RTBF (part wallonne) : audit
Date : 2026-03-30 Catégorie : Wallonie. Transféré de la FWB + Nouveau Statut dans la proposition de HART : de la FWB → concordat francophone : les cinq entités fédérées wallonnes (part wallonne) + Bruxelles (part bruxelloise)
Phase 1 : recherche approfondie
1A. De quoi s'agit-il exactement ?
La RTBF (Radio-Télévision belge de la Communauté française) est la radiotélévision publique francophone de Belgique. C'est une entreprise publique autonome à caractère culturel, créée par décret du 12 décembre 1977 en tant que successeur de la RTB, et ancrée juridiquement dans le décret du 14 juillet 1997 de la Communauté française (Fédération Wallonie-Bruxelles, FWB).
Chiffres clés (2025) :
- Dotation de la FWB : dotation ordinaire de 350,8 millions d'euros, gelée depuis 2025 (plus d'indexation, plus de croissance de 2 % au-dessus de l'indice) ; avec les dotations pour les pensions, TV5, l'accessibilité et la compensation SEC, environ 389 millions d'euros
- Recettes totales : 479,7 millions d'euros, dont 81 % de dotations et 19 % de recettes propres (dont 61,4 millions d'euros de publicité)
- Personnel : environ 1.900 ETP fin 2025 (1.954 ETP en moyenne en 2024)
- Chaînes : 3 chaînes de télévision (La Une, Tipik, La Trois) + 8 stations de radio (5 en FM, 3 numériques) + Auvio (plateforme de streaming)
- Part de marché TV : La Une 20,5 % (2025, tous téléspectateurs, toute la journée), devant RTL-TVI (16,3 %) ; dans la cible commerciale (18-54 ans, en soirée), RTL-TVI est en tête avec 24,4 %
- Argent public par habitant : environ 74 € de dotation ordinaire par habitant de la FWB (2025), contre environ 45 € de financement public de la VRT par Flamand (2025)
Niveau de pouvoir : la FWB est compétente. La RTBF relève de la compétence communautaire « culture et audiovisuel », pas de la Région wallonne. C'est crucial : la FWB dessert à la fois la Wallonie et Bruxelles francophone. Dans la proposition de HART, la FWB est supprimée et les compétences doivent être réparties.
Contrat de gestion : la RTBF fonctionne via des contrats de gestion quinquennaux conclus avec le gouvernement de la FWB. Le sixième contrat de gestion couvre 2023-2027. Un avenant du 11 juillet 2025 a fixé le gel de la dotation et un recentrage sur les missions essentielles.
1B. Que fait-elle en pratique ?
Missions principales (selon le décret et le contrat de gestion) :
- Production et diffusion de programmes d'information, de culture, d'éducation et de divertissement en français
- Garantir le pluralisme et une information équilibrée
- Promouvoir la culture et l'identité francophones
- Services numériques (plateforme Auvio)
Chevauchements et problèmes :
- La RTBF dessert deux Régions à la fois (Wallonie et Bruxelles) mais relève de la FWB, une couche de pouvoir que HART veut supprimer
- Chevauchement avec les télévisions locales (12 médias de proximité : 11 en Wallonie, BX1 à Bruxelles), qui apportent elles aussi de l'information régionale. L'avenant de 2025 met donc fin à la plateforme « Vivre ici » de la RTBF, à la demande de ces médias locaux
- La VRT et la RTBF collaborent par projets (des accords existent entre les deux radiodiffuseurs), mais ne partagent aucune infrastructure technique, archive ou IT structurelle. Les avantages d'échelle restent inexploités, alors qu'elles opèrent dans le même pays
Évaluation et réformes (2025-2026) :
- 2025 : le gouvernement de la FWB gèle la dotation à partir de 2025 : plus d'indexation et plus de croissance de 2 % au-dessus de l'indice. La RTBF répond par un plan d'économies de 133 millions d'euros sur 2025-2028 (en 2028, un budget inférieur de 12 %, soit environ 55 millions d'euros, à celui de 2025), sans licenciements secs
- Avenant du 11 juillet 2025 : fixe le gel et recentre la RTBF sur ses missions essentielles :
- Révision de la politique des droits sportifs : la RTBF ne peut pas empêcher les chaînes privées d'acheter des droits sportifs aux prix du marché
