Principe fondamental : la monarchie est une forme d'État dépassée. Le droit de naissance ne cadre pas avec les principes démocratiques fondamentaux. Mais la monarchie belge remplit un rôle fonctionnel de réconciliation dans un pays profondément divisé. Qui l'ignore est naïf. Qui, pour cette raison, laisse tout en l'état est lâche. HART choisit la voie honnête : une transition progressive, ancrée dans la Constitution, de la monarchie vers la république. D'abord une monarchie protocolaire qui renonce à tout le pouvoir politique qui lui reste. Ensuite une transparence totale sur les coûts et le patrimoine. Le Domaine royal de Laeken, 186 hectares au cœur de Bruxelles, rendu au public. Les Serres ouvertes en permanence. Et à terme : un chef de l'État cérémoniel élu, qui tire sa légitimité non d'une lignée mais d'un choix démocratique. Pas en une seule étape, pas sans adhésion, mais avec un objectif final clair : une république belge.
La Belgique est une monarchie constitutionnelle depuis 1831. Instituée comme solution pragmatique à un problème géopolitique, pas comme expression de la démocratie populaire. Le roi Philippe exerce des compétences constitutionnelles qui, sur papier, sont étendues : sanctionner et promulguer les lois (art. 109), commander les forces armées et diriger les relations internationales (art. 167), nommer les juges (art. 151) et conférer des titres de noblesse (art. 113). Par ailleurs, sur la base de la coutume, il désigne des informateurs et des formateurs lors des formations de gouvernement. La limite cruciale est l'article 106 : aucun acte du Roi ne peut avoir d'effet s'il n'est contresigné par un ministre. Dans la pratique, le Roi est donc à la fois central sur le plan constitutionnel et marginal sur le plan de la gouvernance. Un paradoxe qui détermine tout le débat sur l'abolition.
Les faits
| Indicateur | Belgique | Contexte |
|---|---|---|
| Références constitutionnelles au « Roi » | plus de 40 articles | Pouvoir exécutif, législation, justice, armée, affaires étrangères |
| Liste civile du roi Philippe (2026) | 15.574.000 € | Montant de base 11.554.000 € (loi de 2013), indexé chaque année ; 2025 : 15.194.000 € |
| Dotation d'Albert II (2026) | 1.218.000 € | Réduite lors de l'abdication (2013), indexée depuis |
| Dotations Astrid + Laurent (2026) | 423.000 € et 406.000 € | Laurent : 15 % retenus une seule fois en 2018 après un incident en 2017 |
| Total des dotations directes (2026) | ± 17,6 M€/an | Liste civile plus dotations ; hors sécurité et entretien des palais |
| Coûts de sécurité de la police (2026) | 18,4 M€ (budget) | ± 200 policiers fédéraux ; 20,9 M€ dépensés en 2024 |
| Coût total de la monarchie (budget 2026) | 44,3 M€/an | ± 3,73 €/habitant, sécurité policière comprise |
| Domaine royal de Laeken | 186 hectares | En grande partie fermé au public |
| Serres royales | ± 2,5 ha, 36 pavillons | Ouvertes ± 3 semaines/an (avril-mai). 7 €/billet (2026). 141.000 visiteurs en 2025, vite épuisées |
| Opinion publique (Ipsos, juillet 2023) | 57 % pro-monarchie, 28 % pro-république | Flandre : 52 % pour / 29 % contre. Wallonie : 63 % pour / 26 % contre. Bruxelles : 63 % pour / 31 % contre (petit échantillon) |
| Art. 195, révision de la Constitution | Triple procédure | Déclaration → dissolution → majorité des 2/3 au nouveau parlement |
| Constitution HART (art. 46 et 63) | Deux clés | 2/3 à la Chambre, puis un vote citoyen avec une majorité des électeurs et des entités fédérées |
| Président irlandais (comparaison) | ± 10,5 M€ au total (2024) | Cérémoniel, élu au suffrage direct, mandat de 7 ans ; ± 1,95 €/habitant |
Sources : Constitution belge (art. 33, 85-114, 151, 167, 195) ; Budget général des dépenses 2026, section 01 Dotations (Chambre, DOC 56 1280/001) ; SPF BOSA (données budgétaires 2026) ; loi du 27 novembre 2013 sur les dotations ; Ipsos pour Le Soir/HLN/RTL/VTM (sondage de juillet 2023) ; Donation royale (Serres, visiteurs 2025) ; Comptroller and Auditor General Irlande (Appropriation Account 2024).
