (estimé à ±2 à 3 millions d'euros par an de temps de réunion) ; c'est un gain de temps, pas une économie budgétaire directe, et il chevauche le gain de coordination de l'audit SPF Affaires étrangères
- Plus aucune abstention : non mesurable mais stratégiquement crucial pour l'influence de la Belgique dans l'UE
- Transposition plus rapide des directives : moins de procédures d'infraction = moins d'amendes et de frais juridiques
Trajet de mise en œuvre :
- Nécessite : l'art. 59 de la Constitution HART à la place de l'art. 92bis, §4bis, de la loi spéciale du 8 août 1980 et de l'accord de coopération de 1994 : le gouvernement fédéral représente la Belgique au Conseil de l'UE, et pour les compétences des entités fédérées, le Conseil des entités fédérées fixe la position à la majorité. Une loi fédérale (avec l'assentiment du Conseil des entités fédérées là où l'art. 35 l'exige) règle l'exécution, par exemple le CCE et la Représentation permanente
- Nécessite : une modification de la loi du 23 mars 1989 relative à l'élection du Parlement européen (circonscriptions et collèges électoraux)
- La Constitution HART ne connaît pas de majorités par groupe linguistique (art. 33 §4) et rend fédérale l'élection du Parlement européen (art. 27) : le régime de l'ancien Brabant (Bruxelles et Hal-Vilvorde) suit lui aussi la loi fédérale ordinaire
- Horizon temporel : 1 à 2 législatures ; une seule circonscription nationale dès la deuxième élection européenne après le démarrage
Cohérence avec le réseau diplomatique unique : Les réformes de la Représentation permanente (une seule voix, le CCE, une Représentation permanente allégée) s'inscrivent dans le réseau diplomatique unique sous direction fédérale (voir SPF Affaires étrangères ; art. 62 de la Constitution HART). La voix belge figure dans la Constitution HART (art. 59) ; l'exécution est réglée par une loi fédérale.
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Représentation belge auprès de l'UE (Représentation permanente, Conseil, PE) : réformée
La Belgique est le seul pays de l'UE où des ministres régionaux parlent au nom du pays tout entier au Conseil via un système de rotation fixe, où plus de 545 réunions par an sont nécessaires pour dégager une seule position, et où les élections européennes sont organisées selon trois lignes linguistiques. HART veut une seule voix belge : pour les compétences des entités fédérées, le Conseil des entités fédérées fixe la position à la majorité, sans majorité le gouvernement fédéral tranche, et un ministre fédéral s'exprime, toujours.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne
La Belgique est représentée dans l'UE par trois canaux : la Représentation permanente à Bruxelles (environ 160 collaborateurs), des ministres au Conseil de l'UE, et 22 membres au Parlement européen (2024-2029). Cela paraît normal. Chaque pays de l'UE a cela. Mais en coulisses, le système belge est d'une complexité unique.
Sur la base d'un accord de coopération de 1994, les formations du Conseil sont réparties en six catégories. Dans certaines, c'est un ministre fédéral qui représente la Belgique, dans d'autres un ministre flamand, wallon, bruxellois ou communautaire, via un système de rotation. La Direction générale Affaires européennes (DGE) organise chaque année plus de 545 réunions de coordination pour arriver à une seule position belge. Cela représente plus de deux réunions par jour ouvrable, rien que pour les affaires européennes. La Représentation permanente compte environ 160 collaborateurs, en partie parce qu'à côté des négociateurs européens, des représentants de toutes les Régions et Communautés sont eux aussi nécessaires.
Pour le Parlement européen, la Belgique est le seul pays de l'UE avec trois collèges électoraux liés à la langue : néerlandophone (13 sièges), francophone (8 sièges) et germanophone (1 siège). À Bruxelles, l'électeur choisit entre une liste néerlandophone et une liste francophone. Il n'existe pas de liste pan-belge.
Ce qui ne va pas
Le problème central est que la Belgique s'impose régulièrement le silence sur la scène européenne. Quand les autorités fédérales et régionales ne s'accordent pas, la Belgique doit s'abstenir au Conseil. À la majorité qualifiée, une abstention compte comme un vote contre. C'est ainsi que la Belgique s'est retrouvée, lors du vote sur l'objectif climatique de l'UE pour 2040 (novembre 2025), tout à fait involontairement, du côté de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie. Le ministre fédéral du Climat a qualifié cela d'« un revers politique » qui nuit à la crédibilité de la Belgique.
