Cabinets wallons : ±986 (tous les gouvernements francophones réunis)
Audit de la réforme de l'État HART
Date : 2026-03-30 Statut : 🟠 Réformé Ligne : Wallonie. Gouvernement
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
Les cabinets ministériels wallons sont les équipes personnelles de conception des politiques et d'appui des ministres du Gouvernement wallon. Comme dans le reste de la Belgique, chaque ministre wallon dispose d'un cabinet composé de membres du staff (conseillers politiques), de personnel d'appui (secrétariat, chauffeurs, etc.) et de fonctionnaires détachés.
Important : le chiffre de ±986 dans le titre ne renvoie pas seulement au Gouvernement wallon, mais additionne les cabinets de trois gouvernements : la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et le gouvernement bruxellois (où siègent aussi des ministres néerlandophones). Avec les comptages de 2024-2026, on arrive à environ 870 (voir ci-dessous). C'est un problème typiquement belge : à cause de la lasagne institutionnelle, les responsables politiques francophones ont des cabinets à plusieurs niveaux de pouvoir à la fois.
Base juridique :
- Arrêté du Gouvernement wallon du 15 juillet 2024 relatif à la rétribution et à l'indemnisation des Ministres, membres du Gouvernement wallon, aux cabinets des Ministres du Gouvernement wallon, au Secrétariat du Gouvernement wallon et au SePAC (modifié par les arrêtés des 24 octobre 2024 et 24 avril 2025)
- Arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 19 juillet 2024 relatif aux cabinets des Ministres du Gouvernement de la Communauté française
Composition du Gouvernement wallon (législature 2024-2029) :
- 8 ministres, sous la conduite du ministre-président Adrien Dolimont
- Cadre de référence par cabinet (équivalents temps plein, ETP) : ministre-président 68, vice-présidents 55, ministres ordinaires 41
- Ministres qui siègent aussi au gouvernement de la Communauté française : 8 ETP de moins dans chacun des deux gouvernements
- Total des cabinets wallons : 367 ETP (cadre de référence 2024-2029), contre 397 ETP en 2019-2024
Composition du gouvernement de la FWB (législature 2024-2029) :
- 6 ministres sous la conduite de la ministre-présidente Elisabeth Degryse
- Cadre de référence des cabinets de la FWB : 203 ETP (260 en 2019-2024)
- Effectivement budgété en 2025 : 143 ETP (237,7 ETP sous la législature 2019-2024, soit une baisse d'environ 40 %), dont 85 ETP (59 %) détachés et donc payés par l'administration
- Par ministre : Degryse 49,1 ETP, Glatigny 52,8 ETP, Galant 19,6 ETP, Lescrenier 19,1 ETP, Coppieters 2,4 ETP, Dolimont 0 (ces deux derniers ont leur cabinet au sein du Gouvernement wallon)
Total Région wallonne + FWB réunies (cadre de référence) :
- 2024-2029 : ±570 ETP (367 wallons + 203 FWB), hors cabinets bruxellois
- 2019-2024 : ±657 ETP (397 wallons + 260 FWB)
- Baisse : 87 ETP (-13,3 %), soit selon la presse une économie d'environ 6 millions d'euros par an
- Chaque unité de référence représente environ 70.000 euros par an (salaire, ordinateur, téléphone, etc.). Le cadre de référence est un plafond budgétaire, pas un comptage de l'occupation réelle
- Avec le gouvernement bruxellois (298 collaborateurs de cabinet en 2026, contre 387 en 2019-2024, y compris ceux des ministres néerlandophones), le total des trois gouvernements s'élève à environ 870
Budget (cabinets wallons uniquement) :
- Crédits de cabinet consommés en 2021 : 22,2 millions d'euros (dont 19 millions d'euros de frais de personnel)
- Coût caché du détachement : la Cour des comptes a constaté que 56 % du personnel de cabinet était constitué en 2021 de fonctionnaires détachés « gratuitement », dont le salaire est payé par leur administration d'origine. Elle a estimé ce coût caché à 14,8 millions d'euros en 2021
- Coût total réel des cabinets wallons : environ 37 millions d'euros (2021), dont 33,9 millions d'euros de frais de personnel, pour environ 394 ETP (en moyenne environ 94.000 euros par ETP)
- Budgets de cabinet publiés des gouvernements wallon, de la FWB et bruxellois réunis (Région wallonne 27,8 millions d'euros, FWB 17,8 millions d'euros, Bruxelles 21,9 millions d'euros) : plus de 67 millions d'euros par an, sans le coût salarial des fonctionnaires détachés (RTBF, 2023)
Budget des cabinets de la FWB :
- Budget 2025 : 14,6 millions d'euros (17,2 millions d'euros avec les charges supplémentaires), contre 17,9 millions d'euros en 2024 : une baisse de 18 %
- Économie : 3,25 millions d'euros
Niveau de pouvoir : Région wallonne + Fédération Wallonie-Bruxelles
1B. Que fait-il en pratique ?