1. Rendre la monarchie protocolaire : tout le pouvoir politique au parlement
Position : Sur papier, le Roi des Belges détient plus de compétences constitutionnelles que la plupart des monarques européens. La différence avec le modèle le plus cérémoniel, la Suède, est fondamentale. Avec l'Instrument de gouvernement (Regeringsform) entré en vigueur le 1er janvier 1975, la Suède a supprimé tout le pouvoir politique du Roi : il ne peut pas signer les lois, ne joue aucun rôle dans la formation du gouvernement (c'est le président du Riksdag qui s'en charge) et n'est même pas le chef nominal du pouvoir exécutif. Le Japon est allé encore plus loin : l'article 4 de la Constitution de 1947 dispose que l'Empereur « n'a pas de pouvoirs en matière de gouvernement ». Les deux monarchies fonctionnent sans le moindre problème.
La Belgique choisit l'approche inverse : le Roi conserve un pouvoir formel qui, dans la pratique, est exercé par les ministres. Mais qui, en temps de crise, devient soudain bien réel. La formation du gouvernement en est l'exemple le plus net. Après les élections de 2024, le roi Philippe a désigné des informateurs, des préformateurs et des médiateurs selon son propre jugement. Un pouvoir qui ne figure pas dans le texte de la Constitution mais repose sur la coutume. Les Pays-Bas ont déjà franchi cette étape : en mars 2012, la Tweede Kamer (la chambre basse néerlandaise) a modifié son règlement d'ordre intérieur pour écarter le Roi du processus de formation. Depuis lors, les informateurs et les formateurs sont désignés par le parlement. Le premier test, la formation de 2012, a été bouclé en 54 jours à peine, du jour des élections à la prestation de serment.
La crise de l'avortement de 1990 montre la fragilité du système. Le roi Baudouin a refusé de signer la loi sur l'avortement en invoquant sa conscience catholique. Le gouvernement a appliqué l'actuel article 93 (alors article 82) : le Roi a été déclaré « dans l'impossibilité de régner » pendant environ 36 heures, le Conseil des ministres a signé collectivement la loi, puis le parlement a rétabli le Roi dans ses fonctions. Ce mécanisme d'urgence créatif a fonctionné. Mais il confirme qu'une menace de veto monarchique est un risque structurel.
Ce que nous allons faire :
- Transférer au président de la Chambre le rôle du Roi dans la formation du gouvernement. Sur le modèle néerlandais (2012) : le parlement désigne lui-même les informateurs et les formateurs. Le Roi reçoit un rôle purement protocolaire : la prestation de serment du nouveau Premier ministre, sans ingérence sur le fond. La Constitution HART le fixe : le président de la Chambre dirige la formation du gouvernement (art. 39).
- Transformer le droit du Roi de sanctionner les lois en un acte protocolaire. Sur le modèle suédois : la loi entre en vigueur par le vote du parlement, pas par la signature royale. La Constitution HART le fixe : le président de la Chambre promulgue une loi adoptée dans les quinze jours (art. 33).
- Supprimer toutes les compétences politiques du chef de l'État. La Constitution HART ne mentionne ni roi ni président : le chef de l'État n'a aucune compétence politique et aucune des tâches que la Constitution confie à d'autres (art. 46). Les plus de 40 articles qui renvoient au « Roi » disparaissent.
- Plus de constructions d'urgence. L'astuce de l'« impossibilité de régner » de 1990 était inventive mais indigne. Un chef de l'État cérémoniel n'a pas à avoir d'objections de conscience personnelles contre des lois votées démocratiquement.
