Principe fondamental
La Belgique a fortement reculé dans l'indice international de perception de la corruption : de 77 points en 2015 à 69 en 2024 et en 2025. C'est le score le plus bas depuis l'introduction de la méthode de mesure comparable en 2012. Le Danemark obtient 89, l'Estonie 76 (2025). La Belgique se retrouve ainsi derrière le Luxembourg (78), les Pays-Bas (78) et même l'Allemagne (77). Plus de deux Belges sur trois (69 %, 2026) estiment que la corruption est largement répandue. La loi sur la transaction pénale permet aux fraudeurs de racheter leur procès sans reconnaître leur culpabilité. Depuis 2004, cinq rondes successives d'amnistie fiscale sapent le sentiment de justice. Les déclarations de patrimoine des responsables politiques sont conservées dans des enveloppes fermées que seul un juge d'instruction peut ouvrir ; personne ne les contrôle. Des canaux de signalement pour lanceurs d'alerte existent, mais 87 % des signalements externes issus du secteur privé étaient irrecevables (2024). HART choisit la transparence radicale, une application effective des règles et l'égalité de tous devant la loi. Car une société honnête commence par des pouvoirs publics qui montrent eux-mêmes l'exemple.
Les faits en bref
| Fait | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Score CPI de la Belgique 2025 | 69/100 (21e place) | Transparency International CPI 2025 |
| Score CPI du Danemark 2025 | 89/100 (1re place) | Transparency International CPI 2025 |
| Score CPI de l'Estonie 2025 | 76/100 | Transparency International CPI 2025 |
| Recul de la Belgique depuis 2015 | −8 points (de 77 en 2015 à 69 en 2025) | Transparency International, données historiques |
| Fraude fiscale estimée en Belgique | Aucune estimation officielle globale ; écart de TVA à lui seul 5,2 Mds € (2023) ; estimation académique de l'écart fiscal total ± 30 Mds € (données 2015) | Commission européenne ; étude pour le groupe S&D au Parlement européen (2019) |
| Personnel du SPF Finances | De ± 29.000 (2012) à ± 20.000 (2025) | SPF Finances |
| Baisse du nombre de contrôleurs des centres PME du SPF Finances | −21 % (2016-2021) | Cour des comptes |
| Produit de la loi sur la transaction pénale depuis 2011 | > 1 Md € (1.847 suspects, situation décembre 2024) | VRT NWS, décembre 2024 |
| Produit des quatre premières rondes de régularisation fiscale (2004-2023) | ± 4 Mds € | SPF Finances (via la presse spécialisée) |
| Signalements externes irrecevables de lanceurs d'alerte | 87 % (secteur privé, 2024) | Médiateur fédéral, rapport annuel 2024 |
| Recommandations du GRECO mises en œuvre | 8 sur 22 (5e cycle d'évaluation, situation novembre 2025) | GRECO, Conseil de l'Europe |
| Réglementation belge du lobbying | Aucun cadre légal pour le gouvernement ; registre à la Chambre sans sanctions | Commission européenne, Rule of Law Report 2026 |
| Obligation de publication des contrats publics en Belgique | Aucune publication proactive des contrats eux-mêmes (texte uniquement sur demande) | Bestuursdecreet 2018 (décret flamand de gouvernance) / loi fédérale sur la publicité de l'administration |
| Coût de la campagne avec le vidéo-podcast « Het Wassalon » de l'autorité flamande | 800.000 € sur 3 ans, rendu public seulement après des questions parlementaires | VRT NWS, juillet 2026 |
| Slovaquie : un contrat n'est valable qu'après publication en ligne | Depuis 2011, 800.000+ contrats en ligne dès 2015 | Loi 546/2010 ; TI Slovakia |
| Économies de l'Ukraine grâce à une plateforme ouverte de marchés publics | > 6 Mds $ (jusque fin 2020) | Open Contracting Partnership |
Position 1 : Transparence numérique sur le modèle estonien
Position
HART veut que la Belgique relève radicalement la transparence numérique des pouvoirs publics au niveau de l'Estonie, afin de rendre la corruption structurellement impossible.
Les faits
La Belgique dispose déjà du Point de contact central (PCC) de la Banque nationale de Belgique, du registre UBO, du Cadastre, de la Banque-Carrefour des Entreprises (BCE) et de l'échange automatique via CRS/FATCA. Mais ces systèmes sont fragmentés et ne sont presque jamais croisés. X-Road, en Estonie, relie 957 organisations (fin 2025), a traité en 2025 environ 3,7 milliards de requêtes et fait économiser, selon l'État estonien, environ 1.345 années de travail par an. En Estonie, chaque citoyen peut voir quel service public consulte ses données, et quand. En Belgique, cela n'existe que partiellement : via Mon Dossier, vous voyez qui a consulté vos données dans le Registre national, via My Data uniquement les consultations passées par l'intégrateur de services fédéral. Les échanges directement entre services ou via d'autres intégrateurs restent invisibles.
