SRIW (Société Régionale d'Investissement de Wallonie) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Wallonie. Économie et export Statut proposé : 🟠 Réformé : réformer Wallonie Entreprendre en une seule Agence économique wallonne (WEA) à trois piliers, miroir du VEA flamand (VLAIO+PMV)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il/s'agissait-il exactement ?
Nom officiel : Société Régionale d'Investissement de Wallonie (SRIW) Base juridique : loi du 02/04/1962, modifiée par les décrets wallons du 07/12/1989 et du 06/05/1999. Société anonyme d'intérêt public. Création : 22 octobre 1979 (opérationnelle au printemps 1980), sur le modèle de la Société nationale d'investissement (SNI/NIM). Niveau de pouvoir : Région wallonne (actionnaire à 99,43 %, Belfius Banque pour le reste ; 2022). Siège : Liège.
Mission principale : fournir du capital à risque à l'économie wallonne via :
- des participations en actions dans des entreprises
- des augmentations de capital
- des emprunts obligataires
- des prêts subordonnés ou convertibles
Portefeuille (fin 2022, dernière année complète en tant que SRIW) : 2,43 milliards d'euros nets (2,04 milliards d'euros de participations au capital et 0,39 milliard d'euros de prêts) ; environ 60 ETP.
DÉVELOPPEMENT CRUCIAL : le 1er janvier 2023, la SRIW a fusionné avec la SOWALFIN et la SOGEPA pour former Wallonie Entreprendre (WE) ; le nouveau nom a été présenté le 9 janvier 2023. La SRIW en tant qu'entité autonome n'existe plus. Le Parlement wallon a approuvé le décret de fusion le 19 octobre 2022, avec la majorité contre l'opposition, après 24 mois de préparation.
1B. Que fait le successeur (Wallonie Entreprendre) en pratique ?
Wallonie Entreprendre (WE) combine les trois anciens instruments :
- SRIW → grandes entreprises, participations stratégiques
- SOWALFIN → financement des PME et garanties
- SOGEPA → entreprises en restructuration, opérations de sauvetage
Au départ (2023) : participations de 4,1 milliards d'euros, dont 3,1 milliards d'euros dans des entreprises wallonnes et 1 milliard d'euros via les Invests ; environ 260 ETP, siège principal à Liège.
Chiffres clés de WE en 2024 :
- Investi en 2024 : 492 millions d'euros dans 1.253 entreprises (+20 % par rapport à 2023)
- Garanties octroyées : 228 millions d'euros
- Résultat net : 278 millions d'euros (exceptionnel en raison des sorties CluePoints et Odoo et d'un complément de prix pour Ogeda : ensemble plus de 200 millions d'euros de plus-values)
- Dividende aux actionnaires (Région wallonne et Belfius) : 55,3 millions d'euros
- 30 % des investissements consacrés à la transition énergétique (hydrogène, stockage, bornes de recharge rapide)
- 15.000 services d'accompagnement via les partenaires de WE
- 86.000 jeunes sensibilisés à l'entrepreneuriat
- 45 millions d'euros dans des start-up innovantes, la biotech et la deeptech
Participations remarquables : Aerospacelab, Safran Blades, Pairi Daiza, Lefort, Odoo (sortie)
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : Invest-NL + 9 ROM
Les Pays-Bas appliquent un modèle à deux niveaux :
- Invest-NL (national) : institution nationale de financement et de développement. Engagé brut : 1,145 milliard d'euros dans 89 investissements (cumulé jusqu'à fin 2024), avec lesquels 3,2 milliards d'euros de capital privé ont été mobilisés. Nouveaux investissements en 2024 : 236 millions d'euros.
- 9 sociétés régionales de développement (ROM) : BOM (Brabant), LIOF (Limbourg), NOM (Nord), Oost NL, InnovationQuarter, etc. Ensemble, 367 investissements engagés pour 214,9 millions d'euros (2024). Actionnaires : l'État (ministère des Affaires économiques) avec les provinces.
Différence avec la Wallonie : aux Pays-Bas, la séparation est claire entre le national (Invest-NL pour les risques systémiques et les transitions) et le régional (les ROM pour les PME régionales). Les ROM sont plus petites, plus agiles, et travaillent comme co-investisseurs aux côtés d'acteurs privés. Pas de chevauchement et pas d'opérations de sauvetage au sein de la même structure.