Éprouvé : Suède. Instrument de gouvernement, en vigueur depuis le 1er janvier 1975 : tout le pouvoir politique du Roi supprimé. Le Roi ne peut pas signer les lois, n'a aucun rôle dans la formation du gouvernement (c'est le président du Riksdag qui s'en charge) et n'est pas le chef nominal du pouvoir exécutif. Fonctionne sans problème depuis 1975. Pays-Bas. Modification du règlement de la Tweede Kamer (mars 2012) : le Roi écarté du processus de formation. Depuis lors, les informateurs et formateurs sont désignés par le parlement. Premier test (2012) : 54 jours du jour des élections à la prestation de serment. Japon. Constitution de 1947, art. 4 : l'Empereur « n'a pas de pouvoirs en matière de gouvernement ». Purement symbolique depuis 1947.
2. Réformer les dotations et rendre le coût total transparent
Position : La monarchie coûte 44,3 millions d'euros par an au contribuable belge (budget 2026). Depuis la loi du 27 novembre 2013, toutes les dépenses pour la famille royale, y compris celles de plusieurs services fédéraux, figurent dans un programme budgétaire commun. Mais une reddition de comptes complète fait défaut : pour les dépenses de fonctionnement et de personnel de la liste civile et des dotations, seules les principales rubriques sont rendues publiques, et le contrôle de la Cour des comptes se limite à la légalité et à la régularité. La transparence est une exigence démocratique minimale.
Le roi Philippe reçoit 15.574.000 euros au titre de la liste civile (2026). Albert II reçoit 1.218.000 euros (2026) : lors de son abdication en 2013, il est passé de la liste civile à une dotation nettement inférieure, indexée chaque année depuis. La princesse Astrid et le prince Laurent reçoivent 423.000 euros et 406.000 euros (2026). Laurent, qui en 2017 a assisté sans autorisation, en uniforme de la marine, à une cérémonie de l'armée chinoise à l'ambassade de Chine et a perdu pour cela 15 % de sa dotation une seule fois en 2018, a en outre perdu en avril 2025 un procès devant le tribunal du travail de Bruxelles dans lequel il réclamait, en plus de sa dotation, l'accès à la sécurité sociale des indépendants. La princesse Delphine, fille d'Albert II reconnue en 2020, ne reçoit aucune dotation et a déclaré ne pas en demander.
La sécurité de la famille royale est assurée par le Détachement de sécurité du Palais royal, environ 200 policiers fédéraux. Le budget 2026 y consacre 18,4 millions d'euros ; en 2024, 20,9 millions d'euros ont été dépensés. L'entretien des palais (Régie des bâtiments) et les services militaires (Défense) ne relèvent pas de la liste civile, mais figurent bien dans le programme budgétaire de la famille royale. Le coût total de 44,3 millions d'euros (± 3,73 euros par habitant, 2026) est une estimation budgétaire, pas un décompte contrôlé : en 2024, 46,7 millions d'euros ont été dépensés.
À titre de comparaison : la présidence irlandaise a coûté en 2024 environ 10,5 millions d'euros, tout compris, pour un pays d'environ 5,4 millions d'habitants. La monarchie espagnole a l'un des budgets officiels les plus bas d'Europe (± 8,4 millions d'euros en 2025, moins de 0,20 euro par habitant), mais hors sécurité et entretien des palais. Le Sovereign Grant britannique s'élevait à 86,3 millions de livres en 2024-2025 (± 1,50 euro par habitant), mais l'organisation antimonarchiste Republic a estimé le coût réel en 2024 à 510 millions de livres par an (environ 600 millions d'euros), sécurité et revenus perdus compris.
Ce que nous allons faire :
- Imposer une transparence totale sur tous les coûts de la monarchie. Un seul rapport annuel qui regroupe toutes les dépenses : liste civile, dotations, sécurité, entretien des palais, services militaires, transport et voyages diplomatiques. Plus de postes budgétaires dispersés ou seulement partiellement rendus publics. Accessible au public et entièrement contrôlé par la Cour des comptes.
