ONEM (Office national de l'emploi) : audit
Date : 2026-03-29 Catégorie : Parastataux de la sécurité sociale Statut proposé : 🟠 Réformé : l'ONEM reste l'assureur fédéral et paie lui-même les allocations, les entités fédérées activent et cofinancent
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
L'Office national de l'emploi (ONEM), en néerlandais Rijksdienst voor Arbeidsvoorziening (RVA), est une institution parastatale fédérale de sécurité sociale. L'ONEM gère le régime belge d'assurance chômage, les allocations connexes et certaines mesures pour l'emploi.
Base juridique : l'arrêté-loi du 28 décembre 1944 concernant la sécurité sociale des travailleurs a instauré la sécurité sociale obligatoire pour les travailleurs salariés, avec une assurance chômage financée par des cotisations des employeurs et des travailleurs et par une subvention publique. La réglementation du chômage figure dans l'arrêté royal du 25 novembre 1991. La gestion relève de la loi du 25 avril 1963 sur la gestion des organismes d'intérêt public de sécurité sociale.
Historique : créé en 1935, pendant la Grande Dépression, sous le nom d'Office national du Placement et du Chômage (Rijksdienst voor Arbeidsbemiddeling en Werkloosheid). Auparavant, les syndicats géraient les allocations de chômage au niveau local. Depuis 1961, l'institution s'appelle Office national de l'emploi. Elle a évolué vers une organisation principalement axée sur la gestion des allocations, tandis que le placement a été transféré aux Régions.
Niveau de pouvoir : fédéral. Relève de la compétence du ministre fédéral de l'Emploi.
Personnel (31 décembre 2025) :
- 2.959 collaborateurs
- 2.621,6 ETP (équivalents temps plein)
- 73,9 % de femmes
- 77,8 % aux niveaux B et C
- Âge moyen : 41 ans
- 16 bureaux décentralisés (bureaux du chômage) + administration centrale à Bruxelles
Budget/dépenses : l'ONEM a dépensé 7,2 milliards d'euros en 2024 (7.198,5 millions d'euros). Sur ce montant, 5,6 milliards d'euros sont allés au poste chômage, 0,6 milliard d'euros au crédit-temps et aux congés thématiques, 0,2 milliard d'euros au chômage avec complément d'entreprise et 0,2 milliard d'euros (219,7 millions d'euros) aux frais de gestion des organismes de paiement. Le chômage coûte au total environ 1 % du PIB (2025).
Tutelle : comité de gestion paritaire (organisations patronales et syndicales). L'administration est dirigée par un administrateur général et un adjoint, plus 5 directeurs généraux. Le fonctionnement quotidien est piloté depuis le siège central de Bruxelles.
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions principales :
- Établir le droit aux allocations de chômage et en déterminer le montant
- Contrôler les paiements effectués par les organismes de paiement
- Octroyer le droit à l'interruption de carrière et au crédit-temps et autoriser le paiement
- Soutenir la réinsertion des demandeurs d'emploi (en collaboration avec les services régionaux)
- Entretenir le régime du chômage : agir préventivement et lutter contre les abus
- Délivrer les attestations de chômage
- Informer les travailleurs et les employeurs
Le système de paiement belge, unique en son genre : En Belgique, les pouvoirs publics (l'ONEM) décident du droit à une allocation, mais le paiement est assuré par quatre « organismes de paiement », dont trois syndicats :
- CSC (Confédération des syndicats chrétiens) : syndicat chrétien
- FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) : syndicat socialiste
- SYNOVA (jusqu'à fin mai 2026 CGSLB, Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique) : l'ancien syndicat libéral, qui se dénomme désormais syndicat libre
- CAPAC (Caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage) : institution publique
Les organismes de paiement reçoivent de l'ONEM une indemnité pour frais d'administration, calculée selon une formule qui tient compte du nombre de dossiers qu'ils traitent. En 2024, 219,7 millions d'euros sont allés à ces frais de gestion. Cela crée un incitant problématique : plus un syndicat compte de chômeurs, plus il encaisse. La CAPAC, l'institution publique qui sert d'alternative aux non-syndiqués, est en outre administrée par un comité de gestion où les syndicats et les organisations patronales sont représentés. Ils sont donc juge et partie à la fois.