Les plus de 545 réunions de coordination par an sont une lourde machine bureaucratique. L'Allemagne aussi, avec ses 16 entités fédérées, ne connaît ni système de rotation ni abstention obligatoire en cas de désaccord avec les entités fédérées. Les frais de structure belges ne servent pas à de meilleures négociations européennes, mais à gérer les tensions internes belges.
En décembre 2025, la Belgique comptait 33 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur (moyenne UE : 25). La répartition complexe des compétences rend la transposition des directives européennes structurellement plus difficile : certaines directives doivent être transposées par plusieurs autorités en même temps.
Les trois collèges électoraux pour le PE renforcent la logique communautaire au niveau européen. Il n'existe aucun débat électoral européen qui englobe toute la Belgique. Les Flamands et les francophones votent sur des listes complètement séparées et suivent des campagnes complètement séparées. Comme s'ils vivaient dans deux pays différents, même pour les élections européennes.
Comment cela fonctionne ailleurs
L'Allemagne, elle aussi un État fédéral avec 16 entités fédérées, dispose d'un système clair via l'article 23 de la Grundgesetz. Les Länder sont consultés via le Bundesrat et leurs positions pèsent dans la balance, de manière déterminante là où leurs propres compétences législatives sont au centre, mais le gouvernement fédéral garde la responsabilité finale pour l'ensemble. Uniquement pour l'enseignement, la culture et la radiodiffusion, un représentant des Länder parle au nom de l'Allemagne, en concertation avec le gouvernement fédéral. Un désaccord entre le Bund et les Länder n'entraîne pas d'abstention obligatoire ; les abstentions allemandes au Conseil découlent de désaccords au sein de la coalition fédérale (le fameux « German vote »).
Les Pays-Bas coordonnent via le groupe de travail BNC (évaluation des nouvelles propositions de la Commission) : un processus centralisé auquel tous les ministères participent. Pas de couche régionale intermédiaire, pas de système de rotation. En décembre 2025, les Pays-Bas comptaient 22 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur, contre 33 pour la Belgique.
Le Danemark va encore un pas plus loin : le Folketing (le parlement) donne activement des mandats au gouvernement avant les réunions du Conseil. Le parlement est donc associé à la détermination de la position européenne, mais le processus est rapide, transparent et aboutit toujours à une position claire. Le Danemark se situe depuis dix ans au niveau de la moyenne de l'UE ou au-dessus pour le respect des règles et comptait en décembre 2025 13 procédures d'infraction en cours, le chiffre le plus bas jamais enregistré.
23 des 27 États membres de l'UE organisent les élections européennes dans une seule circonscription nationale. Seuls la Belgique, l'Irlande, l'Italie et la Pologne travaillent avec plusieurs circonscriptions, et la Belgique est le seul pays qui les répartit en trois collèges électoraux liés à la langue.
Ce que HART propose
Une seule voix, toujours. Si un dossier européen relève principalement d'une compétence des entités fédérées, le Conseil des entités fédérées fixe la position belge à la majorité ; si aucune position n'obtient de majorité, le gouvernement fédéral tranche. Pour les autres dossiers, le gouvernement fédéral fixe la position, après avis du Conseil. Un ministre fédéral s'exprime au nom de la Belgique au Conseil de l'UE ; un ministre d'une entité fédérée fait partie de la délégation (art. 59 de la Constitution HART). Plus jamais d'abstention pour cause de division interne.
Un seul Comité de coordination européenne. Remplacer les plus de 545 réunions de la DGE par un Comité de coordination européenne (CCE) permanent, sur le modèle néerlandais du BNC : réunion hebdomadaire et procédure écrite pour les dossiers non controversés. De plus de 545 à environ 100 réunions par an.
Une Représentation permanente allégée. Réduire l'effectif d'environ 160 à environ 120 en supprimant la couche de coordination interne. Tous les collaborateurs sont des spécialistes de l'UE ; les entités fédérées peuvent y placer des experts pour leurs compétences.
Une seule circonscription pour le PE. Supprimer les trois collèges électoraux liés à la langue. Une seule circonscription belge pour tous les sièges belges, comme dans 23 des 27 États membres de l'UE. Cela brise le réflexe communautaire au niveau européen et rend possible une politique européenne pan-belge.