Missions formelles (identiques à celles des cabinets flamands) :
- Préparation des politiques : préparer des notes, des textes de décret et des arrêtés
- Coordination politique : groupes de travail intercabinets (IKW / réunions intercabinets)
- Communication : presse, discours, réseaux sociaux
- Travail parlementaire : réponses aux questions parlementaires
- Gestion des parties prenantes : contacts avec les secteurs et la société civile organisée
Ce qui ne va pas en pratique, et pourquoi c'est pire en Wallonie qu'en Flandre :
Des cabinets doubles à cause d'institutions doubles. L'existence simultanée de la Région wallonne et de la FWB fait que les ministres francophones ont souvent un double mandat, et donc des collaborateurs de cabinet à deux niveaux. Cela explique pourquoi les responsables politiques francophones avaient environ 2,4 fois plus de collaborateurs de cabinet que les Flamands (693 contre 283 en 2021, selon le GERFA).
Une structure politique parallèle. Comme en Flandre, les cabinets forment une structure parallèle à côté de l'administration (le Service public de Wallonie, SPW). Mais là où la Flandre a construit depuis 2006 (Beter Bestuurlijk Beleid) un modèle de gouvernance plus professionnel, l'administration wallonne est moins réformée.
Le circuit du détachement comme financement caché. En 2021, 56 % des collaborateurs de cabinet wallons étaient des fonctionnaires détachés payés par leur administration d'origine. La Cour des comptes souligne dans des audits successifs que ce coût ne figure pas séparément dans l'information budgétaire destinée au parlement : le coût réel des cabinets (37 millions d'euros en 2021) dépasse d'environ deux tiers les crédits de cabinet consommés (22,2 millions d'euros).
Effet de pantouflage. Après une législature, les collaborateurs de cabinet sont régulièrement placés à des fonctions dirigeantes dans l'administration, les parastataux ou les entreprises publiques (« parachutage »). Cela mine la méritocratie et l'indépendance des pouvoirs publics.
Le SePAC, un contrôle faible. Il existe un Service permanent d'aide, de gestion et de contrôle interne des cabinets ministériels (SePAC), avec 16 ETP à charge du budget wallon (arrêté du 15 juillet 2024, modifié en 2025), mais cet organe a une capacité d'action limitée et dépend lui-même du gouvernement qu'il doit contrôler.
Exemples individuels (législature 2019-2024, comptage GERFA 2021) :
- Christie Morreale (PS, ministre wallonne de la Santé) : 65 collaborateurs de cabinet, pour une seule ministre
- Rudi Vervoort (PS, ministre-président bruxellois) : 82 collaborateurs de cabinet
- Jean-Luc Crucke (MR) : 40 collaborateurs de cabinet
- Valérie De Bue (MR) : 40 collaborateurs de cabinet
À titre de comparaison : fin 2025, le gouvernement flamand comptait environ 290 collaborateurs de cabinet (262,8 ETP) pour 9 ministres, soit en moyenne environ 32 par ministre.
1C. Comparaison internationale
Pays-Bas : pas de cabinets Les Pays-Bas ne connaissent pas de cabinets ministériels au sens belge. Les ministres sont assistés par :
- Le sommet de la fonction publique (secrétaire général, directeurs généraux) pour la préparation des politiques
- 1 conseiller politique par ministre ou secrétaire d'État ; le Premier ministre et les vice-Premiers ministres peuvent en nommer 2 (Handboek voor bewindspersonen, 2026)
- Total pour l'ensemble des Pays-Bas : une trentaine de conseillers politiques au plus pour 28 membres du gouvernement (2026)
- Alors que la Belgique compte environ 1.800 collaborateurs de cabinet, tous gouvernements réunis (2025-2026)
Cela fonctionne parce que les Pays-Bas ont une tradition de hauts fonctionnaires politiquement neutres. L'élaboration des politiques est aux mains de l'appareil administratif, qui rend des avis sur la base de sa connaissance et de son expérience, sans profil politique.