- Réformer et réduire les dotations. La liste civile est gelée jusqu'à l'approbation d'un nouveau cadre légal. Les dotations des membres non régnants de la famille royale (Albert II, Astrid, Laurent) sont progressivement ramenées à une pension de transition. Généreuse mais temporaire. Pas de dotations pour les futures générations d'enfants royaux (la loi de 2013 en avait déjà exclu les frères et sœurs de l'héritier du trône).
- La princesse héritière Élisabeth. La loi prévoit une dotation pour l'héritier du trône. Élisabeth a choisi de ne pas la percevoir pendant ses études. HART respecte ce choix mais s'oppose à l'octroi automatique d'une nouvelle dotation. Dans une monarchie protocolaire, et à plus forte raison dans une république, il n'y a aucune raison pour que les enfants adultes du chef de l'État soient financés par les deniers publics.
- Soumettre la liste civile à un benchmark. La monarchie belge coûte ± 3,73 euros par habitant (2026, sécurité policière comprise). La présidence irlandaise ± 1,95 euro par habitant (2024). HART veut que le coût total du chef de l'État belge, monarchie ou république, ne dépasse pas la moyenne de l'UE pour des fonctions cérémonielles comparables.
Éprouvé : Irlande. La présidence a coûté environ 10,5 M€ tout compris en 2024, pour un pays d'environ 5,4 millions d'habitants (± 1,95 €/habitant). Cérémonielle, élue au suffrage direct, mandat de 7 ans. Espagne. L'un des budgets officiels de monarchie les plus bas d'Europe (± 8,4 M€ en 2025, moins de 0,20 €/habitant), hors sécurité et entretien des palais. Réformes de transparence sous Felipe VI après les scandales de Juan Carlos Ier. Norvège. Les moyens de la maison royale figurent comme postes distincts dans le budget de l'État et sont approuvés chaque année par le parlement (Storting). Processus budgétaire transparent.
3. Ouvrir le Domaine royal de Laeken au public
Position : Le Domaine royal de Laeken s'étend sur 186 hectares, un peu moins que la principauté de Monaco, en plein Bruxelles, une ville densément peuplée. Le parc et les jardins sont en grande partie fermés au public, entourés de murs et de grilles. Le Pavillon chinois et la Tour japonaise, en bordure du domaine, sont fermés depuis 2013. Seul le parc public de Laeken est librement accessible. La famille royale habite le domaine de Laeken, pas le Palais royal de Bruxelles (qui sert de « palais de travail » et ouvre généralement six à sept semaines en été).
Ailleurs en Europe, les domaines royaux attirent le public. Versailles accueille environ 8,4 millions de visiteurs par an (2024). Le château de Windsor près de 1,4 million (2024-2025). Le Palais royal de Madrid plus de 1,5 million (2024). Même Buckingham Palace ouvre environ 10 semaines par an. Que 186 hectares de verdure à Bruxelles, propriété de l'État et non bien privé, restent en grande partie inaccessibles aux citoyens qui les financent est une anomalie qui ne se défend plus.
Les Serres royales sont le joyau du domaine : conçues par l'architecte Alphonse Balat (le maître de Victor Horta), construites entre 1874 et 1905 à la demande de Léopold II. Le complexe couvre environ 2,5 hectares en 36 pavillons monumentaux de verre et de fer, avec des camélias et des orangers de l'époque de Léopold II, dont certains ont au moins 150 ans. Les Serres ouvrent environ 3 semaines par an, généralement de la mi-avril au début du mois de mai (en 2026 du 17 avril au 10 mai). Les billets coûtent 7 euros (2026) et sont chaque fois vite épuisés : en 2025, on a compté 141.000 visiteurs. L'emblématique Jardin d'hiver était fermé pour rénovation en 2026.
Ce que nous allons faire :
- Transformer le Domaine royal de Laeken en parc public. La famille royale conserve le château de Laeken comme résidence, avec une zone privée raisonnable. La très grande majorité des 186 hectares (jardins, allées, bois) est ouverte en permanence comme parc urbain. C'est une propriété de l'État, payée par le contribuable.