- Réintroduction de la publicité dans la matinale « Matin Première »
- Analyse obligatoire de l'offre radio et télévision
- Début 2026 : controverse politique autour de la succession de l'administrateur général Jean-Paul Philippot et du directeur de l'information Jean-Pierre Jacqmin. La ministre des Médias a parlé d'un « système » au sein de la RTBF et espéré que les nouveaux dirigeants viendraient de « l'autre côté du spectre politique » ; le président du MR a exigé plus de « pluralisme » de la part du service d'information. L'association francophone de journalistes SDJ a annoncé qu'elle suivrait les nominations de près
- Septembre 2026 : le gouvernement de la FWB a choisi le nouvel administrateur général (mandat de six ans à partir du 1er novembre 2026) parmi trois candidats présentés par le conseil d'administration, après un avis non contraignant du CSA
Structure de gouvernance :
- Conseil d'administration : 13 membres, élus par le parlement de la FWB selon les rapports de force politiques
- Deux commissaires du Gouvernement exercent la tutelle au nom du gouvernement de la FWB
- Administrateur général : Jean-Paul Philippot a dirigé la RTBF de 2002 à 2026, près de 25 ans
- Mandat de six ans ; le conseil d'administration composé politiquement présente les candidats et le gouvernement de la FWB choisit
1C. Comparaison internationale
| Pays | Radiodiffuseur | Budget | Personnel | Financement | Gouvernance |
|---|---|---|---|---|---|
| Belgique (Fr) | RTBF | 479,7 M€ de recettes (2025) | environ 1.900 ETP | Dotations FWB (81 %) + recettes propres (19 %) | CA composé politiquement |
| Belgique (Nl) | VRT | 306 M€ de financement public (2025) | 1.930 ETP | Dotation de la Communauté flamande + recettes propres | CA : 8 membres nommés politiquement et 4 indépendants |
| Pays-Bas | NPO | 1.010 M€ (2026), dont environ 857 M€ de contribution médias de l'État | Réparti sur les radiodiffuseurs | Budget de l'État + publicité | Réforme prévue pour 2029 : de 11 radiodiffuseurs à 4 ou 5 « maisons de radiodiffusion » |
| Danemark | DR | environ 520 M€ de financement public (3,88 Mds DKK, 2024) | environ 2.970 ETP (2024) | Via l'impôt (depuis 2022) | CA de 11 membres ; loi de 2025 (en vigueur en 2027) : organe de nomination avec exigences de compétence |
| Allemagne | ARD+ZDF | Rundfunkbeitrag 8,72 Mds € (2025) ; ARD seule : 7,2 Mds € de recettes | Des dizaines de milliers | Contribution obligatoire par logement (18,36 €/mois, depuis 2021, aussi en 2026) | Reformstaatsvertrag (depuis le 1er décembre 2025) : fusion de canaux, regroupement de tâches |
Ce qui frappe :
- Le Danemark est le modèle le plus pertinent : taille comparable, il a supprimé progressivement la redevance à partir de 2019 et l'a entièrement remplacée en 2022 par un financement via l'impôt, et fera sélectionner à partir de 2027 six des onze administrateurs par un organe de nomination sur la base d'exigences légales de compétence (les six plus grands partis désignent chacun un membre de cet organe)
- Les Pays-Bas réforment radicalement : de 11 radiodiffuseurs à 4 ou 5 maisons de radiodiffusion, moins d'administrateurs, un système plus simple. Exactement la direction que HART propose
- L'Allemagne montre que même de grands radiodiffuseurs engrangent des gains d'efficience en fusionnant des canaux et en regroupant des tâches
- La RTBF reçoit environ 65 % d'argent public en plus par habitant que la VRT (environ 74 € contre 45 €, 2025), pour un public plus restreint (environ 4,76 millions d'habitants dans la FWB contre 6,9 millions en Flandre)
1D. Problèmes et critiques
Nominations politiques : le conseil d'administration est composé sur la base des rapports de force politiques au parlement de la FWB. L'administrateur général précédent est resté en place près de 25 ans. Début 2026, le MR et la ministre des Médias ont exercé une pression politique ouverte sur la succession. La SDJ a annoncé qu'elle suivrait les nominations de près.