Allemagne : NRW.Bank (Rhénanie-du-Nord-Westphalie)
NRW.Bank est la banque de promotion de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (environ 18 millions d'habitants, plus que la Belgique) :
- Création : née en 2002 lors de la scission de la WestLB ; transformée par la loi en banque de promotion depuis 2004
- Statut : institution de droit public (Anstalt des öffentlichen Rechts) avec garantie de l'État
- Moyens de promotion engagés en 2024 : 11,4 milliards d'euros (202 milliards d'euros depuis 2002)
- Propriétaire : le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Différence : NRW.Bank est une banque à part entière, avec son propre financement via les marchés de capitaux. Une échelle bien plus grande, mais une mission purement promotionnelle. Séparation stricte entre promotion et banque commerciale : la partie commerciale a été scindée en 2002 (WestLB AG).
Danemark : EIFO (anciennement Vækstfonden)
Vækstfonden (Danish Growth Fund) fournissait du capital à risque avec des banques et des investisseurs privés et accompagnait les entreprises de la création à l'introduction en Bourse. Depuis le 1er avril 2023, Vækstfonden, l'assureur-crédit à l'exportation EKF et le fonds d'investissement vert danois ont été regroupés dans EIFO (Danmarks Eksport- og Investeringsfond), une société publique autonome de l'État danois dotée de sa propre loi. Le ministre nomme le conseil d'administration, qui doit avoir une expertise en matière de crédit et d'investissements ; les décisions sur les investissements individuels sont prises par le directeur des investissements, un comité d'investissement ou le conseil d'administration. EIFO investit souvent avec des investisseurs privés.
Suède : Vinnova
Agence publique pour l'innovation sous la tutelle du ministère suédois du Climat et de l'Entreprise (Klimat- och näringslivsdepartementet). Plus de 200 collaborateurs ; distribue environ 3,5 milliards de couronnes suédoises par an à la recherche et à l'innovation. Siège à Stockholm, avec des collaborateurs à Bruxelles, Singapour, dans la Silicon Valley et à Tel-Aviv (2024). Financement de l'innovation pur, pas d'opérations de sauvetage.
1D. Problèmes et critiques
Avant la fusion (la SRIW comme entité autonome)
Chevauchement et morcellement : la SRIW (grandes entreprises), la SOWALFIN (PME) et la SOGEPA (restructuration) avaient dans la pratique des activités qui se chevauchaient. La SRIW finançait de petits dossiers qui relevaient des fonds d'investissement locaux ; la SOGEPA faisait plus que de la seule restructuration. Le ministre compétent lui-même parlait d'un paysage morcelé avec « un certain chevauchement d'activités ». Trois acronymes, trois directions, trois conseils d'administration pour une région de 3,7 millions d'habitants.
Manque de transparence : la SRIW, la SOGEPA et leurs filiales bénéficiaient d'une exception aux règles de gouvernance wallonnes : elles pouvaient rémunérer leurs dirigeants jusqu'à 314.845 € par an, au-dessus du plafond applicable aux autres institutions wallonnes. Après le scandale Publifin/Nethys (fin 2016), dans lequel des mandataires wallons avaient empoché ensemble environ 2 millions d'euros dans de faux comités consultatifs d'une intercommunale, des réformes de gouvernance ont été menées, qui touchaient aussi la SRIW ; cette exception a été supprimée.
Pilotage politique : la SRIW était vue comme un instrument de nominations politiques. Les mandats d'administrateur étaient répartis politiquement, ce qui minait l'indépendance des décisions d'investissement.
« Saupoudrage » (éparpillement) : critique selon laquelle les moyens publics étaient engagés de manière trop dispersée, sans focus stratégique, davantage comme instrument politique que comme levier économique. Au lancement de WE, un fonctionnement « sans saupoudrage d'argent public » a été expressément promis ; le président dit n'avoir jamais constaté un tel éparpillement. Sans mesure des résultats (outcome), cela ne peut pas être vérifié.
Après la fusion (Wallonie Entreprendre)
Contrôle parlementaire : lors de sa création, WE a été classée comme unité publique de type 3 et ne relevait donc pas du contrôle de la Cour des comptes, pour un total de bilan de près de 6 milliards d'euros. Des députés de l'opposition voulaient un contrôle financier par entité ; la Cour des comptes plaidait pour un compte consolidé de la Région placé sous son contrôle, via la révision du décret du 15 décembre 2011 sur le budget et la comptabilité.