Ce que nous allons faire
- Construire une seule plateforme publique intégrée qui relie le PCC, le registre UBO, le Cadastre, la BCE et les bases de données fiscales via le X-Road belge, sur le modèle de l'Estonie : les données restent à la source, mais la détection de la fraude peut se faire de manière automatisée et en temps réel.
- Un droit de regard pour chaque citoyen : via itsme®, chacun doit pouvoir voir quel service public a consulté ses données financières ou personnelles, avec la date et le motif. L'Estonie prouve que cela renforce la vie privée au lieu de la saper.
- Ancrer dans la loi le datamining sur le PCC, avec une limitation claire des finalités et un contrôle indépendant par l'Autorité de protection des données. Pas comme un chèque en blanc, mais comme une détection ciblée de la fraude, assortie de garanties.
- Intégrer pleinement les comptes en cryptomonnaies dans le PCC, y compris ceux auprès de plateformes étrangères, et faire appliquer effectivement cette obligation.
Éprouvé en Estonie : X-Road relie 957 organisations, a traité en 2025 environ 3,7 milliards de requêtes et fait économiser, selon l'estimation de l'État estonien, 1.345 années de travail par an. 98 % des déclarations d'impôt des personnes physiques sont introduites par voie électronique (2026), souvent en quelques minutes. L'Estonie obtient 76 au CPI (2025) et occupait en 2024 la 2e place de l'E-Government Development Index de l'ONU. Le principe est simple : on ne peut pas corrompre un ordinateur.
Position 2 : Remplacer la loi sur la transaction pénale par un système de transaction équitable
Position
HART veut remplacer la loi sur la transaction pénale par un système de transaction transparent dans lequel les fraudeurs paient toujours plus que ce qu'ils ont fraudé, avec un programme de conformité obligatoire et une reddition de comptes publique.
Les faits
La transaction pénale élargie (art. 216bis du Code d'instruction criminelle) permet aux suspects de délits financiers graves (en pratique, via la correctionnalisation, aussi pour des faits passibles de peines allant jusqu'à 20 ans) de racheter leur procès sans reconnaissance de culpabilité et sans casier judiciaire. De 2011 à décembre 2024, 1.847 suspects ont ainsi racheté des poursuites ; ils ont payé près de 550 millions d'euros de transactions, et avec les impôts et autres montants qu'ils devaient payer, plus d'1 milliard d'euros est revenu à l'État. Omega Diamonds a transigé en 2013 pour 160 millions d'euros, alors que la fraude fiscale était estimée à environ 2 milliards d'euros. HSBC a payé 294,4 millions d'euros en 2019, la plus grande transaction pénale de l'histoire belge. La Cour constitutionnelle a partiellement annulé le système en 2016 pour violation du principe d'égalité. Une réforme en 2018 a ajouté un contrôle judiciaire, mais jusqu'en 2024, cette homologation se faisait à huis clos ; ce n'est que depuis 2024 que l'audience est publique. Le problème de fond demeure : qui a de l'argent achète sa liberté.
Ce que nous allons faire
- Remplacer la loi sur la transaction pénale par un nouveau cadre légal dans lequel :
- Le montant de la transaction s'élève toujours à au moins 150 % de l'avantage frauduleux (sauf déclaration spontanée, voir Position 3).
- Un programme de conformité obligatoire est imposé et suivi, sur le modèle français de la CJIP.
- Une interdiction de gérer de 5 à 15 ans est imposée d'office en cas de fraude grave.
- Toutes les transactions sont rendues publiques avec le nom, le montant et les faits. Sans exception.
- Réexaminer les dossiers déjà rachetés : si le montant racheté était manifestement disproportionné par rapport à l'avantage frauduleux, le fisc peut encore réclamer la dette fiscale restante par la voie administrative ordinaire.
- Limiter les transactions aux personnes morales pour les infractions les plus graves. Les auteurs individuels de fraudes graves ont leur place devant le juge.
Éprouvé en France : la Convention judiciaire d'intérêt public (CJIP, depuis 2016) exige des programmes de conformité obligatoires suivis par l'Agence française anticorruption, des audiences publiques, et ne s'applique qu'aux personnes morales. Au Royaume-Uni, les Deferred Prosecution Agreements ont rapporté plus d'1 milliard de livres de sanctions, également assortis de réformes obligatoires des entreprises.