Coût par habitant : environ 74 € de dotation ordinaire par habitant (2025), contre environ 45 € de financement public par Flamand pour la VRT. Environ 65 % plus cher par habitant, pour un public plus restreint. Cela tient en partie à l'absence d'avantages d'échelle.
Structure communautaire : la RTBF relève de la FWB, une couche de pouvoir sans fiscalité propre qui fonctionne presque entièrement avec des moyens que l'autorité fédérale reverse. Le citoyen ne sait pas qui paie : l'argent va de l'autorité fédérale à la FWB puis à la RTBF. Trois couches sans transparence.
De lourdes économies sans réforme structurelle : le plan d'économies de 133 millions d'euros sur 2025-2028 découle d'une intervention budgétaire (le gel de la dotation), pas d'une refonte fondamentale du modèle. En 2028, le budget est inférieur de 12 % (environ 55 millions d'euros par an) à celui de 2025.
Mesure des performances faible : le contrat de gestion contient une soixantaine d'indicateurs que le CSA suit chaque année, mais la dotation n'en dépend pas. Lors de son contrôle de 2023, le CSA a en outre lui-même admis qu'il ne pouvait pas vérifier le coût de la mission de service public.
Chevauchement avec les médias locaux : la RTBF concurrençait les télévisions locales (par exemple via la plateforme « Vivre ici »), ce qui mine la viabilité des plus petits médias.
Phase 2 : évaluation au regard des neuf principes
| # | Principe | Appréciation | Justification |
|---|---|---|---|
| 1 | Subsidiarité | ⚠️ Partiel | Une radiotélévision publique a sa place au niveau de l'entité fédérée. C'est exact. Mais la FWB n'est pas une véritable entité fédérée : c'est une construction sans fiscalité propre qui dessert à la fois la Wallonie et Bruxelles. Dans le modèle de HART, les cinq entités fédérées wallonnes et Bruxelles règlent ensemble le sort de la RTBF dans le concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART). |
| 2 | Transparence | ❌ Échec | Le financement passe par trois couches (fédéral → FWB → RTBF). Le citoyen ne peut pas voir qui paie. Le CA est composé politiquement. Les procédures de nomination sont politiquement teintées. Voir la controverse de 2026. |
| 3 | Responsabilité = financement | ❌ Échec | La FWB n'a pas de fiscalité propre. Elle reçoit des dotations fédérales et les redistribue. Celui qui décide (le parlement de la FWB) ne perçoit pas l'argent (l'autorité fédérale). Fiscal gap classique. |
| 4 | Simplicité | ❌ Échec | FWB → RTBF → 3 chaînes de télévision + 8 stations de radio + Auvio, à côté de 12 télévisions locales + CSA (régulateur des médias) + contrat de gestion + deux commissaires du Gouvernement. Trop de couches, trop d'acteurs. |
| 5 | Taille critique | ⚠️ Partiel | Environ 1.900 ETP (2025), c'est assez grand pour une radiotélévision professionnelle. Mais le marché francophone (environ 4,76 millions d'habitants) est petit. Aucune collaboration structurelle avec la VRT pour l'infrastructure technique, les droits de diffusion sportifs ou l'archivage. |
| 6 | Compétences concurrentes | ⚠️ Partiel | Les médias sont une compétence communautaire exclusive. Dans le modèle de HART, la radiotélévision publique n'est pas une compétence concurrente mais un concordat obligatoire par groupe linguistique (art. 31 de la Constitution HART), et la régulation des médias revient à un Institut belge des médias national unique. |
| 7 | Orientation résultats | ⚠️ Partiel | Le contrat de gestion contient une soixantaine d'indicateurs que le CSA suit chaque année, mais la dotation n'en dépend pas et le CSA n'a pas pu vérifier le coût de la mission de service public (2023). Pas de benchmarking systématique avec des radiodiffuseurs étrangers. |
| 8 | Numérique d'abord | ⚠️ Partiel | Auvio (plateforme de streaming) existe et se développe, mais le modèle linéaire (3 chaînes de télévision, 8 stations de radio) domine encore. Pas d'intégration avec la VRT pour un back-end de streaming belge commun. |
| 9 | Éprouvé à l'étranger | ❌ Échec | Le modèle FWB (une communauté sans fiscalité qui finance un radiodiffuseur) n'existe nulle part ailleurs. Le Danemark (financement via l'impôt, administrateurs choisis sur des exigences légales de compétence) et les Pays-Bas (réforme vers 4 ou 5 maisons de radiodiffusion) montrent des alternatives qui ne sont pas suivies. |
Synthèse : 4× ❌ (Transparence, Responsabilité=financement, Simplicité, Éprouvé à l'étranger), 5× ⚠️, 0× ✅. Les gains les plus importants se situent dans :
- Transparence + Responsabilité=financement : briser la construction FWB
- Orientation résultats : instaurer de véritables KPI et une gouvernance indépendante
- Éprouvé : partir du modèle danois (financement via l'impôt, nominations sur la compétence) et le prolonger plus conséquemment
Phase 3 : la proposition de HART
3A. Classification
🟠 Réformé La RTBF continue d'exister comme radiotélévision publique francophone, mais elle est organisée de manière fondamentalement différente lors de la suppression de la FWB : elle devient la radiotélévision publique du concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART).