France : les cabinets existent, mais ils sont plus strictement encadrés
- Décret du 23 septembre 2024 (modifié le 14 octobre 2025) : maximum 14 membres de cabinet par ministre et 8 par ministre délégué, à quelques exceptions près (le décret de 2017 fixait encore la limite à 10 et 8)
- Total pour toute la France (1er juillet 2024) : 482 membres de cabinet plus 2.210 membres du personnel pour des fonctions d'appui (sécurité, secrétariat, chauffeurs)
- Et ce, pour un pays d'environ 69 millions d'habitants (2026). Les chiffres belges incluent aussi le personnel d'appui. Même avec ce personnel d'appui français, la France compte environ 39 collaborateurs de cabinet par million d'habitants, contre environ 120 par million pour le Gouvernement wallon et le gouvernement de la Communauté française réunis (570 pour environ 4,8 millions d'habitants)
Allemagne : des Politische Beamte au lieu de cabinets
- L'Allemagne ne connaît pas de cabinets au sens belge
- Les ministres sont assistés par des beamtete Staatssekretäre et par des Parlamentarische Staatssekretäre (parlementaires)
- Le reste du ministère est composé de fonctionnaires de carrière
- Les Politische Beamte, comme les Staatssekretäre et les Ministerialdirektoren (chefs de département), peuvent être mis à la retraite temporairement à tout moment (§ 54 Bundesbeamtengesetz), ce qui se produit surtout lors d'un changement de gouvernement. Ils font le lien entre la politique et l'administration
Danemark : une politisation minimale
- Chaque ministre peut nommer 1 særlig rådgiver (conseiller spécial) ; les membres du comité de coordination et du comité économique du gouvernement 2, les chefs de parti 3
- Total pour tout le Danemark : environ 40 conseillers politiques (2026)
- Le reste, c'est la fonction publique. Neutre, professionnelle, axée sur la carrière
Suède : le modèle des Government Offices
- Le Regeringskansliet (Government Offices) est une seule organisation intégrée d'en moyenne environ 4.850 collaborateurs pour tous les ministères (2025)
- 215 d'entre eux sont nommés politiquement (environ 4 %), ministres, secrétaires d'État, conseillers politiques et collaborateurs de presse compris
- Pour 24 ministres, cela fait en moyenne environ neuf personnes nommées politiquement par ministre
- À comparer : un ministre wallon a un cadre de référence d'en moyenne environ 46 ETP
Résumé de la comparaison :
| Pays | Personnel politique par ministre | Personnel politique total |
|---|---|---|
| Wallonie (Région wallonne + FWB) | ±46 ETP (Région wallonne, cadre de référence) | ±570 (Région wallonne + FWB, cadre de référence 2024-2029) |
| Flandre | ±32 | ±290 (fin 2025) |
| France | max. 14 membres de cabinet (légal, depuis 2025) | 482 membres de cabinet + 2.210 personnel d'appui (2024) |
| Suède | ±9 (ministres et secrétaires d'État compris) | 215 (2025) |
| Pays-Bas | 1 (Premier ministre et vice-Premiers ministres 2) | ±30 au plus (2026) |
| Danemark | 1 (jusqu'à 3 pour les chefs de parti) | ±40 (2026) |
| Allemagne | pas de cabinet ; Staatssekretäre et Politische Beamte | pas de comptage officiel |
1D. Problèmes et critiques
Cour des comptes : des critiques répétées :
- Dans les Cahiers d'observations successifs adressés au Parlement wallon (dont le 34e, octobre 2022) : le coût complet des cabinets ne ressort pas de l'information budgétaire
- Le détachement de fonctionnaires comme mécanisme de financement caché : 14,8 millions d'euros qui ne figurent pas séparément au budget (2021 ; déjà 12,8 millions d'euros en 2015)
- Le coût réel (37 millions d'euros) dépasse d'environ deux tiers les crédits de cabinet consommés (22,2 millions d'euros)
GERFA (Groupe d'étude et de réforme de la fonction administrative) :
- Selon le GERFA, supprimer les cabinets est « totalement irréaliste, car un ministre a besoin d'une équipe ». La transparence et la réduction sont en revanche essentielles
- Selon le GERFA, les budgets publiés doivent être majorés d'au moins 60 % pour refléter le coût réel
Les Engagés :
- Programme électoral 2024 : « Réduisons le nombre de ministres et supprimons progressivement les cabinets, remplacés par une cellule stratégique limitée avec quelques collaborateurs directs »
- Dans les gouvernements entrés en fonction en 2024, le cadre de référence des cabinets wallons et de la FWB a baissé de 13,3 % ; les cabinets sont restés en place
Critiques académiques :