Position 3 : Fraude fiscale : un risque accru d'être pris, des conséquences plus sévères, une porte de sortie honnête
Position
HART veut augmenter drastiquement le risque d'être pris en cas de fraude fiscale, supprimer la prescription pour la fraude grave, et offrir en même temps une porte de sortie honnête à ceux qui déclarent spontanément leur fraude passée.
Les faits
Il n'existe pas d'estimation officielle de la fraude fiscale totale en Belgique. Pour la seule TVA, les pouvoirs publics ont manqué environ 5,2 milliards d'euros en 2023 (12,3 % de la TVA due, Commission européenne) ; les estimations académiques de l'écart fiscal total montent jusqu'à environ 30 milliards d'euros par an (données 2015). Parallèlement, la capacité de contrôle s'est réduite : le personnel du SPF Finances est passé d'environ 29.000 (2012) à environ 20.000 (2025), et le nombre de contrôleurs dans les centres PME a baissé de 21 % entre 2016 et 2021, beaucoup plus vite que le personnel du SPF dans son ensemble (Cour des comptes). Le délai de prescription pénale pour la fraude fiscale a été porté à 10 ans depuis le 28 avril 2024 (loi du 9 avril 2024, « Procédure pénale I »), mais au décès du suspect, l'action publique s'éteint entièrement et tous les biens saisis doivent retourner aux héritiers. Depuis 2004, la Belgique a organisé cinq rondes successives de régularisation fiscale, alors que la première s'appelait encore la « déclaration libératoire unique ». Le FMI avertit que les amnisties répétées sapent à terme le civisme fiscal.
Ce que nous allons faire
- Supprimer complètement la prescription de la fraude fiscale grave. Le dossier n'est clôturé que par un paiement effectif (l'impôt dû plus l'amende). Tant que la dette est ouverte, rien ne se prescrit.
- Récompenser la déclaration spontanée : celui qui déclare de sa propre initiative une fraude fiscale passée bénéficie d'un régime d'amende à 100 % de l'impôt éludé + 30 % de majoration, sans peine de prison, sans casier judiciaire. C'est nettement plus cher que de déclarer honnêtement, mais plus juste que de se faire prendre.
- Qui se fait prendre paie toujours plus : en cas de constatation par le fisc, l'amende s'élève au minimum à 200 % du montant éludé, plus des poursuites pénales. Le choix est simple : se présenter soi-même ou payer plus cher.
- Plus aucune nouvelle ronde d'amnistie. La cinquième ronde (DLU quinquies, procédure permanente depuis 2025 : taux ordinaire plus 30 points de pourcentage, 45 % sur les capitaux prescrits fiscalement) est la dernière. Ensuite, il ne reste que le régime permanent de déclaration spontanée décrit ci-dessus, sans nouvelles rondes « uniques » à des taux plus favorables.
- Ramener le nombre de contrôleurs fiscaux à niveau et investir dans la détection numérique de la fraude via la plateforme de données intégrée (Position 1).
Éprouvé dans plusieurs pays : le FMI avertit explicitement que les amnisties répétées sapent le civisme fiscal. La Norvège applique un régime permanent de correction volontaire, sans rondes « uniques » répétées ; selon l'administration fiscale norvégienne, l'afflux croissant a rapporté 1,5 milliard de couronnes norvégiennes de recettes supplémentaires au Trésor. Le système fiscal numérique de l'Estonie rend la fraude beaucoup plus difficile : 98 % des déclarations sont électroniques (2026), avec des contrôles croisés en temps réel.
Position 4 : Confiscation des avoirs : les fraudeurs et leurs héritiers paient
Position
HART veut que l'argent du crime ne s'échappe jamais, pas même en cas de décès, de fuite ou de prescription de l'auteur.
Les faits
En droit belge, l'action publique s'éteint au décès du suspect (art. 20 du Titre préliminaire du Code de procédure pénale). Cela signifie que si un fraudeur meurt avant une condamnation définitive, tous les avoirs saisis retournent aux héritiers. L'action civile peut être poursuivie séparément, mais ne conduit pas à une confiscation. Le droit pénal belge ne prévoyait pas la confiscation non fondée sur une condamnation (NCBC). La directive (UE) 2024/1260 relative au recouvrement et à la confiscation d'avoirs, adoptée le 24 avril 2024, oblige tous les États membres à l'introduire en cas de maladie, de fuite ou de décès du suspect et, dans certains cas, de prescription, avec un délai de transposition jusqu'au 23 novembre 2026. L'Organe central pour la Saisie et la Confiscation (OCSC) ne comptait fin 2024 que 43 collaborateurs et a reversé cette année-là environ 67 millions d'euros à l'État fédéral et aux entités fédérées.
Ce que nous allons faire
- Transposer intégralement la directive (UE) 2024/1260 et aller au-delà du minimum : ce qui manque encore est déposé comme projet de loi dans la première année de la législature.