3B. Proposition concrète
Ce qui change ?
Compétence : lors de la suppression de la FWB, la radiotélévision publique devient une compétence obligatoire du concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART) : les cinq entités fédérées wallonnes et Bruxelles règlent ensemble le sort de la RTBF, et leur conseil communautaire décide de sa mission et de son statut. La RTBF reste un seul radiodiffuseur ; le concordat règle la répartition des coûts (art. 31 §2) :
- Part wallonne (±75-80 %) : les cinq entités fédérées wallonnes supportent ensemble la part du lion
- Part bruxelloise (±20-25 %) : l'entité fédérée bruxelloise contribue sur la base d'une clé de répartition démographique
- Un seul conseil d'administration, une seule direction, une seule rédaction. Comparable au NDR en Allemagne : une seule radiotélévision que quatre Länder gèrent ensemble par un traité (Staatsvertrag)
Modèle de financement : l'opaque dotation de la FWB cède la place à une taxe média transparente : comme au Danemark, perçue via l'impôt, mais sous la forme d'un montant distinct et affecté, visible sur l'avertissement-extrait de rôle, et fixé pour plusieurs années sur avis d'une commission indépendante sur le modèle allemand. Chaque contribuable voit combien va à la radiotélévision publique.
Gouvernance :
- Le conseil d'administration n'est plus composé sur la base des proportions politiques
- Sélection par la chambre gouvernance de l'Organe de nomination indépendant (art. 38 de la Constitution HART) : des administrateurs sélectionnés sur score, sur la compétence en médias, technologie, culture et management. C'est plus loin que le Danemark, où, à partir de 2027, un organe de nomination comptant un membre par grand parti choisit sur la base d'exigences légales de compétence
- Durée maximale du mandat des administrateurs et du CEO : 5 ans, renouvelable une seule fois pour 3 ans (8 ans maximum)
- Profils de compétences obligatoires pour tous les membres du conseil d'administration
Mesure des performances :
- Des KPI publics liés à la dotation : audience, part de marché, satisfaction, coût par heure de contenu, portée numérique, croissance commerciale, indice de qualité journalistique
- Benchmarking annuel avec la VRT, la NPO et DR (Danemark)
- Évaluation indépendante tous les 3 ans par la Cour des comptes
Collaboration VRT-RTBF (possible et encouragée, pas obligatoire) :
- Infrastructure technique commune (technique de diffusion, archivage, IT)
- Achat groupé des droits de diffusion sportifs là où c'est possible
- Back-end de streaming commun (front-end séparé par langue)
Offre et recettes propres (comme dans l'audit RTBF (radiotélévision publique)) :
- Réduction du nombre de chaînes à 2 chaînes de télévision, 4 réseaux radio et Auvio, en mettant l'accent sur l'information, la culture, l'éducation et l'éducation aux médias
- Plus de liberté commerciale (publicité, abonnements, licences de contenu) ; la dotation est progressivement réduite à mesure que les recettes propres augmentent
Gain d'efficience estimé :
- Suppression de la couche FWB (frais généraux, deux commissaires du Gouvernement, contrôle parlementaire) : compte dans l'audit de la FWB comme niveau de pouvoir, ici 0
- Taxe média transparente au lieu d'une dotation : aucun effet sur le montant, mais bien sur la reddition de comptes
- Collaboration VRT-RTBF : volontaire, non chiffrée
- Meilleure gouvernance + KPI : non chiffrés
- Réduction du nombre de chaînes et recentrage sur les missions essentielles : 15-25 M€/an pour l'ensemble de la RTBF (estimation de HART dans l'audit RTBF (radiotélévision publique)), en plus du plan d'économies propre de la RTBF (133 millions d'euros sur 2025-2028)
- Total : pas d'économie distincte en plus de l'audit RTBF (radiotélévision publique). Sur les 15-25 M€/an, environ trois quarts, soit 11-19 M€/an, reviennent aux entités fédérées wallonnes