- CRISP, Courrier hebdomadaire n° 2254 (2015) : « La réforme des cabinets ministériels ». Analyse de la réforme Copernic (1999) : les cabinets ont formellement disparu, mais ont subsisté dans la pratique
- Université d'Anvers (1999) : recherche pionnière « Leven en werken van de cabinettard », sur les cabinets comme structure politique parallèle
Critiques dans les médias :
- Newsmonkey (2017) : « Les gouvernements bruxellois et wallon avec un nombre ridicule de collaborateurs de cabinet : presque quatre fois plus qu'en Flandre »
- Business AM (2021) : « Les ministres francophones ont deux fois plus de collaborateurs de cabinet que leurs collègues flamands »
- La Meuse (2017) : « Le vrai coût des cabinets ministériels wallons : 50 % trop chers ! »
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ | Les cabinets eux-mêmes sont régionaux (le bon niveau), mais la double existence de la Région wallonne et de la FWB crée des cabinets doubles pour les mêmes responsables politiques. Un problème de subsidiarité causé par la structure institutionnelle |
| 2 | Transparence | ❌ | Le principal point noir. 56 % du personnel de cabinet est détaché gratuitement (2021), ce qui fait qu'environ 40 % du coût réel (14,8 sur 37 millions d'euros) ne figure pas au budget des cabinets. La Cour des comptes le dénonce à plusieurs reprises. Aucune liste complète et accessible au public des collaborateurs de cabinet avec leurs fonctions et leur rémunération |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ | Écart fiscal classique (fiscal gap) : les cabinets sont en partie financés par d'autres administrations qui prêtent « gratuitement » leurs fonctionnaires. Celui qui décide (le ministre) ne paie pas le coût complet |
| 4 | Simplicité | ❌ | Le système est d'une complexité inexplicable. Trois niveaux de pouvoir (RW, FWB, Bruxelles) avec chacun ses propres cabinets, des doubles nominations, des règles de détachement opaques et un SePAC en guise de contrôle de façade |
| 5 | Taille critique | ⚠️ | Les cabinets pris un à un sont trop grands pour leur mission formelle (le conseil politique), mais trop petits pour assurer de fait toute la préparation des politiques qu'ils prennent en charge en pratique |
| 6 | Compétences concurrentes | ❌ | Sans objet au sens positif. Le système des cabinets est un unicum belge qui n'existe dans aucun autre pays européen à cette échelle. Il n'y a pas d'innovation concurrente |
| 7 | Orientation résultats | ❌ | Aucun KPI, aucune mesure des résultats, aucune évaluation. Les cabinets ne rendent aucun compte public de ce qu'ils produisent. Il n'y a ni benchmark, ni audit des résultats des politiques |
| 8 | Numérique d'abord | ❌ | Les cabinets fonctionnent en grande partie dans une culture du papier et de la réunion. Pas de tableau de bord public, pas de transparence numérique, pas d'open data sur la composition et les coûts |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ | Le système des cabinets à cette échelle est une exception à l'échelle internationale. Les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark, la Suède : tous fonctionnent avec une fraction de ce personnel politique |
Score de synthèse : 0 ✅ · 2 ⚠️ · 7 ❌
Les gains les plus importants sont à réaliser sur :
- La transparence : un reporting public et complet de tous les coûts, détachement compris
- La simplicité : la fusion des niveaux de pouvoir élimine automatiquement les cabinets doubles
- L'orientation résultats : instaurer des KPI et une reddition de comptes publique
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé : les cabinets ne sont pas supprimés (un ministre a besoin d'une équipe restreinte), mais fondamentalement recalibrés sur le modèle suédois/néerlandais.
3B. Proposition concrète
Ce qui change :
Plus de FWB ni de Région wallonne → cinq entités fédérées wallonnes, chacune avec un seul gouvernement et un seul ensemble de cabinets. Cela seul supprime déjà le cadre des cabinets de la FWB (203 des 570 ETP de référence, plus d'un tiers). Dans le modèle HART de douze entités fédérées, la FWB disparaît comme niveau de pouvoir : l'enseignement, la langue, la radiodiffusion et les allocations familiales sont réglés par les cinq entités fédérées wallonnes dans le concordat francophone (avec Bruxelles pour ses institutions francophones), par l'intermédiaire d'un conseil communautaire des ministres des entités fédérées, donc sans second ensemble de cabinets (art. 31 de la Constitution HART). Cela résout définitivement le problème des cabinets doubles.