- Introduire la confiscation non fondée sur une condamnation (NCBC) : en cas de décès, de fuite ou de prescription définitive, la justice doit pouvoir confisquer l'argent du crime via une procédure civile, indépendamment de l'action publique.
- Rendre possible la confiscation auprès des héritiers : l'argent hérité d'un fraudeur condamné ou suspect peut être saisi si les héritiers connaissaient l'origine illégale ou devaient raisonnablement la connaître.
- Introduire des Unexplained Wealth Orders (UWO) sur le modèle britannique : pour les avoirs de plus de 50.000 euros détenus par des personnes politiquement exposées ou des suspects de criminalité grave, la charge de la preuve est renversée. Le propriétaire doit démontrer l'origine légale.
- Renforcer l'OCSC avec davantage de personnel, de budget et de capacités numériques, et l'obliger à publier chaque année des statistiques complètes de confiscation : ce qui a été saisi, ce qui a été confisqué et ce qui a effectivement été perçu.
Éprouvé au Royaume-Uni : le Proceeds of Crime Act 2002 (Part 5) rend possible la confiscation civile sans condamnation pénale. Le Royaume-Uni a récupéré via le POCA 345 millions de livres durant l'exercice 2025-2026, dont près de 195 millions de livres via des procédures sans condamnation pénale. Les Unexplained Wealth Orders (depuis 2018) sont utilisés avec parcimonie, mais ont conduit dans des affaires distinctes à des récupérations de près de 10 et 14 millions de livres ; en 2024-2025, cinq ont été accordés, contre deux par an les deux années précédentes. La directive (UE) 2024/1260 oblige tous les États membres à introduire des instruments comparables.
Position 5 : Un registre des lobbies obligatoire, avec du mordant
Position
HART veut un registre fédéral des lobbies obligatoire et assorti de sanctions, une obligation légale de publier les contacts avec les lobbyistes, et une période de carence pour les responsables politiques qui passent au secteur privé.
Les faits
La Belgique n'a pas de loi fédérale sur le lobbying. La Chambre dispose depuis 2018 d'un registre des lobbies, mais sans sanctions en cas de non-enregistrement, sans empreinte législative, et uniquement pour le Parlement, pas pour le gouvernement ni les cabinets. Le Parlement wallon a adopté son propre registre en avril 2024. La Commission européenne (dans ses Rule of Law Reports annuels, notamment en 2026) et le GRECO critiquent la Belgique à répétition. Fin 2025, le GRECO a constaté que la Belgique n'avait mis en œuvre ou traité de manière satisfaisante que 8 des 22 recommandations du 5e cycle d'évaluation, et a qualifié de minimaux les progrès concernant les ministres et les cabinets. Il n'existe aucune législation sur le pantouflage pour les parlementaires, et pour les anciens ministres, il n'y a pas de période de carence générale : le code de déontologie du gouvernement fédéral (2023) demande seulement « honnêteté et réserve » lors de nouvelles fonctions, sans délai et sans contrôle.
Ce que nous allons faire
- Adopter une loi fédérale sur le lobbying comprenant :
- Un enregistrement obligatoire pour toute personne qui, à titre professionnel, cherche à entrer en contact avec des parlementaires, des membres de cabinet ou des hauts fonctionnaires.
- Des sanctions : des amendes jusqu'à 25.000 euros et l'exclusion des consultations futures en cas de non-enregistrement ou de fausse déclaration. Sur le modèle irlandais.
- Une empreinte législative : pour chaque projet de loi, publier quels lobbyistes ont été entendus et quelle contribution ils ont apportée.
- Un registre en ligne et consultable reprenant tous les contacts entre lobbyistes et mandataires, mis à jour chaque trimestre.
- Une période de carence de 3 ans pour les ministres et hauts fonctionnaires qui passent au secteur privé dans un domaine où ils avaient un pouvoir de décision, sur la base de la ligne directrice de la Commission fédérale de déontologie (deux à trois ans, pour les ministres plutôt une législature).
- Interdiction de pantouflage : pendant la période de carence, les anciens responsables politiques ne peuvent pas faire de lobbying auprès de leur ancienne institution.
Éprouvé en Irlande : le Regulation of Lobbying Act 2015 impose l'enregistrement, un rapport trimestriel, et prévoit des sanctions pénales allant jusqu'à 2 ans de prison. L'Amendment Act 2023 a ajouté des amendes administratives jusqu'à 25.000 euros, notamment en cas de violation de la période de carence. L'Irlande obtient 76 au CPI (2025). Le Lobbying Act du Canada institue un Commissioner of Lobbying indépendant, avec une interdiction de lobbying de 5 ans pour les anciens titulaires de hautes fonctions.