Trajet de mise en œuvre :
- Fondement : art. 31 de la Constitution HART (la radiotélévision publique dans le concordat francophone) ; aucune loi spéciale nécessaire
- Le concordat règle la répartition des coûts entre les cinq entités fédérées wallonnes et Bruxelles (clé de répartition, art. 31 §2)
- Adaptation du statut de la RTBF (décret du 14 juillet 1997) par décision du conseil communautaire du concordat francophone
- Sélection des administrateurs par la chambre gouvernance de l'Organe de nomination indépendant (art. 38)
- Horizon temporel : 2 à 3 ans après la réforme de l'État
Phase 4 : point du programme (texte prêt pour le site)
Partie A : le point du programme
RTBF (part wallonne) : Réformé Lors de la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la RTBF devient la radiotélévision publique du concordat francophone, portée ensemble par les cinq entités fédérées wallonnes et Bruxelles, avec une taxe média transparente, une gouvernance indépendante, davantage de recettes propres et une collaboration avec la VRT là où cela rapporte.
Partie B : l'explication
Comment cela fonctionne aujourd'hui
La RTBF est la radiotélévision publique francophone de Belgique : trois chaînes de télévision, huit stations de radio et la plateforme de streaming Auvio. L'entreprise compte environ 1.900 équivalents temps plein. En 2025, les recettes se sont élevées à 479,7 millions d'euros, dont 81 % de dotations de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et 19 % de recettes propres, surtout de la publicité. La seule dotation ordinaire était de 350,8 millions d'euros : environ 74 € par habitant, soit environ 65 % de plus que le financement public de la VRT par Flamand (environ 45 €).
La RTBF relève de la FWB, une couche de pouvoir qui ne perçoit elle-même aucun impôt. L'argent vient de l'autorité fédérale, va à la FWB, puis à la RTBF. Trois couches, zéro transparence. Le conseil d'administration est composé selon les rapports de force politiques au parlement de la FWB. Jean-Paul Philippot a dirigé la RTBF comme administrateur général de 2002 à 2026, près de 25 ans.
Ce qui ne va pas
Les problèmes sont structurels, pas accidentels.
Premièrement : personne ne sait qui paie. La FWB n'a pas de fiscalité propre. Elle redistribue de l'argent fédéral. Le citoyen ne peut pas retracer quelle part de ses impôts va à la RTBF. Cela viole le principe de base selon lequel qui décide paie aussi, et qui paie peut aussi contrôler.
Deuxièmement : la gouvernance est politisée. Le conseil d'administration reflète les rapports de force politiques, pas l'expertise dont une entreprise de médias a besoin. Début 2026, cela s'est vu de manière douloureuse lors de la succession aux postes de direction : la ministre des Médias a ouvertement espéré des dirigeants venant de « l'autre côté du spectre politique » et le président du MR a exigé plus de « pluralisme » de la part du service d'information. L'association francophone de journalistes SDJ a annoncé qu'elle suivrait les nominations de près.
Troisièmement : il n'y a pas de véritable mesure des performances. Le contrat de gestion contient des indicateurs, mais l'argent n'en dépend pas, et l'autorité de tutelle CSA n'a pas pu vérifier le coût de la mission de service public pour 2023. Il n'y a pas de benchmarking systématique avec des radiodiffuseurs étrangers. Le plan d'économies de 133 millions d'euros sur 2025-2028 découle d'une intervention budgétaire : le gel de la dotation. Pas de réforme structurelle.
Quatrièmement : la RTBF et la VRT ne collaborent tout au plus que par projets. Pas d'infrastructure technique structurellement partagée, pas d'achat groupé structurel des droits de diffusion sportifs, pas de collaboration sur l'archivage ou l'IT. C'est comme si deux magasins voisins construisaient chacun leur propre entrepôt.