Une fusion « occasion manquée » : lors du vote au Parlement wallon, l'opposition a qualifié la fusion d'occasion manquée. Une réorganisation sans réforme fondamentale de la manière dont la Wallonie mène sa politique économique.
Dépendance aux sorties : le résultat exceptionnel de 2024 (278 M€ de bénéfice) est largement porté par des sorties uniques (Odoo, CluePoints) et un complément de prix pour Ogeda, ensemble plus de 200 millions d'euros de plus-values. Sans elles, le résultat structurel serait bien plus modeste.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | La fusion en WE centralise tout au niveau wallon. Positif : un guichet unique. Négatif : la proximité régionale avec les PME passe par 9 Invests distincts, dotés de leur propre direction, à côté de WE. Les Pays-Bas font mieux avec des ROM par région dans un modèle à deux niveaux clair. |
| 2 | Transparence | ⚠️ | Amélioration par rapport aux trois entités séparées, mais le contrôle parlementaire sur WE n'est pas suffisamment garanti. En tant qu'unité publique de type 3, WE échappait lors de sa création au contrôle de la Cour des comptes. |
| 3 | Responsabilité = financement | ⚠️ | WE est financée par la Wallonie et verse un dividende, mais la fiscal accountability est faible : le pilotage politique des décisions d'investissement reste un risque. Pas de séparation stricte entre promotion et opérations de sauvetage. |
| 4 | Simplicité | ✅ | La fusion de trois entités en une seule est une simplification claire. De SRIW + SOWALFIN + SOGEPA à une seule Wallonie Entreprendre : bien. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Au départ environ 260 ETP et 4,1 Mds € de participations pour 3,7 millions d'habitants, c'est une échelle raisonnable. Mais par rapport à NRW.Bank (environ 18 millions d'habitants, 11,4 Mds € engagés en 2024), l'ambition reste relativement modeste. |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Dans le modèle belge, il n'existe aucune compétence concurrente en matière de politique d'investissement économique. Chaque Région a son propre instrument (PMV/VLAIO en Flandre, WE en Wallonie, finance&invest.brussels à Bruxelles) sans coordination structurelle ni benchmarking commun. |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ | WE publie des résultats, mais ses KPI sont surtout axés sur l'output (combien investi, combien d'entreprises) plutôt que sur l'outcome (combien d'emplois créés, impact sur le PIB, délai de retour). Le résultat exceptionnel de 2024 masque la performance structurelle. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ | WE propose des services en ligne, mais il n'y a ni principe once only ni plateforme numérique intégrée pour l'ensemble des services aux entrepreneurs wallons. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ⚠️ | La fusion est un pas dans la bonne direction (comparable au regroupement danois de Vækstfonden, d'EKF et du fonds d'investissement vert dans EIFO), mais le modèle n'a ni la discipline de co-investissement du Danemark ni le mandat purement promotionnel de la NRW.Bank allemande. |
Synthèse : les gains les plus importants se situent au niveau de la transparence et du contrôle parlementaire (principe 2), de l'orientation résultats (principe 7) et des compétences concurrentes/benchmarking (principe 6).
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : réformer Wallonie Entreprendre en une seule Agence économique wallonne (WEA) à trois piliers internes. Miroir du VEA flamand (VLAIO+PMV). Dépolitisation, co-investissement obligatoire, un seul guichet numérique.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Wallonie Entreprendre est réformée en Agence économique wallonne (WEA) avec trois piliers internes. En miroir du VEA flamand (VLAIO+PMV) :
- Pilier 1 : Innovation & Croissance (ex-noyau SRIW) : participations stratégiques, biotech, numérique, investissements de transition.
- Pilier 2 : Financement des PME & Garanties (ex-SOWALFIN) : prêts, garanties, 9 Invests intégrés comme bureaux régionaux. Une seule gouvernance, un seul jeu de critères, un seul système IT.
- Pilier 3 : Participations & Restructuration (ex-SOGEPA) : redressement, intérêt industriel, clause de sunset de 7 ans max par participation.