Position 6 : Mieux protéger et récompenser les lanceurs d'alerte
Position
HART veut simplifier radicalement le système des lanceurs d'alerte, créer un point de signalement central unique, et instaurer des récompenses financières pour les signalements qui mènent à une récupération effective de la fraude.
Les faits
La Belgique a transposé tardivement la directive européenne sur les lanceurs d'alerte via deux lois (28 novembre 2022 pour le secteur privé, 8 décembre 2022 pour le secteur public fédéral). Près de trente autorités compétentes ont été désignées (28 dans le rapport annuel 2024 du Médiateur fédéral), avec des règles distinctes pour le secteur privé, le secteur public fédéral et les secteurs publics régionaux. En 2024, le Médiateur fédéral a reçu 705 nouveaux dossiers de lanceurs d'alerte et en 2025, 766, surtout issus du secteur privé. Mais sur les 547 signalements externes issus du secteur privé en 2024, 87 % étaient irrecevables, souvent parce que l'infraction signalée ne relevait pas des 14 domaines couverts (un quart des signalements) ou ne s'inscrivait pas dans un contexte professionnel. Le Médiateur fédéral lui-même qualifie la complexité de barrière. La Belgique ne connaît aucune récompense financière pour les lanceurs d'alerte.
Ce que nous allons faire
- Créer une Maison des lanceurs d'alerte centrale et indépendante, sur le modèle néerlandais (Huis voor Klokkenluiders), qui donne des conseils et mène des enquêtes, à la place d'un système fragmenté avec près de trente autorités compétentes.
- Élargir le champ d'application matériel pour que tous les signalements de fraude, de corruption ou d'abus de fonds publics soient recevables, sans limitation à 14 domaines techniques.
- Instaurer des récompenses financières : les lanceurs d'alerte dont le signalement mène à une récupération effective d'au moins 100.000 euros reçoivent une prime de 10 à 15 % du montant récupéré, avec un maximum de 1 million d'euros. Sur le modèle américain de la SEC.
- Une seule loi pour tous les secteurs : fusionner le privé, le fédéral et les entités fédérées dans un seul cadre légal cohérent, avec une seule procédure de signalement et un seul régime de protection.
- Rendre obligatoire la possibilité de signalements anonymes pour toutes les organisations de plus de 50 travailleurs (la loi ne l'impose aujourd'hui qu'à partir de 250 travailleurs).
Éprouvé aux États-Unis et aux Pays-Bas : le SEC Whistleblower Program (depuis 2011) a versé jusqu'en 2023 près de 2 milliards de dollars à environ 400 lanceurs d'alerte, chaque fois 10 à 30 % des sanctions perçues supérieures à 1 million de dollars. Le Huis voor Klokkenluiders des Pays-Bas fonctionne comme une autorité indépendante dotée de compétences de conseil et d'enquête. Un seul point de contact au lieu d'un labyrinthe d'instances.
Position 7 : Intégrité politique : livres ouverts, contrôle indépendant
Position
HART veut que les déclarations de patrimoine des responsables politiques deviennent publiques, qu'une autorité indépendante contrôle le financement politique, et que les conflits d'intérêts soient combattus structurellement.
Les faits
La Belgique interdit les dons des entreprises et limite les dons individuels à 500 euros par parti et par an (et 2.000 euros au total). Les partis reçoivent chaque année des dizaines de millions d'euros de dotations publiques : le seul financement fédéral des partis s'élève à 37,6 millions d'euros (2026), auxquels s'ajoutent les dotations des parlements des entités fédérées. Mais le contrôle est un simulacre : la Commission de contrôle compte dix-sept députés et quatre experts que la Chambre désigne elle-même, sous la présidence du président de la Chambre. Les politiques se contrôlent eux-mêmes. Les déclarations de patrimoine sont déposées à la Cour des comptes dans des enveloppes fermées que seul un juge d'instruction peut ouvrir. La Cour des comptes n'a aucun mandat pour ouvrir ou vérifier les déclarations. Elles sont conservées jusqu'à cinq ans après la fin du dernier mandat, puis détruites. Le GRECO et la Commission européenne ont critiqué le système à plusieurs reprises. Il n'existe pas de règles belges propres pour les publicités politiques en ligne ; depuis octobre 2025, seules les règles européennes de transparence s'appliquent (règlement (UE) 2024/900). Les partis et responsables politiques belges ont dépensé ensemble 15 millions d'euros en publicités sur Meta et Google durant l'année électorale 2024. Les dons de personnes physiques étrangères ne sont pas interdits : depuis 2021, ils sont seulement soumis aux mêmes plafonds.