Tableau de bord de transparence. Publier toutes les positions belges à l'UE sur une plateforme publique. Par réunion du Conseil : position, comportement de vote, résultat. Le citoyen doit pouvoir voir comment la Belgique vote en Europe, et pourquoi.
Ce que cela rapporte
- Influence : la Belgique vote toujours, au lieu de s'abstenir. C'est la différence entre un joueur et un spectateur.
- Efficience : environ 445 réunions de coordination en moins par an et environ 40 ETP en moins à la Représentation permanente. Gain estimé : 6 à 9 millions d'euros par an, dont 4 à 6 millions d'euros directement au budget (personnel de la Représentation permanente, part des 50 à 80 millions d'euros du réseau diplomatique unique) et 2 à 3 millions d'euros de temps de fonctionnaires libéré.
- Rapidité : moins de procédures d'infraction grâce à une transposition plus rapide des directives européennes (décembre 2025 : 33 procédures d'infraction en cours concernant le marché intérieur, contre une moyenne UE de 25).
- Démocratie : une seule circonscription pour le PE crée pour la première fois un véritable débat européen belge. Les électeurs de tout le pays votent sur les mêmes listes et entendent les mêmes arguments.
- Transparence : chaque citoyen peut suivre en un seul endroit quelle position la Belgique adopte dans l'UE, comment elle vote et pourquoi.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| SPF Affaires étrangères. Coordination des affaires européennes | https://diplomatie.belgium.be/en/policy/coordination-european-affairs | Structure de la DGE, 545 réunions, processus de coordination |
| SPF Affaires étrangères. DGE | https://diplomatie.belgium.be/en/about-us/directorate-general-european-affairs-and-coordination-dge | Rôle et structure de la DGE |
| Représentation permanente de la Belgique. À propos de nous | https://europeanunion.diplomatie.belgium.be/en/over-ons | Environ 160 collaborateurs, plus grand poste diplomatique du SPF Affaires étrangères, composition (SPF, Communautés et Régions) |
| Autorité flamande. Rotation entre entités fédérées | https://www.flandersineu.be/nl/vlaanderen-en-de-eu/de-toerbeurt-onder-de-deelstaten | Système de rotation six catégories, accord de coopération 1994 |
| Autorité flamande (Chancellerie et Affaires étrangères). Représentation au Conseil de l'UE | https://www.fdfa.be/en/representation-in-the-council-of-the-eu | Six catégories de formations du Conseil |
| Loi spéciale du 8 août 1980 de réformes institutionnelles, art. 92bis, §4bis | https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi_loi/change_lg.pl?language=nl&la=N&cn=1980080802&table_name=wet | Accord de coopération obligatoire sur la représentation et l'attitude à adopter faute de consensus |
| Parlement européen. Résultats des élections en Belgique 2024 (collège électoral néerlandophone, francophone et germanophone) | https://results.elections.europa.eu/en/national-results/belgium/dutch-electoral-college/2024-2029/ ; https://results.elections.europa.eu/en/national-results/belgium/french-electoral-college/2024-2029/ ; https://results.elections.europa.eu/en/national-results/belgium/german-electoral-college/2024-2029/ | 22 sièges, répartition et pourcentages par collège électoral |
| SPF Intérieur. Loi du 23 mars 1989 relative à l'élection du Parlement européen | https://elections.fgov.be/sites/default/files/documents/Loi_Wet_23.03.1989_ParlementEuropeen_EuropeesParlement.pdf | Circonscriptions et collèges électoraux |
| Constitution belge (Sénat) | https://www.senate.be/doc/const_nl.html | Art. 168bis : majorité spéciale pour le régime du PE dans l'ancien Brabant |
| Parlement européen. Fact Sheet : les procédures électorales | https://www.europarl.europa.eu/factsheets/en/sheet/21/the-european-parliament-electoral-procedures | Seuls la Belgique, l'Irlande, l'Italie et la Pologne avec plusieurs circonscriptions |
| Anadolu Agency. Belgium's credibility damaged after abstaining from EU climate vote | https://www.aa.com.tr/en/europe/belgiums-credibility-damaged-after-abstaining-from-eu-climate-vote-minister-says/3736478 | Abstention sur l'objectif climatique 2040, raison (désaccord fédéral-Régions), déclaration du ministre fédéral du Climat |