Comment cela fonctionne ailleurs
Le Danemark montre la voie. DR, la radiotélévision publique danoise (environ 520 millions d'euros de financement public en 2024), a supprimé progressivement la redevance à partir de 2019 et est financée depuis 2022 entièrement par l'impôt. Une loi de 2025 dépolitise en outre le conseil d'administration : à partir de 2027, un organe de nomination choisit six des onze administrateurs sur la base d'exigences légales de compétence, avec des mandats plus courts (3 ans au lieu de 4, maximum 12 ans). Les six plus grands partis désignent toutefois chacun un membre de cet organe.
Les Pays-Bas réforment de manière encore plus radicale : le système de radiodiffusion publique passe de onze radiodiffuseurs à quatre ou cinq « maisons de radiodiffusion », avec moins d'administrateurs et plus d'efficience. Budget : 1.010 millions d'euros (2026), dont environ 857 millions d'euros de contribution médias de l'État, pour environ 18,1 millions d'habitants. Soit environ 47 € d'argent public par habitant, nettement moins que les environ 74 € de la RTBF.
En Allemagne, un traité de réforme des Länder (depuis le 1er décembre 2025) oblige l'ARD et la ZDF à fusionner des canaux et à regrouper des tâches, même pour l'un des plus grands réseaux de radiodiffusion publique au monde (ARD seule : 7,2 milliards d'euros de recettes en 2025).
Ce que HART propose
Lors de la suppression de la FWB, la radiotélévision publique devient l'affaire du concordat francophone (art. 31 de la Constitution HART). La RTBF continue d'exister comme un seul radiodiffuseur, porté ensemble par les cinq entités fédérées wallonnes (±75-80 %) et l'entité fédérée bruxelloise (±20-25 %) ; le concordat règle la répartition des coûts. C'est comparable au NDR en Allemagne, une seule radiotélévision que quatre Länder gèrent ensemble par un traité.
L'opaque dotation de la FWB est remplacée par une taxe média transparente : comme au Danemark, perçue via l'impôt, mais sous la forme d'un montant distinct et affecté, visible sur chaque avertissement-extrait de rôle, et fixé pour plusieurs années sur avis d'une commission indépendante sur le modèle allemand.
La gouvernance est fondamentalement réformée. Le conseil d'administration composé politiquement cède la place à des administrateurs que la chambre gouvernance de l'Organe de nomination indépendant sélectionne sur la compétence en médias, technologie, culture et management (art. 38 de la Constitution HART). Pas sur la carte de parti. Mandats maximaux pour les administrateurs et le CEO : 5 ans, renouvelables une seule fois pour 3 ans.
Des KPI publics sont liés au financement : audience, part de marché, satisfaction, coût par heure de contenu, portée numérique, croissance commerciale. La Cour des comptes évalue tous les trois ans. Benchmarking annuel avec la VRT, la NPO et DR.
L'offre est rationalisée : 2 chaînes de télévision, 4 réseaux radio et Auvio, en mettant l'accent sur l'information, la culture, l'éducation et l'éducation aux médias. La RTBF reçoit davantage de liberté commerciale (publicité, abonnements, licences de contenu) et la dotation est progressivement réduite à mesure que les recettes propres augmentent. Plus de recettes propres signifie moins de dépendance politique.
Enfin : la collaboration entre la VRT et la RTBF sur l'infrastructure technique (technique de diffusion, archivage, IT) et l'achat groupé des droits de diffusion sportifs est possible et encouragée, pas obligatoire. Front-end séparé par langue, back-end en commun.