Ce que nous allons faire
- Publier les déclarations de patrimoine de tous les mandataires sur un site web consultable, mis à jour chaque année, en incluant le partenaire et les enfants majeurs à charge. Sur le modèle norvégien : obligation de signaler les changements dans les deux semaines dans un registre parlementaire public.
- Créer une Autorité indépendante pour l'intégrité politique au sein de la chambre contentieuse du conseil de contrôle, sur le modèle français (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, HATVP), qui reprend la Commission fédérale de déontologie et l'examen des dépenses électorales de la Commission de contrôle (les comptes des partis sont contrôlés par la Cour des comptes, art. 42 de la Constitution HART) et qui :
- Vérifie et publie les déclarations de patrimoine
- Enquête sur les conflits d'intérêts
- Surveille les contacts avec les lobbyistes
- Est indépendante de la Chambre et des partis
- Interdire les dons étrangers et exclure les dons d'entités ayant des contrats publics en cours.
- Réglementer les publicités politiques en ligne pendant la période de prudence : faire strictement appliquer l'obligation européenne de transparence (qui paie, combien, et quel public cible est atteint), avec contrôle et sanctions par l'Autorité pour l'intégrité politique.
- Limiter le cumul des mandats rémunérés : maximum deux mandats publics rémunérés par personne (art. 34 de la Constitution HART), avec publication obligatoire de toutes les rémunérations.
- Introduire une période de carence de 3 ans pour les ministres, avec notification obligatoire à l'Autorité pour l'intégrité politique.
Éprouvé en France et en Norvège : en France, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP, depuis 2013) contrôle les déclarations de patrimoine et d'intérêts d'environ 18.000 responsables publics, publie celles des ministres et des parlementaires notamment, enquête sur les conflits d'intérêts et rend des avis sur les cas de pantouflage. La Norvège rend publiques depuis le XIXe siècle les données fiscales de tous ses citoyens (skattelister) ; depuis 2014 avec authentification obligatoire, et celui qui est consulté voit qui a regardé. Le National Audit Office de la Finlande exerce un contrôle indépendant sur le financement des élections et des partis, avec un pouvoir de sanction.
Position 8 : Pas de publication, pas de contrat
Position
HART veut que chaque contrat public ne devienne juridiquement valable qu'après sa publication intégrale en ligne, et que tous les marchés publics passent par une seule plateforme ouverte, sur le modèle slovaque et ukrainien.
Les faits
En Belgique, il n'existe aucune obligation de publier proactivement les contrats publics eux-mêmes : tout au plus des avis de marché et d'attribution paraissent, et pour le reste, la publicité de l'administration fonctionne sur demande. Juillet 2026 a montré ce que cela donne : le Parlement flamand n'a appris qu'un mois après le lancement, et uniquement parce qu'il l'a explicitement demandé, que la campagne autour du vidéo-podcast « Het Wassalon » de l'autorité flamande coûte 800.000 euros sur trois ans. Aucune règle n'a été enfreinte ; c'est précisément le problème. Les commandes passées dans le cadre d'un accord-cadre ne requièrent en outre aucune nouvelle publication, ce qui laisse les dépenses individuelles invisibles. La Cour des comptes a examiné 2,5 milliards d'euros de dépenses fédérales de consultance (2020-2022) et a constaté pour 78 % des contrats examinés une motivation absente ou insuffisante ; la Commission européenne parle de défaillances structurelles dans la transparence de ces marchés. La Slovaquie s'est attaquée au problème de manière fondamentale en 2011 : chaque contrat conclu avec les pouvoirs publics n'y entre en vigueur que le lendemain de sa publication dans le registre central des contrats, et est nul de plein droit s'il n'est pas en ligne dans les trois mois. Les bons de commande et les factures y sont également publiés. Depuis 2016, l'Ukraine fait passer tous ses marchés publics par la plateforme ouverte ProZorro.
Ce que nous allons faire
- Introduire la règle slovaque : chaque contrat de chaque autorité publique (y compris les cabinets, y compris les commandes passées dans le cadre d'accords-cadres au-delà d'un seuil) ne devient juridiquement valable qu'après sa publication intégrale dans un registre public central. Pas publié dans les trois mois : nul de plein droit. Les exceptions (sécurité, données personnelles) sont énumérées limitativement et motivées publiquement. La leçon de la Slovaquie : ne pas laisser se glisser dans la loi des exceptions qui vident la règle de sa substance.
- ProZorro-Belgique : tous les marchés publics via une seule plateforme numérique, publique en temps réel, avec un contrôle indépendant et une liste noire des soumissionnaires exclus.
- Appliquer l'Open Contracting Data Standard, pour que chaque attribution soit interrogeable par machine pour la presse, les chercheurs et les citoyens.