Un maximum constitutionnel de 5 collaborateurs politiques par membre du gouvernement, sur le modèle néerlandais/suédois (art. 40 et 43 §3 de la Constitution HART), dans tous les gouvernements, y compris dans les entités fédérées flamandes. Cela ramène le total pour les cinq gouvernements des entités fédérées wallonnes de 570 ETP de référence (Région wallonne + FWB) à 125 au plus (5 entités fédérées × 5 membres du gouvernement × 5) ; le secrétariat et les autres fonctions d'appui viennent de l'administration.
Interdiction du détachement gratuit. Chaque collaborateur de cabinet figure au budget des cabinets, quelle que soit son origine. Fini les coûts cachés. Le coût salarial réel est supporté par le cabinet.
Publication obligatoire de la liste complète du personnel avec le nom, la fonction, l'origine (administration/externe) et le salaire brut. Sur le modèle de la transparence scandinave.
Clause anti-pantouflage. Après leur fonction de cabinet, les collaborateurs ne peuvent pendant 3 ans occuper aucune fonction dirigeante dans l'administration ou dans des entreprises publiques relevant de leur ancien ministre (période de cooling-off).
KPI et évaluation. Chaque cabinet publie annuellement un rapport d'activités avec des résultats mesurables (questions parlementaires traitées). La Cour des comptes en évalue chaque année le rapport coût-bénéfice.
Modèle international de référence : les Pays-Bas (ABD + staff politique minimal, 1 conseiller politique par membre du gouvernement) et la Suède (Regeringskansliet avec en moyenne environ neuf personnes nommées politiquement par ministre). Comme dans tous les gouvernements, y compris le gouvernement flamand (5 au plus par membre du gouvernement).
Économie estimée (estimation de HART) :
- Réduction de ±570 ETP de référence (Région wallonne + FWB, 2024-2029) à 125 collaborateurs politiques au plus pour les cinq gouvernements des entités fédérées wallonnes réunis
- La part wallonne n'est pas chiffrée séparément : le coût des cabinets de cinq gouvernements d'entités fédérées n'est pas estimé à part, et l'économie n'est comptée qu'une fois, dans l'économie sur l'ensemble des cabinets réunis
- Les fonctionnaires détachés retournent dans leur administration ; leur coût salarial ne disparaît que par attrition naturelle. Le montant complet vaut donc à vitesse de croisière
- Test de plafond : le coût réel des cabinets wallons et de la FWB réunis se situe selon les estimations autour de 40 à 55 millions d'euros par an (570 × 70.000 à 94.000 euros). Cette économie fait partie de l'économie sur l'ensemble des cabinets belges réunis (au plus environ 165 millions d'euros sur un coût estimé à 200 millions d'euros par an)
Trajet de mise en œuvre :
- Phase 1 (première année) : obligation de transparence. Publication des coûts complets, détachement compris
- Phase 2 (lors de la réforme de l'État) : la Constitution HART remplace la Région wallonne et la FWB par cinq entités fédérées wallonnes et le concordat francophone (art. 2 et 31) et fixe un plafond de 5 collaborateurs politiques par membre du gouvernement (art. 40 et 43 §3), appliqué dès que l'administration peut reprendre la préparation des politiques (hauts fonctionnaires sélectionnés par la chambre gouvernance de l'Organe de nomination indépendant, sur le modèle de l'Algemene Bestuursdienst néerlandais, art. 38). Comme dans tous les gouvernements
- Phase 3 (dans les 2 ans suivants) : clause anti-pantouflage et obligation de KPI opérationnelles
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
Cabinets wallons : Réformé Le Gouvernement wallon et le gouvernement de la Communauté française ont ensemble un cadre d'environ 570 collaborateurs de cabinet ; avec les cabinets bruxellois, on arrive à environ 870. C'est deux fois plus que dans le gouvernement flamand, alors que l'ensemble des Pays-Bas se contente d'une trentaine de conseillers politiques au plus. HART ramène ce nombre à 125 au plus pour les cinq gouvernements des entités fédérées wallonnes réunis : la Région wallonne et la FWB cèdent la place à cinq entités fédérées et à un seul concordat francophone, et chaque membre du gouvernement a 5 collaborateurs politiques au plus. Comme dans tous les gouvernements, y compris le gouvernement flamand.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
Chaque ministre belge a un « cabinet » : une équipe de collaborateurs nommés politiquement qui donne des avis, prépare les décrets et assiste le ministre. En Wallonie, les ministres de la Région wallonne ont ensemble droit à 367 collaborateurs (équivalents temps plein, 2024-2029). Ajoutez-y les cabinets de la Fédération Wallonie-Bruxelles (203), car il s'agit en grande partie des mêmes responsables politiques à double mandat, et vous arrivez à 570. Avec les cabinets bruxellois (298 en 2026), le total s'élève à environ 870.