Chevauchements avec d'autres institutions :
- VDAB (Flandre), Forem (Wallonie), Actiris (Bruxelles), ADG (Communauté germanophone) : responsables du placement et de l'activation
- L'ONEM détermine le droit aux allocations, mais les services régionaux assurent l'accompagnement
- Cela mène à un problème structurel : les Régions activent les demandeurs d'emploi, mais c'est le fédéral qui paie les allocations. Celui qui dépense l'argent (le fédéral) n'est pas celui qui décide de l'activation (le régional) : un incitant pervers qui freine une activation rapide
Bénéficiaires :
- En moyenne 726.387 personnes par mois perçoivent une allocation de l'ONEM de n'importe quel type (2025), y compris le chômage temporaire, le crédit-temps et l'interruption de carrière
- 288.077 demandeurs d'emploi chômeurs complets indemnisés par mois (2025 ; 284.859 en 2024) ; 326.794 chômeurs complets indemnisés au total (2025)
- Le chômage temporaire a augmenté de 5,3 % en 2024
- Les pertes d'emplois dues aux faillites ont augmenté de plus de 20 % en 2024
Indicateurs de performance : l'ONEM publie des rapports annuels, mais des KPI concrets portant sur l'efficience de la réinsertion ou sur la sortie vers l'emploi ne sont pas mesurés systématiquement au niveau fédéral. L'accent est mis sur le paiement correct des allocations, pas sur le résultat (le retour à l'emploi).
1C. Comparaison internationale
La Belgique face aux pays voisins. Assurance chômage :
| Caractéristique | Belgique | Pays-Bas (UWV) | Allemagne (BA) | Danemark | Suède |
|---|---|---|---|---|---|
| Durée maximale | 24 mois* | 3 à 24 mois | 12 mois (jusqu'à 24 pour les chômeurs plus âgés) | 2 ans sur 3 ans | 300 jours (+150 avec enfants) |
| Personnel | 2.959 (ONEM, 2025) + services régionaux | ±19.900 ETP (UWV, 2025) | ±116.000 (BA, 2025) | Décentralisé (a-kasser + centres pour l'emploi) | Arbetsförmedlingen + a-kassor |
| Budget | 7,2 Mds € (dépenses de l'ONEM, 2024) | n.d. | 52,0 Mds € (dépenses de la BA, 2025) | Décentralisé | n.d. |
| Paiement | Via les syndicats + la CAPAC | Les pouvoirs publics (UWV) | Les pouvoirs publics (BA) | Via les a-kasser (privé) | Via les a-kassor (privé) |
| Activation | Régionale (VDAB, Forem, Actiris, ADG) | UWV + communes | Agenturen für Arbeit et Jobcenter | Centres communaux pour l'emploi | En grande partie sous-traitée à des prestataires privés |
| Guichet unique | Non (scindé) | En grande partie oui | Oui (Agentur ou Jobcenter) | Non, mais coordonné | Non (a-kassa + Arbetsförmedlingen) |
*Depuis la loi-programme du 18 juillet 2025 : période de base de 12 mois plus 12 mois au maximum selon le passé professionnel ; jusqu'à fin 2025, en principe illimitée.
Jusqu'à fin 2025, la Belgique était le seul pays de l'UE où les allocations de chômage étaient en principe illimitées dans le temps. Cela a été confirmé par les vérifications des faits de VRT NWS et de Factcheck Vlaanderen (2024). La loi-programme du 18 juillet 2025 a limité l'allocation de chômage à 24 mois au maximum et l'allocation d'insertion à 12 mois. Les premiers chômeurs ont perdu leur droit le 1er janvier 2026 ; pour les nouvelles demandes, les règles s'appliquent pleinement depuis le 1er mars 2026. La Cour constitutionnelle a confirmé la limitation dans le temps, mais a annulé le 10 septembre 2026 une partie du régime transitoire. Avant la réforme, le montant était dégressif : 65 % du salaire plafonné au début, puis en baisse progressive jusqu'à un forfait.
Pays-Bas. UWV : L'UWV combine la gestion des allocations et la réinsertion dans une seule organisation, avec en moyenne 19.894 équivalents temps plein (2025). L'allocation WW dure de 3 à 24 mois, selon le passé professionnel. Ensuite vient l'aide sociale (Participatiewet) via les communes, assortie de conditions plus strictes.
Allemagne. Bundesagentur für Arbeit (BA) : La BA est l'une des plus grandes administrations d'Allemagne (115.931 collaborateurs fin 2025, 52,0 milliards d'euros de dépenses en 2025). Elle combine l'assurance chômage et le placement dans une seule structure, via les Agenturen für Arbeit locales et, avec les communes, les Jobcenter. L'Arbeitslosengeld dure 12 mois, jusqu'à 24 mois pour les chômeurs plus âgés ayant une longue carrière. Vient ensuite l'aide sociale (jusqu'en 2026 Bürgergeld, ensuite Grundsicherung). La BA et les Jobcenter travaillent avec des objectifs annuels convenus et des indicateurs fixés par la loi, comme l'integratiequote.