- Restreindre les attributions sans mise en concurrence : obligation de motivation publique pour chaque procédure négociée sans publication préalable et pour chaque commande sur accord-cadre au-delà d'un seuil, avec chaque fois la mention de la valeur estimée et du nombre d'opérateurs consultés.
- Pour chaque autorité publique : la règle de validité figure dans la Constitution et s'applique à la fédération, aux concordats, aux entités fédérées et aux communes (art. 18 de la Constitution HART).
Éprouvé en Slovaquie et en Ukraine : depuis la loi slovaque de 2011, près de 8 % de la population consulte chaque année au moins un contrat ou une facture en ligne, la couverture médiatique des dépenses publiques a augmenté d'un quart, les scandales éclatent plus vite et la perception de la corruption a commencé à baisser (Transparency International Slovakia, 2015). L'Ukraine a économisé via ProZorro plus de 6 milliards de dollars jusque fin 2020 ; le nombre de fournisseurs uniques de l'État a augmenté de 45 % et la corruption perçue dans les marchés publics par les entrepreneurs a presque diminué de moitié, de 58 % à 29 % (Open Contracting Partnership).
Position 9 : La communication publique sert la politique, pas le ministre
Position
HART veut une norme légale qui fasse porter la communication publique sur la politique menée plutôt que sur les membres du gouvernement, un contrôle indépendant préalable pour chaque grande campagne, et un seul tableau de bord public reprenant toutes les dépenses de communication par ministre.
Les faits
La campagne Wassalon (800.000 euros, voir Position 8) a atteint 2.300 vues le premier mois avec sa vidéo YouTube la plus regardée. La Flandre dispose d'une Commission de contrôle des communications gouvernementales (décret du 19 juillet 2002), mais ce sont des parlementaires qui y jugent les ministres, l'accent est mis sur les communications gouvernementales et la période de prudence, et une campagne continue avec podcast tombe dans une zone grise. Les Pays-Bas font autrement : les Uitgangspunten overheidscommunicatie (principes de base de la communication publique) prévoient que la communication porte toujours sur le contenu de la politique et jamais sur l'image des membres du gouvernement ; un ministre n'y figure pas dans des campagnes payantes de masse et le Voorlichtingsraad (conseil de l'information publique) examine au préalable chaque exception. L'Ontario (Canada) impose depuis le Government Advertising Act de 2004 que l'Auditor General approuve au préalable chaque publicité gouvernementale quant à son caractère non partisan. Depuis que ce contrôle a été affaibli en 2015 en une simple liste de contrôle, l'Auditor General ne peut plus bloquer la publicité partisane : durant l'exercice 2024-2025, selon elle, 43 millions de dollars canadiens (environ 38 % du budget publicitaire de 112 millions) sont allés à des publicités qui auraient été refusées comme partisanes sous la loi d'origine.
Ce que nous allons faire
- Une norme légale de communication : la communication publique porte sur la politique menée et les services rendus, pas sur le membre du gouvernement. Les ministres ne figurent pas dans les campagnes payantes des pouvoirs publics. Sur le modèle néerlandais.
- Un contrôle indépendant préalable : chaque campagne publique de plus de 100.000 euros est examinée avant attribution par la Cour des comptes quant à son caractère non partisan et à son efficacité, avec une marge d'appréciation discrétionnaire. La leçon de l'Ontario en 2015 : une simple liste à cocher ne suffit pas.
- Un seul tableau de bord public avec toutes les dépenses de communication par ministre, par campagne et par canal, en temps réel et avec les chiffres d'audience.
- Réformer la Commission de contrôle des communications gouvernementales : elle est intégrée à la chambre contentieuse du conseil de contrôle, avec des membres indépendants à la place de parlementaires qui se contrôlent eux-mêmes, compétente pour tous les canaux (y compris les podcasts, les influenceurs et les réseaux sociaux) et avec un contrôle systématique durant toute la législature, pas seulement en cas de plainte ou pendant la période de prudence.
Éprouvé aux Pays-Bas et en Ontario : depuis des décennies, les Pays-Bas tiennent les membres du gouvernement à l'écart des campagnes publiques payantes grâce aux Uitgangspunten overheidscommunicatie, sans que l'information publique en souffre. L'Ontario démontre les deux faces de la médaille : avec un contrôle préalable discrétionnaire, l'Auditor General pouvait bloquer la publicité gouvernementale partisane ; après l'affaiblissement en liste de contrôle en 2015, celle-ci est montée à 43 millions de dollars durant l'exercice 2024-2025. Le mécanisme fonctionne, à condition que le contrôleur dispose d'une réelle marge d'appréciation.