- Ouvrir les Serres royales en permanence. Pas 3 semaines par an mais 12 mois par an, comme musée et jardin botanique. Les Serres sont un chef-d'œuvre du patrimoine architectural européen. Elles méritent le même statut que Versailles ou Kew Gardens. La rénovation du Jardin d'hiver offre l'occasion d'intégrer un accès public permanent dans le plan de restauration.
- Créer une structure de gestion sur le modèle de Versailles ou des Royal Botanic Gardens (Kew). La Donation royale gère le domaine au nom de l'État, mais l'accès est déterminé par la résidence royale. HART transforme cette gestion en une agence indépendante dotée d'une mission publique, distincte du Palais royal, qui optimise le tourisme et la conservation et génère des recettes via les droits d'entrée, les événements et l'horeca. Les Serres peuvent devenir une attraction touristique de premier plan : 141.000 visiteurs en un peu plus de trois semaines (2025) indiquent un potentiel de plusieurs centaines de milliers par an.
- Rouvrir en permanence le Pavillon chinois et la Tour japonaise. Ces monuments situés en bordure du Domaine royal étaient accessibles jusqu'en 2013 comme Musées d'Extrême-Orient (Musées royaux d'Art et d'Histoire). Ils ont fermé en 2013 pour des problèmes de stabilité et attendent depuis une rénovation. HART veut leur réouverture dans les 2 ans.
Éprouvé : Versailles (France) : domaine royal entièrement transformé en musée et parc publics après la Révolution. Environ 8,4 millions de visiteurs (2024). Kew Gardens (Royaume-Uni) : jardins botaniques royaux, ouverts en permanence, patrimoine mondial de l'UNESCO. Kew et Wakehurst ensemble plus de 2,7 millions de visiteurs (2024-2025). Agence indépendante. Hyde Park/Kensington (Royaume-Uni) : ancien domaine de chasse royal, aujourd'hui le parc public le plus célèbre de Londres. Vondelpark (Pays-Bas) : ancien domaine privé, aujourd'hui parc urbain public. Schönbrunn (Autriche) : domaine impérial, aujourd'hui entièrement ouvert avec jardins et zoo. Patrimoine mondial de l'UNESCO. Près de 4 millions de visiteurs dans le château (2024).
4. La voie constitutionnelle vers une république : le modèle belge
Position : L'abolition de la monarchie via la procédure constitutionnelle belge serait la révision de la Constitution la plus vaste de l'histoire du pays. L'article 195 prescrit une triple procédure notoirement rigide : (1) le pouvoir législatif fédéral (Roi, Chambre et Sénat) publie une déclaration désignant les articles de la Constitution ouverts à révision ; (2) les deux Chambres sont automatiquement dissoutes et des élections ont lieu ; (3) le parlement nouvellement élu ne peut modifier que les articles mentionnés, avec un quorum d'au moins deux tiers des membres et une majorité des deux tiers des suffrages exprimés.
Parce que « le Roi » apparaît dans plus de 40 articles de la Constitution, du pouvoir exécutif au processus législatif, de la justice aux commissions militaires, l'abolition exige dans la Constitution actuelle une réécriture quasi totale. La Constitution HART résout ce problème : elle ne mentionne ni roi ni président. Le chef de l'État n'a aucune compétence politique, et la loi règle sa désignation (art. 46). Qui veut changer cette désignation, d'héréditaire à élective, suit la même voie que pour une révision de la Constitution : deux tiers à la Chambre, puis un vote citoyen obligatoire, avec une majorité des électeurs et des entités fédérées (art. 63).