Danemark. A-kasser + centres pour l'emploi : Le Danemark connaît un modèle de « flexicurité » : marché du travail flexible + protection forte mais temporaire. L'assurance chômage est volontaire, via 21 a-kasser (caisses de chômage, souvent liées à des syndicats), et est dans une large mesure financée par l'État. L'allocation (dagpenge) dure 2 ans au maximum sur une période de 3 ans ; celui qui travaille entre-temps peut prolonger la période. L'activation passe par les centres communaux pour l'emploi.
Suède. Arbetsförmedlingen : La Suède mène depuis 2019 une réforme de fond : le service public de l'emploi (Arbetsförmedlingen) sous-traite la majeure partie de l'accompagnement à des prestataires indépendants, payés selon le résultat (le programme Rusta och matcha, lancé en 2020). L'OCDE et la Commission européenne ont soutenu cette réforme de juillet 2021 à mars 2023. L'objectif : plus d'efficience, plus d'orientation client, avec un financement lié aux résultats. L'allocation de chômage elle-même passe par les a-kassor, 300 jours au maximum (150 jours supplémentaires pour les parents d'enfants de moins de 18 ans).
1D. Problèmes et critiques
1. Institutional moral hazard (responsabilité scindée) : Le problème central de l'assurance chômage belge est la scission entre le fédéral (payer les allocations) et le régional (l'activation). Les Régions n'ont pas assez d'incitants financiers pour activer les chômeurs, puisque c'est le fédéral qui paie la facture. Cela crée un incitant pervers : celui qui décide de l'accompagnement ne supporte pas les conséquences financières de l'inactivité.
2. Durée illimitée (jusqu'à fin 2025) : Jusqu'à fin 2025, la Belgique était le seul pays de l'UE à avoir des allocations de chômage en principe illimitées dans le temps. Depuis la loi-programme du 18 juillet 2025, l'allocation est limitée à 24 mois au maximum. La Belgique a consacré davantage aux allocations de chômage que la moyenne européenne (en % du PIB), même si l'Autriche et l'Espagne, entre autres, se situaient plus haut (VRT NWS et Factcheck Vlaanderen, 2024). Le chômage coûte environ 1 % du PIB (2025).
3. Les syndicats comme organismes de paiement : Le système dans lequel les syndicats paient les allocations de chômage et reçoivent pour cela une indemnité qui dépend du nombre de dossiers (avec la CAPAC, 219,7 millions d'euros en 2024) crée une dépendance financière au chômage. Les syndicats ont un intérêt financier à ce que le nombre de chômeurs reste élevé. La CAPAC publique, qui devrait servir d'alternative neutre, est cogérée par ces mêmes syndicats.
4. Absence de mesure des résultats : L'ONEM mesure l'exactitude des paiements, pas la réussite de la réinsertion. Il n'existe pas de KPI contraignants sur la réduction du chômage de longue durée au niveau fédéral.
5. Complexité pour le citoyen : Un chômeur doit s'adresser : (a) à l'ONEM pour le droit aux allocations, (b) à un organisme de paiement (syndicat ou CAPAC) pour le paiement effectif, et (c) à un service régional (VDAB, Forem, Actiris ou ADG) pour l'accompagnement. Trois instances pour une seule situation.