- Plus : le soutien à l'exportation sur le territoire (ex-AWEX volet intérieur) : conseil, subsides, matchmaking. S'intègre comme quatrième fonction.
Gouvernance :
- Comité d'investissement indépendant, à l'écart du politique (sur le modèle danois EIFO). Le politique fixe les objectifs stratégiques, les professionnels décident des investissements individuels.
- Co-investissement obligatoire avec des partenaires privés (min. 50 %) : cela impose la discipline de marché.
- Séparation stricte entre investissements de promotion et opérations de sauvetage (sur le modèle du mandat purement promotionnel de la NRW.Bank allemande).
- Coordination avec la SFPIM (fédérale), le VEA et le BAE via une plateforme commune avec une stratégie d'investissement commune dans la deep tech, sans structures doubles.
Transparence :
- KPI de résultat légaux : rendement, création nette d'emplois après 5 ans, taux de survie, contribution au PIB par euro investi.
- Tableau de bord public par euro investi.
- Benchmarking interrégional annuel WEA vs VEA vs BAE (Agence bruxelloise de l'économie) par un Bureau fédéral du Plan renforcé.
- La Cour des comptes reçoit un pouvoir de contrôle complet sur la WEA, y compris des audits d'efficience (performance audits).
Comparaison Flandre-Wallonie :
| VEA flamand | WEA wallonne |
|---|---|
| Pilier 1 : Innovation & Subsides (ex-VLAIO) | Pilier 1 : Innovation & Croissance (ex-SRIW) |
| Pilier 2 : Financement & Investissement (ex-PMV) | Pilier 2 : Financement des PME (ex-SOWALFIN) |
| Pilier 3 : Internationalisation (ex-FIT volet intérieur) | Pilier 3 : Participations (ex-SOGEPA) |
| LRM comme bureau régional | 9 Invests comme bureaux régionaux |
Niveau : les cinq entités fédérées wallonnes, avec la WEA comme leur service commun (art. 32 de la Constitution HART). Modèle de référence international : combinaison de l'EIFO danois (fusion + gouvernance experte à distance du politique) + de la NRW.Bank allemande (mandat purement promotionnel, séparé de la banque commerciale) + de la mesure des résultats néerlandaise + de Business.gov.nl (guichet numérique). Gain d'efficience estimé : intégration des 9 Invests (moins de conseils d'administration, de systèmes comptables et de services de conformité) : 5 à 10 M€/an en régime de croisière (estimation HART). Ce gain apparaît dans le réseau des Invests, où les actionnaires privés détiennent la majorité dans la plupart d'entre eux ; il reste disponible pour des investissements et ne constitue pas une économie sur le budget wallon. L'intégration demande une reprise unique des parts privées. Une meilleure allocation d'environ 500 M€ d'investissements par an (2024 : 492 M€) doit produire un meilleur rendement, mais cela non plus n'est pas une économie budgétaire et n'est pas comptabilisé. Trajet de mise en œuvre : année 1 : modification du décret + organe de nomination. Années 1-2 : intégration IT et guichet numérique. Années 2-3 : benchmark interrégional opérationnel.
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
SRIW → Wallonie Entreprendre → Agence économique wallonne (WEA) : Réformé
Réformer Wallonie Entreprendre en une seule Agence économique wallonne (WEA) à trois piliers. Miroir du VEA flamand (VLAIO+PMV). Pilier 1 : Innovation & Croissance (ex-SRIW). Pilier 2 : Financement des PME (ex-SOWALFIN, Invests intégrés). Pilier 3 : Participations & Restructuration (ex-SOGEPA). Dépolitisation, co-investissement obligatoire, un seul guichet numérique.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Jusqu'en 2023, la Wallonie avait trois sociétés d'investissement distinctes : la SRIW pour les grandes entreprises (créée en 1979), la SOWALFIN pour les PME et la SOGEPA pour les entreprises en difficulté. Ensemble, elles comptaient des centaines de collaborateurs, trois directions et trois conseils d'administration, pour une région de 3,7 millions d'habitants. Le 1er janvier 2023, elles ont fusionné en Wallonie Entreprendre (WE), avec environ 260 ETP et un portefeuille de 4,1 milliards d'euros. En 2024, WE a investi 492 millions d'euros dans 1.253 entreprises. Par ailleurs, 9 Invests régionaux (comme Noshaq à Liège et Sambrinvest à Charleroi) restent des sociétés distinctes.