Le budget officiel des cabinets wallons s'élevait en 2021 à quelque 22 millions d'euros. Mais ce n'est qu'une partie de l'histoire : 56 % du personnel était constitué de fonctionnaires prêtés « gratuitement » par leur administration d'origine. La Cour des comptes a calculé que ces coûts cachés représentent 14,8 millions d'euros supplémentaires. La facture réelle : environ 37 millions d'euros en 2021, pour le seul niveau wallon.
Ce qui ne va pas
Trois problèmes fondamentaux :
Premièrement, les cabinets doubles. Parce que la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles coexistent, les ministres francophones ont des cabinets à deux niveaux. Résultat : en 2021, ils avaient ensemble 2,4 fois plus de collaborateurs que les ministres flamands. Une seule ministre wallonne (Christie Morreale, Santé) avait alors 65 collaborateurs de cabinet : plus que l'ensemble des conseillers politiques du gouvernement danois réunis (environ 40).
Deuxièmement, l'opacité budgétaire. La Cour des comptes met en garde depuis des années : le coût complet ne figure pas au budget ; selon ses chiffres, les crédits de cabinet ne montrent qu'environ 60 % des coûts réels (2021). Les fonctionnaires détachés sont payés par leur service d'origine, mais travaillent pour le ministre. Cet argent disparaît des radars. Aucun citoyen ne peut vérifier ce que ses cabinets coûtent réellement.
Troisièmement, l'État parallèle. Les cabinets reprennent un travail que l'administration (le SPW) devrait faire : préparation des politiques, rédaction des décrets, négociations. Cela démotive les fonctionnaires, crée du travail en double et fait que le savoir des politiques publiques se perd à chaque changement de gouvernement. Les meilleurs fonctionnaires sont aspirés vers les cabinets et, après la législature, replacés à des fonctions dirigeantes (« parachutage »).
Comment cela fonctionne ailleurs
Les Pays-Bas sont le contre-exemple le plus radical. Il n'y existe pas de cabinets ministériels. Les ministres travaillent avec le sommet de la fonction publique et ont chacun un conseiller politique. L'ensemble des Pays-Bas compte ainsi une trentaine de conseillers politiques au plus, pour un pays de plus de 18 millions d'habitants. En Suède, 215 des quelque 4.850 collaborateurs du Regeringskansliet sont nommés politiquement (2025), ministres et secrétaires d'État compris : en moyenne environ neuf par ministre, au sein d'un seul service public intégré. La France, qui connaît bien les cabinets, les a légalement limités à 14 membres par ministre. En comparaison, un ministre wallon a droit à un cadre de référence de 41 à 68 collaborateurs à temps plein. Le Danemark compte environ 40 conseillers politiques pour tout le gouvernement.
Ces pays montrent que des pouvoirs publics peuvent bien fonctionner sans grands cabinets, grâce à la confiance placée dans des fonctionnaires professionnels.
Ce que HART propose
Étape 1 : un seul gouvernement par entité fédérée. La Région wallonne et la FWB cèdent la place à cinq entités fédérées wallonnes ; l'enseignement, la langue, la radiodiffusion et les allocations familiales sont réglés ensemble par elles dans le concordat francophone, avec un conseil communautaire des ministres des entités fédérées. Ainsi, les cabinets doubles disparaissent automatiquement. Un gouvernement = un seul ensemble de cabinets.
Étape 2 : 5 collaborateurs politiques au plus par membre du gouvernement, sur le modèle néerlandais/suédois et inscrits dans la Constitution HART. Comme dans tous les gouvernements, y compris le gouvernement flamand. Cela ramène le total des cabinets des entités fédérées wallonnes à 125 au plus, contre 570 dans le cadre de référence 2024-2029 : plus de trois quarts en moins.
Étape 3 : une transparence totale. Chaque collaborateur de cabinet, fonctionnaires détachés compris, figure au budget des cabinets avec son nom, sa fonction et son coût salarial. Fini le financement caché.
Étape 4 : l'anti-pantouflage. Après une fonction de cabinet s'applique une période de carence de 3 ans pour les fonctions dirigeantes dans le secteur public. Fini les nominations politiques systématiques via les cabinets.