6. Sensibilité à la conjoncture : En 2024, les pertes d'emplois dues aux faillites ont augmenté de plus de 20 % et le chômage temporaire de 5,3 %. L'ONEM lui-même a qualifié 2024 d'« année charnière » : la baisse de plusieurs années du nombre de chômeurs complets indemnisés semblait terminée. C'est précisément dans une telle période qu'un accompagnement rapide et intégré compte le plus.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Une assurance fédérale se justifie (solidarité), mais la scission complète entre l'allocation (fédérale) et l'activation (régionale) crée un accountability gap. Celui qui paie ne décide pas de la réinsertion. |
| 2 | Transparence | ❌ | Le citoyen doit passer par 3 instances (ONEM + syndicat/CAPAC + VDAB/Forem/Actiris). On ne voit pas clairement qui est responsable de quoi. Les flux financiers vers les syndicats comme organismes de paiement sont peu transparents. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Exemple classique de fiscal gap : le niveau fédéral paie les allocations, mais ce sont les Régions qui décident de l'activation. Aucun incitant financier pour que les Régions réduisent le chômage. |
| 4 | Simplicité | ❌ | Trois instances pour un seul chômeur. Quatre organismes de paiement dont trois syndicats. Fédéral et régional scindés. Un jeune de 16 ans ne comprend pas cela. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | L'ONEM lui-même (2.959 collaborateurs, 2025) a une taille adéquate. Mais le découpage en 4 services régionaux de placement + 4 organismes de paiement conduit au morcellement. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ | La structure actuelle n'est pas une compétence concurrente (modèle allemand), mais une scission chaotique. Les Régions ne peuvent pas expérimenter sur le régime d'allocations lui-même. |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | L'ONEM mesure l'exactitude des paiements, pas la réussite de la réinsertion. Il n'existe pas de KPI fédéraux sur le retour à l'emploi ou sur les délais de traitement. Les syndicats sont payés selon le nombre de dossiers, pas au résultat. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | L'ONEM a des services numériques, mais le système dans son ensemble (3 instances) n'est pas once only. 85,4 % du personnel de l'ONEM peut télétravailler en partie (2025), mais le citoyen doit toujours utiliser plusieurs canaux. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Aucun pays comparable ne combine paiement par les syndicats, responsabilité scindée entre le fédéral et le régional et absence de mesure des résultats ; jusqu'à fin 2025 s'y ajoutait une durée en principe illimitée. Le système belge reste un cas unique au niveau international. Et pas dans le bon sens. |
Synthèse : score de 0/9 ✅, 4/9 ⚠️, 5/9 ❌. Les gains les plus importants se situent au niveau de :
- Responsabilité = financement : combler le fiscal gap
- Simplicité : passer de trois instances à deux
- Orientation résultats : des KPI sur la réinsertion, pas sur la gestion de dossiers
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : réorganiser en profondeur. L'ONEM reste l'assureur fédéral et paie lui-même les allocations, sans les syndicats ; les entités fédérées activent, assurent le placement, forment et sanctionnent, et paient une part croissante de l'allocation, remboursée d'avance via la péréquation (art. 28 de la Constitution HART).
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Fin du paiement par les syndicats. Les allocations de chômage sont payées par les pouvoirs publics : l'ONEM, qui reste l'assureur fédéral, les paie lui-même. Les syndicats perdent leur rôle d'organisme de paiement ainsi que l'indemnité pour frais d'administration qui va avec. La CAPAC est intégrée à l'ONEM.
Assurance fédérale, activation au niveau de l'entité fédérée. Sur le modèle suisse : l'assurance chômage reste fédérale. La fédération fixe les cotisations, le montant et la durée de l'allocation ainsi que les règles de l'emploi convenable, et l'ONEM décide du droit à l'allocation (art. 27 et 28 de la Constitution HART). Les entités fédérées activent, assurent le placement, forment et sanctionnent : les entités fédérées flamandes peuvent le confier ensemble au VDAB, les wallonnes au Forem ; Bruxelles a Actiris et Ostbelgien l'ADG (art. 32). Ainsi, le chômeur a deux interlocuteurs au lieu de trois : l'ONEM pour son allocation, le service de l'entité fédérée pour son accompagnement.
Maximum 24 mois d'allocation. Depuis la loi-programme du 18 juillet 2025, une période de base de 12 mois plus 12 mois au maximum selon le passé professionnel s'applique. HART maintient cette limite et la couple à un parcours d'activation obligatoire, avec un plan d'activation personnel dans les quatre semaines ; la phase d'activation s'inscrit dans les 24 mois. Ensuite vient le revenu d'intégration, avec des conditions plus strictes et une contreprestation.
Financement aux résultats. Le service qui accompagne les chômeurs est financé (en partie) sur la base du résultat : placement réussi, durabilité du placement et sortie du chômage de longue durée. Sur le modèle suédois (opérateurs sous contrat avec une rémunération liée aux résultats).
Qui active cofinance l'allocation. Chaque entité fédérée paie une part croissante de l'allocation de ceux qui y résident : 20 % pendant les quatre premières semaines, 60 % jusqu'à la semaine 26, 70 % jusqu'à la semaine 52 et 80 % ensuite (l'échelle danoise, art. 28 §2 de la Constitution HART). La péréquation la rembourse d'avance pour le chômage attendu chez elle, tel que le Bureau fédéral du Plan l'estime (art. 55) : celle qui active mieux que prévu conserve la différence. Le Bureau fédéral du Plan publie chaque année un tableau de bord par entité fédérée. Celui qui décide de l'activation supporte ainsi aussi les conséquences financières du chômage de longue durée (responsabilité = financement).