La Belgique ne connaît pas de mécanisme de référendum fédéral contraignant. L'article 33 dispose que tous les pouvoirs émanent de la Nation et sont exercés de la manière établie par la Constitution, ce qui est lu comme une interdiction des référendums fédéraux contraignants. Le seul référendum national de l'histoire belge, la « consultation populaire » de 1950 sur Léopold III, n'était pas contraignant et a produit un résultat déchiré selon les lignes linguistiques, sans résoudre la crise. Tant que l'article 33 n'est pas révisé, l'abolition doit donc passer entièrement par une majorité parlementaire des deux tiers. Comparable à la Barbade (2021) et à Malte (1974), à la différence de l'Italie (1946) ou de la Grèce (1974). Dans la Constitution HART, toute modification de la Constitution, y compris le passage à une république, est soumise à un vote citoyen contraignant (art. 46 et 63).
HART plaide pour un modèle allemand adapté comme modèle républicain pour la Belgique. Le président fédéral allemand (Bundespräsident) est élu par l'Assemblée fédérale (Bundesversammlung : tous les membres du Bundestag plus un nombre égal de représentants des parlements des Länder), exerce un mandat de 5 ans (deux consécutifs au maximum), détient une autorité morale plutôt qu'un pouvoir exécutif, et remplit des fonctions cérémonielles, dont la signature des lois et la proposition du chancelier fédéral. Une Assemblée fédérale belge réunirait tous les députés plus un nombre égal de représentants des parlements des entités fédérées, avec des équilibres linguistiques intégrés (nombre égal de délégués néerlandophones et francophones, représentation germanophone garantie) et une exigence de bilinguisme pour le président inscrite dans la loi.
Ce que nous allons faire :
- Créer une commission parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Belgique. Cette commission examine trois modèles : (a) monarchie protocolaire (modèle suédois), (b) république cérémonielle avec élection indirecte (modèle allemand, préférence de HART) et (c) république cérémonielle avec élection directe (modèle irlandais), et élabore le modèle retenu en une proposition de loi sur la désignation du chef de l'État.
- Deux clés au lieu d'une déclaration de révision. La loi qui rend le chef de l'État élu exige deux tiers à la Chambre, puis un vote citoyen obligatoire, avec une majorité des électeurs et des entités fédérées (art. 46 et 63 de la Constitution HART). Pas de déclaration de révision, pas de dissolution et pas quarante articles à réécrire : le citoyen décide.
- Élaborer le modèle belge d'Assemblée fédérale. Tous les députés plus un nombre égal de représentants des parlements des entités fédérées. Équilibre linguistique garanti. Vote au scrutin secret. Le président exerce un mandat de 7 ans (une seule réélection au maximum), doit être bilingue selon la loi (néerlandais-français, de préférence trilingue) et remplit une fonction strictement cérémonielle, sans compétences politiques : la formation du gouvernement est dirigée par le président de la Chambre.
- Un statut transitoire généreux mais temporaire pour la famille royale. Des pensions de transition pour les bénéficiaires actuels de dotations. Maintien du patrimoine privé. Pas de bannissement (comme l'Italie l'a fait jusqu'en 2002 avec les Savoie). Le Palais royal de Bruxelles et le château de Laeken, propriétés de l'État, deviennent des bâtiments publics. La famille royale conserve un logement transitoire jusqu'à ce qu'un hébergement alternatif soit réglé. Les titres héréditaires ne sont plus reconnus par l'État après une période de transition.
- Retenir la leçon internationale : éviter le piège australien. Le référendum républicain australien de 1999 a échoué (54,87 % contre) malgré une majorité en faveur de la république dans les sondages, parce que les républicains n'étaient pas d'accord sur le modèle (élection directe ou indirecte). HART veut que le modèle soit fixé avant le vote : pas de division sur la question, une unité maximale sur la réponse.