Ce que cela rapporte
L'économie directe fait partie de l'économie sur l'ensemble des cabinets réunis (au plus environ 165 millions d'euros par an à vitesse de croisière), comptée là une seule fois. Mais le gain réel est plus important : une fonction publique plus professionnelle, plus autonome et plus motivée, qui n'est plus continuellement minée par des structures politiques parallèles. Des pouvoirs publics où la mémoire institutionnelle est préservée, où les nominations au sommet se font au mérite, et où le citoyen peut voir ce que ses cabinets coûtent.
Phase 5 : sources
| Source | URL | Date | Utilisé pour |
|---|---|---|---|
| Cour des comptes. 34e Cahier d'observations adressé au Parlement wallon, fascicule II | https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/179e_34e_c_obs_r_w_II.pdf | 2022-10-25 | Cabinets 2021 : crédits 22,2 M€ (personnel 19 M€), 56 % détachés gratuitement, coût caché 14,8 M€, coût réel 37 M€ (personnel 33,9 M€), 393,53 ETP avec experts (385,28 sans), fin 2021 ; 12,8 M€ de coût de détachement en 2015 |
| Revue Politique. Coupes dans les cabinets ministériels | https://www.revuepolitique.be/coupes-dans-les-cabinets-ministeriels-en-belgique-francophone-juste-un-effet-dannonce/ | 2025-04-04 | Cadre de référence Région wallonne + FWB : 657 (2019-2024) et 570 (2024-2029), quotas par ministre |
| RTBF. Qui compose les cabinets ministériels | https://www.rtbf.be/article/qui-compose-les-cabinets-ministeriels-et-combien-coutent-ils-enquete-sur-le-cote-cour-des-ministeres-1-2-11269155 | 2023-10-14 | Nombre moyen de collaborateurs par cabinet et par niveau, budgets publiés des trois gouvernements francophones (plus de 67 M€), position du GERFA |
| L'Avenir. FWB cabinets mis au régime | https://www.lavenir.net/actu/belgique/politique/2024/11/25/en-federation-wallonie-bruxelles-les-cabinets-ministeriels-mis-au-regime-par-le-gouvernement-mr-engages-K4WK5BUEPRDPHLAYS4RZYCV2CE/ | 2024-11-25 | Cabinets de la FWB : 143 ETP (contre 237,7), par ministre, budget 2025 14,6 M€ (17,2 M€ avec les charges) |
| L'Avenir. Cour des Comptes kabinetten Wallonië | https://www.lavenir.net/actu/belgique/2023/01/17/depenses-des-cabinets-wallons-la-cour-des-comptes-enfonce-le-clou-KXKGXP26RFFT3BXIQQISZ7WX7I/ | 2023-01-17 | Commentaire de l'audit de la Cour des comptes : ETP 2018 et 2021 |
| La Libre. Réduction des cabinets | https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2024/09/05/la-reduction-des-cabinets-ministeriels-rapporterait-6-millions-deuros-QKL4GYIYL5COZJBACP6D7VGNA4/ | 2024-09-05 | Économie d'environ 6 M€, montant de référence d'environ 70.000 euros par collaborateur de cabinet |
| Business AM. Franstalige ministers dubbel zoveel | https://businessam.be/franstalige-ministers-hebben-twee-keer-zoveel-kabinetsmedewerkers-als-hun-vlaamse-collegas/ | 2021-02-19 | Comparaison francophones (693) et Flamands (283) selon le GERFA, exemples individuels |
| RTBF. Les cabinets ministériels bruxellois au régime | https://www.rtbf.be/article/les-cabinets-ministeriels-bruxellois-au-regime-avec-pres-de-100-collaborateurs-en-moins-11751420 | 2026-07-02 | Cabinets bruxellois : 298 (2026), contre 387 en 2019-2024 |
| Parlement flamand. Samenstelling van de kabinetten van de Vlaamse Regering, toestand op 31 december 2025 | https://docs.vlaamsparlement.be/files/pfile?id=2298971 | 2026 | Cabinets flamands : environ 290 collaborateurs, 262,8 ETP |
| VRT NWS. 838 kabinetsmedewerkers | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2020/10/14/hebben-we-echt-838-kabinetsmedewerkers-nodig-of-kan-het-ook-zoa/ | 2020-10-14 | Coût total de tous les cabinets belges : 197,64 M€ (2018) |
| Wallex. Arrêté 15 juillet 2024 | https://wallex.wallonie.be/eli/arrete/2024/07/15/2024010995 | 2024-07-15 | Base juridique du régime des cabinets 2024-2029 : cadre de référence 68/55/41, moins 8 en cas de double mandat, SePAC 16 ETP |