Modèle international : hybride entre le modèle suisse (assurance fédérale, placement par les cantons) + le modèle danois (la commune paie une part croissante de l'allocation, remboursée d'avance) + le modèle suédois de contractualisation (financement aux résultats) + la flexicurité danoise (limitation dans le temps + accompagnement intensif).
Économie/gain d'efficience estimé :
- Fin de la chaîne de paiement double : un seul service traite le dossier au lieu de deux (bureau de l'ONEM et organisme de paiement). HART estime l'économie à 20 à 45 millions d'euros par an, soit 10 à 20 % des 219,7 millions d'euros de frais de gestion des organismes de paiement (2024) ; le paiement lui-même reste un travail qui doit être fait
- La part de l'allocation payée par les entités fédérées est un déplacement entre pouvoirs publics, pas une économie ; la péréquation rembourse d'avance ce qui est attendu
- Un seul payeur au lieu de quatre : moins de frais de structure, des délais de traitement plus courts
- Limitation dans le temps (24 mois) et financement aux résultats : sortie vers l'emploi plus élevée ; ce gain (allocations évitées, recettes supplémentaires) ne compte pas comme économie de la réforme de l'État
Trajet de mise en œuvre :
- Première année : loi fédérale sur la part des entités fédérées dans l'allocation (art. 28 §2 de la Constitution HART) et remboursement d'avance dans la loi de péréquation (art. 55), toutes deux avec l'accord du Conseil des entités fédérées (art. 35)
- Dans les trois ans : transfert du paiement des syndicats et de la CAPAC vers l'ONEM
Phase 4/5 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
ONEM (Office national de l'emploi) : réformé
Les allocations de chômage sont payées par les pouvoirs publics au lieu des syndicats : l'ONEM reste l'assureur fédéral et paie lui-même. Les entités fédérées accompagnent vers l'emploi et paient une part croissante de l'allocation à mesure que le chômage dure, remboursée d'avance via la péréquation. Ainsi, chaque chômeur a deux interlocuteurs au lieu de trois, et celui qui active cofinance la facture.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
L'ONEM est l'institution fédérale qui décide si vous avez droit à une allocation de chômage et quel en est le montant. Mais l'ONEM ne vous paie pas lui-même. Ce sont les trois grands syndicats (CSC, FGTB et SYNOVA, l'ancienne CGSLB) ou la Caisse auxiliaire publique (CAPAC) qui le font. Et l'accompagnement vers un nouvel emploi ? C'est encore une autre instance : le VDAB en Flandre, le Forem en Wallonie, Actiris à Bruxelles, l'ADG dans la Communauté germanophone. Trois instances pour un seul chômeur. L'ONEM compte 2.959 collaborateurs (fin 2025) et a dépensé 7,2 milliards d'euros en 2024 ; en moyenne, 726.387 personnes par mois ont perçu une allocation de l'ONEM (2025).
Ce qui ne va pas
Le problème fondamental est que personne ne porte l'entière responsabilité. Le fédéral paie les allocations, mais ce sont les Régions qui décident de l'accompagnement vers l'emploi. Cela crée un incitant pervers : les Régions n'ont aucun intérêt financier à une activation rapide, puisque c'est le fédéral qui paie la facture.
À cela s'ajoute que, jusqu'à fin 2025, la Belgique était le seul pays de l'UE où les allocations de chômage étaient en principe illimitées dans le temps, un fait confirmé par VRT NWS et Factcheck Vlaanderen. Depuis la loi-programme du 18 juillet 2025, l'allocation est limitée à deux ans au maximum. Selon les mêmes vérifications des faits (2024), la Belgique a aussi consacré davantage aux allocations de chômage que la moyenne européenne, en pourcentage du PIB.
Et puis il y a le système syndical. Les trois grands syndicats reçoivent une indemnité pour frais d'administration qui dépend du nombre de dossiers de chômage qu'ils traitent ; avec la CAPAC, cela représentait 219,7 millions d'euros en 2024. Plus il y a de chômeurs, plus ils encaissent. La Caisse auxiliaire publique (CAPAC), qui devrait servir d'alternative neutre, est cogérée par ces mêmes syndicats. Ils sont juge et partie à la fois.
Pour le citoyen, le résultat est kafkaïen : vous devez aller à l'ONEM pour votre droit, chez votre syndicat pour votre argent et au VDAB pour votre accompagnement. Trois instances, trois dossiers, trois sites web. Même dans les pays où des caisses de chômage proches des syndicats paient l'allocation, comme le Danemark et la Suède, le chômeur règle son allocation auprès d'une seule caisse et son accompagnement auprès d'un seul service : deux instances, pas trois.