Ce qui ne va pas
La fusion a réglé le problème de structure. Trois guichets sont devenus un seul. Mais les problèmes de fond demeurent :
Premièrement, les décisions d'investissement restent influencées par le politique. Les mandats d'administrateur sont répartis politiquement, ce qui mine l'indépendance des choix d'investissement. Après le scandale Publifin/Nethys (fin 2016), où des mandataires wallons ont empoché ensemble environ 2 millions d'euros dans des comités consultatifs opaques, les règles de gouvernance ont été renforcées, mais la culture politique n'a pas fondamentalement changé. Lors de la fusion, les six anciens directeurs sont restés en service en conservant leur salaire d'environ 250.000 € par an, désormais dans les business units et sans rôle dans la direction générale.
Deuxièmement, WE mélange les investissements de promotion (innovation, croissance) et les opérations de sauvetage (entreprises en difficulté). C'est comme si l'on laissait le même médecin décider de la prévention et des urgences. Les cas urgents dévorent le budget de l'avenir.
Troisièmement, le contrôle parlementaire est insuffisant. Lors de sa création, WE, avec un total de bilan de près de 6 milliards d'euros, échappait au contrôle de la Cour des comptes. Des parlementaires y ont exprimé dès ce moment leur inquiétude.
Quatrièmement, WE mesure surtout l'output (combien investi, combien d'entreprises touchées) plutôt que l'outcome (combien d'emplois créés par euro, quel est le délai de retour, quel est l'impact sur le PIB). Le résultat spectaculaire de 2024 (278 millions d'euros de bénéfice) provient surtout de sorties uniques d'entreprises à succès comme Odoo et CluePoints, pour plus de 200 millions d'euros de plus-values. Pas de performances structurellement meilleures.
Comment cela fonctionne ailleurs
Au Danemark, la Vækstfonden (Danish Growth Fund) investissait avec des banques et des investisseurs privés. Depuis 2023, elle a été intégrée dans EIFO, qui regroupe les instruments publics danois d'investissement et d'exportation dans une seule société publique autonome dotée de sa propre loi, d'un conseil d'administration expert et de décisions d'investissement prises par des professionnels, souvent avec des investisseurs privés. Cela impose la discipline de marché : si aucun acteur privé ne veut co-investir, le projet n'est probablement pas viable.
En Allemagne, le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (environ 18 millions d'habitants) dispose de NRW.Bank : une banque de promotion au mandat strictement délimité. NRW.Bank fait uniquement de la promotion et du financement (11,4 milliards d'euros en 2024), séparés de la banque commerciale. Cette mission purement promotionnelle est inscrite dans la loi depuis 2004.
Aux Pays-Bas, Invest-NL (national) et 9 sociétés régionales de développement (ROM) travaillent ensemble. Les ROM sont petites, agiles, et investissent comme co-investisseurs aux côtés d'acteurs privés. En 2024, elles ont réalisé ensemble 367 investissements pour 214,9 millions d'euros. Efficace et sans les frais de structure d'une mégastructure.
Ce que HART propose
Comité d'investissement indépendant : le politique détermine la stratégie (quels secteurs, quelles transitions), mais un comité indépendant de professionnels décide des investissements individuels. Pas de nominations politiques au comité d'investissement.
Séparer promotion et sauvetage : créer deux branches distinctes au sein de WE : un fonds de croissance (innovation, transition, start-up) et un fonds de restructuration (entreprises en difficulté). Chacun avec son propre budget, sa propre gouvernance, sa propre reddition de comptes. Pas de subventionnement croisé.
Co-investissement obligatoire : WE n'investit qu'avec des partenaires privés (au moins 50 % de capital privé). Si aucun acteur privé ne veut suivre, l'investissement ne se fait pas. Cela vaut pour toutes les participations, comme pour le VEA flamand.
KPI de résultat : rapport public annuel sur des indicateurs durs : emplois nets créés, contribution au PIB par euro investi, délai de retour, pourcentage de co-investissement. Tous les cinq ans, une évaluation indépendante.
Une Cour des comptes avec des dents : la Cour des comptes reçoit un pouvoir de contrôle complet sur WE, avec des audits d'efficience et pas seulement un contrôle comptable. Audition parlementaire après chaque audit.