Ce que cela rapporte
- Transparence : chaque citoyen voit sur son avertissement-extrait de rôle combien il contribue à la radiotélévision publique
- Indépendance : un conseil d'administration professionnel au lieu de nominations politiques. Fin des situations comme la controverse sur les nominations de 2026
- Efficience : une économie structurelle de 15-25 millions d'euros par an pour l'ensemble de la RTBF grâce à la réduction du nombre de chaînes et au recentrage sur les missions essentielles, en plus du plan d'économies propre de la RTBF pour 2025-2028 ; environ trois quarts de ce montant (11-19 millions d'euros par an) profitent aux entités fédérées wallonnes
- Reddition de comptes : des KPI fermes et une évaluation triennale de la Cour des comptes. L'argent lié au résultat
- Continuité : la RTBF continue d'exister comme un seul radiodiffuseur. Le téléspectateur et l'auditeur francophones gardent leur radiotélévision publique, avec une offre plus ciblée et une meilleure gouvernance
Phase 5 : sources
| Source | URL | Utilisé pour |
|---|---|---|
| Decreet 14 juli 1997 (RTBF-statuut) | https://etaamb.openjustice.be/fr/decret-du-14-juillet-1997_n1997029295.html | Base juridique de la RTBF |
| RTBF. Rapport annuel 2025 (mei 2026) | https://www.rapportannuelrtbf.be/ | Personnel (1.891 ETP fin 2025), 81 % de dotations |
| RTBF. Rapport annuel 2025, financiën | https://www.rapportannuelrtbf.be/finances/ | Recettes 479,7 M€, dotation ordinaire 350,8 M€, publicité 61,4 M€ (2025) |
| RTBF. Rapport annuel 2025 (PDF) | https://www.rapportannuelrtbf.be/wp-content/uploads/2026/05/RapportAnnuelRTBF2025.pdf | Chaînes (3 TV, 8 radios), ensemble des dotations, personnel 2024 |
| RTBF. Nieuw beheerscontract 2023-2027 (22 december 2022) | https://www.rtbf.be/article/le-nouveau-contrat-de-gestion-2023-2027-de-la-rtbf-est-arrive-pour-rester-la-premiere-entreprise-culturelle-francophone-11126725 | Contrat de gestion, soixantaine d'indicateurs suivis par le CSA |
| RTBF. Avenant bij het beheerscontract (juli 2025) | https://www.rtbf.be/article/un-avenant-au-contrat-de-gestion-la-ministre-galant-recentre-les-missions-de-la-rtbf-11574918 | Gel de la dotation, droits sportifs, publicité dans Matin Première |
| FWB, minister van Media. Avenant beheerscontract (11 juli 2025) | https://galant.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/avenant-au-contrat-de-gestion-de-la-rtbf-vers-un-recentrage-sur-ses-missions-fondamentales.html | Détails de l'avenant, arrêt de Vivre ici, analyse de l'offre |
| L'Avenir. RTBF verliest €133 mln over 2025-2028 (11 juli 2025) | https://www.lavenir.net/actu/belgique/2025/07/11/jacqueline-galant-recentre-les-missions-de-la-rtbf-qui-estime-perdre-133-millions-sur-la-periode-2025-2028-CIF7YD7XWNBPTHYLUORXZFFFRQ/ | Impact financier du gel |
| La Libre. Budgettraject RTBF (18 april 2025) | https://www.lalibre.be/belgique/2025/04/18/le-ca-valide-la-trajectoire-budgetaire-de-la-rtbf-aucun-licenciement-sec-prevu-mais-un-budget-en-baisse-de-12-en-2028-QNKXXLGN45CMZCGTX2K7WS7OXM/ | Décision du CA : budget en 2028 inférieur de 12 % (environ 55 M€) à celui de 2025, pas de licenciements secs |
| VRT NWS. Politieke druk RTBF-benoemingen (5 februari 2026) | https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/02/05/rtbf-politieke-druk-overschaduwt-benoeming-nieuwe-toplui/ | Pression politique sur la succession, SDJ |
| RTBF. Nieuwe administrateur-generaal vanaf 1 november 2026 | https://www.rtbf.be/article/christophe-dujardin-designe-nouvel-administrateur-general-de-la-rtbf-a-partir-du-1er-novembre-2026-11785330 | Procédure de nomination, mandat de six ans, Philippot depuis 2002 |