Comment cela fonctionne ailleurs
En Allemagne existe la Bundesagentur für Arbeit (BA) : une seule organisation d'environ 116.000 collaborateurs et de 52 milliards d'euros de dépenses (2025) qui gère à la fois l'assurance chômage et l'accompagnement des demandeurs d'emploi, via les Agenturen für Arbeit et les Jobcenter locaux. L'allocation de chômage (Arbeitslosengeld) dure 12 mois, jusqu'à 24 mois pour les chômeurs plus âgés. Vient ensuite l'aide sociale avec collaboration obligatoire. La BA et les Jobcenter travaillent avec des objectifs annuels convenus et des indicateurs fixes, comme la part des allocataires qui trouvent un emploi.
Aux Pays-Bas, l'UWV (environ 19.900 équivalents temps plein, 2025) combine la gestion des allocations et la réinsertion, avec une durée maximale de chômage de 24 mois. Au Danemark, le modèle de « flexicurité » prévoit une allocation de 2 ans au maximum sur 3 ans, avec un accompagnement intensif via les centres communaux pour l'emploi. La Suède réforme depuis 2019 son service de placement en le sous-traitant en grande partie à des prestataires privés avec un financement lié aux résultats, avec le soutien de l'OCDE et de la Commission européenne.
Ce que HART propose
Deux instances au lieu de trois. L'ONEM reste l'assureur fédéral : il décide de votre droit et paie lui-même votre allocation, et la fédération fixe les cotisations, le montant et la durée de l'allocation. Votre accompagnement vers l'emploi est réglé par l'entité fédérée : les entités fédérées flamandes peuvent le confier ensemble au VDAB, les wallonnes au Forem ; Bruxelles a Actiris et Ostbelgien l'ADG. Sur le modèle suisse : une seule assurance fédérale, le placement auprès des cantons.
Les pouvoirs publics paient, pas le syndicat. Le paiement des allocations de chômage devient une mission publique, exécutée par l'ONEM lui-même. Les syndicats perdent leur rôle d'organisme de paiement, et avec lui l'incitant financier pervers qui y est lié. Les syndicats continuent bien entendu d'exister comme défenseurs des intérêts, mais ils ne paient plus d'allocations.
Maximum 2 ans d'allocations de chômage. Depuis la loi-programme du 18 juillet 2025 s'applique : 12 mois de période de base plus 12 mois au maximum selon le passé professionnel. HART maintient cette limite, avec un parcours d'activation obligatoire et un plan d'activation personnel dans les quatre semaines. Ensuite vient le revenu d'intégration, avec accompagnement et contreprestation.
Financement aux résultats. Le service qui accompagne les chômeurs est payé en partie sur la base du résultat : combien de chômeurs retrouvent effectivement du travail, et à quel point ce placement est durable. Sur le modèle suédois.
Qui active cofinance. L'entité fédérée paie une part croissante de l'allocation de ceux qui y résident : 20 % pendant les quatre premières semaines, 60 % jusqu'à la semaine 26, 70 % jusqu'à la semaine 52 et 80 % ensuite, comme les communes danoises. La péréquation la rembourse d'avance pour le chômage attendu : celle qui active mieux que prévu conserve la différence. Celui qui décide de l'activation supporte ainsi aussi les conséquences financières de l'échec. Cela comble le « fiscal gap » et donne aux entités fédérées un véritable incitant à aider les chômeurs.
Ce que cela rapporte
- Pour le citoyen : deux interlocuteurs au lieu de trois. Un accompagnement plus rapide et meilleur. De la clarté.
- Pour le Trésor : environ 20 à 45 millions d'euros par an grâce à la fin de la chaîne de paiement double (les organismes de paiement ont reçu 219,7 millions d'euros de frais de gestion en 2024), et une baisse structurelle du chômage de longue durée grâce à de meilleurs incitants et à la mesure des résultats.
- Pour la démocratie : un paiement public transparent au lieu d'un monopole syndical. Fini la dépendance financière au chômage.