Éprouvé : Italie (1946) : référendum : 54,3 % pour la république contre 45,7 % pour la monarchie. Fracture régionale (nord pro-république, sud pro-monarchie), mais république stable depuis. Grèce (1974) : référendum après la chute de la junte : 69,18 % pour la république. Large consensus entre partis. Transition stable. Islande (1944) : référendum : 99,47 % pour mettre fin à l'union avec le Danemark, 98,51 % pour la constitution républicaine (suffrages valables). L'une des transitions les plus unanimes jamais réalisées. Barbade (2021) : modification de la constitution par une majorité parlementaire des deux tiers, sans référendum. Première présidente : Dame Sandra Mason. Restée membre du Commonwealth. Australie (1999) : référendum rejeté par 54,87 % contre 45,13 % malgré une majorité pro-république dans les sondages. Cause : la division sur le modèle. La leçon la plus importante pour la Belgique. Malte (1974) : passage parlementaire de la monarchie à la république au sein du Commonwealth, sans référendum. Allemagne. Président fédéral élu par la Bundesversammlung. Cérémoniel mais doté d'une autorité morale. Mandat de 5 ans. Impartial, au-dessus des partis. Coût par habitant un peu plus d'un tiers de celui de la monarchie belge (0,81 € contre 2,19 € en 2026, chaque fois hors protection policière). Article 195 (Belgique) : triple procédure : déclaration → dissolution → majorité des 2/3. Plus de 40 articles renvoient au « Roi ». Révision = réécriture quasi totale. Pas de référendum fédéral contraignant possible tant que l'article 33 n'est pas révisé. La Constitution HART remplace cette procédure par deux clés : la Chambre et le citoyen.
Résumé : ce que HART va faire
Rendre la monarchie protocolaire. Transférer au président de la Chambre le rôle du Roi dans la formation du gouvernement, sur le modèle néerlandais. Transformer le droit de sanctionner les lois en un acte protocolaire, sur le modèle suédois. Un chef de l'État sans compétences politiques, comme le fixe la Constitution HART. Délai : première législature.
Réformer les dotations et imposer la transparence. Un seul rapport annuel reprenant tous les coûts de la monarchie, sécurité et entretien des palais compris. Réduire progressivement les dotations des membres non régnants de la famille royale. Geler la liste civile jusqu'à la réforme. Pas de nouvelles dotations pour les générations futures. Délai : première législature.
Ouvrir le Domaine royal de Laeken. Rendre au public 186 hectares de propriété de l'État sous forme de parc urbain. Ouvrir les Serres royales en permanence comme musée et jardin botanique. 12 mois par an. Créer une agence de gestion indépendante sur le modèle de Versailles/Kew Gardens. Rouvrir le Pavillon chinois et la Tour japonaise. Délai : domaine dans les 2 ans ; Serres après la fin de la rénovation.
La voie constitutionnelle vers une république. Créer une commission parlementaire sur l'avenir institutionnel. Examiner trois modèles. La loi qui rend le chef de l'État élu, avec deux tiers à la Chambre et un vote citoyen contraignant (art. 46 et 63 de la Constitution HART). Élaborer le modèle belge d'Assemblée fédérale pour l'élection indirecte d'un président cérémoniel avec un mandat de 7 ans et une exigence de bilinguisme inscrite dans la loi. Statut transitoire généreux pour la famille royale.
La monarchie belge a été instituée en 1831 comme solution pragmatique à un problème géopolitique. Un prince allemand sur le trône d'un pays artificiel, destiné à satisfaire les grandes puissances. Près de deux siècles plus tard, cette origine pragmatique porte encore l'institution. Le Roi est utile lors des formations de gouvernement. Les Serres sont magnifiques. Les discours de Noël sont conciliants. Mais l'utilité n'est pas un principe démocratique. La beauté n'est pas un argument pour la fermeture. Et la réconciliation n'a pas besoin d'être héréditaire. HART croit en une Belgique qui choisit son chef de l'État. Qui ne l'hérite pas. Un président qui prête serment parce que les citoyens l'ont choisi, lui ou elle, et non parce qu'une lignée le prescrit. Un domaine de 186 hectares qui appartient à près de 11,9 millions de Belges, pas à une seule famille. Et une société qui regarde honnêtement son passé colonial en face, au lieu de le recouvrir de regrets royaux. La monarchie a servi la Belgique. Une république peut la servir mieux encore. De façon plus démocratique, plus transparente, et pour tout le monde. La couronne appartient au passé. L'avenir appartient au citoyen.