| CSA. RTBF 2023: transparantie van de financiële gegevens | https://www.csa.be/rtbf-2023-transparence-des-donnees-financieres-et-cout-net-de-la-mission-de-service-public/ | Le CSA n'a pas pu vérifier le coût de la mission de service public pour 2023 |
| L'Avenir. Audiences télé 2025 (4 maart 2026) | https://www.lavenir.net/actu/2026/03/04/audiences-tele-2025-pas-de-surprise-les-diables-toujours-au-sommet-F2NPINGEGBDI5G2V7QVJTMRTHQ/ | Parts de marché de La Une et de RTL-TVI (2025) |
| Réseau des médias de proximité | https://www.mediasdeproximite.be/ | 12 médias locaux, BX1 à Bruxelles |
| VRT. Samenwerkingen | https://www.vrt.be/nl/over-ons/samenwerking | Accords entre la VRT et la RTBF |
| VRT. Jaarverslag 2025 (juli 2026) | https://www.vrt.be/nl/assets/files/2026-07/JVS_2025_0.pdf | Financement public de la VRT (306 M€) et personnel (1.930 ETP) |
| FWB. Les chiffres clés 2025 | https://statistiques.cfwb.be/fileadmin/sites/ccfwb/uploads/documents/CC2025_web.pdf | Population de la FWB (environ 4,76 millions, estimation 2025) |
| Wikipedia. RTBF | https://fr.wikipedia.org/wiki/Radio-t%C3%A9l%C3%A9vision_belge_de_la_Communaut%C3%A9_fran%C3%A7aise | Création par décret du 12 décembre 1977, successeur de la RTB |
| DR. Årsrapport 2024 | https://www.dr.dk/static/documents/2025/05/01/drs_aarsrapport_2024_final_f2c65f55.pdf | Financement public de DR 2024 (3,88 Mds DKK) |
| State Media Monitor. DR Denemarken | https://statemediamonitor.com/2025/08/danish-broadcasting-corporation-dr/ | Suppression progressive de la redevance 2019-2022, loi sur la gouvernance 2025 (en vigueur en 2027) |
| Kulturministeriet. Nieuwe eisen voor bestuursleden van DR | https://kum.dk/aktuelt/nyheder/nye-krav-til-bestyrelsesmedlemmer-i-dr | Organe de nomination, exigences de compétence, mandats de 3 ans, maximum 12 ans |
| Rijksoverheid.nl. Hervorming publieke omroep (4 april 2025) | https://www.rijksoverheid.nl/actueel/nieuws/2025/04/04/hervorming-publieke-omroep-minder-bestuurders-eenvoudiger-bestel-en-meer-openheid-voor-nieuwe-geluiden | De 11 radiodiffuseurs à 4 ou 5 maisons de radiodiffusion, prévu pour 2029 |
| Rijksoverheid. Mediabegrotingsbrief 2026 (14 november 2025) | https://open.overheid.nl/documenten/9308efd5-d0da-4b58-8b82-b1061ba108a3/file | Budget de la NPO 2026 |
| Wikipedia. ARD | https://en.wikipedia.org/wiki/ARD_(broadcaster) | ARD comme l'un des plus grands réseaux de radiodiffusion publique au monde |
| State Media Monitor. ARD | https://statemediamonitor.com/2025/08/ard/ | Recettes de l'ARD 2025 (7,2 Mds €), Reformstaatsvertrag depuis le 1er décembre 2025 |
| ARD ZDF Deutschlandradio Beitragsservice. Jahresbericht 2025 | https://www.rundfunkbeitrag.de/presse-und-aktuelles/presse/beitragsservice-stellt-jahresbericht-2025-vor-rundfunkbeitragsertraege-leicht-ruecklaeufig-entwicklung-insgesamt-stabil | Produit du Rundfunkbeitrag 2025 (8,72 Mds €) |
| Wikipedia. Norddeutscher Rundfunk | https://de.wikipedia.org/wiki/Norddeutscher_Rundfunk | NDR comme radiotélévision commune de quatre Länder |
| CRISP. RTBF | https://www.vocabulairepolitique.be/radio-television-belge-de-la-communaute-francaise-rtbf/ | Contexte institutionnel, deux commissaires du Gouvernement, mandat de six ans |
| CSA. Decreet RTBF-statuut, geconsolideerd op 13 februari 2024 | https://www.csa.be/document/decret-portant-statut-de-la-radio-television-belge-de-la-communaute-francaise-rtbf-consolide-au-13-02-2024/ | Texte légal consolidé |
Métadonnées
- Ligne : RTBF (part wallonne)
- Économie estimée : pas d'économie distincte ; l'économie de la réforme de la RTBF (15-25 M€/an, réduction du nombre de chaînes et recentrage sur les missions essentielles) figure dans l'audit RTBF (radiotélévision publique), dont environ 11-19 M€/an reviennent aux entités fédérées wallonnes
- Révisé : 2026-09-27 (factcheck : chiffres, sources, formulation intemporelle)