Résumé
Le recul de la Belgique dans le Corruption Perceptions Index, de 77 en 2015 à 69 en 2025, n'est pas un hasard mais le résultat de lacunes structurelles en matière de transparence, d'application des règles et de contrôle indépendant. Alors que le Danemark et la Finlande figurent structurellement en tête et que l'Estonie a gravi les échelons de façon régulière, la Belgique a glissé derrière les Pays-Bas, le Luxembourg et l'Allemagne. L'écart avec le Danemark est passé de 14 à 20 points en dix ans.
Le problème n'est pas que la Belgique manque d'instruments : le PCC, le registre UBO, le Cadastre et l'échange automatique existent tous. Le problème est qu'ils sont fragmentés, sous-utilisés et insuffisamment appliqués. La loi sur la transaction pénale a rapporté plus d'1 milliard d'euros depuis 2011, mais à un prix élevé pour la confiance dans l'égalité de traitement : qui a de l'argent rachète son procès. Cinq rondes successives d'amnistie fiscale depuis 2004, à commencer par une déclaration libératoire « unique », ont structurellement sapé le civisme fiscal. Le FMI avertit que les amnisties répétées entament à terme la volonté de payer ses impôts.
Le système des lanceurs d'alerte existe sur papier mais ne fonctionne pas en pratique : 87 % des signalements externes issus du secteur privé étaient irrecevables en 2024, et des règles distinctes pour le secteur privé, le secteur public fédéral et les secteurs publics régionaux créent un labyrinthe dans lequel les auteurs de signalement se perdent. Le financement politique est contrôlé par les politiques eux-mêmes, au sein d'une Commission de contrôle composée en grande partie de députés. Les déclarations de patrimoine disparaissent dans des enveloppes fermées que la Cour des comptes n'a pas le droit d'ouvrir. La Belgique n'a pas de loi fédérale sur le lobbying, pas de sanctions pour les lobbyistes qui ne s'enregistrent pas, et pas de règles propres pour les publicités politiques en ligne.
HART veut changer cela fondamentalement avec neuf mesures concrètes : une plateforme numérique de transparence intégrée sur le modèle du X-Road estonien, qui automatise la détection de la fraude et donne aux citoyens un droit de regard ; le remplacement de la loi sur la transaction pénale par un système de transaction équitable où les fraudeurs paient toujours plus que ce qu'ils ont volé ; la suppression de la prescription pour la fraude fiscale grave, combinée à un régime d'amende honnête pour ceux qui déclarent spontanément leur fraude ; l'introduction complète de la confiscation non fondée sur une condamnation, pour que l'argent du crime ne s'échappe jamais, pas même en cas de décès ou de fuite ; un registre des lobbies obligatoire, assorti de sanctions et d'une période de carence de trois ans ; une Maison des lanceurs d'alerte centrale, avec des récompenses financières pour les signalements qui mènent à une récupération ; une Autorité indépendante pour l'intégrité politique, au sein de la chambre contentieuse du conseil de contrôle, qui vérifie et publie les déclarations de patrimoine et enquête sur les conflits d'intérêts ; la règle selon laquelle chaque contrat public ne devient juridiquement valable qu'après publication en ligne, avec tous les marchés publics sur une seule plateforme ouverte ; et une norme de communication qui fait porter la communication publique sur la politique menée plutôt que sur les ministres, avec un contrôle indépendant préalable.
Chaque mesure repose sur des systèmes qui ont fait leurs preuves ailleurs. L'administration numérique de l'Estonie économise, selon sa propre estimation, 1.345 années de travail par an et rend la fraude structurellement plus difficile. La HATVP française contrôle les déclarations de patrimoine et d'intérêts d'environ 18.000 responsables publics. La loi irlandaise sur le lobbying prévoit des amendes jusqu'à 25.000 euros et des peines de prison en cas d'infraction. Le Proceeds of Crime Act britannique a permis de récupérer 345 millions de livres d'argent du crime en 2025-2026, en grande partie via la confiscation sans condamnation. Le SEC Whistleblower Program américain a déjà versé jusqu'en 2023 près de 2 milliards de dollars à des lanceurs d'alerte dont les informations ont conduit à des sanctions. La Norvège rend publiques depuis le XIXe siècle les données fiscales de chaque citoyen. La Slovaquie ne rend valable chaque contrat public qu'après sa publication en ligne depuis 2011. L'Ukraine a économisé plus de 6 milliards de dollars grâce à une seule plateforme ouverte de marchés publics. Et les Pays-Bas tiennent depuis des décennies les ministres à l'écart des campagnes publiques payantes.
Combattre la corruption commence par la transparence. La transparence commence par le monde politique lui-même. HART fait de la Belgique un pays où tout le monde suit les mêmes règles, y compris ceux qui sont aux commandes.