Benchmark entre entités fédérées : toutes les sociétés régionales d'investissement (PMV/VLAIO, WE, finance&invest.brussels) publient chaque année des chiffres comparables sur un tableau de bord fédéral. Transparence et saine concurrence.
Ce que cela rapporte
Pas d'économie directe sur le budget wallon. L'intégration des 9 Invests rapporte selon les estimations 5 à 10 millions d'euros par an en moins de conseils d'administration, de comptabilité et de conformité en double ; cet argent reste dans le réseau et va à des investissements dans des entreprises. Le gain principal réside dans une meilleure affectation d'environ 500 millions d'euros par an d'investissements publics. L'obligation de co-investissement peut à elle seule doubler l'effet de levier réel : chaque euro public attire au moins un euro privé. Une décision indépendante réduit les investissements motivés politiquement, qui rapportent rarement. Et une mesure dure des résultats fait qu'après cinq ans nous savons si cela marche. Pas après vingt ans, quand il est trop tard.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| Wikipedia. Regional Investment Company of Wallonia | https://en.wikipedia.org/wiki/Regional_Investment_Company_of_Wallonia | Création, mission principale, modes d'investissement |
| Wallex. Wet van 2 april 1962 (Société fédérale de Participations et d'Investissement en gewestelijke investeringsmaatschappijen) | https://wallex.wallonie.be/contents/acts/10/10050/1.html | Base juridique, décret du 7 décembre 1989 |
| Wallonie Entreprendre. Oprichting | https://www.wallonie-entreprendre.be/fr/actualites/expertise/la-nouvelle-entite-wallonie-entreprendre-voit-le-jour/ | Fusion depuis le 1er janvier 2023, portefeuille de 4,1 Mds € (3,1 Mds € d'entreprises wallonnes, 1 Md € via les Invests), siège principal à Liège |
| Wallonie Entreprendre. Rapport annuel 2024 | https://www.wallonie-entreprendre.be/fr/actualites/financement/rapport-annuel-2024-we-confirme-son-role-moteur-dans-le-redeploiement-economique-de-la-wallonie/ | Chiffres 2024 : 492 M€ dans 1.253 entreprises, 228 M€ de garanties, 278 M€ de bénéfice, 55,3 M€ de dividende, sorties, participations |
| Wallonie Entreprendre. Partners (Invests) | https://www.wallonie-entreprendre.be/fr/partenaires/ | Réseau des Invests régionaux |
| La Libre. Fusie "sans saupoudrage" (9 januari 2023) | https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2023/01/09/adieu-sogepa-sriw-et-sowalfin-voici-le-nom-du-nouveau-bras-financier-wallon-garanti-sans-saupoudrage-dargent-public-F2N4UTQZUBE5PD6ZOEK2EFNRLE/ | Chevauchement, saupoudrage, six anciens directeurs restent en service avec maintien du salaire (environ 250.000 €) |
| RTBF. WE vervangt SOGEPA/SOWALFIN/SRIW | https://www.rtbf.be/article/we-wallonie-entreprendre-remplace-la-sogepa-la-sowalfin-et-la-sriw-11133581 | Coût de la fusion de 2 M€, 260 ETP, Liège, 24 mois de préparation |
| Télésambre. Feu vert pour la fusion (20 oktober 2022) | http://www.telesambre.be/info/feu-vert-pour-la-fusion-entre-la-sogepa-sowalfin-et-sriw/53000 | Vote du décret de fusion le 19 octobre 2022, critique de l'opposition (« occasion manquée ») |
| L'Avenir. Pararegionale instellingen buiten controle van het Rekenhof (22 november 2022) | https://www.lavenir.net/actu/belgique/2022/11/22/des-dizaines-de-pararegionaux-echappent-au-controle-de-la-cour-des-comptes-la-position-du-premier-president-philippe-roland-7D2KZUXTSBHJRPIY6K3XTIZ5L4/ | WE comme unité de type 3 hors du contrôle de la Cour des comptes, total de bilan de près de 6 Mds €, décret du 15 décembre 2011 |