- Éprouvé : la Suisse (assurance fédérale, placement par les cantons), le Danemark (flexicurité, et une commune qui cofinance l'allocation), la Suède (financement aux résultats), et l'Allemagne et les Pays-Bas (paiement par les pouvoirs publics) montrent que c'est possible. Plus efficient, plus transparent, avec de meilleurs résultats.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| RVA officiële website | https://www.rva.be/ | Structure, missions |
| RVA Jaarverslag 2025. Een performante organisatie | https://jaarverslag.rva.be/accueil/une-organisation-performante/budget/ | 2.959 collaborateurs, 2.621,6 ETP, 73,9 % de femmes, 77,8 % aux niveaux B et C, âge moyen de 41 ans, 85,4 % peuvent télétravailler en partie, 16 bureaux décentralisés (31 décembre 2025) |
| RVA Jaarverslag 2025. Evolutie van de uitkeringen | https://jaarverslag.rva.be/accueil/une-evolution-des-allocations/ | En moyenne 726.387 personnes par mois avec une allocation de l'ONEM (2025) |
| RVA Jaarverslag 2025. Volledige werkloosheid | https://jaarverslag.rva.be/accueil/une-evolution-des-allocations/chomage-complet/ | 288.077 demandeurs d'emploi chômeurs complets indemnisés, 326.794 chômeurs complets indemnisés (2025) |
| RVA. Publicatie jaarverslag 2024 | https://www.onem.be/nieuws/2025/03/27/de-rva-publiceert-zijn-jaarverslag-2024 | Chômage temporaire +5,3 %, pertes d'emplois dues aux faillites +20 %, « année charnière » (2024) |
| RVA. 90 jaar RVA | https://www.onem.be/nieuws/2025/04/14/90-jaar-rva | Création en 1935 sous le nom de RVAW, nom RVA depuis 1961 |
| FOD Sociale Zekerheid. Geschiedenis | https://socialsecurity.belgium.be/nl/over-de-sociale-zekerheid/geschiedenis | Arrêté-loi du 28 décembre 1944 ; financement de l'assurance chômage par des cotisations et une subvention publique |
| ESIP. ONEM/RVA profiel | https://esip.eu/members/onem-rva | Comité de gestion, administrateur général, adjoint et 5 directeurs généraux, missions principales |
| Rekenhof. Boek 2025 over de Sociale Zekerheid, tabel 6 | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/182e_b_II_SocZk.pdf | Dépenses de l'ONEM 2024 : 7.198,5 millions d'euros, dont chômage 5.632,7 millions d'euros et frais de gestion des organismes de paiement 219,7 millions d'euros |
| Studiecommissie voor de Vergrijzing. Jaarlijks verslag (juli 2026) | https://www.plan.be/sites/default/files/documents/FOR_VERG2026_13333_NL.pdf | Chômage (y compris complément d'entreprise et crédit-temps) environ 1 % du PIB (2025) |
| Factcheck Vlaanderen. Werkloosheid onbeperkt in de tijd | https://factcheck.vlaanderen/factcheck/belgie-is-het-enige-eu-land-met-werkloosheidskeringen-onbeperkt-in-de-tijd | Belgique seul pays de l'UE à durée illimitée ; dépenses supérieures à la moyenne européenne, Autriche et Espagne plus haut |
| VRT NWS. Factcheck werkloosheid (2024) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2024/05/28/check-voor-u-werkloosheid/ | Confirmation de la durée illimitée ; dépenses supérieures à la moyenne européenne |
| Achtergrondpaper bij een door de Europese Commissie gefinancierd onderzoeksproject (2015). Institutional moral hazard in the multi-tiered regulation of unemployment in Belgium | https://www.frankvandenbroucke.be/wp-content/uploads/2017/05/277.pdf | Moral hazard fédéral-régional ; indemnité des organismes de paiement selon le nombre de dossiers |
| Journal of European Social Policy (2025). Federal solidarity, regional autonomy and institutional moral hazard | https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/09589287251331589 | Analyse scientifique de l'institutional moral hazard dans l'assurance chômage belge |
| OESO. Tax and benefit policy descriptions for Belgium 2024 | https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/topics/policy-sub-issues/incomes-support-redistribution-and-work-incentives/TaxBEN-Belgium-latest.pdf | Règles belges en matière d'allocations |
| Bundesagentur für Arbeit. Geschäftsbericht 2025 | https://www.arbeitsagentur.de/ueber-uns/geschaeftsbericht-2025 | 115.931 collaborateurs (quatrième trimestre 2025), 52,04 milliards d'euros de dépenses (2025) |