| Wallex. Arrêté 14 sept 2019 | https://wallex.wallonie.be/eli/arrete/2019/09/14/2019030867/2019/12/20 | 2019-09-14 | Régime des cabinets précédent (2019-2024) avec le SePAC |
| Franceinfo. Macron kabinetten | https://www.franceinfo.fr/politique/gouvernement-d-edouard-philippe/emmanuel-macron-reduit-le-nombre-de-collaborateurs-dans-les-cabinets-ministeriels_2197814.html | 2017-05-19 | Modèle français 2017 : max. 10 par ministre, 8 par ministre délégué |
| Légifrance. Décret 2024-892 | https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050251629 | 2024-09-23 | Décret français sur la composition des cabinets, remplace le décret de 2017 |
| Légifrance. Décret 2025-978 | https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052390853 | 2025-10-14 | Décret français : max. 14 par ministre, 8 par ministre délégué |
| Assemblée nationale. Jaune PLF 2025, Personnels affectés dans les cabinets ministériels | https://www2.assemblee-nationale.fr/static/17/Annexes-DL/PLF2025-Jaunes/20-Jaune_cabinets.pdf | 2024 | France : 482 membres de cabinet et 2.210 personnels d'appui (1er juillet 2024) |
| INSEE. Bilan démographique 2025 | https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824 | 2026-01 | Population de la France : 69,1 M (1er janvier 2026) |
| FWB. Les chiffres clés de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2025 | https://statistiques.cfwb.be/fileadmin/sites/ccfwb/uploads/documents/CC2025_web.pdf | 2025 | Population relevant de la Communauté française : environ 4,8 M |
| Gesetze im Internet. § 54 Bundesbeamtengesetz | https://www.gesetze-im-internet.de/bbg_2009/__54.html | consulté en 2026 | Allemagne : Politische Beamte (Staatssekretäre, Ministerialdirektoren) |
| Rijksoverheid. Handboek voor bewindspersonen | https://www.rijksoverheid.nl/documenten/2026/02/23/handboek-voor-bewindspersonen | 2026-02-23 | Pays-Bas : 1 conseiller politique par membre du gouvernement, 2 pour le Premier ministre et les vice-Premiers ministres |
| Statsministeriet. Rammer for ansættelse af særlige rådgivere | https://medst.dk/media/dfmdt13g/rammer-for-ansaettelse-af-saerlige-raadgivere-juni-2026.pdf | 2026-06 | Danemark : 1 særlig rådgiver par ministre, 2 pour les membres de comité, 3 pour les chefs de parti |
| Medarbejder- og Kompetencestyrelsen. Lønoversigt for særlige rådgivere | https://medst.dk/media/22knt2nu/loenoversigt-for-saerlige-raadgivere.pdf | 2026-02-16 | Danemark : environ 40 særlige rådgivere au total |
| Regeringskansliet. Årsbok 2025 | https://www.regeringen.se/contentassets/86e56e6d9125400d84e7ceb01591073e/regeringskansliet-arsbok-2025.pdf | 2026 | Suède : 215 personnes nommées politiquement sur 4.848 collaborateurs (2025) |
| Les Engagés. Minder kabinetten | https://www.lesengages.be/propositions/reduisons-le-nombre-de-ministres-et-supprimons-progressivement-les-cabinets/ | 2024 | Proposition politique : suppression progressive des cabinets |
| CRISP. La réforme des cabinets ministériels | https://www.crisp.be/2015/06/la-reforme-des-cabinets-ministeriels/ | 2015 | Analyse de la réforme Copernic des cabinets |
| Newsmonkey. Waalse kabinetten 4x Vlaanderen | https://newsmonkey.be/brusselse-en-waalse-regering-met-belachelijk-veel-kabinetsmedewerkers-bijna-vier-keer-zo-veel-als-in-vlaanderen/ | 2017-07-11 | Comparaison de la taille des cabinets par niveau de pouvoir |
| La Meuse. Le vrai coût des cabinets ministériels wallons | http://namur.lameuse.be/65533/article/2017-04-03/le-vrai-cout-des-cabinets-ministeriels-wallons-50-trop-chers | 2017-04-03 | Critique médiatique : coût réel supérieur au budget |
- Économie estimée : part de l'économie sur l'ensemble des cabinets réunis (au plus environ 165 millions d'euros), comptée là une seule fois ; non chiffrée séparément
- Révisé : 2026-09-27 (vérification des faits : chiffres, sources, formulation intemporelle)