| RTBF. Nieuwe maatregelen voor goed bestuur in Wallonië (26 oktober 2017) | https://www.rtbf.be/article/voici-les-nouvelles-mesures-de-bonne-gouvernance-en-wallonie-9747443 | Exception au plafond salarial SRIW/SOGEPA (314.845 €) supprimée |
| SRIW Rapport annuel 2022 (PDF) | https://cms.wallonie-entreprendre.be/wp/wp-content/uploads/2023/12/SRIW-RA-2022.pdf | Portefeuille de 2.431,6 M€ nets fin 2022 (2.043,1 M€ de participations, 388,4 M€ de prêts), 59,4 ETP, actionnaires (Région wallonne 99,43 %, Belfius) |
| Parlement de Wallonie. Vraag "La fusion des invests wallons" (2025) | https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&type=28&iddoc=134003 | Majorité privée dans les Invests (sauf Noshaq) |
| CRISP. La SRIW (Courrier hebdomadaire nr. 1571, 1997) | https://www.crisp.be/librairie/catalogue/1296-societe-regional-investissement-wallonie-sriw.html | Historique, base juridique |
| Institut Destrée. 40ème anniversaire SRIW | https://www.institut-destree.eu/40-ans_sriw.html | Création le 22 octobre 1979, loi de 1962 |
| Wikipedia. Publifinschandaal | https://nl.wikipedia.org/wiki/Publifinschandaal | Scandale (décembre 2016), environ 2 millions d'euros de rémunérations |
| Invest-NL. Jaarverslag 2024 | https://www.invest-nl.nl/nl/kennis-en-publicaties/invest-nl-jaarverslag-2024 | Modèle de référence néerlandais |
| Eerste Kamer. Jaarverslag Invest-NL 2024 (PDF) | https://www.eerstekamer.nl/overig/20250627/jaarverslag_invest_nl_2024_221_p/document3/f=/vmore33gbkzx_opgemaakt.pdf | 236 M€ de nouveaux investissements en 2024, 1,145 Md € engagé brut dans 89 investissements, 3,2 Mds € de capital privé |
| ROM-Nederland | https://www.rom-nederland.nl/ | 9 ROM |
| Bedrijvenbeleid in Beeld. ROM's | https://www.bedrijvenbeleidinbeeld.nl/beleidsinstrument/r/roms | 367 investissements pour 214,9 M€ (2024), actionnariat État et provinces |
| NRW.Bank. Persbericht Förderjahr 2024 (8 april 2025, PDF) | https://www.nrwbank.de/export/.galleries/downloads/Presse/presseinformationen/250408_PI_JPG-NRWBANK-2025.pdf | 11,4 Mds € de moyens de promotion en 2024, 202 Mds € depuis 2002 |
| Wikipedia. NRW.Bank | https://en.wikipedia.org/wiki/NRW.Bank | Origine (2002, 2004), propriétaire, forme juridique |
| Berne Union. From EKF to EIFO | https://berneunion.org/Articles/Details/753/From-EKF-to-EIFO-Denmarks-Export-Investment-Fund-as-of-1-April-2023 | Regroupement d'EKF, de Vækstfonden et du fonds d'investissement vert dans EIFO le 1er avril 2023 ; société publique autonome de l'État danois |
| Retsinformation. Lov nr. 871 af 21/06/2022 om Danmarks Eksport- og Investeringsfond | https://www.retsinformation.dk/api/pdf/231662 | Base légale d'EIFO ; le ministre nomme le conseil d'administration, qui doit avoir une expertise en matière de crédit et d'investissements |
| EIFO. Annual Report 2023 (PDF) | https://eifo.dk/media/ssuhft01/eifo-annual-report-2023.pdf | Décision sur les investissements par le directeur des investissements, le comité d'investissement ou le conseil d'administration ; co-investissements avec des investisseurs privés |
| Vinnova. Årsredovisning 2024 (PDF) | https://www.vinnova.se/globalassets/bilder/publikationer/vinnova_arsredovisning_2024_tillganglig.pdf | Ministère, plus de 200 collaborateurs, 3,5 Mds SEK par an, collaborateurs à Bruxelles, Singapour, dans la Silicon Valley et à Tel-Aviv |
Métadonnées
- Économie estimée : aucune économie sur le budget wallon (0). L'intégration des 9 Invests rapporte selon les estimations 5 à 10 M€ par an de gain d'efficience dans le réseau des Invests (le plus souvent majorité privée, moyens propres) ; une meilleure allocation des investissements ne compte pas non plus comme économie
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)