| Euronews. EU ministers break deadlock on CO2 emission cut by 2040 | https://www.euronews.com/my-europe/2025/11/05/eu-ministers-break-deadlock-on-co2-emissions-cut-by-2040-amid-political-pressure | Vote du 5 novembre 2025 : contre (Tchéquie, Hongrie, Slovaquie, Pologne), abstention (Belgique, Bulgarie) |
| SPF Affaires étrangères. Transposition des directives européennes | https://diplomatie.belgium.be/en/news/belgium-achieves-its-best-result-ten-years-transposition-european-directives-belgian-legislation | Déficit de transposition de 0,7 % et 30 procédures d'infraction (juin 2024) |
| Commission européenne. Single Market Scoreboard : transposition | https://single-market-scoreboard.ec.europa.eu/enforcement-tools/transposition_en | 17 directives non transposées Belgique, déficit moyen UE de 1,1 % (décembre 2025) |
| Commission européenne. Single Market Scoreboard : procédures d'infraction | https://single-market-scoreboard.ec.europa.eu/enforcement-tools/infringements_en | Procédures d'infraction Belgique 33, Pays-Bas 22, Danemark 13, moyenne UE 25 (décembre 2025) |
| Commission européenne. EU spending and revenue (data 2000-2024) | https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/eu-budget/long-term-eu-budget/2021-2027/spending-and-revenue_en | Dépenses de l'UE en Belgique, ressources propres, dépenses administratives (2023 et 2024) |
| Euronews. Budget de l'UE, contributeurs et bénéficiaires | https://www.euronews.com/business/2024/12/09/eu-budget-who-pays-the-most-into-the-eu-and-who-gains-the-most | Belgique bénéficiaire net de 4,8 Mds €, 404 euros par habitant (2023) |
| Eurostat. EU population increases for the 4th consecutive year | https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/w/ddn-20250711-1 | Population de l'UE 450,4 millions (1er janvier 2025) |
| EUR-Lex. Majorité qualifiée | https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/glossary/qualified-majority.html | Règles de vote double majorité depuis le 1er novembre 2014 |
| Conseil de l'UE. Groupes de travail du Conseil | https://www.consilium.europa.eu/en/council-eu/how-the-work-in-the-council-is-organised/the-council-s-working-parties/ | Environ 150 groupes de travail et comités |
| Bundesregierung allemande. L'Allemagne et l'Europe | https://www.bundesregierung.de/breg-en/issues/europe/germany-and-europe-228936 | Modèle de coordination allemand |
| Grundgesetz, article 23 | https://www.gesetze-im-internet.de/gg/art_23.html | Rôle du Bundesrat, « maßgeblich », représentant des Länder pour l'enseignement, la culture et la radiodiffusion |
| Bundesrat. Instances européennes | https://www.bundesrat.de/EN/europa-int-en/interparl-en/gremien-eu-en/gremien-eu-en-node.html | Rôle du Bundesrat dans les affaires européennes |
| CEPS. With a new German government incoming | https://www.ceps.eu/with-a-new-german-government-incoming-the-implications-for-europe-are-substantial/ | « German vote » : abstentions allemandes dues à un désaccord au sein de la coalition |
| Autorités suédoises. Représentation permanente de la Suède | https://www.government.se/sweden-in-the-eu/permanent-representation-of-sweden-to-the-eu/about/ | Environ 130 collaborateurs, plus grand poste suédois, fonctionnaires de tous les ministères |
| Springer. Belgium: Challenges of Dual Federalism | https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-031-83567-4_2 | Complexité du fédéralisme belge pour la politique européenne, abstentions au Conseil |
Métadonnées
- Auditeur : Audit HART Réforme de l'État (automatisé)
- Ligne : Représentation permanente auprès de l'UE + Conseil de l'UE + PE. 22 députés européens
- Section : représentation auprès de l'UE
- Numéro d'ordre : 71 / 192
- Ligne précédente : 12 établissements scientifiques fédéraux (2026-03-30)
- Ligne suivante : Conseil des entités fédérées. Remplace le Sénat
- Révisé : 2026-09-27 (contrôle des faits : chiffres, sources, formulation intemporelle)