| BMAS. Anspruchsdauer von Arbeitslosengeld | https://www.bmas.de/DE/Arbeit/Arbeitslosengeld/Anspruchsdauer/anspruchsdauer.html | Arbeitslosengeld 12 mois, jusqu'à 24 mois pour les chômeurs plus âgés |
| Deutscher Bundestag. Umgestaltung des Bürgergelds zur Grundsicherung beschlossen (2026) | https://www.bundestag.de/dokumente/textarchiv/2026/kw10-de-grundsicherung-1150460 | Bürgergeld remplacé par la Grundsicherung |
| Zielvereinbarung BMAS-BA 2026 | https://www.sgb2.info/SharedDocs/Downloads/DE/Service/Zielvereinbarungen/BMAS-BA/Zielvereinbarung-BMAS-BA-2026.pdf?__blob=publicationFile&v=3 | Objectifs convenus et indicateurs (integratiequote) |
| UWV. Jaarverslag 2025 | https://www.uwv.nl/assets-kai/files/bd78c8a5-8a43-43b2-8cd7-6e45306eea10/uwv-jaarverslag-2025.pdf | En moyenne 19.894 ETP en 2025 |
| Rijksoverheid. Hoe lang heb ik recht op een WW-uitkering? | https://www.rijksoverheid.nl/vraag-en-antwoord/ww-uitkering/hoe-lang-heb-ik-recht-op-een-ww-uitkering | WW de 3 à 24 mois |
| Borger.dk. Arbejdsløshedsdagpenge | https://www.borger.dk/arbejde-dagpenge-ferie/Dagpenge-kontanthjaelp-og-sygedagpenge/Arbejdsloeshedsdagpenge | Dagpenge 2 ans au maximum sur 3 ans |
| A-kasser.dk. Unemployment insurance Denmark | https://www.a-kasser.dk/unemployment-insurance-in-europe/denmark/index.html | 21 a-kasser, assurance volontaire, en grande partie financée par l'État |
| Arbetsförmedlingen. Unemployment benefit | https://arbetsformedlingen.se/other-languages/english-engelska/unemployed---what-happens-now/unemployment-benefit | Allocation suédoise de 300 jours au maximum, +150 jours pour les parents |
| Europese Commissie (DG REFORM). Implementing contracted-out employment services in Sweden | https://reforms-investments.ec.europa.eu/what-we-do/labour-market-and-social-protection/implementing-contracted-out-employment-services-sweden_en | Réforme suédoise depuis 2019, soutien de l'OCDE et de la Commission de juillet 2021 à mars 2023, financement aux résultats |
| IAF (Inspektionen för arbetslöshetsförsäkringen). Rapport 2021:3, Implementering av Kundval Rusta och matcha | https://www.iaf.se/globalassets/dokument/rapporter/2021-2022/2021-3-implementering-av-kundval-rusta-och-matcha.pdf | Rusta och matcha lancé le 30 mars 2020 |
| SYNOVA. Werkloosheid: wanneer loopt je uitkering ten einde | https://www.synova.be/nl/artikels/werkloosheid-wanneer-loopt-je-uitkering-mogelijks-ten-einde-door-de-hervormingen-van-de | Mise en œuvre de la limitation dans le temps |
| RVA. Hervorming werkloosheidsreglementering | https://www.rva.be/hervorming-van-de-werkloosheidsreglementering | Loi-programme du 18 juillet 2025, 24 mois au maximum, pleine application depuis le 1er mars 2026, arrêt de la Cour constitutionnelle du 10 septembre 2026 |
| RVA. De uitbetalingsinstellingen | https://www.rva.be/bladzijde/de-uitbetalingsinstellingen | CSC, FGTB, SYNOVA et CAPAC comme organismes de paiement |
| HVW. Jaarverslag 2008 | https://hvw-capac.fgov.be/nl/file/514/download?token=rIwE7PeA | Comité de gestion de la CAPAC avec des représentants des organisations de travailleurs et d'employeurs, même composition que celui de l'ONEM |
| FOD Werkgelegenheid. RVA | https://werk.belgie.be/nl/over-de-fod/gerelateerde-organen/parastatalen/rijksdienst-voor-arbeidsvoorziening-rva | Aperçu officiel de l'ONEM |
| Socialsecurity.be. RVA | https://socialsecurity.belgium.be/nl/netwerk/rijksdienst-voor-arbeidsvoorziening-rva | L'ONEM dans le réseau de la sécurité sociale |
| KL. Økonomistyring på beskæftigelsesområdet | https://kl.dk/media/ydjbmmcm/oekonomistyring-paa-beskaeftigelsesomraadet-politisk.pdf | Les communes danoises paient une part croissante de l'allocation (20 %, 60 %, 70 %, 80 %) et sont remboursées d'avance |
| SECO. Vereinbarung RAV, LAM und KAST 2021-2024 | https://www.seco.admin.ch/dam/seco/de/dokumente/Arbeit/ALV/Grundlagen/Vereinbarung%20RAV,%20LAM%20und%20KAST%202015-2018.pdf.download.pdf/Vereinbarung_RAVLAMKAST_2021-2024.pdf | Assurance chômage fédérale suisse, placement par les ORP cantonaux |
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)